CHAP. VIII. — L'AVEUGLE-NÉ
plus autorisé à vos yeux des historiens de Jésus, « le représente comme un sorcier très-puissant qui fait peur, et dont on aime à se débarrasser. » Allez donc, si vous le pouvez, appliquer ces contradictions flagrantes à l'inflexible mesure de la «logique aristotélicienne.» Le jour où le oui et le non, l'affirmation et la négation, l'être et le non-être seront reconnus comme des termes identiques par le genre humain, ce jour-là vous aurez trouvé la seule logique qui puisse justifier votre théorie. En attendant , vous êtes condamné à redire sans cesse, avec une assurance désespérée : « La critique n'éprouve, en présence de ces sortes de phénomènes historiques , aucun embarras ! »
29. Les Pharisiens furent moins heureux : et leur con- li logique
de l'aveugle-
duite vis-à-vis de l' aveugle-né accuse le plus terrible des ^^^ embarras. Cracher à terre et porter du bout du doigt un peu de limon détrempé sur la paupière d'un aveugle, étaitce un travail défendu par la loi du repos sabbatique ? Il fallait une foi robuste pour le croire. Et cependant les Pharisiens sont forcés de se retrancher derrière cette misérable argutie. N'eùt-il pas été plus commode pour eux de nier le miracle lui-même? C'était trancher au vif la difficulté. Mais comment persuader à un aveugle-né, qui voit pour la première fois la lumière du jour, qu'il se trompe sur une réalité aussi intimement personnelle ? Que répondre à un père, à une mère qui vous disent : « C'est bien là notre fils. Il est né aveugle, et maintenant il voit ? » Si les docteurs Juifs
eussent été plus versés dans la médecine scientifique, ils auraient été frappés d'une circonstance que nous ne pouvons omettre. Lorsque la chirurgie moderne pratique avec succès Topéralion d'une cataracte, on se garde bien d'exposer immédiatement l'organe de l'œil aux rayons lumineux. Une imprudence de ce genre amènerait une cécité plus terrible que la première. Ce n'est qu'avec le temps, et une gradation savamment calculée, que la transition entre les ténèbres et la lumière peut avoir lieu sans danger. Mais aucune précaution de ce genre n'est mise en usage, pour l'aveugle de Jérusalem. Il va laver ses yeux à la piscine de Siloë, et il revient guéri. L'éclatante lumière du ciel de l'Orient, perçue pour la première fois, ne fatigue ni ne blesse son regard inaccoutumé. « C'est bien moi, » dit ce mendiant aux voisins qu'il rencontre, doutil connaissait la voix amie, et dont il distingue maintenant le visage et les traits. La lumière extérieure, qui l'inonde de ses effluves caressants, ne fait rien perdre à sou âme des splendeurs internes. La dialectique de l'aveugle-né doit faire envie à nos rationalistes. «Quoi ! dit-il, vous ne savez pas de qui procède celui qui m'a guéri? Mais dès qu'il agit de la sorte, il est clair qu'il procède de Dieu. « Que la Synagogue bannisse ce logicien importun ; qu'elle prononce sur lui l'anathème légal ; qu'elle le renvoie ignominieusement parmi le troupeau des Gentils, à qui le Judaïsme jetait l'épitbète de chiens, tout cela ne fait qu'attester plus solennellement le miracle. Ici les com-
missions officielles n'ont pas fait défaut ; les témoins ont été entendus; les interrogatoires du Sanhédrin ont été renouvelés avec toute l'insistance et la solennité désirables. La science légale s'est affirmée, à Jérusalem, avecle ton ironique et tranchant qui la caractérise toujours ; l'instruction a été habilement mêlée de demandes captieuses, d'intimidation calculée, de professions de foi énergiques. Qu'eût fait de plus un tribunal présidé par le moins « embarrassé » de nos rationalistes actuels?
§ V. Paraboles.
30. Malgré l'excommunication de l'aveugle-né, malgré parabole du la haine toujours croissante des Pharisiens, Jésus continue à enseigner dans le Temple. Les pierres, dont toutes les mains s'étaient armées, quelques jours auparavant, contre le Fils de Dieu, restent maintenant entassées sous les Portiques, et les Scribes sont impuissants à déchaîner sur cette tête auguste un de ces orages populaires qu'ils commandent à leur gré. L'Evangéliste ne dit pas un mot du contraste si manifeste entre les tempêtes de la veille et le calme du lendemain. Sans le miracle de la Piscine de Siloë, un tel revirement dans les esprits serait inexphcable. Le Divin Maître était donc dans la maison de son Père; il voyait entrer, par la Porte Probatique, les brebis et les agneaux destinés aux sacrifices, et il dit aux Juifs : « En vérité, en vérité; je vous le dis : Quiconque n'entre point par la porte dans la berge-
270 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CnRIST.
rie, mais s'y introduit par une autre voie, celui-là est na voleur et un meurtrier. Au contraire, celui qui entre par la porte est le pasteur du troupeau. Le portier lui ouvre, les brebis entendent sa voix; il les appelle par leur nom et les fait sortir pour les conduire aux pâturages. Quand il les mène ainsi, il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu'elles entendent sa voix. Mais elles ne suivent pas l'étranger, elles le fuient au contraire, parce qu'elles ne connaissent point sa voix. — Telle fut la parabole que Jésus leur proposa, mais ils n'en comprirent point le sens. U reprit donc : En vérité, en vérité, je vous le dis : Je suis la porte du bercail. Tous ceux qui vinrent avantmoi étaient des voleurs et des meurtriers, les brebis ne les ont point écoutés. Moi , je suis la porte. Celui qui entrera par moi, sera sauvé : il entrera et sortira pour trouver les vrais pâturages. Le voleur ne vient que pour dérober, massacrer et détruire. Moi, je suis venu pour que les ouailles aient la vie, et la vie surabondante. Je suis le bon Pasteur. Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, celui qui n'est point le pasteur et à qui les brebis n'appartiennent pas en propre, dès qu'il aperçoit le loup, abandonne le troupeau et s'enfuit. Le loup s'empare des brebis et les disperse. Or le mercenaire prend la fuite, parce qu'il est mercenaire, et qu'il n'a nul intérêt personnel à s'inquiéter du troupeau. Pour moi, je suis le bon Pasteur, je connais mes brebis et elles me connaissent, de même que mon
Père me connaît et que je le connais lui-même. Je donne ma vie pour mes brebis. J'ai encore d'autres brebis qui ne sont point de ce bercail ; il me faut les amener, elles entendront ma voix , et il n'y aura qu'un bercail et qu'un pasteur. C'est pour cela que mon Père m'aime, et que je donne ma vie, afin de la reprendre ensuite. Nul ne me la ravit : je la donne moi-même; j'ai la puissance de la sacrifier ainsi, comme j'ai celle delà reprendre. Telle est la mission que j'ai reçue de mon Père. — Sur ces paroles de Jésus, il s'éleva encore une discussion parmi les Juifs. Un grand nombre d'entre eux disait : C'est un possédé ! c'est un fou! Comment pouvez-vous l'écouter ? — D'autres au contraire : Ce ne sont point là les discours d'un possédé. Est-ce qu'un démoniaque aurait le pouvoir d'ouvrir les yeux des aveugles^?»
