CependantJésus , dit l'Evangile, quitta la Galilée li
Chatiacéccne
et se relira avec ses disciples sur les frontières de Tyr et de Sidon. Etant entré dans une maison, il voulait y rester inconnu, mais il ne put se dérober à sa renommée. Une femme cbananéenne, qui habitait le pays, ayant su qu'il était là, accourut en criant : Seigneur, Fils de David, ayez pitié de moi ! ma fille est tourmentée lamentablement par le démon! — Jésus ne lui répondit pas une parole. Les disciples s'approchèrent de lui et le prièrent, en disant : Renvoyez-la, car elle nous poursuit de ses clameurs. — Mais il leur répondit : Je n'ai été envoyé que pour les brebis égarées de la maison d'Israël. — Cependant la femme pénétra dans la maison, et se prosterna à ses pieds. Or cette femme, de race syro-phénicienne % était idolâtre. Après avoir adoré Jésus, elle lui dit : Seigneur, daignez me secourir ! Puis elle le suppliait de délivrer sa fille du démon
* Sepp, Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ , tom. II, pag. io5.
*La province romaine de Syrie comprenait la Judée, la Phénicie, la Galilée, la Syrie proprement dite, etc. La langue s'était modifiée pour exprimer le nouvel état de choses. De là les alliances de mots syro - phéniciens , syro- juifs ou syriens -juifs, etc. Chaque mot de l'Evangile porte ainsi une empreinte particulière d'authenticité. Le nom de Chananénne, donné encore à cette femme, était essentiellement hébraïque. La Phénicie était une enclave du pays de Chanaan, dont les Israélites n'avaient pu achever la conquête.
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qui la tourmentait. — Laissez d'abord les fils de la maison se rassasier, répondit-il. Il n'est pas juste de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens. — Il est vrai, reprit la femme : mais, Seigneur, les petits chiens ne recueillent-ils pas les miettes que les enfants laissent tomber de la table de leurs maîtres ! — Jésus lui dit alors : 0 femme, votre foi est grande ! Qu'il soit fait selon que vous le voulez. En récompense de cette parole, allez en paix; le démon est sorti du corps de votre fille. — En effet à l'heure même sa fille fut guérie. La Chananéenne la trouva, au retour, paisiblement étendue dans son lit, et délivrée du démon K »
Les fils de la 22. La Cbananéeunc aux pieds du Sauveur, c'est le monde ^J^^fol^cber païen implorant sa délivrance, et suppliant Jésus de briser enfin la chaîne de Satan. Nous tous , les fils convertis des races idolâtres, nous étions représentés, dans la pauvre maison de Sarepta, aux portes de Tyr, par l'humble femme qui sollicitait la faveur de lécher les miettes tombées du banquet du Père de famille, auquel le judaïsme fut d'abord convié. « 0 femme, dit le Seigneur, votre foi est grande ! » Le regard du divin Maître contemplait, dans l'avenir, ces innombrables générations d'àmes que l'étrangère devait précéder sur le chemin du royaume des cieux. Aussi toutes les circonstances de cet épisode sont marquées d'une solennité caractéristique. La Chananéenne fait retentir le cri de »Matth., XV, 21-2S; Marc, vu, 24-30.
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sa détresse. « Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi ! » Jamais jusque-là le cœur de Jésus n'était resté insensible à la prière de la souffrance et de la foi. On l'avait vu s'attendrir au spectacle des douleurs maternelles de la veuve de Naïm, et lui rendre un fils unique, avant même qu'elle eût invoqué sa miséricordieuse puissance. Sur les places publiques des cités de la Décapole, il suffisait aux malades de toucher la frange de sa robe, pour obtenir leur guérison. Ici, le Seigneur paraît sourd aux sollicitations de la femme idolâtre. « Il ne lui répond pas une seule parole, w C'est qu'il voulait que les Apôtres, ces moissonneurs destinés à récolter plus tard des gerbes sans nombre , dans les campagnes du paganisme, eussent les prémices de cette moisson d'âmes. Il attend qu'ils intercèdent en faveur de l'idolâtre Phénicienne. « Seigneur, disent-ils, renvoyez-la, car elle nous poursuit de ses clameurs. » Jésus ne les exauce pas encore. Il leur faut apprendre ce que la rédemption du monde coûtera au Fils de l'homme. La mission du Verbe incarné ne regarde « que les brebis égarées de la maison d'Israël. » Quand le troupeau révolté du judaïsme aura frappé le divin Pasteur, et assumé la responsabiUté du sang d'un Dieu, alors les portes de la rédemption s'ouvriront pour le monde païen, et les Apôtres seront chargés de réunir, dans le bercail de l'Eglise, l'immense troupeau des nations. Les Juifs donnaient à tous les Gentils l'injurieux surnom de chiens. Notre-Seigneur, pour éprouver la foi de II. 11
la Chananéenne , et la faire ressortir davantage aux yeux des Apôtres, semble d'abord se conformer à cette coutume nationale. Mais, quand l'étrangère, dans sa réponse, modèle de résignation, d'humilité et de sainte espérance, a donné la mesure de ce que le paganisme converti serait capable de faire un jour pour le nom de Jésus, alors le Sauveur fait l'éloge de cette foi héroïque; et le démon abandonne sa victime.
§ V. Retour dans la Décapole.
Le sourd- 23. Il scmblc que Notre-Seigneur , dans son excursion "nTcapoie* en dehors du territoire hébreu , voulut seulement consade Bethsaïda. crcr, par ce prodige, la grande œuvre de la conversion des Gentils. « Il quitta, dit l'Evangile , les confins de Tyr, et revint par Sidon à la mer de Galilée, au milieu du territoire de la Décapole. On lui amena un sourd-muet , en le priant de lui imposer les mains. Le prenant donc à l'écart, il mit les doigts dans les oreilles de l'infirme, et lui toucha la langue d'un peu de salive. Puis levant les yeux au ciel, il poussa un gémissement et dit : Ephphetha (Ouvrez-vous) ! — A l'instant les oreilles s'ouvrirent, la langue fut déhée et le muet parla. Jésus leur défendit d'en rien dire à personne. Mais plus il le leur défendait, plus ils avaient d'empressement à publier le prodige. Dans leur admiration ils s'écriaient : Il répand les miracles sur ses pas, il fait en-