‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 22 sur 69 · Pendant que les peuples admiraient les œuvres de Le · texte numérisé non relu

Pendant que les peuples admiraient les œuvres de Le

didrachme

Jésus, continue le texte sacré, le Seigneur dit à ses dis- pour le

' ° Temple de

ciples : Pour vous, gravez dans vos cœurs la parole que je Jérusalem. vais prononcer : Le Fils de l'homme sera livré au pouvoir des méchants, qui le mettront à mort. 11 sera tué , mais il ressuscitera le troisième jour. — Or, ils ne pouvaient comprendre cette révélation, dont le sens était caché pour eux ; ils n'osaient l'interroger sur ce point, mais ils gardaient un silence plein de tristesse K Etant venus à Capharnaûm , les collecteurs , chargés de percevoir l'impôt du didrachme ^, pour le Temple de Jérusalem, s'adressant à Pierre, lui dirent : Votre maître ne paie-t-il pas le tribut? — Oui, réponcUt-il. — Il entra donc dans la maison, pour en parler au Seigneur. Mais Jésus le prévint. Simon, lui dit-il, que vous en semble ? De qui les rois de la terre reçoivent-ils le

' Marc, IX, 29-31 ; Luc, ix, 44, 4o. — ^ Double drachme ou demisicle, qui valait environ l fr. 75 c. de notre monnaie.

tribut ou le cens, de leurs enfants ou des étrangers? — Des étrangers, répondit Simon. — Donc les fils en sont exempts, reprit Jésus. Mais pour ne pas scandaliser ces hommes, allez sur le bord de la mer ; jetez l'hameçon ; le premier poisson qui s'y prendra tirez-le sur le rivage, vous trouverez dans sa bouche un slatère', que vous donnerez à ces gens pour vous et pour moi ^ »

Le ratio- 36. Tout Israélite, âgé de plus de vingt-cinq ans, devait

nalisme et le

miracle, payer annuellement un didrachme (demi-sicle) , pour l'entretien du Temple. « Quiconque porte un nom en Israël , avait dit Moïse, offrira la moitié d'un sicle , suivant la mesure du Temple. A partir de vingt-cinq ans, l'impôt sera dù^ )) Cette redevance nationale était acquittée par tous les Juifs, qui se faisaient un honneur, dit l'historien Josèphe, de l'envoyer de tous les points du monde, à l'époque de la solennité pascale, quand ils ne pouvaient l'apporter eux-mêmes'*. Le Sauveur n'était point allé cette année à Jérusalem, et n'y avait pas acquitté personnellement cette dette sacrée ; voilà pourquoi les collecteurs de l'impôt s'adressent à Pierre, chef des Apôtres , pour le lui réclamer. Sa réponse nous atteste que les années précédentes le divin Maître s'était conformé en ce point aux prescriptions rituelles. « Jésus n'était pas venu détruire la loi , mais l'ac-

* Le statère était une pièce d'argent qui valait deux drachmes, ou 3 fr. 50 de nutre monnaie. — - Matth., xvn, 23-2b. — * Exod., xxx, 13, 14. — * Joscpli., De Jiell. jud., lib. YII, cap. xxvi; Antiq. jud., lib. XVllI, cap. xn.

complir, en l'élevant à sa perfection ^ )i Cette attitude de soumission aux règlements et aux pouvoirs établis, s'accorde peu avec le portrait de fantaisie qui nous le représente comme « un démocrate fougueux, en révolte contre toutes les autorités locales, détestant le Temple, et annonçant à ses disciples des démêlés avec la police, sans songer un moment qu'il y ait là matière à rougir ^ « En vérité, s'il faut rougir de quelque chose ici , c'est de l'ignorance d'un siècle où de pareilles inepties ont besoin d'être relevées. Le récit évangélique qu'on vient de lire est un de ceux dont les caractères d'authenticité intrinsèque sont le plus frappants. La primauté de Pierre se manifeste tout d'abord, par un détail d'autant plus significatif qu'il est moins concerté. C'est à Pierre que s'adresse le collecteur de la dîme sacrée. Ne voulant pas importuner le Maître pour une réclamation peu importante, l'étranger trouve fort naturel de la transmettre, par l'intermédiaire du chef des disciples. Mais, d'après le système de sublime délicatesse que nous avons précédemment signalé, l'Evangile de saint Marc, écrit sous l'inspiration du prince des Apôtres, garde le silence sur ce point. Partout où une ambition humaine aurait trouvé l'occasion légitime de mettre son nom, saint Pierre efface le sien. Il s'agit du didrachme, ou demisicle mosaïque. Les Juifs avaient deux sortes de monnaie, au temps de Notre-Seigneur. La domination des Césars 1 Matth., V, 17. — ^ Vie de Jésus, pag. 127.

