‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 37 sur 69 · LA SEMAINE SAINTE · texte numérisé non relu

LA SEMAINE SAINTE

SOMMAIRE

i. Situation des esprits à Jérusalem. — 2. Retour de Jésus au Temple. Des étiangers demandent à lui parler. — 3. Quels étaient ces étrangers? — 4. Réponse d'Eusèbe à cette question. — 5. Le récit d'Eusèbe est rejeté comme apocryphe par la critique moderne. — 6. Découverte d'un monument qui confirme l'authenticité du récit d'Eusèbe. — 7. Te-^te de l'Histoire d'Arménie , par Moïse de Corène. La tradition victorieuse des arguments de laciitique moderne.

8. Le figuier maudit sur le chemin de Bélhanie. Objections du rationalisme. — 9 La saison des figues. — 10. Sens de la parabole en action du Figuier maudit. — H. Source du pouvoir de Jésus. Parabole des deux Fils. — 12. Parabole des visuerous et du Père de famille. — 13. Parabole du festin nuptial. — 14. « Rendez ii César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » — 1.5. inintelligence de l'exégèse rationaliste. — 16. Les Sadducéens et la résurrection des morts. — • 17. Le plus grand commandement, — 18. Dernier anathème contre les Scribes et les Pharisiens. Le tronc des offrandes. La pauvre veuve. — 19. Prophétie de la ruine de Jérusalem. — 20. Authenticité de la prophétie évangéUque. — 21. La fin du monde. — 22. Parabole des dix Vierges. — 23. Le jugement dernier.

§ III. UKRCEEDI SAINT.

24. Le figuier, maudit la veille , est complètement desséché. — 2o. Le conciliabule du Sanhédrin. Judas Iscariote vend son Maître,

26. Préparation de la dernière Pàque. La Parasceve. Le Cénacle. Jésu3 lave les pieds des Apôtres. — 27. La Cène pascale selon le rituel

judaïcpie. — 2,S. Institution de l'Encharistic. — 29. Jésus révèle aux Apolies la traliisou de Judas et désigne le traître à saint l'ierre et à saint Jean. — 30. Conlîruiation de la primauté donnée à saint Pierre. — 31. Prédiction de la chute de saint Pierre. Promesse d'envoyer l'Esprit-Saint aux Apôtres. — 32. Sortie du Cénacle. La Vigne véri> table. Derniers enseignements. Acte de foi des Apôtres. — 33. Le torrent du Cédron. Prière de Jésus.

§ I. laundl Saint.

Situation des 1. L'entrée triomphale de No tre-Sei'^neur à Jérusalem

esprits à i u

Jérusalem, avait tranclié nettement les positions. Le Sanhédrin et le peuple se trouvaient maintenant divisés. La sentence d'exmunication d'un côté, l'ovation populaire de l'autre; la mort dans la pensée du Grand Conseil, la royauté de David, dans les acclamations de la foule, tels étaient les deux éléments contradictoires qui résumaient l'état des esprits. L'Evangéliste représente clairement la situation par ces paroles : « Les témoins qui avaient entendu le Seigneur appeler Lazare du tombeau , et qui avaient vu le mort ressusciter, attestaient la vérité du miracle. C'est pour cela que la multitude , informée du prodige , était venue au-devant de Jésus. Mais les Pharisiens se disaient entre eux : Vous voyez que nous ne gagnons rien ! Voilà que tout le monde court à lui M » La résurrection de Lazare avait donc été , pour la multitude, la dernière et solennelle démonstration de la divinité de Jésus. Après ce prodige éclatant, irrésistible , toutes les hésitations précédentes ont disparu. ' Jean., XII, 17-19.

CHAP. X. — LUNDI SAINT. i27

Jésus est le Messie , l'héritier du trône de David , le véritable roi d'Israël ! Cependant Lazare n'était pas le seul que le divin Maître eût ressuscité d'entre les morts. La fille de Jaïr\ le fils de la veuve de Naïm% rendus à la vie par une parole du Sauveur, avaient depuis long-temps appris à la Judée entière la puissance divine de Jésus. Mais les circonstances des deux résurrections précédentes , le lieu où elles s'étaient accomplies , les personnes qui en avaient été l'objet ne présentaient ni la même notoriété, ni le même caractère solennel. La fille de l'officier de Capharnaûm , était encore sur le lit mortuaire où elle venait de rendre le dernier soupir, quand la voix toute-puissante de Jésus la ranima. Le fils delà veuve de Naïm n'avait pas encore pris possession de son tombeau, « de la maison de son éternité, w comme disaient les Juifs , quand il se leva du cercueil sur l'ordre de Notre-Seigneur. Or les Hébreux croyaient, avonsnous dit, que l'àme voltigeait pendant trois jours autour de sa dépouille mortelle, afin d'y rentrer, et qu'elle l'abandonnait définitivement quand les signes de décomposition commençaient à se manifester sur le cadavre. La constatation officielle de la mort demandait donc trois jours ; voilà pourquoi le monument funèbre n'était clos sans retour qu'après ce laps de temps. Ce fut, sans doute pour la même raison que le Sauveur dumonde voulut ressusciter lui-même

* Voir Chapitre v de cette Histoire, § vu, n°» 48, 49. — ' Cha- Tpitre VI, § v^ n"' 2o-27.

