‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 27 sur 69 · Le lendemain, dès l'aurore, Jésus revint au jugement · texte numérisé non relu

Le lendemain, dès l'aurore, Jésus revint au jugement

de la femme

Temple, où le peuple s'assembla autour de lui. S'étant adultère. donc assis, il enseignait la multitude. Alors les Pharisiens ' Luc, XI, 1-13.

lui amenèrent une femme convaincue d'adultère, et la présentant au milieu de l'assemblée, ils lui dirent : Maître , cette femme vient d'être surprise en adultère. Or, Moïse nous a ordonné dans sa Loi de punir un tel crime par le supplice de la lapidation. Quel est votre sentiment à cet égard? — Ils parlaient ainsi pour le tenter, espérant trouver dans ses paroles un prétexte d'accusation. Cependant, Jésus s'inclinant, traçait du doigt des caractères sur le pavé du Temple. Comme ils redoublaient leurs interrogations, il se releva et leur dit : Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre! — Puis, se baissant de nouveau, il continuait à écrire. A cette réponse, ils se retirèrent l'un après l'autre, depuis les vieillards jusqu'aux plus jeunes , laissant Jésus seul avec cette femme. Se levant donc, Jésus lui dit : Femme, où sont vos accusateurs? Quelqu'un vous a-t-il condamnée? — Personne, Seigneur, répondit-elle. — Alors Jésus dit : Je ne vous condamnerai pas non plus. Allez, et désormais ne péchez plus ^ » Le rigorisme 18. Les iTois péchcresscs de l'Evangile, converties et réface de H habiUtées par le divin Maître, sont la Samaritaine au bord

miséricorde

de Jésus- du puits de Jacob, Magdeleine dans la maison du Pha-

Chrift. ^ '

risien , et la femme adultère au Temple de Jérusalem. Singulière obstination de l'humanité dégradée ! Chacun de ces actes de miséricorde souveraine a été l'objet des plus âpres récriminations de l'hérésie. 11 est visible que Satan ' Joan., VIII, 1.

s'est efforcé de déshériter le monde de l'espérance, en effaçant jusqu'à la dernière trace des absolutions prononcées par le Sauveur sur des fronts coupables. Les Catbarins du X* siècle de l'Eglise, ces ancêtres du puritanisme moderne, prétendaient que la mémoire de la Samaritaine avait été calomniée et qu'on avait toujours interprété à contre-sens la parole de Notre-Seigneur : a Vous avez eu cinq maris, et celui avec lequel vous vivez maintenant n'est pas le vôtre. » Le jansénisme poussait des cris d'horreur, en entendant appliquer à Marie-Magdeleine l'épithète de pécheresse. Enfin l'épisode de la femme adultère révoltait la délicatesse des hérétiques des premiers siècles, à un tel point, qu'ils crurent devoir le supprimer, dans les exemplaires de leurs Evangiles, ce Ces hommes de peu de foi, ou plutôt ces ennemis de la foi véritable^, dit saint Augustin , professent, avec les païens, un sentiment d'indignation souveraine contre cette histoire. Ils s'imaginent sans doute que l'indulgence du Sauveur aurait pour résultat d'encourager leurs épouses dans la voie du crime , par l'assurance de l'impunité. Ils ont donc fait disparaître ce récit de leurs codex. Comme si Jésus avait autorisé le désordre, quand il dit au contraire à cette femme : Allez, et ne péchez plus à l'avenir! Comme si le céleste Médecin avait dû s'abstenir de purifier une âme souillée , par déférence pour les insensés qui y trouveraient un sujet de scandale ' ! » La pré- * Sed hoc videlicet infidelium sensus abhorret , ( nempe reconci-

2i0 niSTOlRE DE NOTRE-SEIGNECR JÉSUS-CHRIST.

tention de poser une limite à la boulé suprême, et de faire prévaloir l'exagération d'un rigorisme implacable sur les miséricordieuses condescendances de la grâce divine, est l'un des plus étranges contrastes qui aient pu se produire au sein de l'humanité ! Quoi ! Du milieu de notre faiblesse et de notre infirmité natives, dans cet abîme d'ignominie où s'agite une race déchue , parmi ces mystères de honte qui font monter la rougeur sur tous les visages et torturent en secret des consciences bourrelées, il s'est trouvé des hypocrites de vertu, de justice et de pudeur, assez audacieux pour dire au pardon de Jésus-Christ : Tu ne viendras pas jusqu'à moi ! Tu insultes notre dignité! — Il est ainsi pourtant; et toutes les inconséquences les plus monstrueuses se produisent au grand jour, dès qu'il s'agit de combattre la doctrine du salut, apportée au monde par le Yerbe incarné. Autheniicité 19. Cependant, de toutes les pages de l'Evangile, aucune évangéiiqe. n'cst marquée de caractères d'authenticité plus évidents que l'épisode de la femme adultère. La loi de Moïse punissait un crime de ce genre par la lapidation '. Les Pharisiens

