CHAP. IX. — EXCOMMUNICATION. RETRAITE A ÉPHREM
noncer , pour qu'on pût s'emparer de sa personne. « Les traditions Rabbiniques du Talmud apportent à ce texte de l'Evangile une confirmation d'autant plus éclatante qu'elle est celle d'une haine invétérée. Elles rapportent que le fils de Marie fut excommunié solennellement par les quatre cents trompettes, c'est-à-dire par les chefs des quatre cents synagogues de la Palestine ; qu'il fut dénoncé publiquement quarante jours avant sa mort, et condamné au supplice de la croix, comme magicien et séducteur du peuple. L'Eglise judaïque avait trois sortes de censures : l'exclusion temporaire, qui frappait les coupables d'un interdit de trente jours , pendant lesquels le condamné ne pouvait approcher , même des membres de sa famille, qu'à une distance de quatre coudées ; la malédiction, ou bannissement à perpétuité de la société juive ; enfin l'excommunication majeure , emportant la peine de mort pour le coupable, et pour ceux qui lui donneraient asile, ou embrasseraient son parti. Cette dernière était proclamée au son des trompettes. Telle fut la pénalité suprême que le Sanhédrin décerna contre Jésus. Le Divin Maître se retira donc « sur la limite du désert, dans une cité nommée Ephrem, où il séjourna avec ses disciples. » Ephrem ou Ephraïm était une petite ville de l'ancien royaume de Samarie , non loin de Béthel, à huit lieues environ au nord de Jérusalem. Le village arabe du nom à'El-Taybieh s'élève aujourd'hui sur son emplacement. On comprend facilement que cette
iOO HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS CURIST.
localité habitée en grande partie par tics Samaritains, ennemis déclarés des Juifs, put offrir un asile au divin excommunié. D'ailleurs Eplirem était située à la lisière des solitudes arides et montagneuses, qui s'étendent depuis Béthaven et Scylliopolis jusqu'à la mer Morte. Celte région, désignée par l'Evangéliste sous le nom de « Désert,» avait, aux temps anciens, servi de retraite au prophète Ehe. La jeunesse de saint Jean-Baptiste s'y était écoulée dans les austérités du jeûne et les délices de la prière. Le Fils de Dieu, méconnu des hommes qu'il venait racheter, banni d'un monde auquel il apportait la lumière et la vie, voulut passer, au milieu de ces rochers sauvages, les derniers jours d'une vie dont lui seul devait choisir le terme. Ni la fureur de ses ennemis, ni la sentence de mort prononcée par le Sanhédrin, ni l'ordre de dénonciation proclamé dans les Synagogues ne pouvaient hâter, d'une minute, l'heure solennelle de la Rédemption par la croix. Les habitants de Jérusalem voient affluer, à l'approche de la solennité Pascale, les caravanes de pèlerins venant du côté d'Ephrem. Ils espèrent que Jésus se sera joint à quelqu'une d'entre elles. Mais le Sauveur viendra ostensiblement, au jour ([u'ila fixé : car « c'est lui qui donnera de lui-même sa vie, et nul n'a le pouvoir de la lui ravir contre son gré. » La loi de 42. L'Evangéliste note ici un détail, qui tient à toute la
pariûcation
avaiit 11 civilisation Judaïque, et offre un des caractères d'aulhenti-
Pâque.
cité intrinsèque dont nous avons déjà vu tant d'exemples.
« Un grand nombre de Juifs , dit-il , montaient à Jérusalem, avant les jours de la fête, pour se sanctifier. » L'immolation et la manducation de l'agneau Pascal, à Jérusalem, exigeaient une purification préalable; on s'y préparait, non par la sanctification spirituelle, que l'Eglise catbolique prescrit à ses enfants pour le banquet divin de la Pàque véritable, mais par des ablutions et des sacrifices rituels. Aucun Israélite, atteint d'une impureté légale, ne pouvait prendre part à la fête. Ainsi, le contact d'un mort devait être purifié, pendant sept jours, par l'aspersion de l'eau mêlée aux cendres d'une vache rousse , offerte en holocauste. Celui qui portait à ses souliers de la poussière des pays habités par les païens devait subir une purification spéciale. Il en était de même d'un Hébreu sorti récemment de prison, ou relevé, par le Sanhédrin, d'une sentence d'excommunication. Enfin tous les Juifs indistinctement, devaient, durant les sept jours précédents, se couper les cheveux et laver leurs habits. Les prescriptions symboliques de la loi de Moïse se sont transformées, au sein de l'Eglise de Jésus-Christ, dans la réalité du véritable Agneau Pascal, et de la purification spirituelle des âmes, qui précède la Pàque eucharistique.
§ rV. Retour à Jérusalem.