428 niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSDS-CURIST.

le troisième jour après sa mort. Très-certainement les conditions dans lesquelles s'était accomplie la résurrection de Lazare rehaussèrent, aux yeux des Juifs l'éclal du prodige. Le théâtre de l'événement, sa date, la personne sur laquelle il s'opérait, tout ici déûaitici la critique la plus ombrageuse. Jérusalem, à l'approche des fêtes de Pàque , était encombrée d'une multitude accourue de tous les points de l'univers. Béthanie était aux portes de Jérusalem, et Lazare lui-même était connu de la capitale entière. La maladie, la mort, la sépulture et la résurrection de Lazare, n'avaient pu rester ignorées. Une immense publicité entourait ces faits. Les Princes des Prêtres eux-mêmes ne cherchent point à les révoquer en doute. Ils se plaignent seulement de voir le peuple courir à Jésus. Ils excommunient Lazare et voudraient le mettre à mort, pour se débarrasser d'un témoin vivant, dont la seule présence en dit plus, sur la divinité de Jésus, que tous les raisonnements et les discours. Pendant la nuit, ils déhbèrent sur les moyens d'accomplir leur œuvre de haine et de vengeance. Cependant Jésus se retire, selon sa coutume , sur la Montagne des Oliviers, priant pour le monde, qu'il allait racheter de son sang. Retour de 2. Le lendemain (lundi) il revint au Temple. « Or, dit Tempfe" l'Evangéliste , parmi la foule réunie sous les portiques, se trouvaient quelques Gentils, venus pour adorer Dieu, dans la

* Erat autem diebus docens in templo, noctibus vero exiens morabatur in monte qui vocatur Oliveti. (Luc, xxi, 37.)

Des

solennité pascale. Ils s'approchèrent de Philippe, qui était étrangers

demandent i

de Bethsaïda en Galilée , et ils le priaient, en disant : Sei- '"' p^i^r gneur, nous voudrions voir Jésus. — Philippe en avertit André, puis André et Philippe le dirent à Jésus. Mais Jésus leur répondit : L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. En vérité , en vérité, je vous le dis, si le grain de froment tombant à terre, ne meurt d'abord, il ne fructifie point; mais s'il meurt, il produit du grain en abondance. Qui aime saviela perdra ; etqui la sacrifie en ce monde la garde pour l'éternité. Si quelqu'un me veut servir, qu'il me suive. Là où je suis, là sera aussi mon serviteur. Si quelqu'un se fait mon serviteur, il sera honoré par mon Père. En ce moment, mon âme est agitée*. Et que dirai-je? Père sauvez-moi de celte heure? Mais c'est pour cela que je suis venu en cette heure. Père, glorifiez votre nom! — Alors une voix du ciel se fit entendre; elle disait : Je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore ! — La foule qui était là et qui entendit la voix , disait : C'est un coup de tonnerre ! — D'autres : Un Ange lui a parlé! — Mais Jésus reprit : Ce n'est point pour moi, mais pour vous, que la voix s'est fait entendre. Maintenant commence la crise du monde; le prince de ce monde va être jeté dehors. Pour moi, quand

* L'expression grecque : â v{/ux.'»i F^'J TcTapây,Ta,i, est la même que celle de la phrase précédente : ô «ptXûv tt,v <}'uxr,v aÙTcù, à-oAEcrsi aÙT/.v. « Qui aime son âme (sa \ie) la perdra. » Nous croyons donc que le sens est celui-ci : « En ce moment, ma vie est menacée. » Toutefois nous conservons la traduction reçue.

k20 ' HISTOIRE DE KOTRE-SEiGNECR JÉSUS-CBRIST.

je serai élevé Je terre , j'attirerai lout à moi. — îl révélait, par celte parole, le genre de mort qu'il devait subir. Le peuple lui répondit : Nous avons appris par l'Ecrilure que le Christ demeurera éternellement \ Comment donc ditesvous : Il faut que le Fils de l'homme soit élevé de terre? Quel est ce Fils de l'homme dont vous parlez? — Jésus leur dit : La lumière est encore , pour un peu de temps, au milieu de vous. Marchez donc , pendant que vous avez la lumière , de peur que les ténèbres ne vous enveloppent. Qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Pendant que vous avez la lumière , confiez-vous à elle , afin que vous soyez des enfants de lumière. — Or, malgré les miracles opérés sous leurs yeux , les Juifs ne croyaient point en lui. Ainsi s'accomplissait ja parole du Prophète Isaïe : « Seigneur, qui donc a voulu croire à votre enseignement? qui donc a reconnu la puissance de votre bras ^? » C'est pourquoi ils ne pouvaient croire , et leur obstination réalisait cette autre prédiction d'Isaïe : « Le Seigneur les a frappés d'aveuglement, il a endurci leur cœur, de peur qu'ils ne voient de leurs yeux, que leur cœur ne s'ouvre à l'intelligence et qu'ils n'obtiennent le salut par le repentir =*! » Telle avait été la prophétie d'Isaïe, alors qu'il avait contemplé par avance la gloire du Christ, et qu'il en avait prédit l'avénement. Cependant , môme parmi les Princes du peuple , un grand nombre crurent à Jésus, sans oser toutefois en faire ' Is., XL, 8. — - Is., I.lll, 1. 3 is^ Yi, 10.

