‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangilesChapitre 28 sur 63 · CHAP. III. — CIRCONCISION. PRÉSENTATION · texte numérisé non relu

CHAP. III. — CIRCONCISION. PRÉSENTATION

offrir le sacrifice légal de deux tourterelles ou de deux jeunes colombes. Or, il y avait, à Jérusalem, un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon. Il vivait dans l'attente de la consolation promise à Israël. L'Esprit-Saint se reposait sur lui, et lui avait révélé qu'il ne mourrait point, sans avoir vu le Christ du Seigneur. Conduit par l'inspiration divine, il vint au Temple , à l'heure où les parents de Jésus y entraient, pour accomplir les cérémonies légales. Siméon prit l'enfant dans ses bras, et bénit Dieu en ces termes : Maintenant, Seigneur, vous laisserez votre serviteur mourir en paix, selon votre parole ; car mes yeux ont contemplé le Sauveur, que vous avez préparé pour tous les peuples du monde ; la lumière qui doit éclairer les nations ; la gloire d'Israël votre peuple ! — Joseph et Marie admiraient, en silence, les paroles du vieillard. Siméon les bénit, et dit à Marie, la mère de Jésus : Voici que cet enfant, établi pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël, apparaîtra, comme un étendard de contradiction. Un glaive transpercera votre âme. Il en sera ainsi , pour que les pensées qui se cacheront au fond des cœurs soient mises au jour. — En ce même temps, vivait Anne, la prophétesse, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Elle avait vécu de longs jours. A l'époque de sa jeunesse, ayant perdu son époux, après sept ans de mariage, elle était restée dans la viduité : elle avait alors quatre-vingt-quatre ans. Elle ne quittait plus le Temple, servant Dieu, nuit et jour,, dans le

jeûne et la prière. Anne étant donc survenue, en cette circonstance, louait elle-même le Seigneur et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël*. »

Cérémonies H- Les sigucs intrinsèqucs d'authenticité, que nous purification.'' avous obscrvés précédemment dans le texte évangélique, se manifestent ici , avec le même caractère d'évidence. L'hypothèse rationaliste, qui attribue à quelque apocryphe, du second ou du troisième siècle, cette page de saint Luc, devient de plus en plus insoutenable. Qu'était-ce que la purification légale? Combien de jours devaient s'écouler, pour la jeune mère, entre les joies de la maternité et le pieux devoir de la présentation du premier*né au Temple? Nul ne le savait, chez les Romains ni les Grecs, parmi lesquels le faussaire supposé aurait écrit. L'auteur ne se préoccupe cependant pas d'éclaircir ces problèmes ; il poursuit son récit, absolument comme s'il parlait à une génération instruite .de toutes les prescriptions et de toutes les observances de la loi juive. A moins d'admettre qu'il se fût donné la mission d'écrire une suite d'énigmes , indéchiffrables pour ses lecteurs, l'apocryphe ne pouvait point faire usage d'un tel procédé. Manifestement, la sobriété des détails de l'Evangile, en cette circonstance, prouve, qu'à l'époque de sa composition, les coutumes auxquelles il fait allusion étaient de notoriété publique en Judée, et qu'elles entraient dans *Luc, II, 22-28.

CnAP. III. — CIRCONGISIOxN. TRÉSENTATION. 241

la vie et la pratique sociales des Hébreux. Faites intervenir la ruine de Jérusalem et la dispersion du peuple juif, antérieurement à la date où cette page de l'Evangile fut écrite , et vous placez immédiatement l'auteur dans la nécessité, s'il veut être intelligible, d'expliquer mille détails , qu'il eût suffi à un contemporain de noter en passant. Cette remarque générale a une portée immense , pour l'appréciation de la véracité du texte évangélique : tous les sophismes de l'incrédulité échoueront, devant cette loi de l'histoire. Mais, en étudiant les faits en particulier, la démonstration paraît encore plus saisissante. Ainsi, chaque parole du récit de la Purification évoque tout un ordre d'idées , étrangères au génie grec et romain, et qui n'ont eu d'application que dans la loi mosaïque. Le Seigneur avait dit à Moïse : a La femme qui aura donné naissance à un fils , demeurera , les sept premiers jours, dans un état d'impureté légale, absolue * ; et elle passera les trente-trois suivants', sans toucher à rien de sanctifié , ni pouvoir entrer dans le Temple. Si elle a donné naissance à une fille , l'impureté légale durei'a deux semaines, et l'interdiction religieuse soixante-six jours. Lorsque le terme de la purification sera accompli, elle of-

* Le terme de sept jours , fixé pour la durée de l'impureté légale , après qu'une femme juive avait donné le jour à un fils, fait comprendre pourquoi la cérémonie de la circoncision ne pouvait avoir lieu que le huitième jour. Les témoins et les assistants n'auraient pu communiquer avec la mère, sans contracter eux-mêmes l'impureté absolue dont elle était frappée, pendant les sept premiers jours.

