DAVID
Salomon Nathan
etc. etc.
Mathan 0
Jacob SoaÉ Anne Héli ou Joachim
I I époux de Sainte
- — ■ "^ — -• — ■" — Sle. Elisabeth Anne
Cléophas ou Alphée S. Joseph épouse de |
époux de Marie époux de la Zacharie La Sainte Vierge
dite altéra Maria Se Vierge | Marie épouse de
S. Jean-Baptiste S. Joseph
Salomé s. Jacoles Joseph S. Jlde S. Siméon Notre-Seigneur
épouse de Zébcdée le Mineur l'apôtre ou Simon Jssus-Christ
S. Jacoues le Majeur S. JsAN l'évangcliste
Simon, ne figuraient encore ni parmi les Apôtres, ni parmi les disciples. Il est remarquable, en effet, que leur nom ne se trouve point dans la liste , d'ailleurs incomplète, des soixante-douze disciples, conservée par saint Epiphane et Eusèbe de Césarée. Yoici cette liste : Etienne, Prochorus, Nicanor, Timon, Parmenas, Nicolas, Matthias, Marc, Luc, Justus, Barnabe, Apelles, Rufus, Niger, Sosthénès , Céphas', Aristion, Jean l'Ancien, Andronicus, Junias, Lucius de Cyrène , Barsabas, Silas etManahem. Toute restreinte que soit cette nomenclature, il est évident que si les deux cousins germains du Sauveur, Joseph et Simon, eussent dès lors fait partie des soixante-douze disciples, ils auraient obtenu dans cette liste la première mention. Leur titre de parents de Jésus avait, dès les premiers siècles de l'Eglise, une telle importance qu'il leur est toujours attribué. Hégésippe, l'an loO de notre ère, les désigne comme les fils de Cléophas, frère de saint Joseph ^. Le texte même d'Hégésippe , inséré par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique , est d'une authenticité incontestable. Hégésippe atteste que l'affinité de Simon avec le Sauveur fut une des raisons qui le firent choisir à l'unanimité pour succéder à saint Jacques son frère, sur le siège de Jérusalem. Il n'y a donc aucune obscurité dans le texte de l'Evangile. Quand
* Ce disciple Céphasest différent de l'apôtre saint Pierre. — - Hegesipp. citât, ab Euseb. Historia Eccles. PaU-ol. Grœc. tom. XX, col. 243- 427, 281, 283, 377-380.
20G niSTOIRE PE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
saint Jean nous parle des « frères de Jésus qui ne croyaient pas encore en lui » et qui invitaient le Sauveur à les accompagner à Jérusalem, dans le pèlerinage entrepris en commun pour la fête nationale des Tabernacles, il emploie exactement la même expression que saint Matthieu, dans une circonstance analogue *. Toute l'antiquité chrétienne a su le nom de ces prétendus « frères obscurs, » comme nous le savons encore ^ Ce qu'il y a de moins « obscur » en tout ceci , c'est la décadence des études exégétiques dans notre patrie.
L'incréduiit» 4. L'incréduUlé de Nazareth s'était modifiée, depuis le
de Nazareth
et la diviniiô jour OU les habitants de cette ville ingrate avaient voulu
du Sanveur.
Lesdescen- précipiter le Sauveur du haut de leurs rochers. De toutes
dants des ■*• ^
jétu^fn P^^^^ ^^^ échos de la Galilée leur renvoyaient la nouvelle
présence dei t j ix.j * ''
Doniitien. dcs prodigcs de salut et de grâce opères par un compatriote, dont l'éclat divin blessait le regard de leur jalousie. Devant ces témoignages positifs, en présence de faits nombreux, constants et avérés, le scepticisme absolu n'était plus possible. Mais, dans son étroitesse basse et mesquine, l'envie locale ne désarme jamais. « Allez en Judée, disent les Nazaréens au Sauveur, afin que les disciples que vous avez dans ce pays soient témoins des œuvres que vous ac-
' Matlh. xiii, ou-oG, voir chapitre m de cette histoire n"' 32, 34 et 35.
