‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 46 sur 69 · CHAP. XI. — VIA. CRUGIS · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — VIA. CRUGIS

bas de cette rue, fléchissant sous le poids de son cruel fardeau, Jésus tomba, pour la première fois. Une colonne en marbre rouge, à moitié enfoncée en terre, marque ce lieu à la dévotion des pèlerins de Jérusalem. « Les soldats qui le conduisaient, reprend l'Evangile, rencontrèrent en ce lieu un Cyrénéen, nommé Simon , qui revenait de sa maison des champs. Simon était le père d'Alexander et de Rufus \ Les soldats le requirent, au nom de la loi romaine, lui mirent la croix sur les épaules, et le forcèrent à la porter derrière Jésus ^ » Nous avons déjà dit que la réquisition du magistrat, ou de l'officier romain, n'admettait ni délai, ni excuse. Cet Africain, né en Lybie, et fixé à Jérusalem, était vraisemblablement le proséli/te ou « converti » du Judaïsme, que nous retrouvons, dans les Actes des Apôtres, sous le nom de Simon le Noir, à coté de Lucius de Cyrène ^ Les trois parties du monde connu des anciens, l'Europe, l'Asie et l'Afrique; les trois grandes races de l'humanité devaient être représentées, dansle divin sacrifice qui réconcilia le ciel avec la terre. Avant d'arriver à la porte d'Ephraïm, le cortège monta, à droite, une rue assez rapide. Ce

* Alexander et Rufus devinrent tous deux chrétiens. Rufus était à Rome, quand saint Marc y écrivit son Evangile. (Rom., xvi, 13.)

2 Matt., xxvn, 31 : Marc, xv; 20-21. Luc, xxni, 26. D'après la loi romaine, les condamnés au supplice de la croix devaient eux-mêmes la porter, quand ce gibet n'était pas établi, à poste fixe, sur le lieu de l'exécution; c'est pour cela qu'on les appelait cruciferi « porte-croix, » ou Furciferi « porte-gibet. »

3 Act., xni, 1.

562 niSTOlRE DE NOTRE-SEIGNETJR JÉSUS-CHRIST.

fut là que le divin Maître, épuisé par la fatigue, la souffrance, et la perle du sang qui coulait de ses blessures, tomba pour la seconde fois, u Or, reprend l'Evaugéliste , il était suivi d'une grande multitude de peuple, et de femmes qui le pleuraient, avec des lamentations K » L'une d'entre elles eut le courage de fendre les rangs pressés des soldats. Un mouchoir à la main, elle essuya le sang, la sueur, les crachats, qui couvi'aient la face adorable du Sauveur ; et l'empreinte de la figure divine demeura imprimée, en traits sanglants, sur le linge de la pieuse Yéronique^ « Jésus, se tournant alors vers le groupe des femmes, leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Car viendront des jours où l'on dira : Heureuses les stériles! Heureuses les entrailles qui n'ont point enfanté, et les mamelles qui n'ont point allaité! Alors on criera aux montagnes : Tombez sur nous! et aux collines : Ecrasez-nous! Car si l'on traite ainsi le bois vert, que sera-ce du bois sec ' ? » — Au haut de la rue, se trouvait la Porte Judiciaire. C'est là que finissait la ville, au temps de Noire-Seigneur \ Une troisième chute

* Luc, \\\u, 27.

^ La face de Nôtre-Seigneur , empreinte sur un linge, est gardée à Saint Pierre de Rcme, sous le nom de Volto Santo. Il en existe plusieurs copies. Voir au sujet de la véritable image : Acta Sanctorum, Maii, tom. VII, p. 356 ei les Notes de Chastelain sur le Martyrol. Rom., p. 201. (MG'' Mislin. les Sai7its Lieux, tom. II, p. 218.)

' Luc, xxni, 28-31.

♦ Cet espace est maintenant renlcrmé dans la ville, et couvert de

|ment.

marqua le dernier pas de Jésus sur le sol de l'ingrate cité. Il voulut tomber trois fois lui-même, comme Pierre, le chef de son Eglise, pour expier nos chûtes multiphées, et nous apprendre à nous relever, pour porter caurageusement notre croix. Au delà de la Porte Judiciaire , s'ouvrait le champ des exécutions capitales , connu sous le nom de Golgotha.

§ VI. La Croix du Golgotha.