31. L'image du bon Pasteur est celle qu'on retrouve le m seul
bercail, vn
plus fréquemment, dans les peintures des Catacombes ^. Le seul pasteur. troupeau persécuté des ouailles du Christ aimait à contempler les traits du divin Pasteur. Il est donc incontestable que les premiers fidèles, réunis à Rome, sous la conduite de Pierre et de ses successeurs, entendaient la parabole évangélique dans le sens que le Catholicisme lui donne encore aujourd'hui. Que nos frères séparés consentent à étudier,
• Joan., X, i-2i. — ^ Fu dessa ai primi fedeli tanto cara e famigliare che ad ogni passo la si vede espressa ne' cubicoli cimiteriali. (Mozzoni. Tavole délia storia délia Chiesauniversale.Secdi. i", p. il.)
dans sa simplicité et son admirable énergie, la parole du Sauveur : a 11 n'y aura qu'un bercail et qu'un pasteur. Je suis ce Pasteur, toujours visible, toujours agissant, dont les brebis ne cesseront jamais d'entendre la voix. » L'allégorie employée par Notre-Seigneur, en cette circonstance, était depuis longtemps familière aux Juifs, ([ue l'Ecriture désigne sous le nom de : « Brebis choisies du bercail de Jéhovah. )^ Les pasteurs, dirigeant le troupeau, étaient les Docteurs de la loi , les Scribes et les Pharisiens. Us venaient d'exclure de leur sein l'aveugle miraculeusement guéri. La même excommunication menaçait quiconque, à l'avenir, confesserait comme lui la divinité du Sauveur. Voilà pourquoi Jésus dit au peuple : « Je suis la véritable porte du bercail. Je suis le bon Pasteur. » Tous les détails de la parabole sont empruntés aux usages et aux mœurs de l'Orient. Les troupeaux, qui formaient la principale richesse agricole de la Palestine, avaient sans cesse à craindre les incursions des bandes Arabes et l'attaque desbètes fauves. Le brigandage des tribus nomades n'était pas moins redoutable que la dent des hôtes sauvages du désert. Voilà pourquoi les bergers de chaque contrée réunissaient le soir leurs différents troupeaux dans un mimense parc , entouré de haies, de pahssades ou même de murs en pierres sèches. Un portier gardait l'entrée de ce bercail commun, et ne laissait accéder que les pasteurs. Quiconque pénétrait par une autre voie, c'est-à-dire, escaladait la clôture pour
échapper à la surveillance du portier, était donc, comme le dit Jésus, nn meurtrier et un ravisseur. Au matin, les bergers venaient reprendre leurs brebis, pour les conduire au pâturage. Chaque troupeau, reconnaissant alors la voix de son pasteur, se groupait autour de lui, sans se mépren^ dre, ni s'attacher à une direction étrangère. « Les brebis ne suivent pas un autre pasteur , dit Notre-Seigneur, elles s'en écartent parce qu'elles ne connaissent point sa voix. Mais elles suivent les pas de leur berger. » A ce point de la parabole, l'allégorie est complète ; et le Sauveur en fait l'application immédiate. Les Scribes et les Pharisiens sont les ravisseurs et les brigands du troupeau des âmes. « Je suis, ajoute-t-il, la porte du bercail. Quiconque entre par moi sera sauvé ; il entrera, comme les troupeaux entrent le soir, pour se reposer en paix ; il sortira, comme les troupeaux sortent le matin, pour se rendre aux pâturages. Car je suis venu pour que mes ouailles aient la vie, et une vie surabondante. y> Cependant le Fils de Dieu n'a point encore épuisé les divines instructions dont cette gracieuse image des mœurs pastorales lui fournit le texte. Les pasteurs se divisaient, en Judée, comme chez nous, en deux classes : aux uns le troupeau appartenait en propre; les autres étaient des serviteurs aux gages d'un maître. Jésus continue donc : « Je suis le bon Pasteur , le propriétaire véritable du troupeau. Un mercenaire fuit, à l'approche du loup ravisseur; mais le bon Pasteur donne sa vie pour ses n. 48
brebis. » Enfin les immenses troupeaux qui paissaient dans les campagnes de la Palestine, étaient repartis entre un grand nombre de pasteurs et de bercails différents. Mais Jésus, le souverain Pasteur des hommes, va appeler sous sa houlette et réunir toutes les générations d'àmes dans le monde entier, ce II n'y aura plus qu'un seul bercail et qu'un seul pasteur. » L'unité de gouvernement, dans l'unité de l'Eglise, embrassant l'universalité des lieux et de la durée, telle est l'immense perspective que la parole du Sauveur ouvre sous les yeux des Juifs. On ne sait ce qu'il faut admirer le plus, ou de la majesté de la prophétie, ou de la grandeur de l'institution, ou de la simplicité de l'image. La parole humaine se transforme, sur les lèvres du Verbe incarné, et projette des éclats de lumière spirituelle sur les horizons les plusloinlains, comme le limon se transformait naguère, sous le doigt divin, pour ouvrir les yeux de l'aveugle-né. Mais les clartés duVcrhe fait chair se voilent tout à coup, sous le nuage de la mort. « Je vais donner ma vie, pour la reprendre ensuite, ajoute No tre-Seigneur; ou plutôt, selon l'énergie du texte original, je vais déposer mon âme. Nul ne saurait me la ravir. Je la déposerai de moi-même ; car j'ai la puissance de la quitter, comme j'ai la puissance de la reprendre. » Solennelle affirmation de la Divinité, qui s'atteste elle-même, dans le calme et la sérénité d'une force inébranlable. Jamais, objectent nos modernes rationalistes, Jésus ne prédit clairement sa
future résurrectioD. L'unique prophétie de ce genre qu'on ait songé à lui attribuer après coup, repose sur un jeu de mots. « Détruisez ce temple, avait-il dit, et je le rebâtirai en trois jours. » — Ainsi parlent ces rhéteurs. Mais quand le Sauveur dit aux Juifs : « Je vais déposer mon âme, pour la reprendre ensuite, » il n'y a, dans son langage, ni équivoque, ni interprétation forcée, ni jeu de mots, détourné du sens obvie par une exégèse posthume. Quand, sur le chemin de Césarée, il avait dit aux Apôtres : « Il faut que le Fils de l'homme se rende à Jérusalem, pour y souffrir les plus cruels tourments, subir la condamnation des anciens, des Grands-Prêtres et des Scribes, être mis à mort et ressusciter le troisième jour ; » quand, après la transfiguration sur le Thabor, il avait ajouté : « Gardez le silence sur cet événement jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts, » y a-t-il dans ces discours l'ombre d'une amphibologie, l'apparence d'une contradiction ou d'une équivoque ? « 0 gloire ! ô puissance du crucifié ! dit Bossuet. Quel autre voyons-nous qui s'endorme si précisément quand il veut, comme Jésus est mort quand il lui a plu? Quel homme, méditant un voyage, marque si certainement l'heure de son départ que Jésus a marqué l'heure de son trépas ? » Le Fils de Dieu va donner sa vie pour les hommes, et son Père « l'aime pour cela. » Il semble que l'éternel amour, sans limites et sans mesure, qu'au sein de la Trinité le Père a pour le Verbe, se soit dilaté encore, quand le Verbe
a consenti à mourir pour nous. « Car le Père a tellement aimé le monde qu'il a donné pour lui son Fils unique ! » paraboiedu 32. « Qf, un Docteur de la Loi, continue l'Evangile,
bon Samari- '
tain. prenant la parole du milieu de la foule, dit à Jésus pour le tenter : Rabbi, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? — Qu'y a-t-il d'écrit dans la Loi ? répondit Jésus. Qu'y lisez-vous ? — Le Docteur reprit : La Loi s'exprime ainsi : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de toute votre volonté; et vous aimerez votre prochain comme vousmême K — Vous avez bien répondu, dit Jésus. Faites cela, et vous aurezla vie. — Mais cet homme, voulant faire parade de sa justice, demanda : Qui donc est mon prochain? — Jésus, prenant la parole, dit : Un voyageur descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba entre les mains d'une troupe de brigands, qui le dépouillèrent, et, l'ayant couvert de blessures, le laissèrent à demi mort sur le chemin. Il arriva qu'un Prêtre, suivant la même route, vit ce malheureux et passa outre. Un Lévite, survenant à son tour, agit de même. Or, un Samaritain, qui voyageait dans cette direction, aperçut le blessé, et fut ému de compassion. Il s'approcha, pansa ses plaies, après les avoir lavées d'huile et de vin. Le plaçant alors sur sa monture, il le conduisit à un caravansérail % où il prit soin de lui. Le lendemain,
' Douter., VI, 5.