liari miilieri pcr pœnitentiam emendatœ ) ita ut nonnulli niodicae fidei vel potius iiiimici verae fidei, credo metucntcs peccandi impunitatera dari mulioribus suis, illud quod de aduiterae indulgcnlià Dominus fecit, aulcrrent de codicibus suis : quasi permissioueni peccandi tribuerit qui dixit : Jam deinccps noli peccare, aut ideo non debuerit mulier a medico Deo illius pcccati remissione sanari , ne oflensentur insani. (S. Augustin. De conjiig. adulter., lib. II, Patrol. Latin., tom. 4, p. 474. ) ' Levit., XX, 10. Deuter., xxii, 24.

et les Docteurs de la loi, dont les désordres et l'immoralité étaient alors tellement scandaleux que le Talmud luimême les flétrit avec une énergie qui défie toute traduction, avaient peu à peu laissé tomber en désuétude les rigueurs de la législation Mosaïque à ce sujet. Mais, pour être inexécuté, le texte même de la loi n'en subsistait pas moins ; il était lu dans toutes les synagogues. L'épreuve, à laquelle ils soumettent le Sauveur, leur offrait donc un prétexte merveilleusement imaginé pour établir toute une base d'accusation. Si Jésus-Christ répondait qu'il fallait lapider cette malheureuse, il compromettait, avec sa popularité, la réputation de condescendance, de douceur et de miséricorde dont il jouissait près de la foule. 11 assumait tout l'odieux d'un jugement que la tolérance intéressée des Pharisiens avait depuis longtemps fait bannir des mœurs sociales. S'il inclinait au contraire vers la clémence, s'il prononçait une parole d'absolution , il violait ouvertement la loi sainte. Les reproches analogues qui lui avaient été adressés, à propos des prescriptions sabbatiques, se trouvaient ainsi confirmés. Il se déclarait en révolte contre les institutions nationales, avouait hautement l'intention de les renverser, et devenait ainsi manifestement coupable de lèsemajesté divine. Ces calculs, si profondément hostiles, ne pouvaient avoir lieu que dans un miheu juif; à Rome ou à Athènes , ils n'eussent pas obtenu la moindre chance de succès. Chaque détail du texte sacré porte ici l'empreinte u. 16

exclusive de la civilisation hébraïque. C'était une règle absolue chez les Juifs île consulter les Docteurs les plus fameux, dans les cas extraordinaires, où l'application de la loi présentait des difficultés sérieuses. Il n'y avait donc rien d'insolite dans la démarche des Scribes et des Pharisiens, s'adressant à Jésus, pour un fait aussi grave. Le peuple entier rendait hommage à la sagesse et à la prudence du Rabbi Galiléen. On s'étonnait, parmi le peuple, qu'il eût une connaissance si parfaite de la loi , quand il était de notoriété publique qu'il ne l'avait jamais étudiée. Enfin, par une coïncidence fort remarquable, le jour même où l'on amenait en sa présence la femme adultère , le lendemain de la clôture de la solennité des Tabernacles, était précisément celui où la multitude célébrait la Fête de la Loi. Tous les esprits devaient donc être disposés par les préoccupations religieuses de ce jour à. s'exalter en faveur de la loi nationale, si, comme les Pharisiens le supposaient, la sentence du divin Maître était une sentence d'absolution. Mais Jésus , sans répondre à l'interrogation captieuse des Scribes , s'incline et trace du doigt des caractères sur le pavé du Temple. Or, quand une femme ainsi accusée était conduite devant le Prêtre , celui-ci prenait de la poussière du parvis, il écrivait, dans le livre des malédictions, le crime qui lui était imputé. Mêlant ensuite la poussière dans l'eau d'une coupe sur laquelle il prononçait l'anathème légal, il faisait boire ce breuvage à l'accusée. Telles étaient les

