‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangilesChapitre 19 sur 63 · Les considérations extrinsèques, empruntées à Preuves · texte numérisé non relu

Les considérations extrinsèques, empruntées à Preuves

,,, . . . , historiques

1 Jiistoire universelle, aux détails particuliers de radminis- <Je la réalité

du Toyage

tration provinciale, aux formules de droit romain et juif àBetwéem. s'accordent donc, pour établir l'authenticité du voyage de Joseph et de Marie à Bethléem. Mais ce n'est là qu'un côté de la démonstration. Comme le remarque judicieusement M. de Vogué : « Le lieu de la nativité de Notre-Seigneur est celui dont l'authenticité est la plus certaine, et la moins contestée par les adversaires quand même de la tradition. Non-seulement son histoire, comme celle des autres sanctuaires, est établie, à l'aide de faits incontestables, à partir de l'époque de Constantin ; mais , par un privilège exceptionnel, elle se prolonge au delà de cette date. On peut la conduire, au moyen des textes contemporains, jusqu'à une époque, assez rapprochée des faits de l'Evangile, pour que leur souvenir fût encore vivant'. » Ces observations du savant archéologue vont être mises dans tout leur jour. On n'a pas oublié la Requête officielle, adressée à Antonin le Pieux , par saint Justin. « Jésus-Christ est né , disait l'Apologiste, à Bethléem, petite bourgade juive, située à trente-cinq stades de Jérusalem. Vous pouvez vous en assurer, en ouvrant les registres du dénombrement de la Judée, par Quirinius. » Ainsi parlait un témoin oculaire, un siècle après la mort de Jésus-Christ. Je dis témoin ocu-

'M. le comte Melchior de Vogué, Les Eglises de la Terre-Sainte, in-4°, 1860, pag. 50, note.

■i98 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

laire, parce que saint Justin, né, l'an 103 de l'E. C, à Flavia Neapolis , l'ancienne Sichera , à vingt lieues seulement de la capitale de la Palestine, y passa toute sa jeunesse. Il avait donc vu les lieux dont il parle. On saurait d'autant moins en douter, qu'issu d'une famille de colons païens , transportés en Judée par Vespasien et Titus, saint Justin se convertit au christianisme à l'âge de trente ans. Nous avons donc en lui, non-seulement un témoin oculaire, mais un témoin qui s'était vu dans l'obligation d'étudier scrupuleusement les faits dont il parle, puisqu'il avait vécu dans l'incrédulité, avant d'arriver à la foi ; condition manifestement préférable , pour parler d'une religion, à celle d'un écrivain qui aurait débuté par y croire, et qui terminerait par l'apostasie. Pour s'arracher aux séductions de la philosophie platonicienne et embrasser la sagesse de Jésus-Christ, « seule véritable, » ainsi qu'il s'exprime lui-même , saint Justin avait dû être déterminé par d'irrécusables motifs de crédibilité. Or, précisément en ce passage que nous venons de transcrire , saint Justin trouve une preuve évidente de la vérité du christianisme, dans l'accord parfait des prophéties, annonçant l'apparition du Messie à Bethléem, avec la réalité delà naissance de Jésus-Christ dans cette bourgade. « Ecoutez, dit-il à l'empereur, comment un Prophète, Michée, a désigné le lieu où le Messie devait naître. Yoici ses paroles : Bethléem, terre de Juda, si petite parmi les cités, tu fîgu-

reras pourtant parmi les plus glorieuses ; c'est de toi que sortira le chef qui gouvernera mon peuple. » — « Or, continue saint Justin, Bethléem est une bourgade juive, située à trente-cinq stades de Jérusalem. C'est là que Jésus est né. Les registres de Quirinius le constatent. « Ainsi, le philosophe platonicien, récemment converti à la foi de FEvaugile, sur le théâtre même des faits évangéliques, atteste que Jésus-Christ est né à Bethléem. La réahté de cette naissance, confirmant les prophéties antérieures, est, à ses yeux, une démonstration de la divinité du christianisme. Par conséquent, l'an 103, date de la naissance de saint Justin, il était de notoriété publique, en Palestine, que Jésus-Christ était originaire de Bethléem. Ce n'était pas une tradition apocryphe, à l'usage des chrétiens, puisque Justin était né au sein d'une famille païenne, et avait été éle\é dans le paganisme. Mais, en 103 de l'E. C, soixantedix ans seulement s'étaient écoulés depuis la mort de Jésus-Christ. Supposer que , dans cet intervalle , la mauvaise foi des chrétiens aurait pu introduire, à ce sujet, une légende subreptice, et la faire adopter par la génération contemporaine, ne serait pas moins absurde que si, de nos jours, on imaginait la possibilité de placer à Rome , par exemple, au pied du Capitolc, le berceau de Napoléon I".