43. « Or, dit l'Evangile, les jours où il devait être enlevé La viueia-
hospitalière
de ce monde approchant, Jésus prit la résolution de se n. , 26
rendre à Jérusalem. 11 envoya donc en avant quelques-uns de ses disciples, qui entrèrent dans une ville des Samaritains, pour lui préparer un logement. Mais les habitants refusèrent de lui donner l'hospitalité, parce qu'il annonçait l'intention d'aller à Jérusalem. Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean lui dirent : Seigneur, voulez-vous que nous commandions au feu du ciel de descendre sur ces hommes, et de les consumer? — Jésus, se retournant, les reprit en ces ternr.es : Yous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Le Fils de l'homme n'est pas venu perdre les âmes, mais les sauver. — lisse dirigèrent donc vers une autre bourgade *. » La haine des Samaritains contre Jérusalem éclate ici dans toute sa violence. On refuse à Jésus l'hospitalité, uniquement parce qu'il se dirige vers cette ville abhorrée. Les sentiments d'indignation des deux Apôtres se traduisent en un langage qui doit singulièrement étonner nos modernes rationalistes. Quelle proposition étrange que celle de Jacques et de Jean ! Concevrait-on, s'ils n'avaient pas été mille fois témoins des prodiges opérés par leur maître, qu'ils pussent raisonnablement lui adresser une telle parole? Cependant le bon Pasteur, qui allait donner sa vie pour ses brebis, les rappelle au véritable esprit de leur vocation. « Je ne suis pas venu perdre les âmes, mais les sauver. » La mansuétude du Divin Maître absout la cité inhospitalière ; et Jésus, au lieu de prendre sa route par le terri- 'Luc, !X,49-o6.
toire Samaritain, change de direction, et se rend à Jérusalem par la route de Jéricho , c'est-à-dire qu'il affronte ostensiblement le danger créé pour lui par le récent décret du Sanhédrin. Sur le chemin qu'il parcourt, tous les Juifs pourront légalement le mettre à mort , lui et ses disciples. 44. « Ils continuèrent donc, dit l'Evangélisle, le che- jésos prédit
pour la
min qui monte à Jérusalem, et Jésus les précédait; ils le sui- troisième fois
sa mort et sa
yaient pleins d'admiration et d'effroi. Prenant en particu- résurrection. lier les Douze, il leur annonça ce qui devait lui arriver. Voici que nous montons à Jérusalem, dit-il, et tout ce que les Prophètes ont écrit du Fils de l'homme va s'accomplir. Il sera livré aux Princes des prêtres, aux Scribes et aux Anciens, qui le condamneront à mort et le remettront aux mains des Gentils. Il sera bafoué, flagellé et couvert de crachats. Après qu'ils l'auront battu de verges, ils le mettront à mort; mais, le troisième jour, il ressuscitera. — Or les Douze ne comprenaient rien à ce discours, qui demeurait pour eux un mystère caché, dont ils n'avaient point l'intelligence ^ y> C'était la troisième fois que le Sauveur du monde révélait aussi explicitement aux Apôtres le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Cependant, malgré la netteté d'un pareil langage, malgré la gravité des circonstances dans lesquelles ils se trouvaient, les Apôtres, de plus en plus persuadés de la divinité de leur Maître, * Matth., XX, 17-19. Marc, x, 32-37. Luc, xviii, 31-34.
refusent de croire à la possibilité de tant d'humiliations et d'ignominieux supplices. Qu'on veuille le remarquer, ce sont eux-mêmes qui nous avouent l'obstination de leur incrédulité sur ce point. Us confessent que personnellement ils sont pleins de crainte : Scquentes timehant. L'animosité des Juifs les consterne pour eux-mêmes. Mais, quant à ce qui regarde Jésus-Christ, non-seulement ils n'imaginent pas d'avoir la moindre appréhension, mais ils ne comprennent pas même la prophétie simple, claire et détaillée qu'il leur adresse. Quelle idée les Apôtres avaient-ils donc de Jésus? Evidemment s'ils n'avaient pas eu la foi la plus ferme, la plus inébranlable à sa divinité, ils n'eussent que trop compris sa prédiction.
zachée. ^•S. Cependant la foule des pèlerins, qui se dirigeait vers Jérusalem, les rejoignit bientôt, et entoura le Sauveur. «Ce fut ainsi, reprend l'Evangélisle, qu'ils arrivèrent à Jéricho. Y étant entré , Jésus traversait la ville. Et voilà qu'un homme, appelé Zachée, chef des publicains, et fort riche, cherchait à voir Jésus , désirant le connaître ; mais il ne pouvait y parvenir, à cause de la foule; car Zachée était petit de taille. Courant donc en avant, il monta sur un sycomore, à l'endroit où Jésus devait passer. Arrivé en ce heu, Jésus leva les yeux, et, l'ayant vu, lui dit : Zachée, descendez promptement, car il faut qu'aujourd'hui je séjourne dans votre maison. — Zachée se hâta de descendre, et le reçut avec joie. Ce que voyant, tous murmuraient, en disant : Il a
demandé l'hospitalité à un homme pécheur! — Mais Zachée, debout devant Jésus, lui dit : Seigneur, "voici que je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j'ai fait tort à quelqu'un, en quoi que ce soit, je lui rends le quadruple. — Jésus lui répondit : I^e salut a visité aujourd'hui cette demeure, parce que cet homme, lui aussi, est un enfant d'Abraham. Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui avait péri '. »
« Le chef des publicains, « Princeps publicanorum) c'està-dire le préposé aux douanes et à la perception des tributs, des taxes et des péages de Jéricho, pour le fisc de César, était, aux yeux des Juifs, un excommunié, un gentil, dont le simple attouchement faisait contracter la tache d'impureté légale. Tel est le sens des murmures de la foule. Jésus ne craint pas, en se rendant à Jérusalem pour la fête de Pâque, d'encourir publiquement cette souillure, que ses compatriotes évitaient avec tant de soin. Eux qui se purifiaient, par des ablutions multipliées, uniquement parce que leurs sandales avaient conservé la poussière des régions idolâtres, traversées durant le pèlerinage, ne peuvent concevoir que Jésus puisse aller à Jérusalem manger l'agneau Pascal, après qu'il aura communiqué en chemin avec un « homme pécheur. » On trouve dans le dénombrement de Zorobabel, au retour de la captivité de Babylone, une famille juive du nom de Zachaif, déjà très-importante alors, * Luc, XIX, 1-10.
