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LES DAMES, LEUR COURAGE

OU indiennes, avec ordre de les ôter à toutes les personnes qui s'en trouveraient vêtues. Les magistrats s'acquittèrent brutalement de cette mission ; ce qui fit dire aux habitants que l'on aurait mieux fait de défendre les étoffes d'or et d'argent que ces sortes de toiles dont elles pouvaient se parer à bon compte; encore moins devait-on les leur ôter sur le corps ; on se contenta de dresser des procès-verbaux.

La captivité du roi Jean (1354) fut pour elles une occasion de montrer combien était grand leur patriotisme, alors qu'afin d'augmenter la somme nécessaire à sa rançon, elles offrirent leurs bagues et tous leurs bijoux, tant, disent les chroniqueurs, elles avaient été affligées. Le prince, ayant reçu, à Londres, les députés que la communauté lui envoya, leur donna des lettres patentes dans lesquelles il rend témoignage de la bonne affection de ses nouveaux sujets de Montpellier.

Le patriotisme des dames de Montpellier a eu sa plus haute personnification dans Constance (de son véritable nom Francèse) de Cézelli, dont l'héroïsme dans la défense de Leucate jettera un brillant éclat sur sa ville natale le jour où un monument viendra rappeler à ses compatriotes le nom et les vertus de cette guerrière qui, pour d'autres et pour nous, devrait occuper un des premiers rangs dans la liste des femmes illustres de notre patrie.

De nombreux faits glorieux viennent, d'ailleurs, affirmer le courage des dames de Montpellier dans les sièges et les mouvements populaires. Lors du siège de Montpellier par Joyeuse, en 1567, le menu peuple, les enfants, les femmes et les demoiselles, d'après les Mémoires, « s'employaient volontairement à porter des pierres sur les murailles pour faire des canonnières aux arquebusiers et elles ne craignoient point de se mêler dans le camp et d'y apporter du pain, des fruits et des bouteilles de vin pour rafraîchir les combattants. »

Au commencement du siège de Montpellier, en 1622, les femmes et les filles les plus qualifiées de la ville portèrent la hotte pour la construction des bastions autour de la ville. Habillées en hommes, elles auraient combattu très vaillamment. D'Aigrefeuille dément ce fait qui est rapporté par un autre historien. Pendant le siège, les dames ne craignaient pas d'aller se promener jusqu'aux avant-postes et converser avec les gens de de la cour.

La sédition dite des Partisans qui s'éleva, en 164s, à l'occasion des droits du don de joyeux avènement à la couronne du roi Louis XIV, avait produit une grande émotion parmi le peuple qui refusait de payer les fermiers de cet impôt "et fut une occasion de montrer quel était le courage des simples femmes du peuple (p. 151).

Le duel qui eut lieu, en 1698, entre la femme d'un conseiller à la (>our et une bourgeoise, à la suite d'une querelle de jeu, ne vient-il pas aussi affirmer le courage des femmes appartenant à toutes les classes de la société?

Les institutions charitables ont toujours été nombreuses à Montpellier. La plupart même remontent à une époque assez éloignée. Au xiv" siècle, d'excellentes dames consacraient le mercredi de chaque semaine à une œuvre de compassion. Elles allaient visiter les malades dénués de ressources. Les anciens actes leur donnent le nom de Dames du Dimècre (en languedocien mercredi).

Pendant l'année 1694, douze dames de la Miséricorde, assistées de douze jeunes demoiselles, apportaient aux malheureux les vivres dont ils manquaient, et d'autres dames les soulageaient en remplissant auprès d'eux les plus basses fonctions.

La bienveillance des rois et des princes envers les dames de Montpellier s'est montrée dans maintes circonstances. Le chroniqueur Froissart nous donne sur le séjour de Charles VI à Montpellier, en 1369,

LES DAMESj LEUR BEAUTÉ

des détails très intéressants sur les dames et les damoiselles de cette ville :

« Le roi était là à sa nourrisson ; il étoit jeune et léger d'esprit; si dansoit et caracoloit les fresques

dames de Montpellier toute la nuit, etc Il revint

deux mois après, et les dames et damoiselles lui plaisoient grandement bien... » (p. 93).