31. Nos modernes rationalistes ne reculent pas devant Tryphou

le Juif.

ces mipossibilités palpables. <( Une telle légende, disent-

ik, manquait dans le texte primitif qui a fourni le canevas narratif des Evangiles actuels de Matthieu et de Marc. C'est devant des objections répétées qu'on l'aura ajoutée en tête de l'Evangile de Matthieu ^ » Eh bien , expliqueznous par quel prodige d'inexplicable puissance , les Chrétiens, relégués dans les catacombes, livrés aux lions dans l'amphithéâtre , emprisonnés dans tous les cachots de Rome, seraient parvenus à ajouter leur légende au texte officiel des registres de Quirinius , conservés dans les archives impériales. Dites comment le faussaire aurait pu dissimuler la trace de sa falsification; comment il aurait substitué des rôles apocryphes aux rôles véritables, comment il aurait, sous Antonin, retrouvé le sceau d'Auguste; comment, quarante ans après la ruine de Jérusalem, il aurait retrouvé le sceau d'Hérode, pour les apposer, l'un et l'autre, sur les pièces de sa fabrique posthume. Les registres de Quirinius n'étaient point « ces petits livrets que les chrétiens se prêtaient entre eux, où chacun transcrivait, à la marge de son exemplaire, les mots, les paraboles, qu'il trouyait ailleurs, et qui le touchaient ^ » Que sont ces évolutions d'un puéril commentaire, en face des réalités historiques? A qui fera-t-on croire que les colonies romaines, habitant la Palestine , restées fidèles au culte des dieux de l'Empire, intéressées, au premier chef, par leur zèle pour la divinité de César, à étouffer le christianisme * Vie de Jésus, pag. 20, note— ^ Ibid., Introd., pag. xxii.

naissant, se soient faites l'éclio d'une légende chrétienne, lorsqu'il s'agissait d'un fait contemporain, et d'une localité qu'elles avaient sous les yeux? Ce n'est pas tout. Le même saint Justin, dans la célèbre conférence qu'il eut, à Rome, avec un Juif, et dont il nous a laissé le procès-verbal authentique , sous le titre de Dialogue avec Tiyphon, revient sur ce fait capital : « Quand Jésus-Christ fut né à Bethléem, dit-il, le roi Hérode en fut informé par des Mages, venus d'Arabie. Il résolut de faire mourir l'enfant. Mais Joseph, par l'ordre de Dieu, prit Jésus, avec Marie sa mère, et se réfugia en Egypte \ » Ainsi parle saint Justin. Quelle objection va lui faire son interlocuteur? Ecoutez: «Dieu, répond le Juif, ne pouvait-il donc pas tout simplement faire m.ourir Hérode^? » Yoilà ce qu'un Hébreu, Tryphon, parfaitement au courant de l'histoire évangélique, dont il n'était séparé que par quatre-vingts ans d'intervalle, trouve à opposer à ce récit. Mais si Jésus-Christ n'était point né à Bethléem ; si Hérode n'eût jamais songé à faire mourir les enfants de Bethléem ; si Joseph et Marie ne fussent jamais allés en Egypte ; si tous ces faits eussent été une légende chrétienne, sans réalité, sans notoriété, sans racine dans l'histoire , Tryphon n'eût pas manqué de le dire. 11 eut déclaré , comme nos rationalistes, que cette fable « manquait dans le texte primitif qui a fourni le canevas narratif des

Uiist., Bialog. cum Tryphone Judœo; Patrol. grœc, tom. YI, col. 713. —" id., ibid.

Evangiles actuels, » Au lieu de cette réponse péremptoire, Tryphon raisonne comme pouvait le faire un Juif, convaincu de la réalité des faits, tout en n'admettant pas leur conséquence. — Vous dites que Jésus-Christ était fils de Dieu, réplique-t-il. Pour sauver son Fils, Dieu pouvait bien tuer Hérode. La chose en valait la peine ; et, puisque Joseph fut obligé d'emmener l'enfant avec Marie en Egypte, c'est que Jésus-Christ n'était pas fils de Dieu, et que Dieu ne prenait pas à sa vie l'intérêt qu'il eût certainement attaché à celle de son propre fils. — Pour que Tryphon le Juif tînt un pareil langage, il fallait que la notoriété des faits évangéliques fût admise par tous les Hébreux. Une (( légende « chrétienne aurait-elle pu produire ce miracle , de s'imposer unanimement aux plus mortels ennemis du nom chrétien?

Conclusion. ,32. Après ces démonstrations, qui arrivent jusqu'à l'évidence , il serait superflu d'insister sur les autres témoignages. Que dire, par exemple, de Celse le Philosophe, qui fait un reproche à Jésus-Christ d'être né à Bethléem, « La belle gloire pour un Dieu , disait-il , de se faire citoyen de la plus misérable bourgade du monde ^ ! » Celse parlait ainsi ; il vivait au temps de saint Justin ; il détestait le nom de Jésus-Christ , autant que le peuvent faire nos modernes rationalistes, et sa polémique était plus sérieuse

* Origen., Contra Ceîs., lib. I, cap, xxviii; Patrol. grœc, Tom. XI, col. 713.

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