puisque les membres de celte maison s'élevaient au nombre de sept cent soixante K Le Talmud a également conservé le souvenir de cette antique famille K II y a donc tout lieu de croire que le Zachée de l'Evangile était d'origine hébraïque. Mais en acceptant la fonction décriée d'agent du fisc, il avait encouru la déchéance, d'après la réglementation du rigorisme pharisaïque ; dès lors, un Juif se serait cru déshonoré , s'il eût entretenu avec lui d'autres relations que les rapports officiels. Voilà pourquoi Jésus réhabilite le publicain, en disant : a. Cet homme est, lui aussi, un enfant d'Abraham. » Le Sauveur n'avait jamais rencontré Zachée, et cependant il le connaît, sans que nul le lui nomme ; il l'appelle par son nom , sur le sycomore oii le Publicain est monté pour exhausser sa petite taille. L'humanité avait de même cherché, sur les sycomores des religions antiques, à se relever jusqu'à Dieu, sans pouvoir atteindre les hauteurs célestes. Il fallait que le Verbe Incarné s'abaissât lui-même et vînt dire à l'orgueil humain : « Zachée, descendez promptement, car il me faut aujourd'hui demeurer dans votre maison ! » Recevoir Jé-us, c'est recevoir, avec la grâce de conversion, la force de faire le bien. L'humble Zachée s'élève en un instant, par la foi, à l'héroïsme de la vertu. La tradition judaïque avait fixé à un cinquième du revenu annuel la somme des aumônes d'un
* I Esdr., II, 9. II Esdr. vu, 14. — ^ Sepp. La vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tom. 11, p. 228.
Hébreu fidèle. Nul n'était tenu de faire plus. Le Publicain s'offre à distribuer aux pauvres la moitié de ses biens, et à rendre le quadruple à ceux qu'il aurait pu léser. Certes, si, la veille, Zachée était un « pécheur, » comme le lui reprochait la foule , il est maintenant un modèle de charité , d'abnégation et de foi !
46. « Jésus, ditl'Evangéliste, ajouta ensuite cette para- paraboie des
dix mines
bole, au sujet du voyage qu'il faisait en ce moment à Jéru- dargent. salem, et que le peuple considérait comme la manifestation immédiate du royaume de Dieu. Un homme de noble race, dit-il, partit pour une région lointaine, afin d'y recevoir la couronne royale, et revenir ensuite. Ayant appelé dix de ses serviteurs, il leur remit à chacun une mine ' d'argent, avec cette recommandation : Faites valoir cette somme, jusqu'à ce que je revienne. — Or les concitoyens de ce prétendant le détestaient ; ils envoyèrent, après son départ, une ambassade chargée de dire : Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous ! — Cependant il prit possession de son royaume, et, faisant appeler les serviteurs auxquels il avait confié de l'argent, il voulut savoir le profit que chacun en avait tiré. Le premier vint, et dit : Seigneur, votre mine en a produit dix autres. — Fort bien, répondit-il, bon serviteur ! Parce que tu as été fidèle en une chose de peu d'importance, tu auras le gouvernement de dix cités. —
' La mine liébraïque, selon Josèplie, valait soixante sicles , environ 180 fr. dé notre monnaie.
fc08 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
Un autre vint el dit : Seigneur, votre mine en a produit cinq autres : — Et toi aussi, répondit-il, je te donne l'administration de cinq villes. — Il en vint un, qui dit : Seigneur, voilà voire mine que j'ai gardée en tremblant dans ce sac de toile ; car je sais que vous êtes un maître dur, qui exigez ce que vous n'avez pas déposé, et moissonnez ce que vous n'avez pas semé. — Le prince répondit : Je te juge sur ta propre parole, méchant serviteur. Tu savais que je suis un maître sévère, exigeant ce que je n'ai pas déposé, moissonnant ce que je n'ai pas semé. Pourquoi donc n'avoir point placé mon argent à la banque, afin qu'à mon retour je retirasse la somme avec les intérêts ? — Il dit ensuite aux assistants : Otez-lui cette mine, et donnez-la à celui qui en a dix ! — Mais, Seigneur, s'écrièrent-ils, il en a déjà dix autres, à lui tout seul ! — Et le maître reprit : Je vous dis qu'on donnera à celui qui a déjà, et il sera dans l'abondance ; et à celui qui n'a pas on ôteramême le peu qu'il possède. Amenez-moi maintenant ces ennemis de ma puissance, qui ne voulaient pas m'avoir pour roi, et mettez-les à mort sous mes yeux'. « La Parabole ^7. « Que Jésus n'cûl aucuue connaissauce de l'état gé-
et l'histore rii i '••, > i..'»i
Juive, neral au monde, écrivait naguère un lettre, c est ce qui résulte de chaque trait de ses discours les plus authentiques. Il semble ignorer l'état nouveau de société qu'inaugurait son siècle. Il n'eut aucune idée précise de la puis- >Luc, XIX, 11-27.