leur avait apporté le système monétaire de Rome , l'as , avec ses multiples : le dipondium (deux as), le denier (dix as), etc., et les sous-multiples : le quadrans (quart d'un as), etc. Tous ces noms se retrouvent sous la plume des Evangélistes. Les évaluations en monnaies romaines étaient d'usage pour les affaires, le commerce, le salaire et les transactions de tout genre. Mais, par une distinction où le caractère hébreu se peint tout entier, dès qu'il s'agissait de l'impôt national pour le Temple, et des dîmes sacrées établies par Moïse, le langage romain était répudié ; on n'employait que les évaluations de l'ancien système monétaire delà Grèce, établi en Judée depuis Alexandre le Grand. C'est ainsi qu'on réclame au Sauveur le didrachme ofiiciel, et qu'il fait remettre, pour le trésor du Temple, un statère, ou double didrachme , pour lui-même et pour Pierre. Il y avait dans ce langage comme une protestation imphcite du peuple juif, qui maintenait inviolable sur sa tête la royauté souveraine de Jéhovah. Notre-Seigneur, entrant dans cet ordre d'idées, en fait jaillir une admirable affirmation de sa propre divinité. Les rois de la terre, dit-il, n'exigent de leurs fils ni le tribut (impôts indirects) , ni le cens (capitation). L'immunité est de droit pour eux. De même, le Fils de Dieu n'a point à payer l'impôt pour le Temple, qui est le palais de son Père. — Il l'acijuittera cependant, mais il l'acquittera en Dieu. Pierre, le futur pêcheur des âmes, est envoyé sur le bord du lac, pour une nouvelle pêche mira-

culeuse. L'explication des rationalistes, à propos de ce fait, mérite d'être citée. « Le poisson dans la gueule duquel saint Pierre, disent-ils, trouva le didrachme dont il paya l'impôt du Temple, fut tout simplement un poisson qu'il se hâta de prendre, de porter au marché, et de vendre au prix d'un statère. » Vraiment, ne valait-il pas mieux faire jeter les filets du haut de la barque , et essayer une pêche plus productive et plus certaine que celle de l'hameçon? Comment savoir d'avance qu'en tendant une ligne, Pierre prendra sûrement un poisson ; que ce poisson sera de taille à être porté isolément sur le marché, et que son prix sem exactement d'un statère? Une telle série d'éventualités, prédite par le Sauveur et fidèlement réaUsée, ne serait pas moins prodigieuse que le miracle évangéhque luimême. Et ne voit-on pas que jamais Pierre ne fût allé jeter l'hameçon au milieu de Rome, pour prendre le monde entier comme une proie , s'il n'eût fait en Galilée , sous la direction de son divin Maître , l'apprentissage de ses pêches miraculeuses ?

37. Tout s'enchaîne, dans cette histoire divine, et se tient L'enfance

, 1 1 1 • ■ • • , évangelique.

par des nœuds que le sophisme sera toujours impuissant a rompre. Si les disciples , auxquels le Sauveur venait de prédire formehement sa passion et sa mort prochaines, n'avaient pas vécu au milieu d'une atmosphère de miracles, s'ils n'avaient eu sous les yeux que le spectacle d'un juste, d'un sage, en hutte à la haine conjurée des Pharisiens, des

SaJJucécns et d'IIérode, n'ayant d'autres armes contre tant d'ennemis que la résignation et la patience d'un opprimé, ils ne se fussent certainement pas bercés du chimérique espoir de le voir bientôt s'asseoir sur un trône. L'idée de solliciter la première place dans son futur empire ne serait venue à aucun d'eux. Cependant, telles étaient, en ce moment môme, leurs dispositions secrètes. Ils croyaient donc impossible à toute la puissance des hommes un attentat contre Celui qu'ils voyaient commander à la nature, apaiser d'un mot les tempêtes, chasser les démons et ressusciter les morts. Ce sentiment persistera dans leur âme, malgré les prédictions du Sauveur lui-même, jusqu'au Calvaire ; et leur dernière parole, avant que la résurrection de leur Maître eût enfin dissipé cette erreur, sera celle-ci : « Ilélas! nous avions cru qu'il rétablirait le royaume d'Israël! w — « Or, continue le texte sacré, les disciples étaient préoccupés de savoir qui d'entre eux serait le plus grand, dans le royaume de leur Maître. Et ils se disputaient entre eux, dans le chemin , à ce sujet. Jésus connaissait leurs pensées. Arrivés à la maison, il leur dit : De quoi parliezvous ensemble, durant le trajet! — Les disciples n'osèrent lui répondre et gardèrent le silence. Le Seigneur s'étant assis appela les douze et leur dit : Si quelqu'un veut être le premier, il sera le serviteur et le dernier de tous. — Jésus prenant alors un petit enfant ', le plaça au milieu d'eux, et * La tradition nous a conservé le nom de l'heurenx enfant que