« Au témoignage d'Hégcsippe on peut joindre ceux de Clément d'Alexandrie, Origcne, Euscbe de Césarce, saint Jérôme Thcodorct, Isidore de Scville, saint Augustin. ( Cf. Bisping. Erkianmg des Evang. nach. Matthaiis xni, 53. )
coiïiplissez. » Jésus accomplissait donc des œuvres dignes de fixer l'attention de la Judée. Ils l'avouent; mais alors pourquoi ne sont-ils pas eux-mêmes les premiers à en proclamer l'auguste caractère? « Puisque vous opérez des merveilles, ajoutent-ils, manifestez-vous au monde. » Dérisoires et perfides conseils de la haine! Ils affectent un hypocrite intérêt pour la gloire et la réputation du Sauveur; ils ont l'audace d'essayer sur le Yerhe incarné la plus vulgaire des tentations, celle de l'amour-propre humain! II? envoient Jésus à Jérusalem, comme un acteur sur un théâtre. Cependant ils savent que la vengeance des Pharisiens et des Docteurs de la Loi, que la tyrannie inquiète d'Hérode Antipas attendent leur victime; c'est là sans doute l'odieuse espérance qu'ils dissimulent sous le langage de la fraternité. A ces traits caractéristiques, nous reconnaissons la nature déchue, dans sa laideur réelle et vraie. Voilà bien les allures tortueuses de la jalousie humaine, telles que chacun a pu les observer. Rien de tout cela ne ressemble aux colères artificielles ni aux tempêtes imaginaires que le rationalisme moderne voudrait créer autour de Jésus. L'action évangélique se développe dans un milieu vivant, sans aucune exagération romanesque, sans réticence calculée. Ce sont des hommes, avec toutes leurs faiblesses, leurs passions, leurs intrigues et leurs sourdes rivalités, qui environnent l'Homme-Dieu. Mais voici le miracle. Cinquante ans plus tard, deux descendants de ces «frères» de Jésus
vivaient encore, « Domitien les fit venir à Rome, dit ITégésippe, et les interrogea sur l'avènement du Christ. — Etesvous réellement de la race de David? leur dit-il. — Ils l'avouèrent. — En quoi consistent vos possessions et votre fortune? — Nous possédons environ la valeur de neuf mille deniers S répondirent-ils. Cette somme n'est pas en argent , mais en fonds de terre, d'une étendue de trente-neuf arpents *. Nous les cultivons nous-mêmes, et le produit nous sert à payer les impôts et à subvenir à notre existence. — En parlant ainsi, ils montraient leurs mains calleuses, sur lesquelles un labeur incessant avait marqué son empreinte. Enfin Domitien leur parla du Christ. — De quelle nature sera son royaume? demanda-t-il. En quels lieux doit-il commencer? — Cet empire n'est point l'empire de la terre et de ce monde, répondirent-ils. C'est le règne angélique et céleste qui viendra à la consommation des siècles, quand le Christ apparaîtra dans sa gloire, pour juger les vivants et les morts, et rendre à chacun selon ses œuvres'. » — La glorieuse confession des fils répara l'incrédulité momentanée des pères. Nazareth adora le crucifié du Golgotha, dont elle avait répudié un instant la divine auréole, [.e divin 5. En refusant de se rendre à Jérusalem, escorté de la
* En prenant le denier pour 16 as, et l'as romain pour une valeur de 3 centimes de notre monnaie, on arrive au chiffre de 7,200 fr., comme représentant la fortune de ces deux frères.
' L'arpent romain valait 1257'", 53<=. — ' Hegesipp. citât, ab Eusebio. Hist. Eccles., lib. lll, cap. xx, Patrol. Grœc. tom. XX, col. 2o2-2o3.
CHAP. Vin. — DÉPART DE LA GALILÉE. 209
multitude des Galiléens qui en faisaient alors le pèleri- n faut
de la passion
nage, Notre-Seigneur s'était réservé de partir « quand ^ejcsus-
Christ.
son heure serait venue. » Heure solennelle qui marqua le début de la grande période de Rédemption par la Croix ! II fallait que le Christ souffrît , qu'il mourut et qu'il ressuscitât. » Ce divin : «Il faut, » parallèle à celui que Jésus prononçait , quelques jours auparavant , à propos du scandale, qui ne doit jamais disparaître entièrement de ce monde, se rattache à toute l'économie providentielle du salut. Dans la sphère étroite de nos vues humaines, nous avons peine à comprendre ces nécessités terribles. Comme Pierre, nous nous écrierions volontiers : « A Dieu ne plaise, Seigneur , qu'il vous arrive de souffrir et de mourir ! » Comme les Juifs au Golgotha, nous serions tentés de dire à Jésus : Descendez de cette croix infâme; rompez les clous de vos pieds et de vos mains, apparaissez en face de la cité coupable dans la majesté de votre gloire ! Et pourtant si la Rédemption se fût ainsi accomplie à coups de tonnerre, si la splendeur du Thabor n'eût cessé d'environner la personne du Yerbe incarné, la liberté humaine eût été supprimée, la coopération individuelle de la conscience dans l'œuvre du salut, ce privilège divin communiqué aux âmes par le sang rédempteur, eût été anéantie. Pour rester à jamais libre de croire ou de ne pas croire, d'adorer ou d'outrager son Sauveur, il fallait que l'homme poussât l'abus de sa hberté à cet excès du crime, dont l'horreur se II. 14
résume tout entière eu un seul mot : Déicide ! Par une raison inverse, il fallait que Jésus-Christ se livrât lui-même, à l'heure qu'il aurait choisie, comme l'isaac du Testament Nouveau, disposant son holocauste, portant le hois du sacrifice, mais, celte fois, arrêtant le hras des Anges, prêt à frapper les aveugles bourreaux.