sance romaine, le nom de « César » seul parvint jusqu'à lui \ » Cela est corre"ct comme une leçon de professeur à un écolier de vingtième ordre ; le cynisme bourgeois du sacrilège affecte ici l'allure du pédantisme gourmé dans sa proverbiale ignorance. Qu'on nous pardonne, pour cette fois, l'explosion d'un sentiment que nous avons pu jusqu'ici comprimer, dans une certaine mesure. Mais s'il est permis à un rhéteur d'outrager ainsi le Dieu des chrétiens, et le plus grand homme de l'histoire pour les rationalistes euxmêmes, l'indignation doit être permise à un chrétien qui adore Jésus comme Dieu, et qui le trouve, comme homme, supérieur à tout ce que l'humanité peut concevoir. Et maintenant, dirons-nous au sophiste, il vous est arrivé sans doute de lire la parabole des dix Mines d'argent. L'avez -vous comprise? Quelle invraisemblance dans le thème évangélique! Un prétendant part pour recevoir une couronne dans une région étrangère, et ce sont les habitants mêmes du pays qu'il abandonne qui envoient après lui une ambassade chargée de dire : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous ! » Le nouvel empereur du Mexique part en ce moment pour ses états lointains ; comment imaginer que la Germanie alarmée le fasse suivre, dans sa future capitale, d'une députation qui dirait: L'Allemagne ne veut pas que l'ari^hiduc Maximilien monte aujourd'hui sur le trône de Vienne? Une pareille conception ' Vie de Jésus , p. 38.
politique ircnlrcrait pas dans le cerveau d'un aliéné. Telle est pourtant, disent les rationalistes, la donnée de la Parabole. Ce sont bien réellement les compatriotes du prétendant de l'Evangile qui protestent contre lui. Ils devraient au contraire s'estimer trop heureux d'être débarrassés de son odieuse présence. Leur démarche est inexplicable. Et pourtant c'est dans leur propre pays que le prétendant couronné revient exercer sa tyrannie : les malheureux qui se sont permis de combattre ses desseins ambitieux sont mis à mort. Où trouver en tout ceci l'apparence d'une notion quelconque de politique? Evidemment donc «Jésus n'avait aucune connaissance de l'état général du monde ; et son argumentation, jugée d'après les règles de la logique aristotélicienne était très-faible. » Or, cette parabole invraisemblable, incohérente, inintelligible, c'est l'histoire vraie, précise et lumineuse des relations politiques de la Judée avec la puissance romaine, au temps de Notre-Seigneur Jésus-Christ. « L'homme de noble race qui part pour une région lointaine, afm d'y recevoir l'investiture royale, » avait, pour tous les auditeurs de la Parabole, un nom parfaitement connu. Sa tyrannie, imposée d'abord, et brisée ensuite par la puissance de César, était pour les Juifs un des événements les plus considérables de leur histoire contemporaine. La perte de leur indépendance nationale, l'extinction de la monarchie hiérosolymite , et la réduction de la Palestine eu province romaine en avaient été le résultat.
Il s'agit donc ici d'Archélaiis, fils d'ïïérode l'Iduméen , qui avait dû s'embarquer à Joppé, et se rendre en Italie , pour solliciter de l'empereur Auguste la confirmation du testament paternel et l'investiture du royaume de Judée \ Nous avons raconté plus haut cet épisode. Les circonstances étaient critiques. Le massacre de trois mille Hébreux, sous les Portiques du Temple, ordonné par Arcbélaus, avait soulevé un cri d'indignation dans toute la Palestine. Partout le peuple était en armes. Avant son départ, Archélaûs avait confié ses terres, ses biens mobiliers, et les trésors de son père à quelques amis et serviteurs fidèles , parmi lesquels Josèpbe nomme l'officier Philippe, qui, pendant l'absence du prince, défendit, au péril de sa vie, les sommes qui lui avaient été remises, contre la rapacité de Sabinus, gouverneur de Syrie ^ Ces détails historiques sont le commentaire vivant des paroles de l'Evangile : « Ayant appelé dix de ses serviteurs, il leur remit à chacun une mine, en disant : Faites-les valoir jusqu'à mon retour. » Cependant une députation de cinquante Juifs avait suivi Archélaûs à Rome. Elle s'adjoignit les huit mille Hébreux fixés alors dans la capitale du monde, et tous ensemble, se prosternant aux pieds d'Auguste, le supplièrent de les débarrasser pour jamais de la dynastie d'Hérode. « Hérode, dirent-ils, ne fut pas un roi, mais un monstre. Si une bête féroce pouvait
* Voir, tom. I de cette Histoire, 274-279. — ^Josepli., Antiq.Jud., lib. XVII, cap. XI.
régner sur des hommes, elle serait moins cruelle. Nous avions espéré d'Archélaïis , son fils , une conduite sage et modérée. Il a répondu à notre attente par le massacre de trois mille Hébreux, dans l'enceinte du Temple de Jérusalem *. » Tel est le discours que Thistorien Josèphe met dans la bouche des ambassadeurs juifs. La Parabole le résume en une formule plus concise et non moins énergique : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous ! » On sait que la politique impériale , sans égard pour la protestation de tout un peuple, conféra au prétendant le titre d'Ethnarque de la Judée. Archélaiis revint donc, en maître irrité, dans un pays que l'investiture accordée par César livrait à sa tyrannie. Il gorgea de richesses et d'honneurs toutes ses créatures, faisant peser sur le parti de l'opposition tout le poids de son ressentiment et de ses vengeances, jusqu'à ce que l'exagération même de ses cruautés amenât sa propre ruine et celle de la nationalité hébraïque. Aussi, dans la Parabole , le Sauveur lui fait dire : « Tu savais que je suis un maître implacable, qui prends ce que je n'ai pas déposé, et qui moissonne ce que je n'ai pas semé ! w AppUcation 48. Yoilà comment a Jésus n'eut aucune connaissance
de la
Parabole, de l'état général du monde, ni aucune idée précise de la puissance romaine! » L'application de la Parabole à la royauté du Sauveur est manifeste. Le Fils de Dieu des-
1 Joseph., Antiq. Jud., lib. XYIl, cap. xii, cf. tom. I, de cette histoire, p. 27o-27o. Sepp. Vie de Notre-Seigncur Jcsas-Christ, tom. Il, p. 231.