l'ayant embrassé, il parla ainsi : En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui s'humiliera, comme ce petit enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux. Quiconque reçoit un de ces enfants en mon nom, me reçoit moi-même. Or, me recevoir, c'est recevoir Celui qui m'a envoyé. Celui donc qui est le plus petit parmi vous, celui-là est le plus grand. Prenez garde de mépriser un seul de ces petits; car je vous le dis , leurs anges , dans les cieux , contemplent sans cesse la majesté de mon Père. Le Fils de l'homme est venu sauver tout ce qui s'égarait. Le berger qui a cent brebis, et qui vient d'en perdre une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur la montagne, pour aller à la recherche de celle qui s'est égarée? Que vous en semble? Et s'il vient à la trouver, en vérité je vous le dis , il a plus joie de l'avoir recouvrée que ne lui en fait éprouver la possession des quatre-vingt-dix-neuf autres restées au pâturage. Ainsi la volonté de votre Père céleste est que pas un de ces petits ne périsse. Quiconque scandahseral'un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui eût suspendu au cou une meule de moulin, et qu'on l'eût précipité au fond de la mer. Malheur au monde à

Jésus prit sur ses genoux, qu'il embrassa et présenta comme un modèle à ses apôtres. Cet enfant fut plus tard l'illustre martyr et évèque d'Antioche , -saint Ignace, surnommé Théophore (Porté par Dieu), en souvenir de cet épisode évangélique.

cause de ses scandales? Il est impossible pourtant qu'il n'y ait point de scandales; il faut qu'ils éclatent. Mais naallicur à l'homme par qui vient le scandale. — Apres que le Seigneur eut parlé de la sorte, Jean lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom , et nous l'en avons empêché , parce qu'il ne marche point avec nous à votre suite. — Ne l'en empêchez point, répondit Jésus ; nul en effet ne peut opérer en mon nom des miracles, et se déclarer aussitôt contre moi. Celui qui n'est pas contre vous , est pour vous , et quiconque vous donne un verre d'eau, parce que vous êtes les disciples du Christ, celui-là, je vous le dis, ne perdra point sa récompense '. » Quasimodo 33. La routc ouverte sous les pas de l'humanité pour

geniti

infantes, s'élcvcr daus le royaume des cieux suit une ligne opposée à celle qui conduit aux honneurs et à la puissance terrestres. Déjà le divin Maître avait posé le fondement de la vie chrétienne, en disant au docteur de Jérusalem : « Celui qui ne sera pas régénéré par une naissance nouvelle ne saurait entrer dans le royaume des cieux. » Tel avait été le langage du Sauveur, à l'époque de la première Pàque. Aux approches de la Pàque dernière, Jésus-Christ met en action celte doctrine surnaturelle, en présence de ses Apôtres, pour la graver à jamais dans leur cœur. Ils ne l'oublieront plus , et les générations d'âmes se succéderont dans l'Eglise , en prenant pour type de la perfection évan- * Matth., xvin; Marc, ix; Luc, ix, xvii.

CUAP. VII. — DERNIER VOYAGE A GAPHARNAUJI. 193

gélique l'enfance spirituelle dont parlait le Sauveur. «Comme des enfants nouvellement nés , dira saint Paul, n'ayez d'ambition que pour le lait candide et pur des enseignements divins. » La robe blancbe des enfants, deviendra le symbole de l'innocence baptismale, que le Chrétien doit conserver sans tache, ou renouveler par la pénitence, pour la présenter immaculée au tribunal du Christ. « Les petits enfants, dit saint Hilaire, suivent leur père pas à pas, ils aiment leur mère, ils ne songent point encore à vouloir du mal au prochain ; le souci des richesses ne les atteint pas; l'orgueil, la haine, le mensonge ne sont pas de leur âge; ils croient à la parole qu'on leur adresse et en admettent tout naturellement la vérité. Telle est la simplicité de l'enfance à laquelle il nous faut revenir, si nous voulons porter en nous l'image de l'humilité du Sauveur. » Cette loi atteint toutes les âmes fidèles, depuis le prince des Pasteurs , le Pontife suprême qui tient dans ses mains les clefs du royaume des cieux, données à Simon-Pierre, jusqu'à la plus obscure des ouailles du troupeau. Telle fut l'efficacité divine de la parole de Jésus- Christ, qu'en donnant le précepte, elle conféra en même temps la grâce nécessaire pour l'accomplir. Les distinctions hiérarchiques, dans l'Eglise, seront ainsi entourées d'un respect, d'une vénération, d'un amour inviolables, parce que la loi de leur autorité est l'humilité , la douceur, la simplicité, la candeur de l'enfance. Les pouvoirs de la n 13