publiquement l'aveu , de peur d'être exclus de la Synagogue par les Pharisiens. Ils préférèrent ainsi leurs intérêts humains à la gloire de Dieu. Jésus donc élevant. la voix, s'écria : Celui qui croit en moi , ne croit pas seulement en moi, mais en Celui qui m'a envoyé : qui me voit, voit Celui qui m'a envoyé. Moi, la lumière , je suis venu en ce monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure point dans les ténèbres. Si quelqu'un entend ma parole et ne la garde point , je ne le juge pas , car je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. Celui qui me méprise et ne reçoit pas ma parole, celui-là a un juge qui le condamnera ; ma parole même le jugera au dernier jour. En effet ce n'est pas de moi-même que je parle. Le Père qui m'a envoyé m'a donné l'ordre de parler, et m'a prescrit en même temps ce que je dois dire. Or je sais que son commandement est la vie éternelle. Donc, tout ce que je dis, je le dis tel que mon Père me l'a ordonné ^ — ■ Après avoir ainsi parlé , comme le soir était venu, il les quitta, et, sortant de la ville, se relira à Béthanie, avec les douze. ^ »

3. La solennité nationale de la Pâque attirait, on le sait, Q^gi^ une multitude de Juifs, dispersés sur toute la surface de étrangers? l'empire romain. Un grand nombre d'étrangers devaient naturellement se transporter à Jérusalem, en cette circonstance, soit dans une intention pieuse , (car la religion romaine était cosmopolite et ne se faisait aucun scrupule

* Joan., XII, 20 ad ultim. — ^ Malth., \xi, 17. Marc, xi, 19.

432 niSTOlRE DE NOTRE-SEIGNE'JIl JÉSUS-CURIST.

d'adorer les dieux des Dations étrangères,) soit pour des intérêts de commerce, ou môme par le simple attrait de la curiosité , et uuiquemeut pour \oir le Temple, l'une des sept merveilles du monde, dans Téclat et la splendeur inaccoutumés que lui donnaient la réunion de tant de fidèles et les pompes de la fête pascale. Mais l'Evangile nous révèle ici un fait significatif. Parmi les «Gentils » ou ((Hellènes, » ainsi que les nomme saint Jean, venus celte année à Jérusalem, quelques-uns ont encore un autre Lut; (dis veulent Yoir Jésus. » La réputation du Sauveur avait donc franchi les limites de la Judée. Le brait de ses miracles s'était répandu, ainsi que l'attestent expressément saint Matthieu* et saint Marc ^■', dans la Phénicie, la Syrie, et les provinces Arabes. Mais pourquoi, puisque le divin Maître est en ce moment dans le Temple, ces étrangers ont-ils besoin de recourir à l'intervention de Philippe , l'un des Apôtres ! Ce détail, noté en passant par l'écrivain sacré , est encore une preuve d'authenticité intrinsèque. Les « étrangers » ne pouvaient franchir l'enceinte du Parvis, appelé de leur nom ((Parvis des Gentils'. » Or, Notre-Seigneur enseignait alors la multitude dans le (( Parvis des Juifs, » dont l'accès était interdit aux étrangers. Les « Hellènes » s'adressent

*Matlh., IV, 24. Et ahiit opinio ejus sn totam Syriam. — ^Marc, m, 8. Et ab Idumœa et trans Jordanem, et qui cirta Tyrum et Sydoneni, muUitudo majna awlii-ntcs quœ faciebat, xencrunt ad eum. — 3 Cf. llist. génér, de l'Ejlise, toin. II, p. 4U6 , et tom. IV, p. 110.

donc à l'apôtre Philippe, pour obtenir la faveur de « voir Jésus. » Cette expression à' Hellènes, dans la langue juive, s'appliquait, depuis l'empire d'Alexandre le Grand, et surtout depuis le règne d' Antiochus Epiphane, non-seulement aux Grecs proprement dits, mais à l'universalité des nations Orientales soumises à l'influence de la civilisation grecque. « Quel fut, dit le docteur Sepp, l'objet précis de l'entrevue, que ces étrangers désiraient obtenir du Sauveur? L'Evangéliste ne nous l'indique point ; mais deux documents d'une importance capitale, suppléent en partie à ce silence ^ » Nous allons les reproduire dans leur intégrité.

4. Eusèbe de Césarée , dans son Histoire Ecclésiastique, Réponse s'exprimait ainsi, en l'an 315 de l'Ere Chrétienne : « La à cette

question.

divinité de Notre^Seigneur et Sauveur Jésus-Christ , se manifestant par des œuvres si prodigieuses, attirait, des contrées étrangères et les plus éloignées de la Palestine, une multitude innombrable de mialades et d'infirmes , qui espéraient obtenir de lui la guérison. Le roi Agbar, qui gouvernait alors, et non sans gloire, les nations situées au delà de l'Euphrate, était atteint d'une maladie, déclarée incurable par la médecine humaine. En apprenant les étonnants miracles opérés par Jésus , dont le nom était alors sur toutes les lèvres, et dont la puissance était unanimement attestée, il lui adressa, par son secrétaire , des lettres où il le suppliait de venir à Edesse et de le guérir. Mais Jésus ne

* Sepp. Yie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tom.ll, p. 250. II. 28

43i UISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JESUS-CHRIST.