cendait du ciel , pour venir chercher , dans cette région lointaine et terrestre, une investiture royale. Il allait à Jérusalem entendre les cris de réprohation d'une foule aveugle. « Nous ne voulons pas, diront les Juifs, que cet homme règne sur nous ! » Son trône sera une croix ; son diadème une couronne d'épines; son avènement la mort. Et pourtant il reviendra un jour, dans Tappareil de la majesté souveraine, et il demandera ini compte sévère à ceux qui auront reçu le dépôt de ses enseignements, de sa doctrine et de sa lumière. La mine d'argent de la Parabole évangélique c'est le don de la foi, confié par le divin Maître à la responsabilité de chaque conscience. Il faut que le dépôt sacré fructifie dans nos mains. Malheur au mandataire négligent et infidèle qui aura enfoui son trésor, pendant l'absence du Roi ! Au retour, le Juge suprême l'accablera de sa colère , de même qu'il vengera sur ses ennemis leur opposition séditieuse. Au Nolumus hune regnare super nos, répondra la sentence qui livrera les maudits à l'éternel empire de Satan.
49. « Quand Jésus et ses disciples, escortés d'une multi- Bartimée,
, . , TU 1 • l'aveugle de
tude immense sortaient de Jéricho , dit i Evangehste , un Jéricho. aveugle, mendiant, nommé Bartimée, (fils de Timée,) était assis sur le bord de la route. Entendant le bruit de la foule, il demanda ce que c'était. On lui dit : C'est Jésus de Nazareth qui passe. — Aussitôt il se mit à crier : Jésus, Fils de David, ayez pitié de moi ! — Ceux qui marchaient en avant
du cortège le menaçaient pour le faire taire. Mais il redoublait ses exclamations, et répétait plus fort: Fils de David, ayez pitié de moi ! — Jésus s'arrêlant alors commanda qu'on lui amenât l'aveugle. On appela donc Taveugle, en disant: Ayez confiance, levez-vous, il vous appelle ! — A ces mots, rejetant son manteau, il se leva, et, bondissant de joie, vint à Jésus. Quand il se fut approché, le Seigneur lui dit : Que voulez-vous que je vous fasse ? — Seigneur, que je voie ! s'écria-t-il. — Et Jésus lui dit: Voyez. Votre foi vous a sauvé. — A l'instant l'aveugle vit, il se mit à la suite de Jésus dans le chemin , rendant gloire à Dieu , et le peuple, témoin du miracle, chantait les louanges du Tout- Puissant *. )) Nos lettrés se flattent d'avoir impartialement résumé ce fait évangélique, dans les trois lignes suivantes : c( Au sortir de la ville, le mendiant Bartiméc lui fît beaucoup de plaisir, en l'appelant obstinément « Fils de David, » quoiqu'on lui enjoignît de se taire ^ ! » Lfl festin de 50. Ce fut au milieu de ces ovations triomphales, et en Marie^Msg- semaut les miracles sur ses pas, que le Divin Maître pour-
de'eine et le
vased'aibâtre suivit son chemin vers Jérusalem. L'excommunication du Sanhédrin restait impuissante devant l'enthousiasme populaire, et les précautions que les disciples voulaient prendre d'abord contre des manifestations compromettantes, telles que les clameurs du mendiant Bartimée , devenaient
> Matth., XX, 29-34. Marc, x, 46, 52. Luc, xviii, 35-43. — ^ Vie de Jésus, p. 358.
inutiles. Tous durent croire qu'on marchait à un trône. Jésus seul savait qu'il allait au Golgotha. « Six jours avant la Pàque *, reprend l'Evangéliste, Jésus arriva à Bélhanie, où il avait ressuscité Lazare d'entre les morts. Pendant le temps qu'il y séjourna, on lui prépara un souper, dans la maison de Simon le Lépreux , et Marthe servait. Lazare était l'un des convives. Pendant le repas, Marie, tenant à la main un vase d'albâtre plein d'un parfum précieux d'huile de nard ', s'approcha du triclinium où Jésus était accoudé, brisa l'albâtre et répandit le parfum sur sa tète. Elle oignit de même ses pieds qu'elle essuyait avec ses cheveux, et la maison fut remplie de l'odeur parfumée. Quelques disciples s'indignèrent de cette profusion, et Judas Iscariote, l'un des douze, qui devait trahir son maître, dit : A quoi bon cette prodigalité ? On aurait pu vendre ce parfum plus de trois cents deniers, qu'on eût distribués aux pauvres. — Or il parlait ainsi, non qu'il s'intéressât aux pauvres, mais
^ C'est-à-dire le vendredi 7^ jour du mois de nisan, ou 8 avril.