Les eoncilei

terre s'imposent par le faste de la domination; on les sert sans les aimer ; on les craint sans les respecter; on les renverse, hélas! pour un caprice populaire. Si le rationalisme désirait connaître un souverain qui fût aimé sans réserve , et avec un dévouement sans bornes, par des millions d'hommes répandus dans le monde entier , nous lui désignerions le successeur de Pierre , le chef de l'Eglise catholique, qui se nomme le Serviteur des serviteurs de Dieu. Il en est ainsi depuis bientôt deux mille ans. Ce phénomène , dans l'ordre moral, vaudrait pourtant la peine d'être étudié plus sérieusement que ne le font nos sophistes.

39. Les douze, réunis autour du divin Maître, dans la maison de Capharnaûm , formaient en quelque sorte le premier Concile de l'Eglise naissante. « Jésus continua, dit l'Evangile, à leur parler en ces termes : Si voire frère a péché contre vous, allez le trouver, et s'il se repent, pardonnez-lui; s'il vous avait offensé sept fois dans un jour et qu'il vous dît : Je me repens, pardonnez-lui. Reprenez-le d'abord seul à seul. S'il vous écoute, vous aurez gagné l'âme de votre frère. S'il refuse de vous entendre, prenez avec vous un ou deux témoins, afin que toute l'affaire repose sur un témoignage légal. Que s'il ne les écoute pas eux-mêmes, dites-le à l'Eghse; enfin s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain. » L'enseignement pharisaïque, tel que nous le trou-

CHAP. Vir. — DERNrER VOYAGE A CAPHARNAUM. 195

vons encore dans le Talmud ^, prétendait qu'on peut pardonner à son prochain trois fois, mais qu'on ne doit pas aller au delà. Telle était la doctrine rigoriste à laquelle le Sauveur faisait allusion, en établissant la grande loi de la miséricorde évangélique, sans mesure et sans limites, sur les ruines de ces traditions mensongères. Le nombre sept, chez les Hébreux, exprimait le superlatif en général. La période septénaire, durant laquelle Jéhovali « avait accompli toutes ses œuvres ^, » emportait naturellement pour les Juifs ridée d'universalité. Yoilà pourquoi Notre-Seigneur emploie cette expression, dans le sens indéterminé qu'elle avait pour ses auditeurs. Mais la miséricorde, au sein de l'Eglise comme dans le gouvernement de Dieu lui-même, doit se combiner avec la justice. Pour concilier ces deux termes, qui paraissent s'exclure, le génie des législateurs humains s'est épuisé en combinaisons toujours défectueuses. Jésus-Christ ne laissera pas son Eglise désarmée, et tout en maintenant la grande loi de la miséricorde, il saura garantir l'inviolabilité des droits de la justice. La règle, pleine de mansuétude, qu'il a posée, s'est appliquée à tous les ennemis de l'Eghsc, depuis Arius jusqu'à Luther. Lorsque des enfants ingrats déchirent le sein maternel de l'épouse du Christ, la plainte charitable et tendre du Pontife suprême s'adresse à leur cœur, pour y réveiller le sentiment

* Taîm. Babylon., Yorna, fol. lxxxyi, 2. — ^ CompJevitque Deus die septimo opus suum quod fecerat. {Gènes., n, 2.)

196 HISTOIRE DE KOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CURIST.

filial. Si celle voix n'est point entendue, les deux ou trois témoins, que la loi de Moïse exigeait pour toute constatation légale ', viennent adjoindre les efforts de leur zèle près du coupable obstiné dans son orgueil. S'ils ont la douleur d'être repoussés, le rebelle est dénoncé à l'Eglise tout entière, réunie en assises solennelles, dans la personne des Evêques , successeurs des Apôlres. Le Concile universel prononce la sentence, et le génie de l'erreur, frappé d'anatlième, devient, pour tous les fidèles, comme un païen et un publicain.

congréga- '^^' Tcllc cst, cn cffct, la puissance que le divin Maître cûuZnu. conférait solennellement à ses Apùtres. « En vérité, je vous le dis, continue l'Evangéliste, tout ce que vous aurez lié sur la (erre, sera lié au ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans les cieux. Je vous dis encore, que si deux d'entre vous s'unissent, sur la terre, pour demander quelque chose à mon Père qui est aux cieux, quel que soit l'objet de leur prière, elle sera exaucée. Partout où deux ou trois seront réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux. » Les conciles, les associations de prières, les congrégations religieuses, ces couvents, pour les appeler d'un nom qu'une aveugle haine a voulu flétrir, découlent donc directement de l'Evangile. Si duo consenserint. JJbi duo vel très congregati in nomine meo. Telles sont les expressions mêmes de Jésus-Christ. L'EgUse calhoHque * Deuteron., xix, 3.