se rendit pas à celle imitation. Cependant, il ne dédaigna point de lui répondre par une lettre , dans laquelle il lui promettait de lui envoyer un de ses Disciples, qui lui rendrait la santé à lui-même, et qui apporterait le salut à tout son entourage. La réalisation de la promesse ne se fit pas longtemps attendre. En effet , après la Résurrection du Christ et son Ascension au ciel , Thomas , l'un des douze Apôtres, obéissant à une inspiration divine, envoya Thadée, l'un des soixante douze Disciples, àEdesse,pour y prêcher l'Evangile. Nous en avons la preuve solennelle , dans les archives de cette ville, où régnait alors Agbar. Les actes publics, renfermant l'histoire antique d'Edesse et le récit du règne d' Agbar, se sont conservés jusqu'à nos jours. Nous les avons parcourus, et il nous a semblé important de transcrire ici les deux lettres, telles que nous les avons tirées de ces archives , en les traduisant fidèlement du syriaque :

« Exemplaire de la lettre écrite par Agbar à Jésus, et envoyée à Jérusalem par Ananias, le courrier.

» Agbar, toparque d'Edesse, à Jésus, le Sauveur excellent, apparu dans la région de Jérusalem, salut. J'ai entendu parler de vous et des cures que vous opérez, sans remèdes ni plantes médicinales. Ou dit que vous rendez la vue aux aveugles, l'usage des jambes aux boiteux; que vous purifiez de la lèpre ; que vous chassez les démons et les esprits impurs; que vous guérissez les infirmes des maladies les

CHAP. X. — LUNDf SAINT. 435

plus invétérées, et qu'enfin vous ressuscitez les morts. En apprenant de vous toutes ces merveilles, je me suis persuadé ou que vous étiez Dieu même descendu du ciel , ou certainement le Fils de Dieu. C'est pourquoi j'ai voulu vous écrire , pour que vous daigniez nous visiter , et me guérir de la m.aladie dont je souffre. J'apprends en effet que les Juifs vous persécutent, et forment contre vous des trames hostiles. Or la cité où je règne est petite, mais elle est assez bien ornée ; elle suffira pour nous deux.

» Telle est cette lettre écrite par Agbar , ta une époque où le rayon de la lumière divine ne l'éclairait encore que faiblement. Voici maintenant la réponse que Jésus lui renvoya, parle même secrétaire. Elle est courte, mais pleine de force et d'efficacité.

y) Réponse de Jésus à Agbar le toparque, apportée par Ananias, le courrier.

Agbar, vous êtes heureux d'avoir cru en moi, sans m'avoirvu ! Car il a été écrit de moi : « Ceux qui me verront ne croiront point en moi, afin que ceux qui ne me verront pas aient la foi, et recouvrent la vie éternelle^». Vous m'écrivez pour que j'aille à vous. Mais il me faut accomplir ici toutes les choses pour lesquelles j'ai été envoyé ; et, après qu'elles seront accomplies, je dois retourner à Celui qui m'a envoyé. Quand je serai remonté près de Lui, alors je vous enverrai un de mes disciples, afin qu'il vous guérisse de votre maladie et

* Isai., vi^ 9-10.

qu'il ouvre pour vous, et pour ceux qui vous entourent, le chemin de la vie K »

Le récit 5. Ce passage d'Eusèbe de Césarée, cité avec éloge par

d'Easèbe

est réfuté Saint Jérôme, et connu par toute la tradition, avait été

comme ^

^^^iPf^^ accepté comme authentique pendant plus de mille ans.

critique . . , • . i i 1 1

moderne. La critiquc du XVII* sioclc Ic rejeta, avec tant d autres, parmi les récits légendaires et les productions apocryphes. Qu'était cet Abgar ou Agbar? demandait-on. « Il régna, non sans gloire, sur l'Arménie ; » dit Eusèbe , et cependant son nom ne se retrouve nulle part. Quelle autorité que celle d'Ananias , le cursor royal? Agbar n'est pas même un nom Arménien, c'est un nom Arabe. Et d'ailleurs que d'invraisemblances dans ce récit! Comment supposer qu'un pareil message n'eût pas laissé de traces dans l'Evangile? Cependant aucun des liistoriens sacrés n'en dit un mot. Enfin, ajoutaient les critiques, on sait que Jésus n'a jamais écrit autre chose que les caractères tracés du bout du doigt, sur le pavé du Temple, dans le jugement de la femme adultère. Et voilà qu'Eusèbe ose dire: « Jésus ne dédaigna point de répondre une lettre écrite à Agbar! w Ce dernier argument paraissait surtout péremptoire ; il s'appuie sur la tradition immémoriale de l'Eghse CathoUque , et par conséquent d'une vérité absolue , savoir que Jésus n'a pas laissé, sur la terre, un seul

* Euseb. Caesariens. Eisior. EccL, lib. I, cap. xiii. Patrol. Graec, tom. XX, col. 120-123.

