‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 6 sur 69 · CIIAP. V[. — RETOUR EX GALILÉE · texte numérisé non relu

CIIAP. V[. — RETOUR EX GALILÉE

sol appartenaient aux indigents; ainsi encore le Deutéronome avait enregistré cette loi pleine de mansuétude : « Quand tu entres dans la vigne de ton prochain, il t'est permis de manger autant de grappes que tu voudras, mais non d'en emporter une seule. Si tu traverses une moisson mûre, tu peux casser les épis et les froisser dans ta main mais non les couper à la faucille ^ « Yoilà pourquoi les disciples du Sauveur ne commettaient aucune infraction au droit de propriété, tel qu'il était constitué chez les Hébreux, lorsqu'en traversant les champs de blé mûr, ils cherchaient, en rompant quelques épis, à tromper plutôt qu'à satisfaire la fainj qui les tourmentait-.

lo. Aussi n'est-ce point là l'objet de l'indignation des Le sabbat

second-pre-

Pharisiens. L'idée si naturelle chez tout autre peuple , de °»'er. blâmer la violation du droit de propriété ne leur vient pas

1 Deuteron., xs.m, 24, 2o. 11 nous est impossible d'entrer ici dans tout le détail que nécessiterait une étude approfondie du droit de propriété chez les Hébreux. Disons seulement ici , pour prévenir les objections des esprits habitués à juger du passé par le présent, que la société juive était, par sa constitution, destinée presque exclusivement à l'agriculture et à la vie pastorale. Les grandes agglomérations dans des villes populeuses y étaient rares, pour ne pas dire inconnues. Les inconvénients d'une loi aussi large que celle du Deutéronome , aux environs de Paris, par exemple, sautent d'abord aux yeux. Mais Jérusalem n'était point Paris, et la constitution sociale des Hébreux n'avait rien de commun avec la nôtre.

^On peut mettre, en regard de cette pauvreté évangélique, les incroyables trivialités du rationalisme moderne. « Jésus ne fuyait pas la joie. 11 parcourait la Galilée au milieu d'une fête perpétuelle. 11 s'arrêtait dans les bourgs et les grosses fermes, où il recevait une hospitalité empressée. » {Vie de Jésus, pag. 188-190.)

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même à l'espril. Mais on étaii au jour du sabbat nommé : Second-Premier. Encore un terme essentiellement juif, qu'il eût été impossible d'inventer après coup. Lorsque le second jour de Pâques tombait un jour de sabbat, les Hébreux comptaient ainsi tous les sabbats suivants jusqu'à la fêle de la Pentecôte, qui se trouvait alors échoir exaclement au septième sabbat '. Donc, la prescription du repos sabbatique, entendue avec le rigorisme d'une secte impitoyable, revient ici, comme à Jérusalem, s'interposer comme une barrière entre le judaïsme étroit des Hébreux et la doctrine miséricordieuse du Verbe incarné. Ajoutons que tous les actes licites un jour de sabbat avaient été minutieusement énumérés par les Docteurs et les Scribes. Ainsi, il était permis, et le Talmud a conservé cette indication, défaire une marche de deux mille coudées, sans

' SaêêaTw JeuTEpo7:pû-w. (Luc, Yi, i. ) Cette dernière expression ne. se trouve pas dans le Mss. Sinaïtiqiic, dont voici le texte : è^s'veto Sk h aaooârw ^tajiof c'jEsOat, )t. t. X. [Nov. Testam. Sinaitic. membrana, 33.) Cependant elle se trouve daris la version arabe du Nouveau Testament; saint Epipliane, Théopbylacte et tous les Pères la mentionnent; enfin, un passage de saint Jérôme prouve la difficulté d'interprétation que ce mot offrait déjà au iv* siècle, alors que les traditions judaïques tendaient à s'effacer des souvenirs. « Un jour, dit saint Jérùme , je priai Grégoire de Nazianze , mon maître , de vouloir bien m'expliquer le sens du sabbat Second-Premier de saint Luc. 11 me répondit, avec une gracieuse malice : Je vous donnerai cette explication, dans ma prochaine homélie, en pleine église. Au milieu de tout le peuple qui m'acclamera, vous serez forcé d'apprendre ce que vous ignorez. Et si vous n'applaudissez pas comme tout le monde, nul doute que la foule entière ne se déchaîne contre votre obstination. » (llieronym., Epist. ad Nepotian.; Patrol. lat., tnni. XXIi.)