Les dix lé- 6. « Jésus se rendit donc à Jérusalem, après le départ de
preux sur le . , . , .„ .
territoire de SCS Ircrcs, dit i Evangiie, mais évitant les maniiestations
Samarie.
extérieures et comme en secret. En traversant la Samarie ', un jour qu'il entrait dans un village, dix lépreux se rencontrèrent sur son chemin ; et se tenant éloignés, ils élevèrent la voix en disant : Jésus, notre Maître, ayez pitié de nous! — Les ayant vus, il leur dit : Allez, et montrez-vous aux prêtres. — En y allant, leur lèpre disparut. — L'un d'eux, se voyant guéri, revint à l'instant même, glorifiant Dieu à haute voix. Il se prosterna le visage contre terre aux pieds de Jésus et lui rendit grâces. Or cet homme était Samaritain. Jésus dit alors : Est-ce que tous les dix n'ont pas été guéris? Où sont donc les neuf autres? Aucun n'est revenu pour rendre gloire à Dieu, sinon cet étranger. — Levez-vous, ajouta-t-il, allez, votre foi vous a sauvée w Authenticité 7. On rencontre encore, en Palestine, des lépreux, voya-
du nairaclf.
géant par bandes, et associant leur commune misère, pour
* Encore aujourd'hui les caravanes suivent cette route de la Galilée à Jérusalem. Elle traverse Ginéa et Naplouse, l'antique Sichcm, et demande trois ou quatre jours de marche.
^ Lucxvii, 11-19.
échapper au supplice de l'isolement, non moins terrible que leur infirmité même *. La lèpre a survécu à tous les progrès modernes ; elle échappe à l'art de nos médecins et déconcerte les efforts de la science. La guérison des dix lépreux de Samarie offre cette particularité caractéristique que le prodige s'opère à distance, quand le divin Maître ne peut, ni de la voix, ni du geste, ni du regard, agir sur les malheureux qui ont imploré son assistance. « Allez, leur a-t-il dit, et montrez-vous aux prêtres. » Telle est la parole qui devait sauver le genre humain, ce lépreux séculaire , auquel les prêtres de Jésus - Christ devaient annoncer la bonne nouvelle de l'Evangile. Quand les Apôtres parcourront la terre, pour y prêcher le nom de Jésus, le divin Maître aura disparu dans les splendeurs de son Ascension glorieuse. Sa personne adorable ne sera plus visible à nos regards mortels. Il faudra pourtant , sous peine d'encourir l'éternelle damnation, a se montrer aux prêtres. » La docihté du monde, en dépit des passions révoltées et des préjugés hostiles, sera le miracle perma-
1 « Le 30 avril 1862, arrivés à Naplouse, la Sichem biblique, nous établissons notre campement vers l'une des portes de la ville, au milieu d'un bouquet de sycomores et de lauriers-roses. Quelques instants après , une bande d'au moins trente lépreux venait faire le siège de nos tentes, demandant le bachisch à nos drogmans, avec menace de punir un refus par leur dangereux contact, 11 nous fallut leur faire l'aumône, le fouet à la main, seul moyen de prévenir des accidents irréparables. » ( Note extraite d'un Journal de Voyage en Orient, communiquée par M. le prince E. de Bauffremont-Courtenay.)
