V. LA FÊTE DES ENCÉNIES
38, Récit évangélique. — 39. Nom et origine de la fête des Encénies. — 40. Le portique de Salomou. — 41. Harmonie du récit évangéUque avec les mœurs et les lois juives.
§ I. Départ de la Galilée.
1. «Or, dit l'Evangéliste , la solennité nationale des Les frères
de Jésus et
Juifs, appelée fête des Tabernacles, était proche. Les frères la fête du
' -"^^ ' ^ Tabernacle.
de Jésus lui dirent : Quittez ce pays, et montez avec nous en Judée, afin que les disciples que vous y avez soient témoins des œuvres que vous accomplissez. Car celui qui veut être connu ne doit pas agir en secret. Puisque vous opérez des merveilles, manifestez-vous au monde. — Ses frères parlaient de la sorte , parce qu'ils ne croyaient point en lui. Jésus leur répondit : Mon heure n'est pas encore venue. Quant à vous, chaque jour vous est bon. Le monde n'a aucun sujet de vous haïr, mais il me poursuit de sa haine, parce que je rends de lui le témoignage que ses œuvres sont mauvaises. Allez donc à cette solennité , pour moi, je n'y vais pas encore. Mon heure n'est pas venue. — Il resta donc en Galilée , attendant le départ de ses frères pour se mettre en chemin, et il évita de se mêler à la foule, recherchant le silence et le secret *. » * Jean, vu, 1-10.
Argumenta- 2. Tcl Gst le DESsage i\ù TEvangile qui a inspiré au ralio-
tion du 1 o
rationalisme nalismo moJeme la lliéorie des « frères obscurs de Jésus ,
a propos des
obicurs'de lesquels lui faisaient de l'opposition '. » En vérité l'opposition n'était pas fort redoutable de la part de ces hommes qui sollicitent le Sauveur de choisir, pour se manifester au monde, un théâtre plus vaste et plus brillant. Leur foi n'était sans doute point encore élevée à la perfection divine, dont les Apôtres eux-mêmes furent si longtemps à comprendre le caractère. Cependant, au point de vue purement humain, est-il un seul des plus illustres rationalistes dont r amour-propre n'accueillerait avec empressement un pareil hommage? Si l'on venait lui dire : Il ne suffit pas à votre gloire de rayonner dans le cercle étroit de votre patrie : le monde entier vous réclame et vous attend! nous doutons qu'il se tînt fort offensé d'un tel langage et qu'il le prît pour une déclaration de guerre. L'opposition prétendue des « frères n du Sauveur est donc une opposition chimérique. Mais le rationalisme insiste. Le nom de «frères, » dit-il, est bien réellement l'expression employée par l'Evangile. Or, les « frères « de Jésus, désignés ici, ne pouvaient être ni Jacques le Majeur et Jean, fils de Zébédée, ni Jacques le Mineur et Jude ou Thaddée, fils de Cléophas, cousins-germains de Jésus, puisque tous les quatre faisaient partie du collège apostolique, et croyaient à leur Maître, tandis que les frères, dont il est question dans ce * Vie de Jésus, p. 24.
passage, « ne croyaient point en lui. » Donc Jésus-Christ eut réellement des frères. Il est impossible , faute de renseignements, de savoir s'ils provenaient du côté paternel ou maternel. Dans le premier cas, la virginité de Joseph, dans le second cas celle de Marie serait une invention apocryphe. Tout ce qu'il est permis d'affirmer légitimement, c'est l'existence de « frères obscurs » de Jésus, dont l'histoire ne nous a pas conservé le nom. Telle est, dans toute sa force, l'objection des modernes critiques; elle a le privilège de la nouveauté; jamais l'exégèse antique ne la rencontra sur son chemin. Malheureusement pour la jeune école rationaliste, cette fameuse objection suppose une ignorance absolue des premiers éléments de l'histoire évangélique. Notre siècle a repris, avec une ardeur et un zèle qui l'honorent, l'étude sérieuse et approfondie de toutes les généalogies si longtemps oubliées des Pharaons de TEgypte, des Sargonides d'Assyrie, des Maharadjas de l'Inde, des Fils du ciel de l'empire chinois. Nous savons aujourd'hui le nom de tous les frères et de tous les cousins de Sésostris ou de Salmanasar, et, certes, nul ne rendplus que nous justice aux progrès accomplis en ce genre par la philologie moderne. Elle a rétabli des anneaux lumineux dans la chaîne des âges; l'avenir rendra justice à ses efforts. Mais plus nous avons le droit d'être fiers de ces glorieuses conquêtes , plus nous avons le devoir de maintenir les résultats positifs, obtenus par l'exégèse des siècles antérieurs^
dans le champ de l'Iiisloire évangélique. La science profane ne saurait à aucun titre faire oublier la science sacrée. Or, la lignée généalogique de Notre-Seigneur Jésus-Christ a été l'une des plus éclairées de toute l'histoire du monde '. Il y a seulement un siècle que sa notoriété était universelle dans l'Europe catholique; nul écrivain n'aurait imaginé de parler des « frères obscurs de Jésus; » la naïveté sacrilège d'une pareille invention était alors impossible. Réfntetion. 3. Yoici pourquoi. On savait, à cette époque, que les cousins-germains du Sauveur, issus de Cléophas et delà sœur par alliance de la sainte Vierge, étaient au nombre de six. Quatre d'entre eux avaient été appelés à l'apostolat par le divin Maître ; les deux autres, Joseph et Siméon ou
1 Le tableau suivant résume , dit Cornélius a Lapide , tout l'enseignement (les Pères et des docteurs de l'Eglise, et fait comprendre la véritable relation des alliés ou frères de Jésus avec le Sauveur :