enfreindre le précepte. Le fait de la présence des Pharisiens, à la suite du divin Maître, en celte circonstance, nous prouve suffisamment que la marche du Sauveur et de ses disciples ne dépassa point la limite traditionnelle. Autrement, les Pharisiens en eussent fait la remarque, et ils se fussent séparés des voyageurs. Mais leur scrupuleuse critique trouva, dans l'acte de froisser quelques épis, un nouveau sujet de scandale. La réponse de Notre-Seigneur est le modèle divin d'un commentaire sur l'Ecriture sainte. Quand l'Eghse catholique proclame que le Testament Ancien n'était que la figure du Nouveau ; quand elle pose en principe, avec saint Paul, que «la fin de la loi était le Christ ; » sa parole est l'écho fidèle de la révélation évangélique. Elle tient directement cette doctrine du Sauveur. Le Tabernacle de Jéhovah avait , dans l'institution mosaïque, un caractère sacré qui dominait tout le reste. On le nommait : le Saint des Saints. Chaque sabbat , un prêtre devait poser sur la Table de proposition , douze pains , six de chaque côté, représentant le nombre des tribus d'Israël. Les Hébreux les appelaient : Pains de la face de Jéhovah. On faisait brûler autour d'eux l'encens d'agréable odeur. Ils restaient ainsi toute la semaine, dans le lieu saint, et rappelaient aux enfants de Jacob que Dieu voulait les nourrir lui-même. Pendant quinze cents ans cet emblème eucharistique attendit, devant la face du Seigneur, que la réahté vînt se substituer à la figure, et que le pain des-

3k histoire de iNOTRK-SElGNEUR JÉSUS-CHRIST.

cendii des cieux remplaçât le pain de proposition. Or il était interdit , sous peine de sacrilège , à tout autre qu'aux membres de la race sacerdotale, de consommer les pains de proposition , après qu'on les avait retirés de la Table d'or, le malin du sabbat. Voilà pourquoi Notre-Seigneur rappelle aux Pharisiens l'épisode si connu (le l'histoire de David, alors que, banni de la cour de Saul, fuyant devant la fureur d'un roi insensé, le héros se présenta, épuisé de faim et de fatigue, devant le grand-prètre Achimelech et Abiatliar, son fils, àNobé, où l'Arche sainte était alors déposée. Malgré la sainteté inviolable des pains de proposition, comme ils constituaient la seule ressource alimentaire que le Pontife eût en ce moment sous la main, Achimelech n'hésita point à les donner à David, qui les partagea avec ses compagnons. Ce fait, irréguher en soi, trouvait sa justification, aux yeux des Pharisiens, moins encore dans la nécessité absolue où était David, que dans l'autorisation implicite qui résultait de la présence même du Saint des Saints. Ce que la majesté du Tabernacle avait permis , les Pharisiens n'osaient en contester la légitimité. Par la même raison, ils admettaient facilement que la nIolation du repos sabbatique, pour les prêtres en fonction au Temple, ne constituait point de faute légale. Voilà pourquoi Notre-Seigneur ajoute , pour justifier ses disciples : « Je vous dis qu'il y a ici quelqu'un plus grand que le Temple. » Mais que pouvait-il y avoir, aux yeux

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d'un Pharisien, qui fût plus grand que le Temple, sinon Dieu lui-même, dont le Temple était la demeure? C'était donc là une affirmation explicite et solennelle de sa propre divinité par Jésus. Aussi le divin Maître termine en disant : « Le Fils de l'homme est souverain même du sabbat. » Temple, rites, observances, loi mosaïque, tout le passé du peuple saint est le prélude, la figure et comme la prophétie en action du Verbe incarné.

16. « Un autre jour de sabbat, Jésus entra dans une sy- ouérison .