212 UISTOIRE DE KOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
nent de l'Eglise, de même que la docilité des dix lépreux constitue à elle seule un prodige manifeste. Ils ne sont pas encore guéris ; leur chair est toujours dévorée par ces implacables ulcères qui pénètrent jusqu'à la moelle des os ; et cependant, sur la parole du Sauveur , ils n'hésitent pas. Sans délai, sans tergiversation, d'un concert unanime, ils prennent le chemin de Jérusalem, pour aller faire constater par les prêtres de Moïse une guérison qui n'est point encore réahsée, mais dont ils ne doutent pas un instant. Jésus leur a parlé, et cela suffît à leur foi. Que le rationalisme essaie d'appliquer ici ses théories de guérison par « la vue ou le contact d'une personne exquise. )> Surtout qu'il dise comment, si Notre-Seigneur n'avait jamais opéré de miracles, les lépreux auraient pu croire soudain à l'efficacité d'une simple parole, dont le résultat n'était point encore apparent. Dix lépreux, à qui Notre-Seigneur ordonne d'aller se montrer aux prêtres de Jérusalem , y vont en toute confiance. Donc ils savaient, de science certaine, que Jésus- Christ opérait des prodiges. Leur foi commande la nôtre, et leur docilité, en cette circonstance, explique celle dont l'univers nous donnera bientôt le magnifique spectacle. En chemin, leur lèpre disparaît : ce phénomène les étonne si peu qu'un seul revient sur ses pas, pour rendre grâces au céleste médecin. Les autres continuent leur route ; mais le Samaritain guéri oublie les fêtes de Jérusalem, et la joie qui l'attend dans une réhabilitation officielle, où sa famille, ses
CHAP. Vin. — DÉPART DE LA GALILÉE. 213
enfants, son -vieux père, sa mcre peut-être lui seront rendus. La reconnaissance l'emporte dans son cœur sur tous les autres sentiments. Il accourt à Jésus, se prosterne à ses pieds, en les couvrant de baisers et de larmes. L'Evangile nous offre, à chaque page, des exemples de cette prostration des hommes devant le Verbe incarné. Or il y a ici-bas une majesté visible, qui représente à nos yeux l'invisible majesté de Jésus-Christ. Le successeur de saint Pierre est le Vicaire de l'Homme-Dieu. Voilà pourquoi, nous nous prosternons à ses pieds , en les baisant avec amour. Idolâtrie! disent nos frères séparés. Il était donc idolâtre le Samaritain de l'Evangile! Magdeleine, la pécheresse, dont l'ardent amour mérita l'éloge du Sauveur, était donc idolâtre ! Et ne voit-on pas que pour nous, lépreux purifiés dans le sang de l'Agneau, pécheurs graciés par l'ineffable miséricorde de Jésus-Christ , c'est une joie bien plus encore qu'un droit ou un devoir, de nous prosterner devant son représentant sur la terre, d'offrir à son Vicaire ici-bas les hommages dont nous voudrions l'entourer lui-même, s'il nous était donné de le contempler de nos yeux et de le toucher de nos mains ! Qu'on cesse donc de mesurer, à la taille des orgueils humains, les respects dont il convient d'environner et le Dieu de l'Eucharistie et son auguste représentant ! Que de fois, devant les tabernacles où Jésus repose, ne nous est-il pas arrivé de gémir sur l'obstination lamentable avec laquelle le Jansénisme, ce frère puîné du
Proteslanlisme, prélendait marchander au Fils de Dieu rhonneur que le lépreux de Samarie ou le démoniaque de Gadara lui rendaient, avec un bonheur indicible, sur les bords du lac de Tibériade, ou sur les chemins poudreux de Sichem I Croire à Jésus-Christ réellement et substantiellement présent dans l'Eucharistie, et refuser de fléchir le genou devant le tabernacle de ce Dieu caché, voilà un des phénomènes d'aberration que l'Enfer seul peut produire, et qui doit combler d'allégresse le cœur de Satan !
§ II. I>a fête des Tabernacles.
Discours de 8. Lcs léprcux guéi'is portèrent sans doute à Jérusalem la
Jésus dans le
Temple, nouvellc dc la prochaine arrivée du Sauveur. Les Pharisiens n'avaient cessé de le représenter au peuple comme un violateur de la loi du sabbat. Le miracle opéré l'année précédente à la Piscine Probatique était, à leurs yeux, un crime de lèse-majesté divine. Ils affectaient de n*y voir qu'une sacrilège infraction à la loi du repos sabbatique, et ils trouvaient ainsi un prétexte plausible, pour soulever les haines populaires. Il est sans doute difficile d'apprécier leur véritable pensée, sur ce point. Cependant tout porte à croire qu'ils étaient eux-mêmes trop éclairés pour attacher réellement à ce fait une idée aussi absurde. L'étroitesse d'esprit et le formalisme superstitieux dans lesquels ils emprisonnaient la nation juive n'étaient, au service de ces ambitieux, que des moyens d'assurer leur propre domina-
tion. Ils aimaient à faire peser sur l'épaule d' autrui des fardeaux qu'ils n'eussent pas voulu toucher eux-mêmes du bout du doigt. « Or, dit l'Evangile, les Juifs chercliaient Jésus, dans les jours de la solennité des Tabernacles *, et ils se demandaient entre eux : Où est-il? — Parmi la foule, il n'était question que de lui. Les uns disaient : Il est vraiment bon ! — D'autres répondaient : Non, c'est un séducteur, qui égare le peuple! — Cependant nul n'osait s'exprimer ouvertement à son sujet, par crainte des Juifs. Or le quatrième jour de la solennité % Jésus monta au Temple, et il enseignait le peuple. Les Juifs étaient dans l'admiration de sa doctrine : Comment cet homme sait-il les Ecritures, disaient-ils, lui qui ne les a jamais apprises? — Jésus leur répondit en ces termes : Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut accomplir la volonté de Dieu, il reconnaîtra si mon enseignement
1 On sait que cette fête durait huit jours, pendant lesquels le peuple juif habitait sous des tentes, en souvenir des quarante années passées sous la conduite de Moïse au désert. (Exod., xxni, 16.)