* L'Evangile de saint Jean nomme ce parfum : Unguentian nardi pistici, Nàp^c'j m<s7VAr,i « huile de nard véritable, » et saint Marc l'appelle : Unguentum nardi spicuti « huile de nard d'épi. » Le premier nom regarde l'essence et la base du parfum, et l'autre concerne sa qualité La plante dont on le composait était le nardus indica, le nard des Indes. Or cette plante, outre ses feuil'.es, portait des épis, qui sont nommés nardi apicœ, épis de nard, et dont on tirait l'huile la plus exquise. Quand le nard d'épi était pur et véritable, on le nommait iN"ar/i«m pisticum, c'est-à-dire smcej'wm, pur et véritable, comme Pline l'appelle, pour le distinguer du nard contrefait, où l'on mêlait du nard celtique, ou quelque autre espèce moins estimée. ( Pezron. Hist. Evangel., tom. II, p. 174.)
parce (]uc, chargé de porter la bourse, il volait l'argent qu'on y déposait. Jésus connaissant ces murmures, leur dit : Pourquoi blàmez-vous cette femme? L'action qu'elle vient de faire envers moi est une bonne œuvre. Car vous aurez toujours des pauvres parmi vous, et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire l'aumône. Mais, moi, vous ne m'aurez pas toujours. En répandant sur moi ce parfum, elle a prévenu le jour où il faudra oindre mon corps pour la sépulture. En vérité, je vous le dis, partout, dans le monde entier, où sera prêché cet Evangile, on racontera l'action de cette femme pour honorer sa mémoire '. » Preuves 51, 11 y a, cbus le récit du festin de Béthanie, des sousïnSsèïuè^.^ entendus tels que l'étude du texte sacré nous en a déjà fournis en si grand nombre et qui sont autant de preuves intrinsèques d'authenticité. La Cœiia , c'est-à-dire le repas du soir , est offerte , avec grande pompe , au divin voyageur. Jésus arrivait à Béthanie le sixième jour avant la Pàque, c'est-à-dire le 7" du mois de Nisan (8 avril), qui tombait cette année un vendredi. Or le repas du vendredi soir, d'après la coutume juive, qui comptait les journées d'un coucher de soleil à l'autre, était appelé la Cène du Sabbat, et il était toujours plus solennel que les autres. Huit jours après, le fiel et le vinaigre du Golgotha étaient les seuls aliments offerts au Fils de l'homme. La petite cité veut, en cette occasion, fêter dignement l'arrivée du Sau- *MaUh.,xxvi, 6-13. Marc, xiv, 3-9. Joan., xii, 1-8.
Teur. L'EvaDgéliste le fait suffisamment comprendre, en indiquant que le festin fut l'œuvre des habitants : Fecerunt autem ei cœnam ibi. Mais pourquoi cet empressement universel? Si, comme le prétendent les rationalistes, la résurrection de Lazare n'eût été qu'une comédie de famille , habilement jouée par Marthe et Marie, il est évident qu'on en eût soupçonné quelque chose dans cette bourgade. Il y avait à Béthanie, comme dans chacun de nos villages , des esprits clairvoyants et rebelles à la séduction, qui eussent deviné la fraude. Dès lors, on aurait laissé à la famille qui se vantait d'avoir été l'objet du pseudo - miracle , l'honneur fort équivoque d'offrir l'hospitalité au prétendu thaumaturge. Au contraire, c'est la bourgade de Béthanie qui ménage une ovation au Sauveur : Fecerunt autem ei cœnam ibi. On choisit la maison la plus considérable de la localité, celle de Simon le Lépreux. Qu'était-ce que ce Lépreux? Si l'on se souvient des rigoureuses prescriptions de la loi Mosaïque, au sujet de la lèpre, on ne sera pas tenté de croire que Simon fut alors en proie à cette horrible maladie. Il avait donc été lépreux, mais ne l'était plus; et, selon la tradition de tous les Pères, il devait sa guérison à la toute-puissance de Jésus. Lazare, le ressuscité, est l'un des convives. Marthe sa sœur veut elle-même servir, et Marie brise sur la tête du Sauveur un vase d'albâtre, plein d'un parfum de nard, d'une valeur de plus de trois cents dea. 27
418 mSTOIRE DE KOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
niers '. S'il n'y a pas eu de résurrection à Bélhanie, si Jésus n'a jamais guéri de lépreux , ni accompli un seul miracle, tout cela est inintelligible. Cependant le texte de l'Evangile porte, à chaque ligne, un témoignage irrécusable de véracité. Supposez qu'aujourd'hui l'on veuille, parmi nous, ofîrir un festin à un hôte distingué ; qui donc songerait à lui Yersersur la tête, au milieu du repas, une liqueur parfumée? Or, chez les Juifs, c'était un usage, dans les banquets solennels, d'oindre delà sorte la tête duKabbi qui présidait. Marie - Magdeleinecélèbrel'arrivéeduDivinMaître, comme la fête la plus joyeuse. L'action spontanée de Magdeleine s'explique donc par les mœurs locales. Mais pourquoibriser le vase d'albâtre, au lieu de l'ouvrir simplement, pour en répandre le contenu? L'albâtre , chez les Anciens , comme chez nous , était une matière précieuse, qu'on ne prodiguait pas inutilement. La ville de Tyr en avait alors le monopole. C'était là qu'on le taillait, dit Pline le Naturahste, et qu'on en façonnait des vases qui avaient la propriété de conserver a dmirablement les parfums ^ Cependant Marie-Magdelcine brise le vase précieux : Fracto alabastro. Or c'était aussi une coutume juive, dans les festins d'apparat, de briser un vase de prix; action symbolique qui devait rappeler aux convives la fragilité humaine et la courte durée des joies de la
* 240 fr. de nntrc monnaie actuelle.