22. « On avait amené avec Jésus, reprend l'Evangéliste, Le crucmedeux voleurs, qui devaient être crucifiés en même temps que lui. Arrivé au lieu nommée Golgotha, ou Calvaire, on lui présenta une potion de vin, mêlé avec de la myrrhe et du fiel, mais quand il y eut porté les lèvres, il refusa de boire. Or il était la sixième heure (midi) . Les soldats l'attachèrent à la croix ^; les deux larrons furent crucifiés, l'un à sa droite , l'autre à sa gauche. La croix de Jésus fut placée

maisons ; c'est pourquoi les pèlerins ne peuvent suivre le reste de la Voie Douloureuse. La partie la plus élevée du Calvaire, et les lieux adjacents, sont tous compris dans l'église du Saint-Sépulcre.

^ On conserve à Rome , au monastère de Sainte - Croix de Jérusalem, avec le bois de la croix, un des clous qui servirent à y attacher le divin Maître. La tige du clou est formée d'un morceau de fer carré, avives arêtes. Sa longueur primitive a dû être de IS centimètres, mais la pointe, de trois centimètres environ, en a été cassée ; la brisure a an être produite par un violent coup de marteau, car elle est nette et sans mâchure. L'épaisseur du clou, à sa partie supérieure, est de 1 centimètre, sur chaque face. La tète est une calotte ronde et évidée, avec un rebord aplati , de 11 centimètres de circonférence. On conserve deux autres de ces clous, dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris.

56i niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

au milieu. Ainsi était accomplie la parole de l'Ecriture : « Il a été mis au rang des scélérats *. » Or Jésus disait : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font! — Pilate avait rédigé l'inscription, qui devait être attachée au haut de la croix. Les soldats fixèrent ce Titre, énonçant la cause du supplice, au-dessus de la tète de Jésus. Il portait ces mots, écrits en hébreu, en grec et en latin : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. Comme le lieu du crucifiement était proche de la ville, un grand nombre de Juifs lurent l'inscription. Les Pontifes vinrent trouver Pilate , et lui dirent : Il ne fallait point écrire : Roi des Juifs; mais : Soi-disant Roi des Juifs. — Ce que j'ai écrit est écrit, répondit Pilate '. —

^ Isaï., LUI, 12.

' Dans les exécutions capitales, on inscrivait toujours sur une planche le nom du criminel, et le crime pour lequel il était condamné. Cet usage du droit romain s'était perpétué chez nous dans le pilori. La tablette de l'inscription s'appelait TiYre, ou bien Tabula dealbata, parce que les sentences de condamnation, de même que les lois, étaient inscrites sur une tablette blanche. Il était ordonné aux Juifs d'ensevelir avec le supplicié les instruments de sa mort. Lapis quo quis lapidatur, lignum in quo suspenditur, gladius quo decoUatur, et sudarium quo stranguJatur, simul cum eo vel prope eum scpelitur, (Sanhédr. Fol. 45, 2.) Cette prescription du Talmud nous fait comprendre comment l'impératrice Hélène retrouva le bois de la vraie Croix, les clous et le Titre, enfouis sur le Calvaire. Les Juifs qui n'avaient pu enterrer le corps de l'auguste victime avaient, suivant leur usage, enterré les instruments de son supplice. Le titre de la cr.iix est aujourd'hui conservé à Rome, dans la basilique de Sainte Croix de Jérusalem. L'inscription hébraïque est presque entièrement ellacée. Le P. Drach a pu cependant en rétablir, ainsi qu'd suit, les caractères : Yesc/iua/i iTo^sn Me/e/i Yehudaya. Jésus Nazarenm, Rex JudoBomm. La forme grossière de l'inscription, en grec et en latin, fait