2 Nous rendons ainsi le texte de saint Jean : Jam autem die festo mediante , pour lui donner son véritable sens , que les traducteurs français ne font pas comprendre suffisamment par ces paroles ; Vers le milieu de la fête. La solennité des Tabernacles durait huit jours, ce fut donc le quatrième jour que Notre-Seigneur parut à Jérusalem. Nous avons ici, dans l'expression employée par l'Evangéliste, un de ces caractères d'authenticité intrinsèque qu'il faut faire ressortir, par une interprétation plus large , où la lettre se trouve sacrifiée à l'esprit. Autrement , nos usages modernes, tout difTérents des coutumes hébraïques, prêteraient à une équivoque qui n'était ni dans le texte ni dans la pensée de l'historien sacré.
216 niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CURIST.
vient de Dieu, ou s'il émane de moi-mcme. Celui qui parle de soi-même cherche sa propre gloire : mais celui qui cherche uniquement la gloire de celui qui l'a envoyé, celui-là parle au nom de la vérité, il n'y a point en lui d'injustice. Moïse ne vous a-t-il pas donné la Loi? Et pourtant nul de vous ne l'accomplit. Pourquoi donc cherchezvous l'occasion de me mettre à mort ? — La foule lui répondit en criant : Yous êtes possédé du démon ! Qui cherche à vous faire mourir ? — Jésus reprit : J'ai fait un prodige sous vos yeux, le jour du sabbat, et vous êtes contraints de l'admirer. Or Moïse, qui vous a transmis le précepte de la circoncision, donné avant lui à vos pères, vous a permis de pratiquer la circoncision le jour du Sabbat. Mais si vous pouvez circoncire un homme, sans violer le repos sabbatique, pourquoi vous indigner de ce que j'ai guéri complètement un homme le jour du Sabbat? Ne jugez donc pas sur l'apparence, mais d'après la réelle équité. — En l'entendant parler ainsi, quelques habitants de .Jérusalem disaient : N'est-ce pas là celui qu'on cherche à faire mourir ? Le voilà pourtant qui enseigne en public, sans qu'on lui dise rien? Est-ce que les priaces du peuple auraient reconnu qu'il est le Christ? Cependant nous savons d'où est cet homme, tandis que, le jour où le Christ paraîtra, nul ne saura d'où il vient. — Alors Jésus élevant la voix, au milieu du Temple s'écria : Yous me connaissez! Yous savez d'où je viens! Mais je ne suis pas venu de moi-môme ; et celui qui m'a en-
CHAP. YlII. — LA FÊTE DES TABERNACLES. 217
Yoyé, celui qui est la Yérité, vous ne le connaissez pas ! Moi je le connais, parce que je procède de lui et qu'il m'a envoyé. — Alors ils cherchèrent à s'emparer de Jésus, mais nul ne porta sur lui les mains, parce que son heure n'était pas encore venue. Cependant, parmi la foule , un grand nombre crut en lui : Quand le Christ viendra, disaient-ils, fera-t-il plus de miracles que celui-ci' ? »
9. Les rationalistes modernes sauraient-ils nous expli- L:giquedu
Discours de
quer pourquoi la multitude des Hébreux réunis à Jérusa- Jésus. lem pour la fête des Tabernacles concentrait ainsi toutes ses préoccupations sur le Fils de Marie. « Jésus, disent-ils, ne fît jamais de miracles. » Comment donc tout ce peuple cherchait-il Jésus absent, se livrait-il aux plus ardentes discussions sur sa personne ? Il ne manque pas en France de lettrés, de savants, de philosophes, dont le nom soit connu. Cependant il ne viendrait jamais à l'esprit d'un seul Français, dans une fête publique, d'agiter sérieusement la question de savoir si tel httérateur ou tel sophiste en renom a daigné honorer de sa présence la réunion populaire, Jésus- Christ avait donc, aux yeux des Juifs, une altitude et une personnalité mille fois supérieures à celles d'une célébrité vulgaire. Ou tous les Hébreux rassemblés sous les portiques du Temple étaient fous, ou le rationalisme moderne est convaincu lui-même de la plus monstrueuse aberration d'esprit. Le dialogue qui se poursuit entre le divin Maître et ses interlocuteurs n'est pas moins significatif. La préten- Uoan. XII. H-30.
