CHAP. IX. — EXCOMMUNICATION. RETRAITE A ÉPHREM
pour la théorie nouvelle, la politique des hommes d'Etat s'en préoccuperait fort peu. Elle laisserait aux savants, directement intéressés dans la question, le soin de défendre leurs préjugés de corps, leurs précédents officiels et leur amour-propre engagé. Telle n'était pas l'attitude du Sanhédrin. c( Si nous laissons faire Jésus, disent les hommes d'Etat de Jérusalem, tous croiront en lui, et les Romains viendront détruire notre ville et notre nationalité. » Pour que la foi à Jésus pût leur faire craindre de telles conséquences politiques, il fallait que cette foi fût hien différente de l'adhésion qu'on pourrait donner, de nos jours, à des abstractions du domaine de la philosophie ou de la science. En effet, « croire à Jésus » signifiait pour les Juifs, croire i[ue Jésus était le Messie, le Christ roi, héritier du sceptre de Juda et du trône de David, fondateur d'un empire uni\ ersel dont la durée n'aurait pas de fin. C'est à partir de la résurrection de Lazare que le titre de Roi des Juifs, appliqué à Jésus, se trouve sur toutes les lèvres, et s'échappe de toutes les poitrines. Mais une royauté, ainsi acclamée par le peuple, devait porter ombrage à la puissance romaine, qui avait réduit la Judée en province. La main des Césars ne s'ouvrait pas facilement pour lâcher sa proie. Au point de vue étroit des politiques du grand Conseil de Jérusalem, l'appréhension était donc parfaitement naturelle. Les idées matérielles et grossières qu'ils se formaient de la royauté et de l'empire du Messie les aveuglent. S'ils eussent vu le
398 niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
Divin Maître cnlouré (runc armée aguerrie et nombreuse^ étendant déjà son sceptre sur l'Orient, partout vainqueur des formidables légions romaines dont la marche ébranlait la terre , conquérant glorieux et couronné, amenant au temple de Jérusalem les tribus de l'univers soumis; leurs cris de mort se fussent changés en acclamations triomphales. Mais le Fils de l'homme, qui venait de ressusciter Lazare, n'avait pas une pierre où reposer sa tète. Douze pêcùeurs de Galilée étaient ses apôtres; au lieu de combattre, et de vaincre les puissances de ce monde, il prêchait la guerre contre les passions, la victoire sur soi-même, le mépris des richesses, l'amour des humiliations et l'avénement du royaume de Dieu dans les âmes. Sans doute rien de tout cela ne méritait la mort; l'innocence d'une pareille doctrine était évidente; mais le danger politique de la royauté que le peuple décernait à Jésus ne l'était pas moins. Voilà pourquoi le Grand-Prêtre Caïphe, prophète sans le savoir, organe inconscient du dernier oracle de Jéhovah rendu par un successeur d'Aaron, formule la décision en ces termes : « Vous ne songez pas qu'il est expédient qu'un seul homme meure pour le peuple plutôt que de voir périr la nation entière ! » Caïphe ne se doutait pas qu'il proclamait, au Sanhédrin, le décret porté dansles Conseils éternels pour la Rédemption du monde.
L'eicommu- 41. « Lcs Pontifcs ct Ics Pharisicns pubhèrent donc
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les Juifs, l ordre a quiconque saurait ou se trouvait Jésus, de le de-