' Lapidem alabastriten vocant, quem cavant ad vasa unguentaria, quoniam optime servare incorrupta dicitur. (Plin. Histor. Natur., lib. XXXVl, cap. viii. )
vie 1. En celle circonstance, la coupe brisée à Bélhanie avait une signification que Jésus lui-même précise encore davantage. Pendant que Judas, le voleur et le traître, murmure de cette prodigalité, le Sauveur appelle l'attention des auditeurs sur sa mort prochaine. Il annonce que Marie ne pourra lui rendre d'autres devoirs de sépulture que cet embaumement anticipé ; et il ajoute que le monde ne perdra jamais la mémoire de cet acte de tendresse respectueuse et dévouée. Double prophétie, dont la première s'accomplissait à huit jours d'intervalle , et dont la seconde se vérifie encore sous nos yeux , et n'a cessé de se réaliser, dans une durée de dix-huit siècles. L'Eglise catholique célèbre la piété de Magdeleine; elle la perpétue dans son sein, et ne cesse de répandre les parfums précieux aux pieds du Dieu de l'Eucharistie.
52. Le lendemain, jour de sabbat, Jésus demeura à Excommunication de Bétlianie. « Une multitude de Juifs, sachant qu'il était là, Lazare parie
Sanhédrin.
dit l'Evangile, s'y rendirent, non-seulement pour lui, mais afin de voir Lazare, qu'il avait ressuscité d'entre les morts. Les Princes des Prêtres prirent alors la résolution de tuer aussi Lazare , parce que beaucoup de Juifs se séparaient d'eux, à cause de lui, et croyaient en Jésus ^ » Telle fut la sentence d'excommunication prononcée par le Sanhédrin , contre Lazare. LeTalmud raconte, dit le docteur Sepp, que
1 Sepp. La vie [de Notre -Seigneur Jésus-Christ , t. I, p. 439.
2 Joan., XII, <J-H.
420 niSTOlRE DE NOTRE-SEIGNEUn JÉSUS-CHRIST.
le lendemain de rarrivée de Jésus à Bcllianie, le Lruil s'en élanl répandu à Jérusalem, le Grand Conseil envoya deux de ses membres, Ananie cl Azarias, dans le but de lui tendre quelque piège. Ces deux émissaires seraient venus jusqu'à Nobé, ville sacerdotale, située à l'ouest, et trcs-rapprocbée de Bétbanie, où vraisemblablementils n'osèrent s'aventurer, au milieu d'une population qui acclamait le Sauveur. Or il est remarquable que l'antique bourgade de Nobé, sur l'emplacement de laquelle il reste quelques misérables cabanes, porte encore aujourd'bui, cbez les Arabes, le nom de Ville de Jésus, sans qu'on trouve rien dans l'Evangile qui puisse nous éclairer sur l'origine de cette appellation '. Entrée 53. « Lc lour suivaut^, dit l'Evangéliste , comme Jésus
triomphale "^ ' o J
et ses disciples approchaient de Jérusalem, ils arrivèrent près de Bethphagé, sur la Montagne des Oliviers. Jésus envoya en avant deux de ses disciples et leur dit : Allez au village qui est en face de vous. A l'entrée, vous trouverez un jeune âne , sur lequel personne n'est encore monté, attaché près de sa mère. Déliez-le et amenez-le moi. Si quelqu'un vous demande : Pourquoi le déliez-vous? répondez : Le Maître en a besoin; et on vous laissera emmener sans difficulté les deux animaux. — Or tout ceci arriva pour que la parole du Prophète fut accomplie :
' Sepp. La Vie de 'Notre-Seimjeur Jésus-Christ, tom. II, p. 237. •— » C'esl-à-dire le lendemain du sabbat, correspondant exactement à notre Dimanche des Rameaux.
de Jésus à Jérusalem.
« Dites à ia fille de Sioii : Voici votre Roi qui vient à vous, plein de douceur, monté sur un ânon suivi de sa mère. * » Les deux disciples exécutèrent l'ordre de Jésus. Ils trouvèrent l'ânon attaché avec sa mère, devant la porte de Belhphagé, à rembranchement de deux chemins. Comme ils le déliaient, ceux à qui il appartenait, leur dirent : Que faites-vous? Pourquoi déliez-vous cet âne? — Le Maître en a besoin; répondirent-ils, ainsi que Jésus le leur avait prescrit. — Et on les laissa faire. Ils emmenèrent donc l'àne suivi de sa mère ; on le "recouvrit de vêtements, et Jésus le monta ^ Cependant la multitude, venue à Jérusalem pour la fête de Pàque, ayant appris que Jésus arrivait, sortit de la ville, des branches de palmier à la main, et vint à sa rencontre , en criant : Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui "vient au nom du Seigneur ! — La foule étendait ses vêtements sur la route , on coupait aux arbres des rameaux de verdure , qu'on jetait sur son passage. A la descente du Mont des Oliviers, les disciples, d'une seule voix, glorifiaient Dieu pour toutes les merveilles dont ils avaient été témoins. Ils disaient : Béni le Roi qui vient au nom du Seigneur!