* Nous prenons la liberté de substituer cette expression au terme
en partant , il remit deux deniers au préposé, en disant : Prenez soin de cet homme, et tout ce que vous dépenserez en plus je vous le rendrai à mon retour. — Jésus demanda
consacré « d'hôtellerie » qui se rencontre dans tontes les traductions françaises. Le mot latin de l'Evangile est stabulum, en grec nav^o- X,eïov, (station des caravanes). Si le lecteur veut bien se rappeler tous les détails dans lesquels il nous a été nécessaire d'entrer, à propos de retable de Bethléem , il comprendra la raison de ce changement. Le texte de l'Evangile, en passant dans toutes nos langues modernes, a subi des interprétations accommodées au génie de chaque langue. La parabole du bon Samaritain est connue dans le dernier de nos hameaux. L'expression « hôtellerie » n'éveille chez nous aucune autre idée que celle d'un établissement d'hospitalité, tenu par des particuliers, qui hébergent, moyennant rétribution, les voyageurs. Le stabulum, ou caravansérail évangélique, est complètement étranger à cette institution toute moderne. A la porte de chaque ville, se trouvait, comme nous l'avons dit, un abri pour les hommes et les animaux. L'hospitalité qu'on y recevait pour une nuit était gratuite , mais ne comprenait exactement que le couvert. Les voyageurs devaient pourvoir eux-mêmes à leur subsistance et à celle de leurs bêtes de somme. Voilà pourquoi le bon Samaritain, arrivé dans le caravansérail, prend lui-même soin du blessé. La plus modeste de nos hôtelleries actuelles lui eût offert au moins le concours d'une servante d'auberge. Sur le chemin de Jérusalem à Jéricho , il n'y avait , à l'époque évangélique , rien de semblable. Un préposé, entretenu aux frais de la ville, habitait cependant le caravansérail, pour donner aux voyageurs les instructions nécessaires, et les mettre en rapport avec les habitants, pour se procurer, à leurs risques et périls, les provisions dont ils pouvaient avoir besoin. Ce système primitif de l'hospitalité orientale se retrouve, de nos jours encore, dans quelques contrées de l'Espagne. C'est ainsi que le lendemain de son arrivée, prêt à reprendre sa route , le bon Samaritain quitte l'abri hospitalier, sans rien payer pour son séjour personnel; mais il remet au préposé du caravansérail deux deniers pour l'engager à prendre soin du blessé , et lui promet de lui tenir compte au retour de l'excédant de dépenses qui pourrait se produire ultérieurement.
alors au Docteur : Lequel de ces trois, le Prêtre, le Lévite ou le Samaritain , vous semble avoir été le prochain du blessé ? — Ce fut le miséricordieux Samaritain, répondit le Docteur. — Allez donc, dit Jésus, et faites de même K » Création 33. Pour saisir le véritable sens de la parabole, il faut
évangélique . . i i • i
de l'idée et avoir uue notion exacte du terme de « prochain , » chez
du terme de
prochain, les Juifs. L'idée qu'il exprime est aujourd'hui d'une notoriété universelle, dans les civilisations issues du christianisme. Nous avons appris du Verbe incarné que tous les hommes sont nos proches et nos frères, par la commune origine , par la vocation à la même patrie , et la participation au même sang rédempteur. Cette effusion de l'esprit de fraternité dans le monde est parmi nous un fait tellement familier, que nous ne songeons même plus à en remercier son divin Auteur. Il semble impossible qu'une pareille doctrine n'ait pas été celle de toutes les époques et de tous les pays. Elle était cependant inconnue à l'antiquité. Ni l'idée ni le mot n'existent dans les langues dites classiques. Le Proximus de Cicéron, le nxr,a;&; des Grecs signifiaient uniquement les liens de la parenté. On avait admiré, comme un sublime effort de la philosophie spéculative , le mot fameux d'un auteur romain : « Je suis homme, rien de ce qui touche à l'humanité ne m'est étranger. » Mais l'axiome demeurait à l'état d'abstraction purement théorique. La réalité était l'esclavage, érigé en
> Luc, X, 25-37.
CHAP. Vlir. — PARABOLES. 279
principe social; et la dédaigneuse épithète de Barbare, donnée par un citoyen de V Agora ou du Forum à tout ce qui n'était ni Grec ni Romain. Chez les Juifs, cet exclusivisme n'était ni moins accusé ni moins choquant. Il avait revêtu les formes rigoristes de la secte pharisienne. Voici comment raisonnaient sur ce point les Docteurs de la Loi. IMoïse avait écrit au Lévitique ces paroles légales : « Vous aimerez votre frère. » Le mot hébreu Rea se peut entendre dans le sens général de frère, ou dans celui plus restreint d'ami. C'était cette dernière interprétation qui avait prévalu dans la Synagogue. Il nous est ordonné d'aimer nos amis, disaient les Rabbins; donc, par une raison inverse, il nous est prescrit de haïr nos ennemis. En conséquence, le nom de Gentils, indistinctement donné par les Juifs à toutes les races étrangères, exprimait, dans leur bouche, un sentiment de mépris identique à celui que renfermait le mot de Barbare, chez les Romains et les Grecs. En dehors delà descendance d'Abraham, un Hébreu professait, pour le reste du genre humain, une invincible horreur. En outre, il y avait, de Juif à Juif, une distinction sophistique, dont le Pharisien de l'Evangile nous donne la clef. Un vrai serviteur de Jéhovah ne considérait comme Hea, ou prochain, qu'un homme au moins aussi juste que lui-même. La mesure de l'affection fraternelle d'un Pharisien, établie ainsi sur la base de l'égoïsme, se trouvait en fait ne s'appliquer jamais à personne. Tel est le sens réel
du dialogue qui s'établit entre le divin Maître et le Docteur de la Loi. Cet hypocrite débute par professer qu'il aime Jéhovab « de tout son cœur, de toute son âme , de toutes ses forces et de tout son esprit. » Qui donc sera le prochain d'un adorateur si fidèle, d'un si parfait disciple de Moïse, d'un si vertueux enfant d'Abraham ? Evidemment, en adressant cette demande à Jésus, le Docteur de la Loi « faisait parade de sa justice, » comme dit l'Evangile; mais il formulait en même temps une interrogation captieuse. Si le Sauveur répondait que tous les Juifs étaient, le prochain d'un tel juste, il fournissait un prétexte plausible de renouveler contre lui l'accusation de flatter les pécheurs, dans une pensée vulgaire de popularité. S'il répondait que le prochain d'un juste ne pouvait être qu'un juste semblable à lui, il perdait sa réputation de bienveillance et de charité miséricordieuse, qui lui attirait les bénédictions de la foule. ,. ^ 34. Le Yerbe incarné renverse, en se iouant, cet échafau-
Latnontee du / o ?