Cependant les soldats , après avoir crucifié Jésus , firent quatre lots de ses vêtements , un pour chacun d'eux, et se les partagèrent, en les tirant au sort. Mais ils réservèrent sa tunique. C'était une tunique sans couture, d'un seul tissu, depuis le haut jusqu'en bas. Ne la partageons point, direntils entre eux; que le sort décide à qui elle appartiendra. — Par là fut accomplie la parole de l'Ecriture : « Ils se sontpartagé mes vêtements, etontjetéau sort malunique. ^» Ainsi firent les soldats, et s'étant assis, ils le gardaient. Or les Juifs, en passant, lançaient à Jésus leurs blasphèmes. Ils secouaient la tête, en criant: Yah! Toi qui détruis le

soupçonner avec raison que le titre entier, dans les trois langues, a été tracé par la même main , probablement par un Juif, attaché au proconsulat. Considérant l'hébreu comme le texte principal, et le grec et le latin comme traductions, il a écrit ces deux dernières langues de droite à gauche , afin que, sous chaque mot hébreu, se trouvât sa double traduction. Quoi qu'il en soit, le Dieu qui allait mourir devait rendi'e immortelles les trois langues qui annonçaient sa mort à l'univers.

* Psalm., xxT, 19. Tunica D. N. J. C, quœ eidem in Passione sublata est, et a militibus qui eum custodiebant est sortita, inventa est , prodente Simone, filio Jacobi, qui per duas hebdomadas multis cruciatibus affectus, tandem profitetur ipsam tunicam in civitate Zafad {Joppe), procul a Hierosolyma, in arca marmorea positam esse. (Le Quien. Oriens Christianus, tom. III, p. 243. ) L'habillement, chez les Hébreux, était composé de plusieurs pièces ; ils portaient un m.anteau ; simla; une tunique extérieure : chetoneth; une tunique intérieure : sadin. On vénère aujourd'hui, à Trêves et à Argenteuil une robe et une tunique, qui sont probablement le sadin et la chetoneth. [W^ Mislin. Les Saints Lieux ^ tom. II, 257. — Cf. Marx. Histoire de la robe de Jésus-Christ, conservée dans la cathédrale de Trêves; et Guérin : La sainte Tunique, Recherches sur cette relique et sur le pèlerinage d' Argenteuil. )

566 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEDR JÉSUS-CHRTST.

Temple de Dieu, et le rebâtis en trois jours, sauve-toi donc toi-mcme! Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! — Le peuple s'attroupait, pour le considérer, et le tournait en dérision. Les Princes des Prêtres, les Scribes et les Anciens vinrent aussi Toutrager. Il a sauvé les autres, disaient ils, et il ne peut se sauver lui-même ! S'il est le roi d'Israël , le Christ élu de Dieu , qu'il descende en ce moment de la croix! Nous le verrons et nous croirons en lui. C'est en Dieu qu'il s'est confié; que Dieu le délivre, s'il lui plaît! Ne disait-il pas : Je suis le Fils de Dieu? — Les soldats, à leur tour, l'insultaient. Ils approchaient de ses lèvres une éponge trempée de vinaigre, et lui disaient : Roi des Juifs, sauve-toi donc ' ! »

La myrrhe, offerte par les Mages, à Bethléem, se retrouve dans les cruels présents du Golgotha. Les soldats romains ne veulent point déchirer la tunique sans couture de l'Homme-Dieu. Ils ne savaient pas alors , ces quatre prétoriens de Tibère, se partageant, au pied d'une croix , la dépouille d'un supplicié juif, que des mains plus puissantes essaieraient en vain, pendant toute la durée des siècles, de décliirer la robe immaculée de Jésus-Christ ! Le Judaïsme, insultant à la Croix qui a sauvé le monde, complète ce tableau du déicide. La lâcheté de l'outrage dépasse , s'il est possible , la frénésie des clameurs qui retentissaient na-

* Matlh., XXVII, 33-43. Marc, xv, 22-32. Luc, xxiii, 32-38. Joann., XIX, 17, 25.

croix.

La mort.

CnAP. XI. — LA CROIX JDU GOLGOTHA. 567

guère au prétoire : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Chaque année, le jour du Vendredi-Saint, l'Eglise Catholique met, sur les lèvres de ses ministres, cette prière : « Dieu Tout-Puissant et éternel, dont la miséricorde ne repousse même pas la perfidie du Judaïsme, exaucez les prières que nous vous adressons, pour ce peuple aveuglé. Qu'il reconnaisse la lumière de votre vérité, le Christ! et que ses ténèbres soient enfin dissipées * ! »