218 nisToinE de notre-seigneur jésus-christ.
tion de le faire composer, un siècle plus tard, en Italie ou en Grèce, par un apocryphe étranger aux mœurs et à la civilisation de Jérusalem, soulève des impossibilités manifestes en tout genre. «Comment, disent les Juifs , peut-il savoir les lettres , lui qui ne les a jamais apprises ? » Cette exclamation, à Rome ou à Athènes, aurait eu un sens complètement différent de celui qu'elle exprimait sous les Portiques du Temple. Les Lettres Grecques et Latines représentaient l'ensemble de la littérature poétique, oratoire, philosophique et historique, depuis Homère, Hésiode et Pindare, jusqu'à Platon, Aristote, Démosthène, Thucydide et Xénophon, dans l'Atlique, depuis Ennius et Plante jusqu'à Yirgile, Tite-Live et Cicéron, à Rome. Mais à Jérusalem, cette expression, si élastique partout ailleurs, était circonscrite à un seul livre, à une seule littérature divine, renfermant la Loi et les Prophètes. Les Lettres pour un Hébreu étaient l'Ancien-Testament. Savoir les Lettres, c'était posséder la science traditionnelle de la Loi, telle que les diverses écoles l'enseignaient. Ainsi les Juifs ont le droit de s'étonner que Jésus, n'ayant fréquenté aucune école, ne s'étant attaché à aucun docteur, puisse enseigner, avec une autorité inconnue. Le divin Maître daigne répondre à leur objection, et il le fait avec une logique parfaitement conforme aux procédés de la dialectique la plus rigoureuse. On nous pardonnera cette remarque, véritablement indigne de la majesté de l'Evangile, mais puisque les sophistes modernes ont osé
CHAP. Ylir. — LA FÊTE DES TABERNACLES. 219
écrire ce blasphème : « L'argumentation de Jésus, jugée d'après les règles de la logique Aristotélicienne, est trèsfaible * ; » l'exégèse catholique a le pénible devoir de se baisser pour ramasser de tels outrages, et en faire éclater la profonde ineptie. Si Notre-Seigneur eût répondu aux Juifs : Je n'ai appris les Lettres dans aucune de vos écoles, cependant la méditation , l'étude particulière que j'en ai faite, l'inspiration divine me les ont révélées, et la preuve que je les connais c'est que vous m'entendez les enseigner : si tel eût été son langage, le rationalisme moderne se montrerait probablement satisfait. Il saisirait clairement la relation entre l'objection et la réponse , et il accorderait au Sauveur un diplôme de logicien selon les règles d'Aristote. Mais la première règle de toute dialectique est de comprendre exactement le sens d'une objection, et de la résoudre selon l'ordre d'idées qui la provoque. Or les Juifs s'étonnaient de voir Jésus enseigner la Loi Divine, sans avoir reçu la tradition scolastique des Docteurs et des Scribes. Nul ne pouvait en Israël élever, comme chez nous, une chaire d'enseignement indépendant et libre. La constitution Mosaïque divinement promulguée au Sinaï formait, avec les Prophètes et les livres du Canon sacré, un ensemble de dogmes et de révélation immuable, dont le dépôt était confié à un corps enseignant, au sein duquel se perpétuaient les traditions nationales. Toute doctrine qui * Vie de Jésus, p. 345.
220 niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUn JÉSUS-CHRIST.
se produisait en dehors de ces conditions inflexibles devait, pour obtenir droit de cité, présenter une garantie incontestable d'inspiration divine. La plupart des Prophètes anciens avaient eu àlutter contre le même obstacle, ils avaient opposé à la fin de non recevoir que le peuple de Jérusalem adresse encore au Divin Maître, la puissance des miracles et la réalisation de leurs prophéties, comme deux signes d'authenticité céleste.