'toniT^d^ dage de perfidie étroite et vindicative. Dans le désert qui à^édch^ séparait Jérusalem de Jéricho, environ à quatre lieues de cette dernière ville , se trouvait un passage tristement fameux par les sinistres dont il était le théâtre. On le nommait Ado?«?nim ou « Montée du sang. » Les rochers qui l'entouraient offraient une retraite inexpugnable aux bandes de brigands, qui fondaient sur les voyageurs isolés, et renouvelaient chaque jour leurs attentats impunis. Les Romains élevèrent plus tard en ce lieu une forteresse, où un poste
de soldats veillait à la sécurité publique. C'est là que le Sauveur transporte l'imagination de ses auditeurs, dans la parabole du bon Samaritain. Le cboix d'un Fils de Samarie, exerçant la miséricorde sur un Juif blessé, n'est pas moins significatif. Entre un enfant d' Abrabam et un païen, il y avait encore une possibilité de contact. Le Temple de Jérusalem recevait les offrandes des Gentils, mais il repoussait absolument celle d'un Samaritain. Tel est le prochain que Jésus donne à ce Docteur de la Loi, si orgueilleux de sa vertu, si profondément retranché dans ses haines de secte et dans ses antipathies nationales. Dès qu'un Samaritain pouvait être le prochain d'un Juif, et réciproquement, toutes les barrières de séparation entre les races étaient brisées. La charité universelle , ce mot et cette idée si inconnues alors, rapprochait toutes les distances, réunissait toutes les âmes, et fondait sur la terre le règne de l'amour des hommes en Dieu. « Allez et faites de môme, » dit Jésus au Pharisien. Parcourez le monde, vous n'y trouverez que des frères. Dans la communauté des misères d'ici-bas, apportez l'effusioû d'une miséricorde universelle. Le genre humain était vraiment ce blessé de Jéricho , abandonné sur le chemin des siècles, couvert de plaies par la violence de Satan. Jésus venait panser ses blessures , avec l'huile de sa grâce, et le vin fortifiant de son sang rédempteur. Et pourtant Jésus n'était aux yeux des Juifs qu'un Samaritain, un excommunié, un maudit. Combien de fois n'avaient-ils
pas répété au Fils de l'homme les injurieuses dénominations de Samaritain et de Démoniaque! Voilà pourquoi sans doute le divin Maître voulut se représenter lui-même, sous les traits du bon Samaritain.
L'héritage 35. « Or quelqu'uu d'entre la foule , reprend le texte frères.- sacré , dit à Jésus : Maître , ordonnez à mon frère de par-
Servitenrs
vigilants, tager avec moi son héritage, — Homme, répondit Jésus,
Dispensateur
infidèle, qui ^'a constitué, parmi vous, pour être votre arbitre ou faire vos partages? — Et s'adressant au peuple , il dit : Voyez à vous mettre en garde contre tout sentiment d'avarice. Car la vie ne dépend, en aucune sorte, de l'abondance des biens que l'homme possède. — Il leur proposa alors cette parabole : Un riche vit un jour ses campagnes chargées de fruits : et il s'entretenait dans son espérance, se disant à lui-même : Que vais-je faire? Je n'ai pas un emplacement assez vaste pour contenir une récolte si abondante! — Voici ce que je ferai, ajouta-t-il. Je vais abattre mes greniers-eten construire de plus grands. J'y entasserai tous lus produits de mes champs et tout ce que je possède. Ensuite je dirai à mon âme : Ame , tu as en réserve des biens suffisants à plusieurs années, repose-toi, bois, mange, et jouis du plaisir des festins ! — Or Dieu dit à cet homme : Insensé, cette nuit on va te redemander ton âme ! A qui appartiendra tout ce que lu as amassé ? Telle est l'image de l'avare, qui thésaurise pour soi et n'est pas riche selon Dieu. — Aussi, conlinua-t-il, en s'adressantà ses disciples :
CHAP. Vin. — PARABOLES. 283
Je vous le dis : N'ayez nul souci de la vie matérielle , ne vous préoccupez ni de votre nourriture ni de vos vêtements. La vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Considérez les corneilles des campagnes; elles ne sèment ni ne moissonnent; elles n'ont ni granges ni celliers. Cependant Dieu leur donne leur pâture. Or combien ne leur êtes vous pas supérieurs? Est-il un seul d'entre vous qui puisse, avec tous ses soins, ajouter seulement une coudée à sa taille? Si donc votre sollicitude est impuissante pour les moindres choses, pourquoi vous inquiéter des autres. Comment croissent les lys des vallées? Ils ne travaillent ni ne filent. Cependant Salomon, dans toute sa gloire, ne fut pas vêtu comme l'un d'eux. Or puisque Dieu décore ainsi une plante qui sera coupée demain et jetée au four, combien plus ne fera-t-il point pour vous , hommes de peu de foi? Ne vous mettez donc pas en peine de ce que vous aurez à manger ou à boire, et ne vous perdez point en calculs superflus. Tels sont les vains soucis des nations de la terre. Pour vous, votre Père sait que vous avez besoin de toutes ces choses. Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît. Ne craignez pas, petit troupeau; car il a plu à votre Père de vous donner un royaume. Allez donc, vendez ce que vous avez, et distribuez - le en aumônes. Faites vous des bourses que le temps ne consume point; amassez des trésors impérissables pour le