23. « Or, continue l'Evangile, un des larrons, crucifiés ^es sept

paroles da

avec Jésus, l'insultait, en disant : Si tu es le Christ, sauve- Jésus en toi, et nous aussi! — Mais l'autre lui adressa ce reproche : Ne crains-tu pas Dieu non plus , toi qui partages le même supplice ! Pour nous, du moins, c'est justice; nous sommes traités comme nous le méritons 1 Mais celui-ci n'a rien fait de mal! — Et s'adressant à Jésus : Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi, quand vous serez dans votre royaume ! — Jésus lui répondit : En vérité , je te le dis, aujourd'hui même tu seras avec moi au Paradis ^ ! » La foi de ce voleur conquiert le ciel. Qui dira jamais ce qu'il y eut de souveraineté divine, dans le supplicié du Golgotha, pour que le bon larron y découvrît un Roi, partant à la conquête d'un empire immortel? La seconde parole de Jésus en croix ouvre le ciel à un voleur; la première avait sollicité le pardon céleste pour les bourreaux. La troisième va donner pour mère, à tous les hommes, la Reine du ciel. « Au pied de la * Semaine Sainte. Office du Vendredi-Saint. — ^ Luc. xxni, 39-43.

oG8 HISTOIRE DE NOTRE- SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

croix, dit l'Evangile, se tenaient debout la Mère de Jésus, avec Marie femme de Cléoplias, Marie Magdeleine, et Jean, le disciple que Jésus aimait. Jésus , les regardant, dit à sa mère : Femme, voilà votre fils ; et au disciple : Yoilà votre mère. — A dater de celte heure, le disciple prit Marie pour sa mère '. » L'humanité a fait de même. L'Eve du Paradis Terrestre, au pied de l'arbre du bien et du mal , avait cueilli la mort pour tous ses enfants. Au pied de l'arbre de la croix, oii Jésus ouvre le Paradis céleste au repentir, Marie devient la mère du salut, le refuge et l'espoir des pécheurs ! « Cependant , dit le texte sacré, les ténèbres couvrirent toute la terre, juscpi'à la neuvième heure (trois heures du soir), et le soleil s'obscurcit. Vers la neuvième heure, Jésus poussa un grand cri, en disant : Eli, Eli, lamma sabacthani^ ! c'est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ? Ces paroles, prononcées en langue hébraïque, ne furent pas comprises par quelques juifs hellénistes, qui les entendirent. Il invoque le prophète Elle! disaient-ils ^ » Elie, le grand thaumaturge du Testament

* Joann., xix, 2.J-27.

2 « Le mot Eli n'appartient point proprement à la langue syriaque, quoique l'expression suivante Sabacthani , appartienne au dialecte que l'on parlait alors en Palestine. Au lieu de ces mots : Eli, Eli, les Syriens disaient : Mari, Mari. C'est pour cela que l'exclamation du Sauveur fut mal comprise, et que les assistants crurent qu'il appelait le prophète Elie. » (Sepp. La Vie de Xotre- Seigneur Jésus-Christ, tom. m, p. 38.)

' Matth., xxYU, 4'i-47. Marc, xv, 33-33. Luc, xxni, 44.

Ancien , avait été surnommé, par les Juifs, l'Ange de l'alliance. Ils avaient recours à son intercession, dans les dangers pressants. Le Talmud raconte que ce Prophète, invoqué, du fond des cachots, parles Hébreux fidèles, apparut souvent au prisonnier, sous une forme visible, et fit tomber ses chaînes. Encore aujourd'hui, pendant la nuit de Pàque, les fils de Jacob altendentla venue d'Elie, qui doit délivrer son peuple du joug des Gotm (Gentils) \ Ces traditions hébraïques sont le commentaire exact de la parole des Juifs, au pied de la croix. « Il invoque EUe! » disaient-ils. Mais tel n'était point le sens de l'exclamation du Sauveur. Après que le Dieu , mourant entre deux scélérats, a légué le pardon à ses bourreaux, le ciel au repentir, et sa propre mère à tous les mortels; l'Adam nouveau, l'homme qui expie les fautes de l'humanité entière, se retrouve en face de l'éternelle justice. Alors Jésus fait entendre les premières paroles du Psaume prophétique, où David a résumé d'avance les tortures du Golgotha. a Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? Je ne suis plus un homme, mais un vermisseau qu'on foule aux pieds; je suis devenu l'opprobre des humains , l'objet de la risée de ce peuple. Tous , en me voyant , m'ont jeté l'outrage ; ils ont secoué la tête, et vociféré des blasphèmes ! Il a espéré au Seigneur, que le Seigneur l'arrache de nos mains ; qu'il le sauve, s'il lui plaît! Mon sang s'est écoulé comme l'eau ; mes * Sepp. La vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ , tom. II, p. 39.