monument écrit. Cependant si Eusèbe, en pleine paix, sous le règne de Constantin le Grand, a pu tromper un des siècles les plus éclairés de l'histoire, en parlant des archives d'Edesse qu'il avait vues, et dans lesquelles il avait traduit, sur les originaux eux-mêmes, du syriaque en grec , deux actes d'une pareille valeur ; s'il a pu inventer tout ce récit, et léguer une telle fable à la postérité, quel sera le témoignage historique dont l'authenticité pourra jamais être garantie? Eusèbe de Césarée, l'un des prélats les plus célèbres de son temps, l'historien partout ailleurs le plus précis et le plus véridique, se sera donc sciemment et volontairement déshonoré, par une imposture qui n'avait pas même d'objet; car enfin la croix triomphante venait de monter au Capitole. Il n'était nullement besoin de consohder, par un mensonge officiel, public et si dangereux, une religion qui venait de conquérir le successeur des Césars. Telles seraient pourtant les circonstances au miheu desquelles l'historien aurait dit : J'ai retrouvé, dans les archives d'Edesse, deux documents écrits en syriaque. Chacun peut y consulter, s'il lui plaît, les originaux qui y sont restés. En voici la traduction littérale , faite par moi, avec la plus scrupuleuse fidélité ! Une pareille invention attribuée à Eusèbe était absurde. Cependant la critique maintint obstinément sa dénégation, et, à l'heure qu'il est, il nous faut bien le dire, l'opinion publique en France est faite sur ce point. Le lecteur s'est peut-être déjà demandé :

du réc d'Eusèbe.

Est-ce sérieusement qu'où nous parle des lettres apocryphes du fabuleux Agbar?

Découverte G. Toutcfois, il s'cst produit, dans l'intervalle, un docu-

d'un monu- ' '■ '

ment qui ment inattendu , parfaitement authentique, et qui justifie

confirme , ' *■ i ' i o

^'*'^"'^récit'' ' la tradition de l'Eglise, tout en donnant invinciblement raison à Eusèbe de Césarée contre ses détracteurs. Nous voulons parler du texte syriaque de VHistoire d'Arménie, écrite par Moïse de Corène. (370-450) Publié pour la première fois, à Londres, en 1736, avec une traduction latine et des notes, par Winston, ce texte a été reproduit, en 1841, à Venise, avec une traduction française par Le Vaillant de Florival. Chose étrange ! La France tout entière semble encore aujourd'hui ignorer son existence. Tant l'erreur accréditée et officielle aime à organiser la conspiration du silence, autour des monuments qui pourraient troubler sa quiétude et renverser ses thèses de parti-pris! Moïse de Corène , archevêque de Pakrevan , composait en syriaque son Histoire d'Arménie, à l'époque même où Eusèbe de Césarée réunissait tous les documents officiels sur la vie du Sauveur, qu'il traduisait en grec, et insérait dans son Ilistoire Ecclésiastique. Moïse de Corène s'était fait l'historien de sa nation, pendant qu'Eusèbe devenait celui de l'Eglise universelle. Les deux auteurs n'ont rien de commun, ni dans leur but , ni dans leur objet. Aussi différents de patrie que de langage , l'un écrit les annales de son pays dans l'idiome national, l'autre rassemble les éléments d'une

histoire des origines chrétiennes, dans l'idiome scientifique de son temps. La fortune des deux ouvrages fut en raison directe de leur importance réciproque. L'Histoire Ecclésiastique d'Eusèbe conquit de prime abord son rang parmi les monuments immortels ; toutes les générations chrétiennes l'ont connue et étudiée. L'Histoire d'Arménie, par Moïse de Corène , s'éclipsa au milieu des désastres de l'Orient , elle fut complètement oubliée jusqu'en 1736. Dès lors sa réapparition, presque inaperçue en France \ n'a cessé de préoccuper le monde savant, en Italie, en Angleterre et en Allemagne.

7. Or toutes les inconnues laissées dans l'ombre par le texte d'Eusèbe sont éclaircies par l'auteur arménien , qui d'Aménie

, . -, , . . , 1111 par Moïse

consacre sept chapitres de son histoire au règne d Agbar. dechorène.

La tradition

Le nom syriaque de ce prince était Avagaïr, que les Grecs victorieuse

des argu-

et les Latins, dit Moïse de Corène , pour éviter la difficulté ^ents

' ' ^ de la critique

de prononciation , transformèrent en celui d' Agbar ou moderne. Abgar. Célèbre dans tout l'Orient par sa clémence, sa modération, sa justice, et les longues prospérités de son règne, Avagaïr, fils d' Arsamès, roi d'Arménie, monta sur le trône à l'époque où le Sauveur naissait à Bethléem. A cette date,

* M oses Chorenensis. Ilistoriœ Armeniacœ libri III, Armeniace ediclerunt, Latine verterunt, notis illustrarunt Gulielmus et Georgius Gui. Whistoni Filii. Londiiii. Whiston, 1736, iii-4°. Tel est le titre exact de V édition princeps , devenue aujourd'hui fort rare. Nous faisons des vœux pour que cet important ouvrage puisse trouver place dans la Patrologie publiée par l'illustre éditeur catholique, M. l'abbé Migne.

Texte de l'histoire

l'Arménie devint tributaire des Romains. « César Auguste venait d'ordonner le recensement de l'univers. En conséquence de cet édit, les procurateurs romains furent envoyés en Arménie. Ils apportaient avec eux des effigies du César- Auguste, et les placèrent dans tous les temples * w Avagaïr reconnut la suzeraineté de Rome, mais il conserva son indépendance vis-à-vis des prétentions d'Hérode Tlduméen et, plus tard, d'Hérode le Télrarque, auxquels il fit la guerre avec succès. Son armée , jointe à celle d'Arétas, infligea au meurtrier de Saint Jean-Baptiste la sanglante défaite de Machéronta. Dans une expédition en Perse , il rétablit sur le trône de ce pays le roi Artasès, auquel ses frères voulaient ravir l'héritage paternel. Cette intervention grandit son influence. Hérode iVntipas, Pilate lui-même, en qualité de gouverneur de Judée, incriminèrent la conduite d' Avagaïr. Leurs accusations, portées à la cour de Tibère, présentaient le roi d'Arménie comme un ambitieux prêt à secouer le joug impérial , et appuyant, dans les états voisins, une politique hostile aux intérêts de Rome, ce En