284 UISTOIRE DE KOTRE-SEIG.XEDR JÉSOS-CHRIST.
ciel , là où les voleurs ne sauraient avoir d'accès , ni les vers exercer leur ravage. Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Portez la ceinture à vos reins et tenez en main la lampe allumée. Vous êtes semblables à ces hommes qui attendent le moment où leur maître revient de la cérémonie nuptiale, afin de lui ouvrir la porte, aussitôt qu'il sera revenu et qu'il aura frappé. Bienheureux les serviteurs que le maître trouvera éveillés ! En vérité je vous le dis, le Maître se ceindra lui-même, les fera asseoir à sa table, et, passant de l'un à l'autre, les servira de sa main. Qu'il soit revenu à la seconde ou à la troisième veille , il n'hïiporte. Ileureux seront les serviteurs vigilants ! — Si le Père de famille savait l'heure à laquelle le voleur doit venir, il veillerait de même et ne laisserait point envahir sa maison. Soyez donc prêts et veillez-vous-mêmes , car le Fds de l'homme viendra à l'heure où vous n'y songerez pas. — Seigneur, demanda Pierre , est-ce à nous seulement, ou à tous en général, que s'adresse cette parabole? — Jésus répondit : A quelle marque pensez-vous qu'on reconnaîtra un dispensateur fidèle et sûr, étabU par le maître pour avoir la direction des esclaves, et distribuer à chacun , au temps prescrit, sa mesure de froment? Heureux le serviteur que le maître, au retour, trouvera occupé à ses fonctions ! Je vous le dis, en vérité, le maître lui confiera l'administration de tous ses biens. Mais si l'infidèle dispensateur se dit : Mon maître sera longtemps sans revenir! S'il commence à
CHAP. VIII. — TARABOLES. 285
frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire, à s'enivrer, le maître reviendra, au moment où nul ne l'attendait. Il fera mettre à part l'insolent dispensateur, et le jugera avec les autres esclaves infidèles. Ceux qui auront reçu directement les instructions du maître, et ne les auront pas remplies, seront flagellés plus rigoureusement. Les autres, à qui le maître n'avait pas transmis directement ses ordres, et dont la conduite aura été répréhensible, seront punis, mais avec moins de sévérité. Car on exige beaucoup de celui à qui on a beaucoup donné ; on redemande davantage à qui on a plus confié. Pour moi je suis venu jeter le feu sur la terre. Quelle est donc ma volonté sinon de le voir allumé partout? Je dois être baptisé d'un baptême de sang, et quelles ne sont pas mes angoisses jusqu'à ce qu'il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non , je vous l'affirme, mais la division. Désormais, sur une famille de cinq membres, trois seront d'un côté, deux de l'autre. Division du père contre le fils, du fils contre son père, de la mère contre sa fille, de la fille contre la mère, de la belle-mère contre la bru et de celle-ci contre la belle-m.ère K »
36. Nous n'avons pas voulu couper par des réflexions importunes cette page évangélique. Il faudrait en relever ""oieur
l'Eglise.
chaque parole, si l'on voulait noter tous les traits de mœurs locales, qui en attestent l'authenticité. La loi d'hérédité, * Luc, xn, 13-53. Matth., xxiv, 42-46.
Le royaume donné par
chez le peuple Juif, était éminemment protectrice de la famille. Les propriétés foncières , comme on dirait de nos jours, n'étaient presque jamais partagées; elles étaient dévolues à l'aîné, qui avait droit en outre à la moitié des biens meubles. La civilisation hébraïque, dont la force exceptionnelle et la persistance vraiment phénoménale étonnent nos jurisconsultes modernes , dut beaucoup à ce principe éminemment conservateur. Peu importe que nous ayons, sur ce point, des idées diamétralement opposées! Nous n'avons pas le droit de refaire le passé à notre taille. Au reste , un bras de mer sépare ici les deux plus puissantes nations de notre Europe, et s'il fallait juger les deux systèmes contradictoires par leurs résultats , l'avantage social serait-il de notre côté? Quoi qu'il en soit, Jésus éconduit l'Israélite qui voulait le prendre pour juge , et l'Eglise catholique, héritière de l'autorité de son divin Epoux, laisse aux législations civiles toute latitude à cet égard. Les bien?, que le Verbe incarné apporte au monde, ne sont pas de celte nature. Le Sauveur est venu distribuer aux hommes l'héritage des cieux, il les laisse se disputera leur fantaisie les héritages de la terre. Insensés, qui songent à agrandir leurs demeures, la nuit même où Dieu va redemander leur âme ! Cependant le Yerbe fait chair n'entend point exclure son Eglise du domaine des choses d'ici-bas. Il y a longtemps que le sophisme exploite ce préjugé, et qu'au nom de Jésus lui-même, il aspire à dépouiller la divine épouse duChrist. Or
OHAP. VIII. — PARABOLES. 287
le Sauveur a réfuté d'avance ces doctrines mensongères. c( Ne craignez pas, petit troupeau, dit-il, car il a plu à votre Père de vous donner un royaume. » Que n'a-t-on pas fait, depuis dix-huit siècles, pour arrachera l'Eglise son royaume? Que n'a-t-on pas dit, pour reléguer le prêtre dans son confessionnal ; l'Evêque dans la sacristie, et le Pape aux calacombes? « Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à •votre Père de vous donner un royaume. Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît. » Jamais prophétie ne s'est plus manifestement réalisée, et jamais, en dépit de toutes les convoitises humaines, ne s'est plus solennellement maintenue. Il faut le redire à notre siècle , comme on le disait au temps de Frédéric II, ou d'Henri IV d'Allemagne. L'expérience s'est faite sur la plus large échelle qu'aucune commission scientifique puisse imaginer. Chaque tyrannie vulgaire a -voulu découronner l'Eglise, la spolier, et remplacer le sceptre qu'elle porte à la main par un bâton de mendiant. Plus d'une fois des prétentions de ce genre ont trouvé pour complice la plus haute des puissances de ce monde , le génie. Une telle situation vaut la peine d'être sérieusement examinée. L'Eglise est toujours le pusillus grex, dont parlait le Sauveur. La force matérielle lui manque; le plus mince des hommes d'Etat peut se donner la joie d'insulter à cette faiblesse, et de la fouler aux pieds. Mais voilà le miracle. L'Eglise détrônée, vaincue, en apparence anéantie,
'Zbb UISTOIRK DE NOTRE-SEIGNEL'R JESUS-CURIST.
se relève toujours, le diadème au front, et le sceptre à la main. Heureuse quand il lui est donné de bénir la tombe do son persécuteur repentant! La solidarité divine entre le gouvernement du ciel et celui de l'Eglise est un fait attesté par le témoignage le moins contestable, celui de l'histoire. L'Eglise de Jésus-Christ est aujourd'hui le plus ancien des royaumes de l'Europe. Elle préexiste à tous les autres, comme elle a survécu à ceux qui sont tombés. A moins de nier l'évidence , on ne saurait le méconnaître. Elle a sur les autres l'immense avantage de croire, d'une foi divine, à sa propre immortalité. Pourquoi donc tout ce qui veut vivre, tout ce qui aspire à la durée ne comprend-il pas l'absolue nécessité de s'appuyer sur la seule force qui ne passera jamais?