570 UISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CURIST.

forces sont épuisées, et ma langue brûlante s'attache à mon palais. Ils ont décliiré mes pieds et mes mains ; ils ont compté tous mes os; ils se sont partagé mes vêtements, et ont tiré ma tunique au sort ^ » Voilà ce que Jésus disait, dans son agonie divine ; rattachant les prophéties d'Israël aux réalités du Calvaire, et récitant, le premier, ce bréviaire delà croix, que les prêtres de l'Eglise Catholique répéteront sans fin. Le rationalisme, et le siècle qu'il a façonné à son image, savent-ils toutes ces choses, quand ils osent dire : « Jésus ne vit que l'ingratitude des hommes ; il se repentit peut-être de souffrir pour une race vile , et il s'écria : a Mon Dieu , mon Dieu , pourquoi m'as-tu abandonné ^? » C'est à ce point d'ignorance religieuse que la France en est venue aujourd'hui! « Père , pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font! » — « Jésus, continue l'Evangéliste, voyant que les prophéties étaient réalisées, en accomplit une dernière ^, et dit : J'ai soif ! — Or, il y avait, au pied de la croix, un vase plein de vinaigre. L'un des soldats accourut, y trempa une éponge, qu'il attacha à une tige d'hysope, et

* Deus, Deus meus, quare me dereliquisti? Ego autem sum vermis et non homo, opprohrium hominum et abjectio plebis. Omîtes videntes me deriserunt me; locuti sant labus et movenmt caput. Speravit in Bom.ino, eripiat eum, salviim faciat eum quoniam, vult eum. Sicut aqua effusus sum,. Aruit tanquam testa virtus mea, et lingua adhœsit faucibus meis- Foderunt manus meas et pedes meos : dinumeraverunt omnia ossa mea. Diviserunt sibi vestimenta mea; et super vestem meam miscrunt sortcm. (Psalm. xxi, passim. )

' Vie de Jésus , p. 424. — » Psal. lxviii, 22.

Jésus.

CHAP. Xr. — LA CROIX DU GOLGOTHA. 571

l'approcha des lèvres de Jésus.» — J'ai soif! dit Jésus. — Ils m'ont abreuvé de fiel et de vinaigre ! avait écrit David. — « Cependant les Juifs dirent au soldat : Laissez, voyons si Elle viendra le délivrer. Or Jésus, ayant pris le vinaigre, ajouta : Tout est consomnaé ! — Et de nouveau, poussant un grand cri , il dit : Père , je remets mon esprit entre vos mains ! — En proférant ces paroles , il inclina la tête , et expira K »

24. « Et voilà que le rideau du Temple se déchira par Prodiges

arrivés à la

le milieu, depuis le haut jusqu'en bas; la terre trembla; mort de les rochers se fendirent; les tombeaux furent ouverts; de saints personnages ressuscitèrent, vinrent dans la Yille sainte, et apparurent à plusieurs témoins. Or, le centurion, placé en face de la croix, en entendant le cri que poussa Jésus avant d'expirer, et en voyant ces prodiges, rendit gloire au Seigneur, Ce juste, dit-il, était vraiment le Fils de Dieu ' — La multitude, réunie sur le Calvaire, retourna à Jérusalem, en se frappant la poitrine. Cependant tous les disciples, et les amis de Jésus, considéraient de loin ce qui se passait. Avec eux, se trouvaient les femmes qui l'avaient suivi, depuis la Galilée : Marie-Magdeleine; Marie, mère de Jacques-le-Mineur et de Joseph; Salomé, la mère des fils de Zébédée ^. — « Or, ajoute saint Pierre, le Christ était mort, suivant la chair ; mais, toujours vivant dans son âme,

1 Matth., xx\ii, 48-30. Marc, xv, 33-37. Luc, xxiii, 46. Joanii., xix, 28-30. — 2 Matth.j xxyii, 51-S7. Marc, ixv, 38-41. Luc, xxin, 47-49.

il alla porter la bonne nouvelle de la délivrance aux esprits captifs '. »