On fit de grandes fêtes à Montpellier, en 1503, lors du passage de l'archiduc Philippe, père de Charles- Quint. Il y trouva « les plus apparentes dames et bourgeoises de la ville ornées et parées des meilleurs ornements, robes et joyaux qu'ils eussent. » L'historien d'Aigrefeuille donne un récit très détaillé de ces fêtes ainsi que les noms de plusieurs dames avec leur costume.

Un acte de galanterie du duc d'Ossonne apporte une preuve de plus à l'appui du renom dont jouissaient, au commencement du xvn^ siècle, les dames de la ville :

Le duc d'Ossonne, passant à Montpellier, au re'.our de sa vice-royauté de Naples, on lui donna un bal, durant lequel il s'attacha plus particulièrement à la conversation d'une dame de la ville, à qui il demanda un épi d'or qu'elle portoit à sa coiffure. On marque qu'il le reçut comme une grande faveur et qu'il le porta à son chapeau tout le reste du bal ; mais que le lendemain il en envoya un autre de diamant à cette même dame, la priant de le porter pour l'amour de lui, à quoi elle ne perdit rien au change. »

La beauté de Mademoiselle Catherine de Gant, qui fut présentée par M. de Saint-Simon à Louis XIII, lui valut la grâce de son frère qui avait suivi le parti de Montmorency dont il avait été page. Le roi ayant appris que cette demoiselle était recherchée en mariage par le baron de Moussolens, lui fit donner dix mille écus en faveur de cette union.

Le séjour à Montpellier du fils du roi de Dane-

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marck, en 1697, fut l'occasion de nombreuses fêtes en son honneur. « Il voulut, à son tour, donner une régale aux dames ; ce qu'il fit avec tant de magnificence qu'on en fit monter la dépense à plus de mille pistoles. Il rendit visite, avant son départ, à toutes les dames qui l'avoient été voir, et partit de Montpellier, après y avoir séjourné plus de six mois. »

Le comte d'Eu fut aussi on ne peut plus galant, lors de sa visite à Montpellier en 1764. Il réunit à sa table jusqu'à 150 dames de la ville à la fois.

Pendant l'époque révolutionnaire, plusieurs femmes payèrent de leur vie leur générosité et leur imprudence. La femme Bousquet fut condamnée à mort pour avoir recélé le prêtre Massilian, ancien aumônier du Bon Pasteur (an II). Dans l'affaire des Galettes, deux femmes, Elisabeth Coste et la veuve Balard, furent aussi condamnées à mort.

Pour effacer ces sanglants souvenirs, les représentants ne manquèrent point de donner aux citoyennes la plus grande place dans les fêtes et les cortèges. En l'an II, le 3 décadi de nivôse, on célébra la prise de Toulon sur les Anglais, avec un grand éclat. Le représentant Rousset y avait tout particulièrement invité les citoyennes, leur disant « qu'elles avaient reçu de la nature les grâces et la beauté qui font l'ornement des triomphes, et que chez tous les peuples libres, leur sexe avait toujours été chargé d'embellir les fêtes et de donner le prix à la valeur. »

Une jeune et belle femme, Julie, dite la Juive^ ornée de vêtements simples et majestueux, y représentait l'image vivante de la Raison; quarante femmes vêtues à la romaine embellissaient son cortège. Après la fête, on offrit aux jeunes époux, unis en ce jour de fête, un repas où le représentant Rousset voulut les servir lui-même.

Lors de la fête de la Liberté, en l'an IV, la municipalité invita les citoyennes de Montpellier à y prendre part : « Sexe aimable et sensible, venez aussi

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