formes prescrites par Moïse, pour celte sorte de jugement de Dieu. Si la femme était innocente, la potion maudite ne lui faisait aucun mal. Dans le cas contraire , on voyait cette malheureuse chanceler, s'évanouir, et expirer dans d'atroces convulsions. Yoilà pourquoi Notre-Seigneur, imitant les cérémonies extérieures du jugement sacerdotal, dans ce qu'elles avaient d'immédiatement praticable, s'inchne à terre, et écrit, du doigt, sur la poussière du parvis. Les Pharisiens durent croire que Jésus traçait sur le pavé la formule de malédiction. Dans cette pensée, ils redoublent leurs instances pour obtenir la réponse qu'ils espèrent. Mais le Sauveur se redresse et leur dit : « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! » Ainsi parle le Fils de Dieu, lisant dans le secret de ces consciences souillées ; et le peuple, témoin du dérèglement et des infamies quotidiennes de ces hommes, suit du regard le trouble qu'une telle sentence occasionne parmi leur foule impure. Les accusateurs devaient, selon la loi juive, jeter la première pierre au coupable, condamné d'après leur témoignage. La réponse de Notre-Seigneur emprunte à cette disposition légale un caractère tout particulier d'énergie et de vérité terrible. Les Hébreux ne connaissaient pas l'institution moderne du bourreau. « Si un crime est commis en Israël, avait dit Moïse, on s'emparera du coupable : qui sera jugé en présence de l'assemblée, le peuple l'entraînera hors de la cité et le lapidera , mais les

témoins qui auront vu et dénoncé le forfait jetteront la première pierre. Ainsi vous extirperez le mal du milieu d'entre vous. » Le jugement de la femme adultère porte donc, au plus haut degré, tous les caractères d'authenticité intrinsèque. Partout ailleurs qu'à Jérusalem, il eût été d'une impossibilité absolue.

. , 20. «Une autre fois, continue l'Evangéliste , Jésus s'a- '"'^ÏÏe.''" dressa encore au peuple. Je suis, dit-il, la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres ; il possédera la lumière de la vie. — Les Pharisiens l'interrompirent alors : C'est vous, lui dirent-ils, qui vous rendez à vous-même ce témoignage, par conséquent ce témoignage ne saurait être vrai. — Jésus leur répondit : Quoique je me rende à moi-même témoignage, ma parole est cependant l'expression de la vérité ; car je sais d'où je viens et où je vais, tandis que vous ne le savez pas. Vous jugez selon la chair ; pour moi telle n'est pas la base de mes jugements. Quand je juge, mon jugement est véritable, parce que je ne suis pas seul, le Père qui m'a envoyé est avec moi. Or il est écrit, dans votre loi, que la déposition de deux témoins établit la vérité. Les deux témoins sont ici. Moi-même je me rends témoignage, et le Père, qui m'a envoyé, le confirme. — Où est votre Père? demandèrent-ils. — Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, répondit Jésus. Si vous me connaissiez , vous connaîtriez aussi mon Père. — Or quand Jésus parlait ainsi, il

était dans le parvis du Trésor, et nul ne porta la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue K »

Le rationalisme moderne ne semble pas avoir compris un mot à ces dialogues évangéliques, échangés dans le Temple de Jérusalem entre le Sauveur et les Pharisiens ses ennemis. « Ces discours roides et gauches, dit-il, dont le ton est si souvent faux et inégal, ne seraient pas soufferts par un homme de goût ^. » En vérité, on a osé écrire cette affirmation, sans craindre que e génie de saint Augustin, de saint Thomas ou de Bossuet vînt renvoyer cette ignoble injure à la face de qui l'a lancée, en révélant tout ce que le « goût » d'un homme du xix* siècle, capable de signer un pareil blasphème, suppose de radicale ignorance ou d'intrépide mauvaise foi ! Rhéteur, vous trouvez une attitude « roide et gauche » à cette affirmation du Yerbe incarné : «Je suis la lumière du monde. Qui me suivra ne marchera plus dans les ténèbres ; mais il possédera la lumière de la vie ! )) Quel est pourtant, à l'heure présente, le soleil du monde intellectuel et moral, dont le rayon a offusqué votre regard au point de vous contraindre à la lutte impie dont vous assumez la scandaleuse responsabihté? La lumière de

* Joan., Yin, 12-20. Le Gazaphylacîum ou Trésor du Temple était d'après Josèphe { Bell. Jud. v, 5, 3, ) adossé au Parvis des Femmes. Le Talmud dit qu'on y avait placé des troncs destinés à recevoir les offrandes volontaires, et la contribution annuelle du didrachme, pour les besoins de l'édifice sacré et la subsistance des pauvres.

» Vie de Jésus, Introd., p. xxm-xxiv.

2i6 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JESUS-CHRIST.