Confirmation 25. La souvcraineté divine, dans la mort sur une croix,

du récit

évangéiique tel cst Ic pendant de la naissance du Ycrbe-incarné, dans la

par l'histoire

profane, crèche de Bethléem. Nul ne ravit son âme au Fils de l'homme; la sueur de sang à Gethsémani; un jeûne de près de vingt heures; les fatigues d'une marche continuelle, du jardin des Oliviers à la maison de Caïphe, de la maison de Caïphe au prétoire de Pila le, du prétoire au palais d'Hérode ; le retour au prétoire pour la flagellation ; la voie douloureuse au Golgotha; les torrents de sang qui s'écoulent des mains et des pieds percés par les clous, des blessures ouvertes sur la tête, par les épines de la couronne, sur la poitrine et les épaules, par les crochets de fer du fouet romain ; trois heures d'agonie sur la croix, n'ont pas épuisé les îorces de la victime volontaire, qui choisit ellemême l'instant de sa mort , et qui l'annonce par un grand cri : « Tout est consommé! y> — Les deux larrons, crucifiés à côté du divin Maître, n'avaient point subi cette interminable série de tortures, à laquelle nulle constitution humaine n'aurait pu si longtemps résister. On les avait tirés de leur cachot, pour les conduire au Calvaire. C'est en présence de ces réalités Evangéliques, que nos lettrés n'ont pas rougi d'écrire : « L'atrocité particulière du supplice de la croix était qu'on pouvait vivre trois et quatre jours, dans * Pctr. Epist. 1, cap. m, 18-19.

CHAP. Xr. — LA CROIX DU GOLGOTHA. 573

cet horrible état, sur l'escabeau de la douleur. L'organisation délicate de Jésus le préserva de cette lente agonie. Tout porte à croire que la rupture instantanée d'un vaisseau au cœur amena pour lui, au bout de trois heures, une mort subite M » Ainsi parlent nos rationalistes. Du reste, ils gardent un silence absolu sur les prodiges qui signalèrent la mort de l'Homme-Dieu ! C'est quelque chose, pourtant, qu'une obscurité soudaine, répandue, de midi à trois heures, sur la nature entière, un jour de pleine lune, où toute éclipse de soleil était inexplicable par les phénomènes naturels ! Des rochers, qui se fendent, doivent laisser une trace de leur fissure. Un tremblement de terre, qui déchire le voile du Temple, écarte la pierre des tombeaux, et jette dans la consternation une foule comme celle qui remplissait alors Jérusalem, ne saurait être un fait inaperçu. En évaluant à cinq cent mille âmes la multitude réunie dans la Yille sainte, pour la solennité pascale, on resterait audessous de la vérité ^ Mais cette masse de témoins vivait encore, quand les EvangéHstes ont écrit. Il a donc fallu que la notoriété des prodiges fût parfaitement avérée , pour que les Evangélistes les aient signalés, en face d'une géné-

* Vie de Jésus, p. 42o. L'auteur ne dit pas un mot des phénomènes qui suivirent la mort du Sauveur, et qui sont attestés par les quatre Evangélistes. Le silence pourrait être ici une preuve d'habileté, mais non de bonne foi.

* Sepp. La vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Chapitre intitulé : Du nombre des témoins de la mort du Sauveur, tom. II, p. 39.

574 UISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CnRIST.

ration coutemporaine, sans craindre un seul démenti. Enfin, si tous ces prodiges étaient des fables, saurait-on nous expliquer comment les Apôtres auraient converti un seul liabilant de Jérusalem à la divinité de leur Maître? Dans quelques jours, les Juifs, au nombre de cinq mille à la fois, tomberont aux genoux de Pierre, et adoreront le crucifié du Golgotba. Sans les prodiges qui entourèrent la croix du Sauveur, est-ce que ces merveilles de tranformation auraient pu être si instantanées et si générales. D'ailleurs, la réalité des faits miraculeux , qui accompagnèrent la mort de Jésus, défie tout l'effort du scepticisme le plus obstiné. « En la quatrième année de la deuxième olympiade (année de la mort de Jésus-Cbrist), dit l'écrivain païen Phlégon, eut lieu la plus grande éclipse de soleil dont les hommes aient gardé le souvenir. Les ténèbres furent telles qu'on vit les étoiles au milieu du jour; l'horreur de celte longue obscurité fut redoublée par un tremblement de terre ^» — (c Sous le règne de Tibère, dit Pline l'Ancien, un tremblement de terre, tel qu'on n'en vit jamais de mémoire d'homme, renversa douze villes en Orient ^ »

* Hieron. I/i chronicon Eusebii. Patrol. Latin. , tom. XXVII, cul. 572.

