CHAP. II. — VISITATION. NAISS. DE S. JEAN-BAPTISTE
gresse, en Dieu mon Sauveur. Il a voulu abaisser un regard sur l'humilité de sa servante, et voilà qu'à dater de ce moment toutes les générations me proclameront bienheureuse! Parce que le Tout-Puissant a opéré en moi de grandes choses; son nom est saint. Sa miséricorde s'étend, d'âge en âge, sur ceux qui le craignent. Il a déployé la puissance de son bras; son souffle a abattu les orgueilleuses pensées des superbes. Il a renversé les puissants de leur trône, et exalté les humbles. Il a comblé de biens l'indigence, et renvoyé les riches dans le dénùment. Il a ouvert les bras de sa tendresse à Israël, son fils, en souvenir de ses antiques miséricordes. C'est là ce qu'il avait annoncé à nos pères; telle fut sa promesse à Abraham, et à sa descendance, jusqu'à la fin des siècles ! — Or, Marie demeura trois mois avec Elisabeth, sa cousine , et elle revint ensuite à Nazareth \ »
16. 11 y a, dans la seule lecture de l'Evangile , une telle critique
rationaliste.
harmonie de ton, une simplicité si exquise, jointe à une si haute majesté , que la conviction, pour éclore, n'attend point d'autre démonstration. C'est le caractère propre de la parole de Dieu, de porter en soi la lumière, et de n'avoir besoin d'autre justification qu'elle-même. L'évidence s'impose, et ne se démontre pas. Ainsi, le rationalisme aura beau nous dire que le Cantique de Marie est un de « ces procédés de convention , qui forment le trait essen-
1 Luc, I, 39-56.
tiel des Evangiles apocryphes ', » on cherchera vainement à nous persuader que nous avons sous les yeux « une légende sans valeur, une puérile amplification^. » Est-il vrai qu'un Dieu, Sauveur du monde, a été prorais depuis l'Eden, prédit par tous les prophètes, attendu par toute la suite des âges , dans le Testament Ancien ? A moins d'anéantir l'histoire , on ne saurait le nier. Est-il vrai que, depuis deux mille ans, Jésus-Christ est adoré, comme Sauveur, comme Plis de Dieu dans l'éternité, et comme fils de Marie dans le temps ? A moins de se nier soi-même , nul ne saurait le contester. Or, pour qu'un seul front d'homme se soit jamais prosterné devant Jésus-Christ (et c'est par milliers que se comptent ses adorateurs), il a fallu que l'histoire de Jésus-Christ fût environnée de signes incontestables de crédibilité. Plus vous arracherez de pages à sa divine histoire, plus vous rendrez impossible la foi à sa divinité. Le miracle d'avoir cru, sans preuves, surpasserait alors, dans une proportion infinie, la preuve des miracles, que vous niez. Ainsi, vous pensez avoir tout dit, en rejetant le Mag?iificat sur le compte d'un faussaire ; vous croyez avoir tout anéanti , en reléguant le récit de la Visitation parmi les crédules inventions d'un apocryphe. Et pourtant, vous n'avez fait que multiplier, en les reculant, des difficultés inextricables. Supposons donc, si vous le • voulez, que saint Luc n'a point écrit cette page ; qu'elle est '■ Vie de Jésus, Iiilrod., pag. xli. — ^ Id., ibid.
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le fruit d'une plume inconnue, au ii" siècle de l'Ere chrétienne. Il vous faut, en effet, donner une date à l'œuvre, bien que vous ne puissiez, dans votre hypothèse, nommer son auteur. Prenons le if siècle , mais ne descendons pas plus bas que l'an 150, car à cette époque, Celse, le païen, connaissait l'Evangile de saint Luc. Il le lisait déjà, tel que nous le lisons aujourd'hui ; et, s'il eût soupçonné l'imposture d'un légendaire, il n'aurait pas manqué de la signaler. Or, votre apocryphe du commencement du ii« siècle, met, dans la bouche de Marie , une prédiction claire, nette, pcsitive. « Toutes les générations, dit la Vierge de Nazareth, me proclameront bienheureuse ! » Pour savoir si celte prophétie s'est réalisée, il vous suffit aujourd'hui d'ouvrir les yeux et de regarder ce qui se passe autour de vous. Le monde entier retentit des louanges de Marie ; et vous voulez qu'un légendaire obscur ait deviné cela, il y a dix-huit siècles, alors que le monde adorait la divinité d'un César quelconque, et brûlait l'encens à pleines mains sur tous les autels de Vénus! C'est faire trop bon marché du don de prophétie, que de l'attribuer si libéralement à tous les faussaires inconnus du i''" siècle de l'Ere chrétienne. S'il est tellement facile de prophétiser, pourquoi tous nos savants, qui ne sont point des apocryphes obscurs, ne fontils pas des prophéties? Et lorsque, par hasard, ils en essaient quelqu'une, pourquoi ne se vérifie-t-elle jamais? La faculté prophétique dépasse tous les efforts de la
science, toutes les inspirations du génie humain. Le sens le plus vulgaire ne s'y trompe pas. Voilà pourquoi on a cru, on croit, et, jusqu'à la fin des temps, on croira à l'Evangile. Les prophéties, dont il est plein, ont leur vérification partout ; leur contrôle est tellement à la portée de toutes les intelligences, que, pour constater leur réalisation, il suffit de les entendre énoncer. Naissance 17. « Or, le tcrmc d'Elisabeth étant venu, elle mit au
et circonci- . .
sion de moudc un fils. Ses voisms et ses parents , en apprenant la
saint Jean-
uaptiste. faveur dont elle avait été l'objet, s'en réjouirent avec elle. Le huitième jour, ils se réunirent, pour la cérémonie de la circoncision ; et ils voulaient donner à l'enfant le nom de Zacharie , porté par son père. Mais Elisabeth s'y opposait : Ne l'appelez point ainsi, disait-elle. Jean doit être son nom. — Pourquoi? répondirent-ils. Personne, dans votre famille, ne porte ce nom. — Cependant, ils s'adressaient, par signes, à Zacharie, l'invitant à faire connaître sa volonté. Celui-ci, s'étant fait apporter des tablettes, écrivit ces mots : Jean est son nom. — Tous les assistants s'en étonnaient. Mais, en ce moment, la langue du prêtre se délia ; il recouvra l'usage de la parole, et bénit Dieu à haute voix. Une religieuse terreur s'empara des assistants. Dans les montagnes d'Hébron, où le bruit de ces merveilles se répandit, les habitants en conservèrent le souvenir, et ils se disaient l'un à l'autre : Que sera quelque jour cet enfant? Car la main du Seigneur était avec lui. — Or,