* On peut joindre ce témoignage de l'historien d'Arménie à ceux que nous avons cites précédemment, pour établir la réalité du Dénombrement de l'Empire, à l'époque de la naissance de Jésus-Christ (Tome I de cette Histoire, p. 165-189.). Voici la traduction latine littérale du texte syriaque : Imperaverat enim Ccesar Augustvs, ut in Lucœ Evangeîio narratur , per universum orbem censum institui; eâque de re romain prociiratores in Armeniam missi sunt qui Cœsaris Aiigusti effigiem attuhrunt et in omnibus sanis coUocarunt. (Moses Chorenens. Hist. Arm., lib. II, cap. xxv. )

ce temps, dit Moïse de Corène, le tribun de César, Marinus, gouvernait la Phénicie , la Palestine , la Syrie et la Mésopotamie ^ Avagaïr députa près de lui deux de ses officiers, Marihab, gouverneur d'Alznia ^ et Samsagram, prince de l'Apahunie, ' auxquels il adjoignit son fidèle Ananus. Ils devaient exposer au Proconsul les véritables motifs de l'expédition de Perse , et lui remettre une copie du traité conclu entre Artasès et ses frères. Les ambassadeurs rencontrèrent Marinus à Eleuthéropolis ; ils en obtinrent l'accueil le plus favorable. Le Proconsul fit répondre à Avagaïr de se tranquilliser au sujet des accusations transmises à César, l'assurant qu'elles n'auraient aucune suite fâcheuse, pourvu qu'il se montrât fidèle à payer le tribut précédemment fixé. En revenant, les trois députés passèrent par Jérusalem. Ils voulurent voir le Christ, dont la renommée publiait en ce moment les miracles. Ils furent euxmêmes témoins des prodiges qu'il opérait, et, de retour dans leur patrie, les "racontèrent à Avagaïr. Ce prince, en les entendant, laissa éclater son admiration : « Cela dépasse la puissance humaine' s'écria- t-il. Un Dieu peut seul ressusciter les morts! » Cependant le roi était atteint d'une infirmité qu'il avait contractée, sept années auparavant , dans son expédition en Perse , et qui résistait à tous les efforts

* Tacite {Histor. \ih. Vf, cap. x.) nous apprend, en effet, qu'à cette époque, JElius Lamia ayant été nommé Proconsul de Syrie, ne put se rendre dans cette Province, et l'on envoya à sa place Julius Marinus. — ^ Province d'Arménie — ^ jt

des médecins. Il écrivit donc à Jésus, pour le supplier de venir à Edesse et de lui rendre la santé. Yoici le texte de celle missive.

» Lettre d'Avagaïr au Christ Sauveur.

« Avagaïr, fils d'Arsamès, prince d'Arménie, à Jésus, le Sauveur bienfaisant, apparu au pays de Jérusalem. J'ai entendu parler de vous, et des guérisons opérées par vos mains. On dit que vous rendez la vue aux aveugles ; que vous faites marcher les boiteux ; que vous purifiez de la lèpre ; que vous guérissez ceux qui souffrent de maladies invétérées, et même que vous ressuscitez les morts. En apprenant toutes ces merveilles , j'ai compris ou que vous êtes Dieu descendu du ciel, ou le Fils de Dieu. C'est pourquoi je vous écris, vous suppliant de venir près de moi et de me guérir de l'infirmité dont je suis atteint. Je sais aussi que les Juifs frémissent de rage contre vous, et qu'ils songent à vous persécuter. Or , j'ai une cité , petite il est vrai, mais agréable; elle nous suffira à tous deux.

» Ceux qui devaient remettre cette lettre à Jésus le rencontrèrent à Jérusalem. L'Evangile a mentionné le fait en ces termes : a Quelques Gentils , parmi ceux qui étaient montés au Temple pour adorer, le jour de la Pâque, s'approchèrent de Philippe de Betlisaïda en Galilée, et ils le priaient en disant : Seigneur, nous voudrions voir Jésus. — Philippe alla le dire à André , et tous deux en avertirent Jésus '. » Uoan., XII, 20-22.

CHAP. X. — LUNDI SAINT. 4i3

Or, le Sauveur, à cette époque, et clans les circonstances où il se trouvait, refusa de se rendre à l'invitation du roi, mais il daigna lui répondre, en ces termes :

« Réponse à la lettre d'Avagaïr à Jésus, écrite par Thomas, l'Apôtre, sur l'ordre du Sauveur.