Détails de 37. Cependant la royauté de l'Eghse est la seule qui ne
mœurs . . • . < • . .• -i
locales, connaisse ni repos, ni trêve, m transaction avec les passions conjurées. Les autres pouvoirs vivent de compromis : mais Jésus a fondé son édifice immortel sur le principe opposé. « Pensez-vous, dit-il, que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, je vous l'affirme, mais la séparation. )) Etrange procédé de gouvernement! Cependant l'Eglise est debout. Qu'on veuille donc enfin y réfléchir, et, ne fût-ce qu'au point de vue de l'intérêt politique, qu'on accorde à ce phénomène sans exemple l'honneur d'une attention moins superficielle. L'Evangile a inauguré dans le monde une lutte, qui commence au cœur de chaque indi-
vidii, se prononce dans chaque famille, et éclate au sein de toutes les sociétés. Lutte immortelle de la vérité contre le mensonge, de la vertu contre le crime, du dévouement et du sacrifice contre la mollesse et la sensualité, de l'ordre contre le désordre, du devoir contre la licence, de l'esprit contre la chair , de Dieu contre Satan! L'histoire, depuis Jésus-Christ, n'est que le champ-clos de ce grand duel. Qui pourrait dénomhrer tous les ennemis, dont l'épée , le génie, ou la plume se sont usés , sur l'armure invincible de l'Eghse ? Yoilà pourquoi Notre-Seigneur disait à ses Apôtres : & Portez la ceinture à vos reins. » La tunique orientale, large et flottante, avait besoin d'être relevée à la taille et serrée dans une ceinture, pour se prêter à l'activité d'un ministère vigilant et laborieux. Telle sera, jusqu'à la fin des âges, l'attitude de l'Eglise. Pierre, qui doit eu être le chef visible, veut connaître, au juste, l'étendue de la responsabilité qui lui incombera. Est-ce lui seulement, elles Apôtres, qui devront veiller, et combattre? Le divin Maître lui répond par une autre allégorie , empruntée à l'économie domestique de ce temps. Les riches propriétaires étabhs en Judée, depuis l'invasion Romaine , employaient de nombreux esclaves à la culture de leurs champs. Ces exploitations rurales, véritables colonies serviles, étaient surveillées par un préposé , qui dirigeait les travaux et distribuait, chaque mois i, au nom du maître, la provision de blé
* L'expression latine Mensura, dérivée de Mensis « mois, » se rat- II. 19
correspondante aux besoins des diverses familles. Ce préposé n'était lui-même qu'un esclave ; s'il faisait preuve de zèle et d'une véritable capacité, il pouvait devenir intendant général, et, ce jour-là, il voyait briser ses chaînes; l'affranchissement lui rendait la liberté. Telle est l'allusion renfermée dans la parole du Sauveur : <( Heureux cet esclave, que le Maître trouvera ainsi fidèle à ses devoirs! En vérité, je vous le dis, le Maître lui confiera l'administration de tous ses biens. » Mais, le plus souvent, ces esclaves ne profitaient de leur élévation que pour se livrer à l'instinct brutal et aux appétits grossiers, que la servitude développe dans les âmes. Ils faisaient peser leur autorité sur leurs compagnons d'esclavage. « Le maître ne reviendra de longtemps ! disaient-ils. Et ils accablaient de coups serviteurs et servantes ; passant les jours à manger, boire, et s'enivrer. » Cependant le maître revenait enfin. Juge suprême, sur sa terre, ayant droit de vie ou de mort sur tous ses esclaves, il réservait, pour le préposé infidèle, les rigueurs les plus dures de Vergastidum et les plus nombreuses distributions de coups de fouet ; ce qui ne l'empêchait pas de punir les délits des autres esclaves, mais avec moins de sévérité, car, dit iSotre-Seigneur : « On exige beaucoup de celui cà qui l'on a beaucoup donné , on demande davantage de celui
tache étAinologiqueinent à ces distributions mensuelles de vivres, faites aux esclaves. Le Demensum, mesure légale, équivalant à cinq boisseaux, représentait la quantité de blé mensuellement fournie à chaque esclave.
CHAP. Yiii. — La fête des encénies. 291
à qui on a plus confié. » Donc la responsabilité, clans le gouvernement de l'Eglise , se proportionne à la grandeur des fonctions. Le maître qu'on sert, est Dieu ; nul ne saurait tromper son regard, surprendre sa vigilance, ni égarer sa justice. Yoilà pourquoi les tentatives d'influence, ou de corruption humaine, échoueront toujours devant les successeurs de Pierre , à qui il fut dit : « Que servirait à l'homme de gagner l'univers, s'il perd son âme ? )> Le Maître viendra, à l'heure la moins prévue. Il jugera le serviteur coupable, et lui infligera des supplices d'autant plus grands que l'administration dont il avait la charge était plus éminenle.
§ V. lia fête des Encénies.
38. « Or, continue l'Evangéliste, on célébrait la fête des Récit
évangéliqoe.
Encénies à Jérusalem. L'hiver était venu, et Jésus se promenait dans le Temple, sous le portique de Salomon. Les Juifs donc l'entourèrent et lui dirent : Jusques à quand tiendrez-vous notre esprit dans l'incertitude ? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous ouvertement. — Jésus leur répondit : Je vous parle, et vous ne croyez point. Les œuvres que je fais, au nom de mon Père, suffisent à rendre témoignage de m.oi. Mais vous ne croyez point, parce que vous n'êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle; elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main.
292 niSTOTRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
Mon Père qui me les a données est plus grand que tout; nul ne saurait rien arracher à la main de mon Père. Or le Père et moi nous sommes un. — Alors les Juifs prirent des pierres pour le lapider. Jésus reprit : J'ai accompli sous vos yeux, par la vertu de mon Père, un grand nombre de bonnes œuvres. Pour laquelle, en particulier, me lapidez- vous ? — Non, s'écrièrent-ils. Ce n'est pour aucune de vos bonnes œuvres que nous voulons vous lapider. C'est à cause de votre blasphème. C'est parce qu'un homme, tel que vous l'êtes, se proclame Dieu. — Jésus leur répondit : Ne trouve-t-on pas, dans votre loi, cette parole : «J'ai dit : Vous êtes des Dieux * ? » Si donc l'Ecriture est un monument inviolable, et si elle appelle dieux ceux à qui la parole du Seigneur a été adressée, comment osez-vous accuser de blasphème celui que le Père a sanctifié , et envoyé dans le monde, parce qu'il vous dit : Je suis le Fils de Dieu? Si je ne fais point les œuvres de mon Père, ne me croyez pas; mais si je les fais, alors même que vous voudriez rejeter mon témoignage, croyez mes œuvres, et reconnaissez que le Père est en moi, et moi dans le Père. — Après ce discours, ils cherchaient à le mettre à mort, mais il échappa de leurs mains, et sortant de Jérusalem, il se dirigea vers les frontières de la Judée, pour gagner l'autre rive du Jourdain ^ »
Nom et 39. Le récit évangélique est étroitement lié aux détails * Psalm. Lxxxi, G. — = Joan., x, 22-39. Mattli., xix.