. . -, , le jour du

nagogue et il enseignait le peuple. Or il y avait là un Sabbat, de

l'homme à la

homme dont la main droite était desséchée. Les Scribes et main desséchée.

les Pharisiens observaient Jésus , pour savoir s'il opérerait une guérison le jour du sabbat , afin d'avoir un prétexte pour l'accuser. Mais il connaissait leurs pensées. S'adressant donc à l'infirme : Levez-vous, lui dit-il, et restez debout au milieu de l'assemblée. — L'infirme obéit. Jésus dit alors aux Pharisiens : Voici une question que je vous propose : Est-il permis, un jour de sabbat, de faire le bien, ou faut-il faire le mal? Est-il permis de sauver une âme, ou faut-il la laisser perdre ? — Les Pharisiens gardèrent le silence et Jésus reprit : Quel est celui d'entre vous, qui, voyant sa brebis tomber dans une citerne, un jour de sabbat, hésiterait à lui porter secours et à la retirer? Un homme ne vaut-il pas mieux qu'une brebis ? Il est donc permis de faire le bien, un jour de sabbat. — Cependant il les regardait avec indignation, car l'aveuglement de

leurs cœurs le remplissait de tristesse. Il dit ensuite à l'infirme : Etendez la main. — Il l'ctendit, et la main fut guérie. Mais les Pharisiens , redoublant de liaine, se demandaient, en sortant de la synagogue, quel moyen ils emploieraient pour le perdre. Ils se concertaient à ce sujet avec les Hérodiens. Jésus, pénétrant leurs projets, se retira au bord du lac de Tibériade, avec ses disciples. Une foule immense le suivait, de la Galilée , de la Judée, de Jérusalem, de ridumée et des provinces situées au delà du Jourdain. On accourait des contrées de Tyr et de Sidon, au bruit des merveilles qu'il opérait. Jésus ordonna à ses disciples de tenir à sa disposition une barque, afin de n'être point écrasé par la multitude, qui se précipitait sur lui de toutes parts ; car chacun, pour être guéri, voulait le toucher. Il les guérissait tous. Les esprits impurs, en le voyant, s'écriaient : Vous êtes le Fils de Dieu. Mais il leur imposait silence. Ainsi s'accomplissait la parole |du prophète Isaïe : Voici le fils de mon élection, le bien-aimé, en qui reposent toutes mes complaisances. Mon Esprit sera sur lui ; il annoncera la vérité aux peuples. 11 ne disputera point ; il n'élèvera point de clameurs ; sa voix ne se fera point entendre dans les places publiques. Il ne brisera point le roseau à demi rompu ; il n'éteindra pas la mèche qui fume encore, jusqu'à ce qu'il ait assuré le triomphe de la justice. C'est en son nom queles nations mettront leur espérance'. »

» Matth., XII, 9-10; Marc, m, 1-12; I.ur, vi, G-12.

On peut comparer ce tableau évangélique de la mansuétude royale et de l'humilité divine de Jésus-Christ, avec les fantastiques descriptions d'une démocratie fougueuse et superbe , promenant en Galilée sa " tyrannique usurpation, et inaugurant sur les rives du lac de Génésareth les déclamations furibondes d'un révolutionarisme transcendant ! On essaiera, si l'on veut, d'appliquer à cette effusion de miracles, qui se produisent autour de Jésus, les dérisoires commentaires du rationalisme, et les propriétés, exceptionnellement curatives, « du plaisir de voir une personne exquise ! » Nous n'avons pas le courage de le faire nous-même. La divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous entraîne à sa suite, avec les multitudes du lac de Tibériade ; elle subjugue notre cœur et notre intelligence, et il ne nous reste de force que pour l'adorer.

§ m. Vocation des douze Apôtres.

17. « Le soir étant venu, continue l'Evangéhste, Jésus vocation se retira sur la montagne, et passa la nuit à s'entretenir avec Dieu dans la prière. Dès l'aurore, il appela près de lui ses disciples, en désignant ceux qu'il voulait mander. Quand ils se furent approchés, il s'assit, et en choisit douze qu'il appela Apôtres, et qu'il envoya prêcher l'Evangile. Il leur conféra le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons. Or voici le nom des douze : Simon, auquel il donna le surnom de Pierre ; Jacques et Jean, fils de Zébé-