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frira, pour un fils comme pour une fille, à la porte du Tabernacle d'Alliance, un agneau d'un an, qui sera brûlé en holocauste, une tourterelle ou une jeune colombe, qui seront offertes en sacrifice pour le péché. Elle les remettra entre les mains du prêtre, qui les présentera au Seigneur, et priera pour elle. Ainsi, elle sera purifiée. Telle est la loi de toutes les mères, qui auront mis au monde soit un fils, soit une fille. Que si la femme ne peut offrir un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes colombes, dont l'une servira pour l'holocauste, et l'autre, pour le sacrifice du péché. Le prêtre priera pour elle, et elle sera purifiée K y> Rapprochés du récit évangélique, ces textes de la loi nous font comprendre tous les sous-entendus ; le Testament Ancien projette, sur le berceau de Jésus, ses derniers rayons de lumière, comme le flambeau qui vient confondre ses feux mourants dans les splendeurs de l'aurore. Miracle 12. Aiusi , quarautc jours après la naissance d'un fils,

d'authenticité .„. ,, , , t '

du récit en Israël, la purification de la mère s accomplissait par un

évangélique.

Le coriége holocaustc et un sacrifice pour le péché. L'héritière de la

du Dieu enfant au royale maison de David , la Vierge Immaculée , bénie entre

Temple de -^ J o ?

Jérusalem. iq^[qq jgg femmes, portant dans ses bras l'Agneau de Dieu qui devait effacer les péchés du monde, se trouva trop pauvre, pour fournir au Temple l'agneau de l'holocauste. Son offrande fut celle de l'indigence ; deux tourterelles ou deux jeunes colombes, présentées de sa main au prêtre, ^ Lcvit., XII, 2 ad finem.

CHAP. Iir. — CIRCONCISION. PRÉSENTATrON. 24.3

remplissant en ce jour les fonctions de sacrificateur, furent substituées à la riche offrande des femmes d'Israël. Divine pauvreté, et touchant emblème de la pureté de Marie, caractérisée par l'innocence de la colombe ! Le prêtre , descendant d'Aaron, pria pour la mère du Fils de Dieu ; et la purification légale fut accompHe, en la personne de la Yierge sans tache. Mais ce n'était là qu'une des obligations imposées à Marie. L'Enfant divin était un premier-né ; comme tel, il appartenait au Seigneur, et devait être racheté à prix d'argent. Voilà pourquoi l'Evangéliste ajoute que l'Enfant devait être présenté au Temple. Nous avons eu déjà l'occasion d'insister sur cette condition de la primogéniture en Israël ; encore ici, la confoi mité du récit de saint Luc avec les prescriptions légales est frappante. Qu'on dise, tant qu'on voudra, qu'un apocryphe a imaginé tous ces -récits après coup ; qu'un faussaire a pu tellement mesurer ses paroles, dans une simplicité parfaite , qu'aucune ne se trouve tomber à faux î Le rationalisme supposerait ainsi un miracle, plus surprenant que ceux de l'Evangile, qu'il répudie. F.h bien oui ! le miracle domine toute cette histoire, et, s'il en était autrement, l'univers serait encore païen. Quelles figures, au siècle d'Auguste, en un temps où le monde se ruait aux voluptés, s'abîmait dans l'épicuréisme, se gorgeait de plaisirs et de sang, quelles figuiTs que celle du juste Siméon, « attendant la consolation promise à Israël, » et d'Anne la prophétesse, consumant une

vie entière « dans la prière et le jeûne, » au Temple de Jérusalem ! Où donc s'étaient réfugiées la véritable grandeur, la noblesse d'âme, la piété et la vertu? Demandez aux poètes, aux historiens, aux orateurs, aux philosophes de Rome, s'ils connaissaient ces grandes choses, même de nom ? Des jeûnes, à ces beaux esprits qui s'enrôlaient élégamment dans le troupeau d'Epicure ! Des prières, à ces esclaves de l'inflexible Fatum! En vérité, on songeait bien à cela dans les festins d'Apicius, et sous le YéZm?i parfumé du cirque, où les gladiateurs se poignardaient avec grâce ! Qui ne voit, qu'à des prodiges de corruption, il fallait opposer des prodiges de sainteté ; que l'incroyable perversité du paganisme ne pouvait être vaincue que par la divinité des miracles évangéliques ; enfin que le seul cortège digne du Verbe fait chair, la seule cour où dut paraître le Dieu de toute pureté, se trouvaient dans le Temple de Jérusalem, où les traditions des patriarches, des justes, des prophètes, se personnifiaient en de tels représentants ?

§ m. Les Mages. Fuite en Egypte.