les plus intimes de l'histoire juive. Le Testament Ancien origine de la
Fête des
constitue une sorte de commentaire perpétuel, qui illustre Encénies. le Testament Nouveau. Cette connexion, entre le passé d'Israël et les faits de l'époque Messianique, est l'une des preuves les plus manifestes de l'authenticité de l'Evangile. Yoilà pourquoi il est absolument indispensable aujourd'hui de reprendre l'étude trop néghgée de l'iiistoire biblique. La génération actuelle, en France, ne connaît l'Ancien Testament que par des manuels, appelés « classiques, » et qui, en réalité , sont des résumés de résumés. On dirait que la révélation divine a fait peur à notre siècle; on l'a réduite en doses infinitésimales, comme ces poisons énergiques qu'une science récente a trouvé le secret de résoudre en granules presque impondérables. La vérité s'efface, dans les intelligences, au moyen de ces dilutions systématiques. On a fait disparaître de la sorte les preuves les plus directement appréciables de l'authenticité des Evangiles. Qu'on demande à l'un des milliers de jeunes littérateurs à brevet, qui sortent chaque année de nos écoles, ce qu'était, à Jérusalem, la Fête des Encénies. Aucun n'en saura même le nom. Heureux s'il ne songe pas à se glorifier de son ignorance, et s'il n'accueille pas, avec un sourire de mépris, un terme aussi évidemment légendaire que celui d'Encénies ! Il est temps de sortir enfin les âmes , rachetées par le sang de Jésus-Christ, de cette pédagogie étroite et incomplète. Quand une époque se montre si orgueilleuse de sa propre
science, il ne lui esl pas permis de demeurer aussi profondément c'irangore à la seule science indispensable, celle du saint. La solennité des Encénies rappelait aux Juifs une date mémorable de leur existence religieuse et nationale. La persécution d'Antiochus-Epipbane avait banni Jébovah de son Temple. Le culte Mosaïque avait cessé dans la ville sainte, et l'on sacrifiait à Jupiter et à Yénus, sur l'autel du Dieu vivant. Les prêtres égorgés, les Hébreux fidèles réduits en esclavage, le nom même de la Loi interdit comme un cri de rébellion; tous les massacres, toutes les violences, toutes les atrocités avaient rempli la Judée de terreur et de larmes. Au milieu de la défection, ou du découragement général, un liéros s'était levé sur les rocbers de Modéïn. Avec une poignée de braves, Judas Macbabée osa arborer le drapeau proscrit de Jébovab. Sans alliés, sans espérance bumaine, sans autre appui, sur la terre, que son grand cœur et une épée mise au service d'une cause sainte, il lutta contre la puissance triompbante d'un monarque qui régnait sur les trois quarts de l'Asie. Or trois ans, jour pour jour, après que le premier sacrifice idolàtrique avait été offert à Jupiter Olympien sur l'autel des bolocaustes, le vingt-cinquième du mois de Casleu ( 27 novembre ) , Judas Macbabée , vainqueur du tyran de sa patrie, effaçait les traces des profanalions impies dont le Temple avait été le tbéàtre. Tous les Juifs fidèles remplissaient les parvis. Au cbant des
CHAr. VÎII. — LA FÊTE DES ENCÉME?. 295
hymnes saints, aux sons harmonieux du kinnor, de la lyre et des cymbales, l'aulel nouveau fut consacré. L'holocauste et les sacrifices furent accomplis , selon le cérémonial mosaïque. La foule prosternée adorait le Seigneur ; les cantiques d'allégresse et de reconnaissance s'élevaient jusqu'au cieP. Les fêtes se prolongèrent durant huit jours, et cette rénovation si soudaine et si inespérée emprunta à la langue même que les Syriens hellénistes avaient importée en Palestine son nom significatif à^Encénies {'EyM-nx « Renouvellement, » en hébreu : Haniicca). L'ennemi n'avait pas eu le temps d'user, en l'honneur des idoles, toute la provision d'huile, tenue en réserve pour les usages du Temple. Cette circonstance avait redoublé les transports de îa joie nationale. Pendant les huit jours de la fête, l'illumination de l'édifice sacré fut permanente. La ville entière voulut s'associer à cette démonstration pieuse, et des lampes allumées brûlèrent nuit et jour aux façades de toutes les maisons. De là, le nom de Fête des Lumières, donné aussi à la solennité des Encénies. Judas Machabée et ses frères, réunis en assemblée nationale, avec les descendants d'Aaron, ordonnèrent qu'à l'avenir Israël célébrerait , pendant huit jours, cet anniversaire sacré. Telle était cette Dédicace du Temple de Jérusalem, image de la Dédicace des Eglises chrétiennes, célébrée aujourd'hui dans tout l'univers.
^ Mach.j IV, 36 ad ultiraum. Nous avons reproduit, pour l'origine de la fête des Encénies et la description du portique de Salomon , les
Le portique 40. CliaffUG mot dc l'Evanj^ile est un trait d'aïUhenti-
de Salomon
cité. « On était en hiver, » dit le texte saint. En effet, la saison des pluies commence, pour la Palestine , vers le milieu de novembre '. « Jésus se promenait sous le Portique de Salomon. » Voici, d'après l'historien Joscphe, la description des Parvis, élevés par Ilérode autour du Temple de Jérusalem. C'est un témoin oculaire, un prêtre juif, qui nous retrace les magnificences d'un monument qui fut le berceau de son enfance, l'asile respecté de sa jeunesse , et dont le souvenir, survivant aux désastres de la ruine, arrachait des larmes à sa vieillesse. « Les Portiques du Temple, dit-il , furent l'ouvrage le plus étonnant dont les hommes aient jamais entendu parler. Les portes extérieures, ouvrant sur les Parvis, formaient de grands et magnifiques arcs de
détails précédoimncnt donnés par nous dans Vllistoire générale de l'Eglise, tom. III, p. 66i-666, et tora. IV, 147-148.
* « Les Juifs, dit le docteur Sepp.. partageaient l'année en six saisons ; la (( moisson » ( avril et mai ) ; « l'été » époque des grandes chaleurs (juin, juillet et août) ; « les semailles » (septembre, octobre) ; (( l'hiver)) ou les mois des pluies depuis le 15 Casleu (novembre) jusqu'au la Seheth (janvier); enfin u la saison des froids secs » (féviier et mars). (Sepp, Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tom. II, p. 191.) Voici du reste le tableau des mois hébraïques , dc l'année sainte :
1 NisanouAbib, 30 jours — Mars.
2 Ijar 29 id. — Avril.
3 Sivan 30 id. — Mai.
4 Tammus. ... :!9 id. — Juin.
3 Ab - 30 id. — Juillet.
6 Elul 20 id. — Août.
7 Tisri 30 jours — Septembre.
8 Markesvan. . 26 id. — Oatobre.
9 Casleu. ... 30 id. — Novembre.
10 Tebelli. ... 2!» id. — Décembre, il Sebeth. ... 30 id. —Janvier.
I 12 Adar 29 id. — Février.
Tous les trois au?, l'année avait treize mois. Le mois supplémentaire était de treize jours, et s'appelait Vé-Adar, ou second Adar.