» Celui-là est bienheureux qui croit en moi , quoiqu'il ne me voie point. Car il a été écrit de moi : « Ceux qui me voient ne croiront pas en moi , et ceux qui ne me verront pas croiront et vivront. » Yous m'avez écrit pour que j'aille à vous. Il me faut accomplir ici toutes les choses pour lesquelles j'ai été envoyé à Jérusalem. Quand je les aurai consommées, je monterai vers Celui qui m'a envoyé, et, après que je serai monté à lui, je vous enverrai l'un de mes Disciples, qui vous guérira de votre infirmité, et vous donnera la vie, à vous et à ceux qui sont avec vous ^

» Ananus, le cursor d'Avagaïr, apporta cette lettre, avec l'image du Sauveur, qui existe aujourd'hui à Edesse. Les deux lettres sont aussi conservées dans les Archives publiques de cette ville ^ »

Nous avons reproduit , sans tenir compte du double emploi , le texte des deux lettres cité par Moïse de Corène. Il est complètement identique avec celui d'Eusèbe. Les deux écrivains ne se sont pas copiés. Les différences que présente leur récit le prouvent surabondamment. Mais quelle

^ Moses Chorenensis. Histor. Armeniac. \[h. II, cap. xxix, p. 132. — »Id. Ibid., p. 139, 140.

confirmation puissante, pour l'iiistorien grec, dans la découverte du manuscrit de l'auteur Syriaque. Agbar , cet inconnu , presque fabuleux , au nom évidemment Arabe, disait l'ancienne critique, est maintenant , sous son véritable nom d'Avagaïr, l'un des souverains les plus illustres d'Arménie. L'Evangile a positivement fait allusion aux relations de ce prince avec le Sauveur *. Enfin, la tradition, attestant que Jésus n'a jamais rien écrit, se trouve admirablement confirmée par le texte de Moïse de Corène. Précédemment les défenseurs d'Eusèbe répondaient à l'objection des adversaires par une conjecture fort plausible. Ils disaient : Rien dans la réponse à Agbar, reproduite par l'Evêque de Césarée, ne prouve qu'il soit question d'une lettre autographe. Il est parfaitement admissible qu'un des Apôtres , sous la dictée du Sauveur, ait écrit ce message. Telle était leur argumentation ; mais elle avait le tort de reposer sur une base entièrement hypothétique. On opposait théorie à théorie, et la controverse paraissait interminable. Le monument syriaque a tranché la difficulté. Ce n'est point le Sauveur lui-même qui a tracé les caractères de la lettre à Agbar ; ils ont été écrits , sous sa dictée , « par l'Apôtre

* Outre le passage de saint Jean, cité par Moïse de Chorcne comme se rapportant au fait du message d'Agbar, saint Mattliieu et saint Marc nous apprennent que la réputation de Jésus s'était répandue dans toute la Syrie : Et abiit opinio ejusin totam Syriam, et obtulerunt et omnes maie hahentes. (Matth., IV, 24.) Et ab Idumœà et trans Jordanem, et qui circa Tyrum et Sidonem multitudo magnay audientes quœ faciebat, venenmt ad eum. ( Marc, m, 8.)

Thomas. » Voilà comment chaque découverte, dans le domaine de l'histoire , de l'archéologie et des littératures antiques , \ient redresser les erreurs d'un autre âge , corroborer la tradition de l'Eglise , et illuminer, d'un rayon d'authenticité saisissante, chaque mot de l'Evangile !

§ II. Mardi Saint,

8. « Le lendemain matin (mardi), étant sorti de Béthanie Le figuier avec ses disciples, Jésus revint à la ville sainte. Pendant le chemin"de^

. . Béthanie.

voyage, il eut faim. Ayant aperçu de loin un figuier, planté objectionsdu

rationalisme.

sur le bord delà route, et couvert de feuilles, il s'approcha pour y trouver quelque fruit. Mais il ne s'y rencontra que des feuilles ; car ce n'était pas la saison des figues. S'adressant donc à l'arbre stérile , il prononça ces paroles : Que jamais un seul fruit ne naisse sur ta tige ! — A l'instant le figuier commença à se dessécher. Or, les disciples avaient entendu cette parole i. »

L'historien sacré laisse soupçonner, plutôt qu'il ne l'exprime, l'étonnement des Disciples, en cette circonstance. Le lendemain , en retrouvant desséché jusqu'à la racine le figuier maudit , ils interrogeront leur maître. Jusque-là ils gardent un silence respectueux, que les rationahstes modernes n'ont garde d'imiter. Yoici ce qu'ils ont osé écrire : « Parfois on eût dit que la raison de Jésus se troublait. Sa douceur naturelle semblait l'avoir abandonné ; il était quel-

» Matth., xîi, 18-19. Marc, xi, 12-14.

44G HISTOIRE DE NOtRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

quefois rude et bizarre. Les disciples ne le comprenaient plus, et éprouvaient devant lui une espèce de sentiment de crainte. Sa mauvaise humeur contre toute résistance l'entraînait jusqu'à des actes inexplicables et en apparence absurdes * ! » La critique nouvelle se croit suffisamment autorisée \ formuler , au nom de la science , ces généralités blasphématoires, et ne prend pas autrement la peine de les justifier. Il est donc évident, pour elle, que chercher des fruits sur un figuier, quand on n'était point à la saison des figues, constituait « un acte absurde ; » et que la « mauvaise humeur de Jésus contre toute résistance l'entraînait à des bizarreries inexplicables. » Mais , puisque le figuier maudit se dessécha sur la parole de Jésus, puisque les Disciples furent témoins de ce phénomène , nous ne sommes plus seulement en présence d'un « acte absurde , ou d'un emportement causé par la mauvaise humeur. » Chaque jour, il arrive à un caractère irritable et violent de proférer une malédiction contre un objet inanimé, l'arbre d'un jardin, le buisson d'épines d'un sentier, ou la branche incommode qui gêne le passage. L'arbre, le buisson, le rameau importun ne s'en portent pas plus mal : il n'y a de perdu que les paroles vaines , arrachées par la colère au M passant de mauvaise humeur. » Le vent les emporte, et nul