Caractère 10. Tel cst Ic préjuffé exclusivcmcnt local que Jésus-
divindes i J O 1
paroles du Christ avait à combattre. Il le fait avec une autorité souve-
Sauveur.
raine, et en affirmant nettement son droit de législateur qui découle de sa divinité. « Ma doctrine, répond-il, est celle de Dieu lui-même qui m'a envoyé. » Que le rationalisme imagine une parole à la fois plus concise et plus expressive pour établir, d'un seul mot, l'infinie supériorité que Jésus voulait donner à son enseignement, en le présentant comme procédant, sans intermédiaire, de Dieu même. Le second caractère que le Sauveur invoque pour sa doctrine n'est pas moins surnaturel. « Quiconque, ajoutet-il, voudra faire la volonté de Dieu reconnaîtra, par sa propre expérience, que ma doctrine est celle de Dieu. » Toute l'économie de la rédemption du monde est renfermée dans cette phrase, en apparence si simple. L'efficacité de la grâce et de l'enseignement apportés au genre humain parle Verbe incarné ne saurait agir seule et sans la coopération de la volonté individuelle. L'homme s'est perdu en
CHAP. VllI. — LA FÊTE DES TABERNACLES. 221
se faisant le collaborateur de Satan, il ne peut se sauver qu'en devenant le coopérateur de l'Homme-Dieu. L'expérience personnelle que Jésus demande aux Juifs, l'Eglise la demande encore, et l'exigera, d'une manière absolue, de chacune des âmes qui voudront profiter des miséricordieux trésors de la Rédemption. Libre aux esprits indociles et superbes de rejeter une condition qui révolte leur fierté ! Le Fils de Dieu, qui les a aimés jusqu'à mourir pour eux, a préféré répandre; la dernière goutte de son sang, plutôt que de porter atteinte à ce libre arbitre dont ils font un si déplorable usage. Mais la parole de Jésus-Christ n'en reste pas moins d'une vérité d'application qui triomphe de toutes les hostilités et survit à tous les siècles. « Quiconque voudra se résoudre à accomphr sur soi-même la volonté de Dieu reconnaîtra la vérité de la doctrine de Jésus-Christ. )> Demandez à tous les convertis de l'Evangile si cette lumière intérieure, plus éclatante que le soleil , si cette évidence de la foi, si cette effusion de chaleur et de vie divines leur ont jamais fait défaut. Merveilleuse puissance de la doctrine évangélique, dont l'expansion doit transformer l'individu dans le plus intime de sa personnalité, combattre toutes les mauvaises passions , porter le fer et le feu dans les plaies ignominieuses du cœur, et triompher de l'homme avec le concours de la volonté humaine ! Plus on y voudra réfléchir, plus on sentira que pour conquérir le monde entier, il a fallu de toute nécessité, que l'Evangile fût
divin*. Jésus-Chrisiraffirme une seconde fois, avec une précision qui ne laisse place à aucun subterfuge. La loi de Moïse, aux yeux de tous les Juifs était une loi divine. Le Sauveur la prend comme terme de comparaison avec sa propre loi. Moise, leur dil-il, vous a donné h loi du repos sabbatique, tout en renouvelant le précepte de la circoncision imposé aux Patriarches*. Or la circoncision, cet acte de purification partielle , vous la pratiquez sans scrupule le jour du sabbat. Comment donc voulez-vous me mettre à mort, moi qui ai purifié et rendu' sain le corps d'un paralytique, un jour de sabbat? Telle est l'argumentation deNotre-Seigneur
1 Dans l'impossibilité de commenter chacune des paroles du Sauveur avec l'étendue qu'elle exigerait, nous sommes contraints d'omettre une foule de détails intéressants. Cependant nous ne pouvons passer sous silence cette réflexion de Cornélius a Lapide : « Quand Notre -Seigneur, dit-il, prononce cette parole : Celui qui parle de soi - même cherche sa propre gloire ; mais celui qui recherche uniquement la gloire de celui dont il tient sa mission , celui-là est digne de foi, » il fait un véritable syllogisme, dont voici les trois propositions : Celui qui parle de soi-même cherche sa prc^pre gloire. Or moi Jésus , je ne recherche pas ma propre gloire , mais celle de mon Père , ainsi que tous mes actes et tous mes discours le proclament. Donc ce n'est pas moi qui parle , c'est mon Père dont je cherche à propager la gloire. L'illustre commentateur en s'exprimant ainsi , il y a trois siècles, avait-il prévu qu'un sophiste écrirait que « l'argumentation de Jésus, jugée d'après les règles de ialogiquearistotélicienne, est très-faible ? »
* Le texte de la loi Mosaïque relatif à la circoncision était celui-ci : «L'enfant sera circoncis le huitième jour après sa naissance. » (Gènes., XVII, 12; Levit., xu. 3. ) Lors donc que la naissance d'un fils d'Israël avait eu lieu un jour de sabbat, la circoncision lui était conférée au sabbat suivant, sans que la loi du repos sacré prévalût, en cette occur-
au temple de Jérusalem. Pour la trouver « très faible, en la jugeant d'après les règles de la logique Aristotélicienne, )) il faut n'avoir compris ni Aristote ni l'Evangile. Le texte sacré a des profondeurs que le génie de saint Augustin et de Bossuet, après une vie entière de pieuses méditations, n'avait pas complètement explorées. L'Océan recèle ainsi, dans le secret de ses abîmes, des régions qui défient la sonde du nautonnier et l'œil de la science. La nouvelle critique , après une lecture superficielle et légère, n'a pas rougi de jeter l'insulte à l'infini divin de l'océan Evangélique, où les horizons s'élargissent sous le^ pas de l'humanité, à mesure qu'on les parcourt, où les dimensions du Verbe Eternel se sont voilées sous la simplicité d'une humble parole humaine , comme l'azur d'une eau calme et limpide recouvre des abîmes sans fond.