Jésus-Christ est partout en ce moment; vous l'avez rencontrée dans l'histoire du passé, dans le développement de notre civilisation actuelle, dans les lois, les mœurs, les traditions et les gloires au milieu desquelles vous vivez. Yous ne pouvez faire un pas sans la trouver sur votre chemin ; et la meilleure preuve que cette lumière est vivante et souveraine , c'est que vous l'avez attaquée avec tant de violence. Nul ne songerait à s'acharner contre la cendre d'un mort. Dites-nous donc comment l'affirmation de Jésus- Christ, au Temple de Jérusalem, a pu se vérifier avec une si miraculeuse exactitude ? Pourquoi Jésus-Christ est-il en réalité aujourd'hui la lumière du monde? Les Pharisiens et les Scribes ne virent dans cette prophétie solennelle qu'une exagération de vaniteuse personnalité. Mais enfin les Pharisiens et les Scribes n'avaient pas sous les yeux un passé de dix-huit siècles, illuminé par le rayon du Christ Rédempteur. Ils ne pouvaient percer le voile de l'avenir, et contempler les prodiges de vérité, dévie et de splendeur divine, répandus sur l'univers par le Yerbe Incarné. Voilà pourquoi Jésus pria pour eux, car ils ne « savaient ce qu'ils faisaient. » Ce secret méconnu par eux est aujourd'hui aussi manifeste, aussi public, aussi notoire que l'évidence même. La lumière de Jésus-Christ est partout. Il suffit d'énoncer le fait pour le constater. Et vous trouvez que c'est là « une attitude roide et gauche ! » Et vous trouvez que cela ne « saurait être souffert par un homme de goût ! »

Vous remplissez vos deux mains de fumée pour obscurcir cette lumière immortelle qui vous blesse. Commencez donc par nous donner une explication satisfaisante de l'étonnant accord de l'iiistoire avec la parole de Jésus-Christ au Temple de Jérusalem. Le Sauveur a dit, quelques mois avant d'expirer sur un bois infâme : « Je suis la lumière du monde ; » et aujourd'hui tout le monde civiUsé proclame que Jésus- Christ est sa lumière. Si le hasard a fait la prophétie, et s'il l'a réalisée , votre hasard est aussi puissant que Dieu même, et le surnaturel que vous niez vous enveloppe, même à travers le réseau de votre terminologie sceptique. 21. La parole de Jésus-Christ aux Juifs équivalait à une

Explication

solennelle affirmation de sa propre divinité. Impossible de ^"^ "^ette

parole par

s'y méprendre. «Les disciples deManès, dit saint Augustin, ^' Auguste. ont essayé cependant une explication qui touche à la folie. Ils prétendent que le Christ est le soleil visible, dont la lumière brille à nos yeux mortels, et éclaire ce monde terrestre. Non, le Christ n'est pas le soleil, il est le Dieu qui a fait le soleil. Il est l'éternelle lumière par qui fut créée la lumière. Aimons cette splendeur incréée, qui a donné l'être à toutes les créatures ; appUquons toute notre intelligence à la comprendre; ayons soif d'elle; pour qu'un jour il nous soit donné de venir à elle et d'avoir ainsi la vie. Par elle le flambeau du soleil a été allumé. La lumière qui a créé le soleil a voulu, par amour pour nous, habiter cette terre, à la lumière du soleil son ouvrage. N'outragez donc

Je suis

point, sous le nuage de la chair dont il s'est revêtu, le divin soleil des âmes. Il s'enveloppe de ce nuage, non pour disparaître entièrement mais pour tempérer son éclat. Lumière éternelle, lumière de sagesse et de science, il dit aux hommes, sous le voile charnel dont il s'est entouré : «Je suis la lumière du monde ^ ! » Sera-ce humilier nos modernes ralionahstes de les renvoyer à l'école du grand évêque d'IIippone? Quoi qu'il en soit, ils ont encore besoin d'apprendre le sens réel de l'objection des Pharisiens. « Vous vous rendez à vous-même témoignage, disaient les Scribes, donc votre témoignage est nul. » C'est là une de ces argumentations fondées sur la loi juive , dont nos sophistes seraient tentés de méconnaître la logique. Toute déposition, pour avoir un caractère officiel, devait, d'après l'institution de Moïse, être appuyée au moins par deux témoignages. Tel est le sens réel de l'objection Pharisaïque; et le Divin Maître entre au cœur de la question, en invoquant la déclaration conforme, faite par son Père, au temps de Jean-Baptiste, sur les bords du Jourdain. — Où donc est votre Père ? demandent les Scribes. — Et Jésus renouvelle l'affirmation de sa Divinité en répliquant : « Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. » Après cela nous laisserons le rationalisme moderne appliquer à l'argumentation de Jésus les règles de la « logique aristotélicienne ! »

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