CHAP. TU. — DERNIER YOTAGE A CAPHARNAUM. i97

seule peut montrer, vivantes aujourd'hui dans son sein, ces œuvres, inconnues de l'antiquité, dont Notre-Seigneur posait les fondements à Capharnaûm, au milieu de douze pêcheurs. Cependant Pierre, qui devait présider au développement de ces institutions nouvelles, réfléchissait au précepte de miséricorde donné par le divin Maître. Il voulait en pénétrer toute l'étendue, et comprendre la signification précise de ce nombre sept, employé par Jésus- Christ, et dont le sens pouvait prêter chez les Juifs à l'équivoque.

41. « Seigneur, lui dit-il: Lorsque mon frère aura pé- Parabole

,, . ..,. , • tr • n.da créancier

che contre moi, je ku pardonnerai. Mais sera-ce sept fois impitoyable, seulement? — Jésus lui répondit. Non; ce n'est point sept fois seulement, mais septante fois sept fois. « C'est-à-dire, suivant le style hébraïque, d'une manière illimitée, et dans un nombre incommensurable. « Le Seigneur ajouta : C'est pour cela qu'on peut comparer le royaume des cieux à un monarque qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. L'un d'eux se présenta, il devait mille talents K Comme il n'avait pas de quoi les rendre, le maître ordonna de le vendre, lui, sa femme et ses enfants, avec tous ses biens, pour payer sa dette. Mais le serviteur, se jetant à ses pieds, le suppliait en disant : Ayez patience, et je vous rendrai tout. Le roi, touché de compassion, fît relâcher le serviteur et lui remit sa dette. Or, ce dernier, étant sorti, rencontra * Environ cinquante millions de francs de notre monnaie actuelle.

un de ses compagnons qui lui devait cent deniers *, et le saisissant à la gorge, il l'étouffait en disant : Rends-moi sur . l'heure ce qui m'est dû. Celui-ci se jetant à ses pieds le conjurait de l'épargner: Ayez patience, disait-il, et je vous rendrai tout. Mais sans vouloir l'entendre, ce créancier impitoyable le fit jeter en prison, jusqu'à ce qu'il eût payé sa dette. Les autres serviteurs du roi, affligés de cette conduite, vinrent trouver leur maître et lui apprirent ce qui s'était passé. Le roi manda cet ingrat, et lui dit : Méchant serviteur, je vous ai remis toute votre dette, parce que vous m'en avez prié. Ne deviez-vous pas avoir pitié de votre frère, comme j'avais eu pitié de vous? — Et dans son indignation le roi le fit mettre à la torture, jusqu'à ce qu'il eût rendu tout ce qu'il devait. Ainsi mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur % »

teursinutiies. 42. TcUc cst la loi évaugéhque de la charité fraternelle. Les Apôtres, destinés à la promulguer sur la terre, auraient pu être fiers d'une telle mission, qui dépassait tout ce que les sages et les philosophes avaient pu jamais imaginer de grandeur morale. Mais Notre-Seigneur les prémunit contre cette tentation. «Si votre serviteur, leur dit-il, a été employé, durant le jour, à labourer votre champ ou à faire paître vos troupeaux, le soir, lorsqu'il rentre de la

Cette somme énorme est choisie par Notre-Seigneur pour mieux représenter l'immensité de la dette du pécheur envers Dieu. * Environ cinquante francs. — ^ Matth., xvni, 23 ad ultim.

campagne, vous ne lui dites pas : Mets-toi à table. Vous lui dites : Prépare mon repas, et sers-le moi; quand j'aurai mangé et bu, tu prendras toi-même ta nourriture. Le serviteur en agissant ainsi, exécute les ordres qu'il a reçus, et ne s'attend pas à une reconnaissance extraordinaire de votre part. Il en doit être ainsi pour vous. Lorsque vous aurez fait ce qui vous est commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous n'avons fait que notre devoir ' ! »

* Luc, XVII, 7-10.

CEAPITRE YIII.

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