CHAP. VII. — RETOUR DANS LA DÉGAPOLE
tendre les sourds et parler les rauets ^ ! Jésus vint alors s'asseoir sur le versant de la montagne voisine. La foule put ainsi l'approcher, lui présentant des muets, des aveugles, des boiteux, des mutilés, des infirmes de toute espèce. On les déposait à ses pieds, et il les guérissait. Le peuple faisait éclater son admiration au spectacle des muets qui retrouvaient l'usage de la parole, desboiteux qui marchaient, des aveugles qui voyaient ; et tous rendaient gloire au Dieu d'Israël ^ — Ils vinrent ensuite à Bethsaïda , et on lui amena un aveugle, en le priant de le toucher. Ayant pris l'aveugle par la main, il le conduisit hors de la bourgade. Alors, lui mouillant les yeux de salive, il imposa sur lui les mains, et lui demanda s'il voyait quelque chose. Je vois, répondil-il, des hommes qui me semblent des arbres mouvants. — Jésus élevant ses regards vers le ciel imposa les mains sur les yeux de l'aveugle , qui vit aussitôt distinctement. 11 le renvoya dans sa maison, en disant : Retournez à votre demeure, et ne parlez à personne de cet événement \ »
24. L'explosion des miracles sur la montagne, en faveur ^ -admiDisde la foule qui dépose ses malades aux pieds de Jésus, rap- baptême d^s prochée des circonstances exceptionnelles qui accompa- catholique. gnent la guérison du sourd-muet de la Décapole el celle de l'aveugle de Bethsaïda, forme un contraste qui a fixé l'attention de l'antiquité chrétienne. Pourquoi d'un côté , les
1 Marc, VII, 31 ad ultim.— niatth., xv, 29-31 — ^Marc, vui, 22-2G.
16i UISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
précautions et comme les ciForts du Sauveur, qui prend l'infirme à l'écart, lui met le doigt sur les organes affectés, lui mouille la langue de salive, élève les regards au ciel et pousse un profond soupir, tandis que, pour les autres miracles, une parole suffît à Jésus? La puissance du Verbe incarné avait-elle des défaillances et comme des éclipses? Et pourtant, c'est une parole qui guérit définitivement le sourd-muet. Aussitôt que le divin Maître a prononcé le mot hébreu : Ephphctha •, les oreilles de l'infirme s'ouvrent, et sa langue est déliée. Mais, disent les Pères, quand le Sauveur agit ainsi, à l'égard du sourd- muet de la Décapole , il continue pour ses disciples l'instruction pratique, commencée aux portes de Tyr. La Chananéenne était le symbole de la gentilité, déjà préparée à la grâce de l'Evangile par la foi. Le sourd-muet et l'aveugle sont la figure de l'humanité non régénérée, dont l'oreille est fermée à la parole du salut, les lèvres aux accents de la prière et les yeux à la révélation divine. On les amène à Jésus, mais ils ne se prosternent pas, comme la femme idolâtre , pour adorer le Sauveur. Ils ne l'implorent, ni de la voix, ni du geste. Ceux qui les présentent ne disent point, avec l'élan d'une con-
1 On n'a pas oublié la déclaration du rationalisme attestant que (I Jésus ne savait pas l'hébreu. » Or le mot ephphetha, nn£3n, est l'impératif passif niphal du verbe nnS , qui signifie ouvrir. L'Eglise catholique a consacré ce mot, en l'employant dans l'administration du baptême. 11 ne faut pas même être hébraïsant pour savoir l'origine de ce terme, que tous les enfants de nos écoles connaissent.