CHAP. II. — VISION DE ZACHARIE
sortit, il lui fut impossible de faire entendre une parole. La foule comprit qu'il avait eu une vision. Zacharie ne pouvait s'expliquer que par signes; il resta muet. Quand les jours de son ministère furent accomplis, il retourna en sa maison, et, quelque temps après, Elisabeth, sa femme, conçut. Or elle en garda le secret, et se tint cachée, durant cinq mois, dans sa demeure. Le Tout-Puissant, disait-elle, a daigné abaisser sur moi un regard de miséricorde , il a effacé l'opprobre qui pesait sur mon nom parmi les hommes *. »
2. Cette page ouvre le récit évangélique. Elle est tirée du Preuves
extrinsèques
premier chapitre de saint Luc, que tous les rationalistes dei'authen-
*■ -^ ticité du récit
s'accordent à reléguer, ainsi que le second , parmi les in- évangéiique. terpolations légendaires, ajoutées au récit primitif parla crédulité des siècles suivants ^ Un miracle, au début de l'histoire de Jésus-Christ ! Les rationalistes ne sauraient l'admettre. C'est donc au nom de l'ordre naturel, immuable dans ses lois, étudiées par la science, qu'on refuse à Dieu le pouvoir de manifester ses oracles à un prêtre juif, et de lui parler par le ministère d'un Ange! Malheureusement pour les disciples de Strauss, le miracle, cette fois, les domine de toutes parts. Pour échapper à celui de la vision de Zacharie, ils vont se précipiter dans toute une série de prodiges. La première page de saint Luc est, dites-vous, une
*Luc, I, 5-2o. — ^ Vie de Jésus, Introd., pag. xli; d'Eichthal, Les Evangiles, tom. I, pag. 81, 82.
addition apocryphe. Soit. Ainsi c'est la plume d'un faussaire qui a écrit, sur le berceau de Jean-Bapliste, cette parole : « Les multitudes se réjouiront au jour de sa nativité. » Cependant, si celte prophétie est l'œuvre d'un imposteur, pourquoi s'est-elle réahsée? Pourquoi, chaque année, le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste est-il célébré , sur tous les points de l'univers ? Combien de personnes, dans le monde entier, savent maintenant le jour anniversaire de la naissance d'Alexandre ou de€ésar? Ce furent pourtant d'assez illustres figures dans l'histoire. Et voilà que, sur le berceau d'un obscur enfant d'Aaron , un imposteur, un faussaire, prédit que le monde ne perdra jamais la mémoire d'une Nativité si glorieuse ! Celte prophétie incroyable, absurde, au point de vue de toutes les vraisemblances historiques, s'accomplit, au pied de la lettre. Après chx-huit cent soixante-quatre ans, le monde persiste à célébrer la naissance de Jean-Baptiste : dans deux raille ans, si l'univers est destiné à atteindre cet âge , il en sera de même, et vous trouverez cela naturel ! un apocryphe; une légende! rien n'est plus facile à imaginer; mais, pour l'introduire, dans le texte évangéUque , il se rencontre plus d'obstacles que les rationalistes ne semblent le croire. Saint Luc, dans les quatre versets qui forment le prologue de son Evangile , et dont l'authenticité n'est contestée par aucun exégète connu, avertit qu'il reprend le récit historique de l'Incarnation, dès le commencement