2 l*liii. Ilist. Nat. lib: II, cap. lxxxiv. On peut joindre au témoignage de Pline, celui de Tacite : Sedisse immensos montes , visa in arduo quœ plana fuerint , effuJsisse inter ruinam ignés memorant. {Annal, ii, cap. 47.) Suétone s'exprime de môme : Asiœ, disjectis terrœ motu civitatibus. (Sueton. Tiberius, cap. xlviii.) Les témoignages identiques de TlialUis et de Pliiloponus ont été conservés par Georges le Syncelle. (African. apud Syncel., p. 322.)

Témoin oculaire d'une éclipse qui déconcertait toutes les règles de l'astronomie, Apollophane, observantce phénomène, en Egypte, où il se trouvait alors, s'écriait : « Ce sont là des changements surnaturels et divins * ! » Aujourd'hui encore le rocher du Golgotha, qui se fendit, à la mort du Sauveur, présente à tous les géologues une preuve palpable de la vérité du récit Evangéhque. «Cette déchirure, que j'étudiai avec le plus grand soin , dit M. de Saulcy, est verticale. Elle forme une ligne ondulée, dans la direction de l'est à l'ouest. Ce qu'on peut en apercevoir, en longueur, a environ un mètre soixante centimètres. La plus grande largeur est de vingt-cinq centimètres. Il y a une preuve matérielle que cette déchirure n'est pas une veine naturelle, entre deux couches parallèles de rocher; c'est que, selon la loi des corps divisés violemment dans la direction verticale, la largeur de la fente va en diminuant, depuis le haut jusqu'en bas. S'il était possible de rapprocher les deux parties séparées, elles se rejoindraient parfaitement, les angles saillants correspondant aux angles rentrants ^ » Un géologue anglais disait à son tour : « J'ai fait une longue étude des lois physiques, et je suis assuré que les ruptures de ce rocher n'ont jamais été produites par un tremblement de terre ordinaire et naturel. Un ébranlement de ce genre eût séparé les divers lits, dont la masse est composée;

* Dionys.; Ep. \i\, ad Pohjcarpum, Pafrol. Grœc, tora. III, col. 1081 . — ' De Saulcy, Dict. des Antiq. BibL, col. 772.

mais c'eût été en suivant les veines qui les distinguent, et en rompant leur liaison, par les endroits les plus faibles. Ici , c'est tout autre chose ; le roc est partagé transversalement; la rupture croise les veines, d'une façon étrange et surnaturelle. Il est démontré, pour moi, que c'est l'effet d'un miracle, que ni l'art ni la nature ne pouvaient produire. Je rends grâces à Dieu de m'avoir conduit ici, pour comtempler ce monument de son merveilleux pouvoir, ce témoin lapidaire de la divinité de Jésus-Christ \ » Quel livre que l'Evangile! Les pages en sont gravées sur les rochers; les preuves eu sont enregistrées par l'histoire du monde; les prodiges qu'il raconte ont pour témoin l'univers entier! TertuUien, pour convaincre l'incrédulité païenne de son temps , disait aux Romains : « Vous avez, dans vos archives publiques, le récit de la catastrophe qui marqua la passion de Jésus-! » Saint Cyrille de Jérusalem, un siècle plus tard , s'écriait : « Si l'on veut nier qu'un Dieu soit mort ici, qu'on regarde seulement les rochers déchirés du Calvaire '! » Nous comprenons maintenant pourquoi le rationalisme actuel ne parle point des prodiges qui accompagnèrent la mort du Sauveur!

* Addison. De la Religion chrétienne, tom. II. Ms^ Mislin. Les Saints Lieiue, lom. II, p. 264. — ^ x^i-tun Apologetic, cap. xxi. Patrol. Latin., tom. I, col. 401.— ^ S. Cyrill. tiierosoL Cateches., xviii, Patrol. Grœc. tom. XXXIII, col. 820.

CHAr. XI. — LA SÉPULTURE. 577

§ VIT. I.a Sépulture.

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