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dée, qu'il surnomma Boanergcs (Fils du Tonnerre) ; André ; Philippe ; Barthélémy ; Mallhieu ; Thomas ; Jacques, fils d'Alphée; Thaddée ou Jude; Simon le Zélateur ; et Judas Iscariote , celui qui fut traître'. » Voilà, en ces quelques lignes, la première assise de l'édifice immortel de l'Eglise, posée de la main de Jésus-Christ. Tout un ordre nouveau de faits, d'idées et de doctrine, va prendre possession (lu monde. Le nombre des disciples qui suivaient Notre-Seigneur était déjà si considérable, que saint Luc les désigne par cette expression : Turba Discipulorum ^ L'égalité que des hérésiarques modernes ont prétendu établir entre tous les fidèles ; la suppression de l'ordre hiérarchique dans l'Eglise; le droit revendiqué pour chaque conscience d'être à elle-même son guide, son pasteur et son prêtre; la concentration de tout le christianisme dans l'étude individuelle d'un livre appelé Parole de Dieu, et arbitrairement interprété selon les caprices du libre examen; la suppression de toute pratique religieuse , de toute subordination, de tout acte extérieur, pour placer le salut uniquement dans une foi stérile; en un mot , le système protestant, dans son ensemble, ne saurait être mis eu face d'une condamnation plus péremptoire que celle qui ressort du texte Evangélique lui-même. Notre-Seigneur passe « la nuit en prière. » Où trouve-l-on, au sein du protestantisme, la pratique de la prière nocturne? Les disciples de Luther 'Marc, III, 13-1'.», Luc, vi, 12-10. — ^Luc, vi, 17.

et de Calvin ont-ils conservé cette tradition évangélique? Qu'ont-ils fait de cet exemple du Sauveur, qui nous a dit de lui-même : « Je suis la voie, la vérité et la vie? » Continuent-ils à marcher dans cette route royale , qui débute par les quarante jours de jeûne au désert; qui se poursuit à travers une série non interrompue de prières constantes (car « il faut prier sans cesse , disait ailleurs le divin Maître, et ne pas cesser un instant » ) et qui aboutit enfin à la Pàque chrétienne, où Jésus nous donne le pain et le vin descendus du ciel, en disant : a Ceci est mon corps ! Ceci est mon sang?» Le protestantisme répond à Jésus- Christ : Plus déjeunes ! plus d'évêques ni de prêtres ! Plus de prières ! plus de pain ni de vin eucharistiques? Mais l'Eglise, héritière des traditions de l'Evangile, continue, comme son Epoux céleste, à passer les nuits en prière. Elle a gardé, et elle gardera jusqu'à la fin du monde, ses Nocturnes, expression empruntée au texte même du Livre sacré : Erat pernoctans in oraîione Bel. Sur tous ks points du monde, elle a des âmes ferventes, qui se tiennent sur la montagne de la prière, et s'entretiennent avec Dieu dans l'oraison. L'Eglise catholique a conservé l'élection et la vocation des pasteurs, successeurs des Apôtres. Dans son sein, Jésus choisit encore, « parmi la foule des disciples, ceux qu'il lui plaît d'appeler. » La foi ne suffît pas ; la science ne suffit pas ; le zèle ne suffit pas. Il faut que « Jésus lui-même appelle : » Yocavit ad se quos vohiit ipse.

4i HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

Ilfaut que Jésus « choisisse : » Elegit. Quoi donc! Y auraitil une vocation différenle pour l'évêque, pour le prêtre et pour le simple fidèle? Est-il vrai que l'Evangile établisse ces distinctions radicales? Ne sont-ce point là d'arbitraires additions, faites à l'œuvre de Jésus-Christ? Oui, il est vrai, et l'Evangile l'atteste, que le divin Maître choisit, par une vocation spéciale et sépara du milieu de « la foule des disciples » douze hommes, auxquels il donna le nom d'Apôtres : » Apostolos nominavit ; et qu'il leur conféra, à eux, et non point à d'autres, le pouvoir d'évangéliser le royaume de Dieu, et de guérir les infirmités spirituelles et corporelles. Nous le verrons, plus tard, établir Pierre, avec le pouvoir suprême de confirmer ses frères dans la foi, audessus du collège apostolique ; nous le verrons enfin constituer, au-dessous de cette hiérarchie du Pape et des évêques, les simples prêtres, représentés par les soixantedouze disciples. Lors donc que l'Eglise catholique rassemble les jeunes lévites, à l'ombre des autels, et qu'elle leur donne le nom de Clercs^ (élus), elle conserve, pour le leur appliquer , le terme de l'Evangile : Elegit *. Quand toutes les haines du monde , redevenu païen, poursuivent ce nom de clérical, qui songe seulement, en ce siècle d'ignorance suprême, qu'un nom, tant outragé, est d'origine évangélique, et que ceux qui se font gloire , aujourd'hui, de le porter , se rappellent la promesse de Jésus-Christ :

' K/.T.pc;^ élection. — - Liir, vi, 13.

