LES DAMES, LEUR PORTRAIT
participer à rembellissement de cette fête qui est la vôtre, puisque la liberté ne peut exister sans la vertu; c'est vous qui la faites aimer. »
Les poètes ont chanté leur grâce et leur beauté, et n'est-ce point pour l'une d'elles que Ranchin, leur compatriote, écrivait, en 1697, le fameux triolet appelé par Ménage le roi des triolets :
Le premier jour du mois de mai Fut le plus heureux de ma vie ; Je vous vis et je vous aimai, Le premier jour du mois de mai !
Je vous vis et je vous aimai, Si ce dessein vous plut, Sylvie, Le premier jour du mois de mai Fut le plus beau jour de ma vie.
Roucher, l'auteur du poème des Mois, a tracé de ses compatriotes un portrait des plus charmants :
Je dirai qu'en tes murs règne un sexe enchanteur.
Je peindrai son œil vif, son parler séducteur, Son front où la gaîté s'unit à la noblesse, Ses grâces, son esprit et sa svelte souplesse ; Né pour sentir l'amour et par l'amour formé, Tendre et constant, il aime ainsi qu'il est aimé
On sait que ce poète fut condamné, en 1794, à périr sur l'échafaud révolutionnaire. Il fit faire son portrait et, à la veille de paraître devant le tribunal, il l'envoya à sa fille, avec les vers suivants :
Ne vous étonnez pas, objets charmants et doux, Si quelque air de tristesse obscurcit mon visage ; Quand un savant crayon dessinait cette image, J'attendais l'échafaud et je pensais à vous.
Les Compagnons du Devoir ont chanté les charmes des jolies filles de Montpellier :
... Pézenas, petite ville, Y a pas de jolies filles Comme dans Montpellier; Faudra s'y marier.
Montpellier fort affable N'est pas comparable A Nimes
MONIPELLILR
Ces vers ont fait, comme les Compagnons du Devoir, le tour de France ; ils ont répandu la réputation des jolies filles de Montpellier, et, à ce titre, ils méritaient d'être rappelés.
La renommée dont jouissaient les dames de Montpellier, au milieu du xvii'^ siècle, nous a valu un petit opuscule devenu très rare, intitulé :
Les Portraits des plus belles Dames de la ville de Montpellier, par de Rosset. Paris i6jo (in-12).
Il faut bien le reconnaître, le style de l'écrivain auquel on doit ces portraits, ne se distingue ni par l'élégance ni par l'harmonie ; il est souvent incorrect.
Les voyageurs et les historiens nous ont laissé des descriptions si charmantes qu'il serait regrettable de ne point les faire connaître. Garonne, dans son Histoire de Montpellier, cite le passage suivant, d'après un manuscrit d'un jésuite écrit en 1685 :
V ...Et si l'élégance des manières est aussi remarquable chez les hommes, combien n'admireras-tu pas, étranger, les grâces des femmes de Montpellier. Rien n'est plus aimable en elles que cette douceur de mœurs qu'elles semblent puiser dans la suavité de l'air qu'elles respirent. >/
Villaret dit, dans son Histoire de France : « Un aspect riant, une situation agréable, la douceur du climat, l'urbanité des habitants, et surtout les charmes du beau sexe, font de cette ville un séjour enchanté. Les attraits des dames de Montpellier ont été célébrés dans tous les temps. »
On trouve dans le Voyageur français le passage suivant : « Tout ce que vous avez pu entendre dire à la louange des dames de cette ville, est exactement vrai. Je ne croyais pas qu'elle pût en offrir un si grand nombre d'aimables et de jolies, mais je Lai vu de mes propres yeux et je ne suis pas surpris que beaucoup d'étrangers assurent qu'on n'en trouve pas en France qui leur soient supérieures à cet égard. » Dans le Voyage en France^ Chapelle et Bachaumont