* Vie de Jésus, p. 31.*',' 310. L'auteur justifie son assertion par la note suivante. « Marc, xi, 12-14. » La citation indiquée nous renvoie précisément à l'épisode du figuier maudit.

ne les remarque. Sur le chemin de Béthanie à Jérusalem, le Sauveur éprouve le sentiment de la faim. Il aperçoit de loin un figuier. Il s'en approche avec calme ; sa démarche ne trahit aucune précipitation ; il n'y trouve que des feuilles. Sans frapper d'un bâton l'arbre stérile, sans proférer aucune plainte, il dit : « Que jamais un seul fruit ne naisse sur ta tige !« et à l'instant le figuier se dessèche. Voilà un miracle du premier ordre. Il ne s'agit point d'une guérison a opérée par une douce parole sur une organisation nerveuse et troublée, ni sur une imagination crédule. « Le système nerveux d'un arbre, la crédulité naïve d'un figuier ne s'ébranleront jamais, «à la vue d'un homme d'élite, ou d'une nature exquise. » C'est donc le miracle qui domine souverainement, dans ce récit Evangélique. Le rationalisme a pu se flatter de le faire disparaître, et de donner le change aux lecteurs , en se rejetant sur l'apparence d'un « acte absurde et inexplicable. » Mais admettons un instant son hypothèse. Supposons que la conduite de Jésus eût été alors aussi déraisonnable qu'il le voudrait; accordons-lui l'étrange k bizarrerie, » la ce rudesse » repoussante d'une « mauvaise humeur qui s'irrite contre tous les obstacles, w Evidemment, ce sont là les passions, les violences, les entrahiements d'un homme. Comment donc les Apôtres, les Disciples , témoins oculaires de ces prétendues extravagances , se sont-ils laissés égorger pour affirmer que cet homme « rude et bizarre , cet exalté » dont la raison se

troublait et dont la mauvaise humeur touchait au déUre , était Dieu ? Plus vous abaissez le caractère de Jésus vivant, plus vous grandissez le miracle de la foi à Jésus ressuscité. Il n'est pas besoin d'être philologue, académicien, ni savant, pour distinguer un acte de fohe d'une action raisonnable. Si Jésus n'eût été qu'un fou , ses disciples seraient demeurés à Tibériade ou à Capharnaûm, pécheurs de poissons, et ne fussent jamais devenus pêcheurs d'hommes. La saison 9. Il y a douc , dans la malédiction du figuier , sur le

des figues.

chemin de Béthanie , un fait d'un caractère éminemment surnaturel ; un prodige manifeste , sur lequel il nous faut d'autant plus insister que le rationalisme semble plus disposé à le méconnaitre. « Sorti le matin de Béthanie , avec ses Disciples, dit le texte sacré, Jésus revint à la ville sainte, et durant le trajet il eut faim. » La distance de Béthanie à Jérusalem n'était que d'environ quatre kilomètres. Avec nos habitudes actuelles, on s'expliquerait difficilement qu'un voyageur , ayant pris le repas du matin , avant de se mettre en route , pût éprouver, en un si court intervalle , le sentiment de la faim. Ces détails sembleront, peut-être, indifférents , et d'une recherche trop minutieuse à certains esprits. Pour nous, nous déclarons qu'en ce siècle, où l'ignorance des mœurs juives et de la civilisation bibhque est universelle , le seul moyen de faire toucher du doigt l'absurdité des attaques dirigées contre nos Livres saints est précisément d'en éclaircir chaque détail, et d'en faire jaillir.

CHAP. X. — MARDI SAINT. khd

comme d'une source intarissable , des flots de lumière et d'authenticité. Or, jamais un Hébreu ne mangeait avant l'heure de la prière , ou le sacrifice du matin. Yoilà pourquoi Jésus , sorti de Béthanie , dans l'intention d'arriver à Jérusalem pour l'heure du sacrifice , éprouva le sentiment de la faim. Le Dieu , dans sa personne sacrée , n'avait pas absorbé riiomm(3 , pas plus que l'homme n'avait fait disparaître le Dieu. Le premier repas des Juifs avaitlieu vers la quatrième heure, ou dix heures du matin. Aussi nous entendrons l'Apôtre S. Pierre dire aux Juifs , le jour de la Pentecôte : « Ces gens ne sont point ivres , comme vous le supposez , car il n'est encore que la troisième heure du jour \ )) Une pareille argumentation serait absolument sans valeur à Paris, à Londres ou à Berlin, Mais à Jérusalem , qui ne connaissait pas , heureusement pour elle , ce qu'on nomme les progrès de la civilisation moderne , on ne mangeait ni ne buvait avant la quatrième heure du jour. Donc « Jésus eut faim. « Cependant il est incompréhensible , dit-on , qu'ayant faim , il cherche des fruits sur un figuier, quand « ce n'était point la saison des figues. » A coup sûr, l'idée ne viendrait à personne de chercher des fruits sur un pommier de Normandie , au mois de mars, quand cet arbre commence à se couvrir de fleurs printanières. Mais le figuier de l'Orient , en général , et celui de la Judée, en particulier, ne ressemblent nullement à nos pommiers de Normandie. L'hiver moins rigoureux de ces

• Act. Apost. II. tS.

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