« Vous serez bienheureux, alors qu'on vous maudira, qu'on vous persécutera et que vous serez l'objet des calomnies les plus mensongères, à cause de moi ! » Quel est l'esprit fort, parmi les incrédules, qui sache un mot de ces choses divines? Il lui suffît de répéter les absurdités rationalistes: « Jamais on ne fut moins prêtre que ne le fut Jésus ; nul souci des jeûnes, aucune théologie, aucune pratique religieuse, rien de sacerdotal M »

18. Or voici les instructions que Jésus donna aux douze lostructions

de Jésus- Apôtres : « jN'entrez point, leur dit-il, sur les terres des christ à ses

Apôtres.

Gentils, ni dans les villes des Samaritains. Allez chercher Mission divine.

de préférence les brebis égarées de la maison d'Israël ■\ Partout où vous irez, annoncez la bonne nouvelle, et dites: Le royaume des cieux est proche ! Guérissez les malades ; ressuscitez les morts ; rendez la santé aux lépreux ; chassez les démons ^ Donnez gratuitement, usant d'un pouvoir qui

1 Vie de Jésus, p. 89, 224, 225.

* C'était au peuple juif, à la nation clioisie qu'avaient été faites, en la personne d'Abraham {Gènes., xvn, 1-4.), les promesses de salut. Les Gentils ne devaient, selon la parole des prophètes (Dan., ix, 26.), admirablement commentée par saint Paul {Ro)n., ni, iv, v.), arriver à la foi que par les Juifs, héritiers directs des espéranct-s du Testament Ancien. Voilà pourquoi Notre- Seigneur Jésus -Christ voulut circonscrire sa mission, et celle dont il chargea ses apôtres en cette circonstance aux seuls enfants d'Abraham. « Je n'ai été envoyé , disait- il, qu'aux brebis égarées de la maison d'Israël. » (Joan., x, 3; Matth., x, 6; XV, 24.)

^ Encore une preuve que les possessions du démon étaient parfaitement distinctes des maladies ordinaires, et que le rationalisme n'expUque rien en cherchant à les confondre.

46 IIISTOIUE DE NOTRE-SLlGMiUR JÉSUS-CHRIST.

VOUS est gratuitement conféré. N'ayez ni or, ni argent, ni monnaie dans vos ceintures. Ne prenez, pour le voyage, ni sac de provisions, ni double vêtement, ni double chaussure. Mais allez, un bâton à la main, les sandales aux pieds, et vêtus de votre simple tunique; car l'ouvrier mérite qu'on fournisse à son entretien. Arrivés dans une ville ou dans une bourgade, informez-vous quel habitant est digne de vous recevoir, et demeurez chez lui jusqu'à votre départ de ce lieu. En entrant dans la maison , faites le salut, en disant : Paix à cette demeure ! — Si la maison en est digne, la paix descendra sur elle; sinon, la salutation de paix reviendra sur vous. Quand on refusera de vous recevoir et d'écouler votre parole , sortez de la maison ou de la ville, et secouez sur elle la poussière de vos pieds, en témoignage de son incrédulité. En vérité , je vous le dis : Au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées avec moins de rigueur que cette ville. Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups'. Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes. Gardez-vous des hommes : car ils vous traîneront devant les tribunaux, et vous flagelleront dans les synagogues. Vous

* Saint Clément, dans sa II" Epitre aux Corinthiens, mentionne ici un fait traditionnel qu'il importe de rappeler. « Quand le Seigneur, dit-il , eut prononcé ces paroles, l^ierre lui demanda : Mais si les loups dévorent les brebis ? — Jésus lui répondit : Quand l'agneau est mort, il ne craint plus le loup. De même, ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, et dont la puissance ne va pas au delà. » (S. Clément., Epist. 11 ad Corinth., cap. v ; Patrol. grœc, toni. I, col. 335.)