11. « Pourquoi cherchez vous à me mettre à mort?» caracière demande le divm Maître. Cette interrogation tombée des lèvres de Jésus irrite toutes ces consciences coupables. Qui donc avait appris au Sauveur le complot tramé contre sa vie? Jésus-Christ arrivait de la Galilée; les quatre premiers jours de la solennité des Tabernacles s'étaient écoulés sans qu'il fût présent. Toutefois, il ne se trompe pas sur
rence. Evidemment donc si l'on ne transgressait point le précepte sabbatique, par une opération aussi grave et aussi compliquée, la simple parole prononcée par le Divin Maître, en guérissant le paralytique de Béthesda, ne pouvait constituer, même aux yeux du plus méticuleux des Juifs, une infraction à la loi du repos sabbatique.
SSi niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
les véritables intentions du Pharisaïsmc à son égard. « Pourquoi clicrcliez-vous à me mettre à mort? » dit-il de celte voix souveraine, qui révèle toute vérité. — « Vous êtes possédé du démon! » reprend la multitude irritée, comme si elle disait : Une inspiration pareille ne peut venir que de l'esprit du mensonge. « Car enfin qui donc cherche à vous faire mourir ? » La réponse à cette dénégation ne se fit pas attendre, et le Sauveur n'eut point à la prononcer lui-même. Un groupe de quelques habitants de Jérusalem, en passant sous les portiques, et en apercevant Jésus, dit alors : c< N'est-ce pas là celui que les princes cherchent à mettre à mort? Le voilà qui parle en public, sans qu'on l'inquiète. Les princes du peuple auraient-ils reconnu qu'il est véritablement le Christ? Cependant nous savons d'où est celui-ci, tandis que le jour où le Christ fera son avènement, nul ne saura d'où il est. » Ces réflexions spontanément échangées entre d'obscurs habitants de Jérusalem, à la vue du Sauveur, nous font comprendre à la fois l'animosilé du Sanhédrin et l'attitude perplexe de la foule, sollicitée, d'un côté, par les ennemis de Jésus, attirée , de l'autre, par la réputation extraordinaire et l'auréole surhumaine qui environnaient le divin Fils de Marie. Le nom du Christ, ce nom qui résume l'espérance de quarante siècles, et doit compléter la mission historique du peuple hébreu, sort de toutes les lèvres, aussitôt que Jésus paraît. Est-il le Messie, proclamé par Jacob mourant, pro-
mis par Moïse, chanté par David, signalé par Isaïe et tous les Prophètes? Les princes d'Israël ont-ils enfin reconnu le Messie, tant désiré, sous les traits de Jésus de Nazareth? Mais en parlant du Christ, Isaïe a dit : « Nul ne saurait raconter sa génération * ; » Michée s'est exprimé plus péremptoirement encore : « Il procédera, dit-il, de l'origine même, et des jours de l'éternité *. » La prophétie messianique de David n'était pas moins formelle : « Avec vous, disait-il, le principe de toutes choses , au jour de votre gloire , dans les splendeurs des saints ! Yoici que je vous ai engendré de mon sein, avant l'aurore des âges! Vous êtes le Prêtre éternel, selon l'ordre de Melchisédech '.» Chacun de ces rayons lumineux, qu'il nous est aujourd'hui si facile de rattacher à. l'immortelle couronne de Jésus-Christ , étaient pour les Juifs autant de problèmes à résoudre. Le Christ devait apparaître, au milieu des âges, comme la figure patriarcale de Melchisédech, dont nul ne connaissait le père. Or les Juifs croyaient connaître le père de Jésus; ils le nommaient Joseph. Nos modernes rationalistes en savent autant qu'eux sur ce point. La génération du Messie devait être inconnue aux mortels. Or les Juifs croyaient savoir positivement que Jésus était fils de Joseph et de Marie. L'origine du Messie devait remonter au delà des temps, et se perdre dans les splendeurs des saints. Or les Juifs croyaient pouvoir affirmer que Jésus sortait de l'humble maison d'un
* Isaïe, LUI, 8. — ^Mich., v, 2. — ^ Psalm. c\x, 4, 5.