CHAP. Ylir. — LA FÊTE DES ENCÉXIES. 297
triomphe, auxquels étaient suspendues des tentures de soie, décorées de fleurs brodées en pourpre, et de colonnes figurées dans le tissu. Au-dessus des corniches courait mie vigne d'or massif, dont les grappes pendantes émerveillaient le spectateur, plus encore par leur admirable travail que par la richesse de la matière. Tout le périmètre de l'enceinte sacrée était entouré d'un mur de pierre de taille, soutenant, sur la face orientale, un double portique, aussi long que le mur lui-môme , et faisant face à la porte d'entrée du Temple proprement dit, dans l'axe de laquelle rayonnaient tous les Parvis extérieurs. Le côté sud- est servait d'appui au Portique de Salomon , qui était triple , et s'étendait dans toute la largeur de la vallée du Tyropéon. Le mur de quatre cents coudées de hauteur (216 mètres), qui soutenait ce Portique, avait été construit par Salomon. Yoilà pourquoi le nom de ce prince fut conservé au nouvel édifice, bâti par Hérode. De ce point, la vue plongeait dans un véritable précipice. A cette hauteur naturelle, déjà si considérable , Hérode ajouta l'effrayante surélévation du Parvis, en sorte que, si, de la plate-forme supérieure , on cherchait à mesurer du regard la profondeur totale, la tête était prise de vertige K Quatre colonnades parallèles régnaient d'un bout à l'autre du Portique
1 C'est le faîte du portique de Salomon que l'Evangile nomme le Pinnacuhim TempH , sur lequel Satan transporta le divin Maître, en lui proposant de se précipiter sans crainte parce qu'il est écrit : « Jéhovah a donné à ses anges l'ordre de vous soutenir sur leurs ailes. »
298 niSTOTRE DE NOTUE-SEIGNECR JÉSUS-CHRIST.
de Salomon. Le diamètre de chaque colonne était tel qu'il fallait trois hommes pour les embrasser; leur hauteur était de vingt-sept pieds, et leur fût, couronné de chapiteaux corinthiens, portait vers la base une double spirale. Elles étaient au nombre de cent soixante-deux. En raison même du parallélisme des colonnes, disposées quatre par quatre, le Portique était triple ; les deux arcades latérales étaient de proportions semblables, et avaient chacune trente pieds de large, un stade i de long, et plus de cinquante pieds de haut. L'avenue centrale avait le double, en hauteur et en largeur, de sorte qu'elle dominait complètement les deux autres. Le faîte était orné de sculptures sur bois, en haut relief, et de dessins variés. Celui de la travée du miheu était fortement relevé , les murs supérieurs étant coupés par l'architrave et divisés par des colonnes engagées; le tout d'une architecture si merveilleuse, que ceux qui n'ont pas vu cet édifice ne peuvent croire ce qu'on en rapporte ; tandis que ceux qui l'ont vu trouvent toutes les descriptions au-dessous de la réalité. Le sol était entièrement pavé en mosaïques.^ »
Harmonie 41. Nous comprcnous maintenant pourquoi le Portique
du récit
évangéiique (Je Salomou , à l'exposition sud-est du Temple , était frémœurs et les quenté dc préfércucc par les Juifs dans la saison d'hiver.
lois juives. T. i- i
* Le Stade olympique dont Josèphe parle ici représentait dans notre système nK'trique actuel 184 ", 95 ". La coudée hébraïque valait 20 pouces ou 0,.'J40 millimètres de nos mesures actuelles.
* Joseph., Anliq. Judai., lib. XV, cap. xiv.
Les moindres particularités du texte saint s'adaptent ainsi merveilleusement dans le cadre de l'histoire. L'impossibilité absolue d'une supposition apocryphe de l'Evangile ressort manifestement de la perpétuelle harmonie d'ensemble et de détails, entre le récit de l'Ecrivain sacré et les réalités contemporaines de la civilisation hébraïque. L'attitude de plus en plus embarrassée des Juifs, en face de la personnalité auguste du divin Maître, n'est pas moins significative. D'après la théorie du rationalisme moderne , Jésus n'a fait aucun miracle. Ainsi, l'éclatante guérison de l'aveugle-né n'avait point alors ému l'opinion des habitants de Jérusalem. Les Pharisiens et les princes des Prêtres n'avaient eu aucun prétexte de manifester leurs craintes et leurs antipathies, vis-à-vis du Sauveur. Comment donc les Juifs se pressent-ils sous le Portique de Salomon, entourant Jésus et disant : « Jusques à quand tiendrez-vous notre esprit dans l'incertitude? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous sans détour ! » Le Christ que les Juifs attendaient devait faire des miracles. Les Prophètes l'avaient ainsi annoncé. « Jéhovah, votre Dieu viendra lui-même, avait dit Isaïe, et il vous apportera le salut. Alors les yeux des aveugles seront ouverts; l'oreille des sourds entendra ; le boiteux bondira comme le cerf agile ; la langue des muets sera déliée. Les hommes rachetés par Dieu se convertiront \ » Tel était le signalement prophétique du Messie. Tout le monde le sa- *Isaï., XXXV, 4, 6, 10.
vait à Jérusalem. Si donc Jésus n'eût fait aucun miracle ; s'il n'eût point ouvert les yeux de l'aveugle-né ; s'il n'eût pas opéré un seul des prodiges de miséricorde dont l'Evangile contient le récit, nul n'aurait songé à voir en lui le Christ tant désiré. Cependant les Prophètes eux-mêmes avaient été thaumaturges. Le signe du miracle n'était pas le seul auquel on dût reconnaître le Messie. La description des splendeurs de la royauté du Fils de David, si éloquemment tracée à l'avance par les écrivains inspirés , s'accordait fort peu alors avec l'humilité du Fils de l'homme, qui n'avait point où reposer sa tête. Les Juifs hésitaient donc. « Jusques à quand, disent-ils, prolongerez-vous notre anxiété et nos incertitudes? Si vous êtes réellement le Christ, déclarez-le ouvertement! » Jésus répond à celte demande catégorique, avec une majesté souveraine. Il affirme, pour la vingtième fois, sa divinité. Mais les Juifs voulaient bien d'un Christ, fils de David; ils ne voulaient pas d'un Christ, Fils de Dieu. Encore aujourd'hui les enfants de Jacob répètent, comme une accusation d'idolâtrie dirigée contre les chrétiens, la parole de Moïse : « Ecoute , Israël. Jéhovah, notre Dieu, le Seigneur est un ^ » Le mystère de l'unité divine, dans les splendeurs fécondes de la Trinité, demeure fermé à leurs regards, comme il l'était à ceux de leurs ancêtres. « Quoi! vous êtes un homme, et vous osez vous proclamer Dieu ! » s'écrient-ils, et toutes les * Deuteron., vi, 4.
CHAP. Vfll. — LA FÊTE DES ENCÉNIES, 30i
mains s'arment de pierres pour lapider le blasphémateur. Or, le seul lieu du monde où l'apothéose fût alors regardée comme un crime était Jérusalem. Rome, Athènes, Alexandrie, toutes les cités de l'Orient et de l'Occident, depuis Antioche jusqu'à la Lugdunum des Gaules, étaient peuplées d'autels érigés en l'honneur du dieu Tibère. César, assassiné par son propre fils, était dieu; Auguste était dieu, Liyie était déesse; faites donc composer l'Evangile par un auteur étranger aux lois et aux mœurs juives! Imaginez, pour les récits évangéliques, un autre théâtre que celui de la Judée; d'autres acteurs que les fils d'Abraham; un autre milieu que la civilisation mosaïque !
CHAPITUE IX.