serez livrés, à cause de moi, aux. rois et aux gouverneurs, pour me rendre témoignage ' devant eux et devant les nations. Quand ils vous conduiront ainsi aux magistrats, ne songez point, ni comment vous devrez parler, ni ce que vous devrez dire ; vos paroles vous seront inspirées à l'heure même ; car ce n'est pas vous qui parlez, mais l'Esprit de votre Père qui parle en vous. Le frère livrera son frère à la mort ; et le père, son propre fils. Les enfants se lèveront contre leurs parents pour les livrer au supplice. Vous serez pour tous un objet de haine, à cause de mon nom; mais celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. Lors donc que vous serez persécutés dans une ville, réfugiez-vous dans une autre. En vérité , je vous le dis, vous n'aurez point achevé d'évangéliser les cités d'Israël, avant que le Fils de l'homme ait consommé son avènement. Le disciple n'est pas au-dessus du maître ; ni l'esclave audessus de son seigneur. Il suffit au disciple et à l'esclave d'être traité comme son seigneur et son maître. S'ils ont osé donner au Père de famille le nom de Béelzébub, combien plus n' outrageront-ils pas les serviteurs! Ne les redoutez donc point ; car il n'est rien de caché qui ne doive être un jour découvert, aucun secret qui ne doive être su du monde entier. Ce que je vous dis dans l'obscurité, diles-le en pleine lumière ; ce que je vous dis à l'oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez point ceux qui tuent le corps, mais ne •Matth., X, \S. Telle est l'origine du mot chrétien de martyr.

kS HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JESUS- CHRIST.

peuvent luci-l'àme. Craignez seulement celui qui [teul tuer et l'Ame elle corps, et les précipiter clans la damnation. Ne vend-on pas deux passereaux pour un as ? Cependant, un passereau ne loniJje point à terre sans la permission de \otre Père céleste. Tous les cheveux de votre tète sont comptés. Ne craignez donc pas ; vous valez mieux que des milliers de passereaux. Quiconque aura confessé mon nom devant les hommes , je le glorifierai devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui m'aura renoncé devant les hommes, je le renoncerai devant mon Père qui est aux cieux. Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre. Ce n'est pas la paix, c'est le glaive que j'apporte. Je suis venu séparer le fils de son père ; la fille de sa mère ; la bru de sa belle-mère ; l'homme aura pour ennemis les siens mêmes. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi. Quiconque ne prend pas sa croix pour me suivre , n'est pas digne de moi. Celui qui cherche à conserver sa vie , la perdra : celui qui la sacrifie pour moi, la sauvera. Qui vous reçoit , me reçoit moimême, et me recevoir, c'est recevoir celui qui m'a envoyé. Qui reçoit un Prophète en qualité de prophète , recevra la récompense du Prophète lui-même; qui reçoit un juste, en cette qualité de juste, recevra la récompense du juste luimême. Et quiconque aura offert , au moindre de ceux-ci, une coupe d'eau froide, comme à l'un de mes disciples.

t €l des titutions de Jésus-

en vérité, je vous le dis, celui-là ne perdra point sa récompense ^ »

19. Telles sont encore les instructions que l'Eglise ca- Perpétuité,

au sein de

tholique redit à ceux de ses enfants que l'élection de Jésus i t:giise, de

l'enseigne-

appelle au ministère des âmes. Comment n'être pas frappé ":^° de l'unité de langage, d'institutions et de doctrines qui prit naissance sur la montagne de Tibériade et s'est prolongée sans interruption jusqu'à nous? Les noms de Martyrs , de Confesseurs , ces termes inconnus au monde païen sortent pour la première fois de la bouche du Sauveur, dans une obscure province de Judée. Ils sont recueillis par douze pêcheurs, transformés en apôtres; et aujourd'hui ces noms ont conquis le monde. La prophétie du divin Maître s'est réalisée dans toute la série des âges. On a traîné les témoins de Jésus-Christ, les confesseurs de sa divinité, devant tous les tribunaux, en face de toutes les juridictions, aux pieds de toutes les souverainetés de la terre. Il en sera ainsi jusqu'à la consommation des siècles. Les supplices ne finiront jamais, et le témoignage, la confession, le martyre triompheront des supplices. Le fait seul , indépendamment de toute prophétie antérieure, constituerait un phénomène surnaturel. La prédiction précédant l'événement, et l'événement confirmant la prédiction, s'enchaînent avec une majesté tellement divine qu'il faut abjurer toute raison pour ne pas reconnaître le miracle. La constitution de l'E-

'Mattli., IX, X, xi; Marc, vi; Luc, viii, ix.

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