^ Isaï., LXii, il ; Zacli., ix, 9.
^ C'est la seule fois que le Fils de l'homme , « qui n'avait pas où reposer sa tète, » ait voulu se servir d'une monture. Cela n'empêche pas nos rationalistes de dire : « Jésus parcourait la Galilée au milieu d'une fête perpétuelle. 11 se servait d'une mule, monture en Orient si bonne et si sûre, et dont le grand œil noir, ombragé de longs cils, a beaucoup de douceur. » ( Vie de Jésus, p. 189-190. ) :
4r2^ HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
Paix au ciel, etgloire dans les hauteurs du firmament! — La foule, tant celle qui précédait que celle qui suivait, répétait ces acclamations en disant : Uusanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit l'avènement du règne de David , notre père ! Eosanna^ au plus haut des cieux! — Quelques Pharisiens, mêlés à la foule, dirent alors à Jésus : Rabbi, faites taire vos disciples! — Si ceux-ci se taisaient, répondit-il, en vérité, je vous le dis, les rochers eux-mêmes pousseraient des acclamations ! —
' Le mot Hosanna est composé de Hosia (Salut) et de Na, abréviation (ÏAn7ia. (Je vous prie.) Les Juifs en ont fait, par leurs acclamations assez ordinaires, une sorte d'interjection nationale, signifiant : Salut, paix et gloire! Le septième jour de la fête des Tabernacles s'appelle, dans leur calendrier, Ilosanna rabba c'est-à-dire le grand Eosanna. {Pczron. Histoire Evangélique , tom. II, p. 191.) — Les rameaux de feuillage, ou Lulabiin , qui furent portés à la main par les Juifs , dans cette ovation triomphale , furent des palmes : Ramas pa/marum. Quant aux branchages, coupés sur les arbres et étendus le long de la route, ils durent être de diverses espèces. La montagne, dite des Oliviers , otîrit naturellement des rameaux d'oliviers à l'enthousiasme de la foule. Le torrent du Cédron, qu'il fallut traverser, est bordé par des saules ; enfui le myrte et le citronnier s'étageaient sur les flancs de la montagne de Sion. 11 est donc probable que chacun de ces arbres fournit son contingent au triomphe du fils de David. — La coutume d'étendre des vêtements, sur le chemin où doit passer un personnage considérable, s'est maintenue jusqu'à nos jours en Orient. « En 1S34, le consul anglais de Damas, M. Farran, passant par Bethléem, vit arriver à sa rencontre des centaines d'hommes et de femmes , qui tout à coup , comme par une inspiration subite , étendirent leurs liabits à terre, devant son cheval, le suppliant d'intercéder pour eux auprès du vice-roi d'Egypte, dont ils avaient encouru la colère en se révoltant contre lui. » (Sepp. La Vie de Notre- Seigneur Jésiis-Christ , tom. 11, p. 240-241. )
CHAP. IX. — RETOUR A JÉSUSALEil. 423
Cependant, quand il approcha de Jérusalem, en voyant la cité, il pleura sur elle. Jérusalem, Jérusalem, dit-il, toi qui tues les -prophètes, et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme la poule réunit ses poussins sous son aile, et tu ne l'as pas voulu * ! Si, du moins, en ce jour fait pour toi, tu connaissais enfin ce qui peut te donner la paix ! Mais, en ce moment, ces choses sont cachées à tes yeux. Des jours viendront où tes ennemis entoureront ton enceinte d'un mur de circonvallation j ils t'enfermeront , et te serreront de toutes parts ! Ils te coucheront à terre, toi, et les fils que tu nourris dans ton sein ; ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre , parce que tu n'auras point connu le temps où tu fus visitée M — Après avoir ainsi parlé, il continua sa route. Quand il entra à Jérusalem, toute la cité était en mouvement. Qa'esl-ce que cela? disait-on. — Et le peuple s'écriait : C'est le Prophète Galiléen, Jésus de Nazareth ! — Ce fut ainsi que le Seigneur fit son entrée au Temple. En arrivant il chassa les vendeurs et les acheteurs, renversant les tables de change et les sièges des marchands de colombes. Il ne souffrait pas que nul transportât un vase dans le Temple, et il disait : « IS'est-il pas écrit : Ma Maison s'appellera la Maison delà prière ! » Et vous en faites une caverne de voleurs ! — Cependant les aveugles, les boiteux, qui se trouvaient
iMatth.,xxm,37.— «Matth., xxi, 1-9. Marc, xi, 1-9. Luc, xix, 29-44. Joan., XII, 12-19.
SOUS les portiques, lui furent amenés, et il les guérit. Les Princes des Prêtres et les Scribes cherchaient le moyen de le perdre , mais ils craignaient de ralla(|uer, parce que la foule lui témoignait son admiration. Témoins donc des merveilles qu'il opérait, et entendant les petits enfants euxmômes crier dans le Temple : Jïbsa/inaaufds de David! ils lui dirent: Entendez-vous ces acclamations? — Oui, répondit-il. Mais n'avez-Yous pas lu ces paroles de l'Ecriture : «La bouche des enfants à la mamelle a célébré vos louanges, ô Seigneur'? » Si ces enfants se taisaient, les pierres ellesmêmes prendraient une voix. — Or, le soir étant venu, Jésus sortit de la ville '. »
*Psalm., VIII, 3. — ' Matlh., xsi, 10-13. Marc, xi, 11. Luc, xix, 45-47.