Adoration ^3. c( Après quc Jésus fut né à Bethléem de Juda, aux D?pan dfîa jours du roi Hérode, dit saint Matthieu, des Mages vinrent

sainte Fa- ^• • ^^ i • j t t

mille pour d'OriBut à Jcrusalcm. Ils disaient : Ou est le roi des Juiis

l'Egypte.

qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer. — Le roi Hérode, en en-

tendant ces paroles, fut troublé, et toute la ville de Jérusalem partagea son émotion. Il fit mander tous les princes des prêtres avec les Scribes du peuple, et les interrogea, pour apprendre, de leur bouche, en quel lieu le Christ devait naître. — A Bethléem de Juda, répondirent-ils. C'est ainsi qu'il a été écrit par le Prophète : Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre parmi les principautés de Juda, car c'est de toi que sortira le chef qui régnera sur Israël mon peuple \ — Alors Hérode manda en secret les Mages, s'informa soigneusement de l'époque où l'étoile leur était apparue, et les envoya à Bethléem, en disant : Allez, prenez les informations les plus exactes sur l'enfant, et quand vous l'aurez trouvé, revenez me le dire, afin que moi aussi j'aille l'adorer. — Après cet entretien avec le roi, les Mages partirent. Or l'étoile, qu'ils avaient vue en Orient, reparut à leurs yeux; elle les précéda, jusqu'au moment où elle vint se reposer sur le lieu où était l'enfant. En apercevant de nouveau l'étoile, ils éprouvèrent une joie indicible. Pénétrant donc dans la maison, ils trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère, et se prosternant ils l'adorèrent ; ouvrant ensuite leurs trésors, ils lui offrirent comme présents, de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Avertis ensuite par un songe de ne. pas retourner près d'Hérode , ils revinrent en leur pays par un autre chemin. Quand, ils se furent retirés, l'Ange du Sei- * Mich., V, 2.

gneur apparut en songe à Joseph et lui dit : Lève-toi, prends l'enfant et sa mère, et fuis en Egypte ; tu y resteras jusqu'à ce que je l'avertisse de l'heure du retour, car Hérode va faire rechercher l'enfant pour le mettre à mort. — Se levant donc, Joseph prit l'enfant et sa mère, et, celte nuit môme, partit pour l'Egypte K ->■> Dénégations i4 j)es Magcs, venus, du fond de l'Orient, pour adorer

rationalitteF. u / j 71

*Matth., II, 1-1 i. L'Adoration des Mages ne précéda point la Purification. Immédiatement après le départ des illustres étrangers, la sainte Famille, dans la nuit même, partit pour l'Egypte. Les lecteurs qui désireraient étudier à fond cette question de chronologie évangélique , en trouveront tous les éléments réunis par le P. Papebrock (Acta Sanctor., tom. I, April.), et le P. Patrizzi (De Evamjel., lib. III, disseit. XX, tom. II, pag. 277, édit. Frib. Brisg., 18o3). On pense généralement que l'Adoration des Mages n'eut lieu qu'un an après. la naissancede Jésus-Christ ; c'est du moins le sentiment des doctes Bollandistes. Quant au séjour de la sainte Famille à Bethléem, pendant un aussi long intervalle, il n'a rien qui doive surprendre, si l'on tient compte de toutes les données qui nous sont fournies par le texte sacré. 1° L'Evangile nous apprend que la sainte Vierge habitait Nazareth, avant son mariage ( Luc, i, 27 ) ; mais il ne nous dit pas le moins du monde que saint Joseph y fut fixé. 2° Loin d'attribuer cette résidence, même intentionnelle à saint Joseph, avant l'époque où il reçut la mission subhme d'être le gardien de Marie Immaculée et le père nourricier de Jésus, l'Evangile suppose précisément le contraire. En effet, alors qu'avertie par l'Ange, la sainte Famille quittera l'Egypte pour revenir en Palestine, ce n'est point en Galilée, où était située Nazareth, que Joseph se propose de retourner, mais dans la tribu de Juda ( in Judœâ), où était située Bethléem. La crainte d'Archélaùs, fils d'Hérode, qui régnait en Judée, et un avertissement divin le déterminent seuls à revenir à Nazareth. Et l'historien sacré note cet incident, comme une. circonstance providentiellement ménagée, en dehors de toutes les probabilités humaines : l't adimpîeretur quod dictum est per prophetas: Quoniam Nazarœus vocabitur. (Matth., u, 23.)

la royauté naissante du Dieu de l'étable ; une étoile se reposant sur la demeure où Marie tient son fils dans ses bras ; le vieil Hérode tremblant sur son trône ; Jérusalem émue au souffle messianique, qui lui revient des extrémités de l'Arabie; le Sanhédrin juif, les Scribes fournissant une interprétation du texte de Michée , si claire , si nette , si positive, que la prophétie semble de l'histoire ; tant de miracles révoltent nos modernes rationalistes ! Si Jésus- Christ eût été le fils d'Auguste, on ne trouverait point extraordinaire que le monde se fût agité autour de son berceau. Mais Jésus-Christ est le fils de Dieu, et l'on ne veut pas que son avènement ait été entouré de signes divins. La majesté du ciel ne saurait se choisir une cour ; les rationalistes ne le permettent qu'aux majestés de la terre. Aussi, avec quel dédain ils parlent de « la légende, fruit d'une grande conspiration, toute spontanée, qui s'élaborait autour de Jésus , même de son vivant ! Déjà peutêtre, disent-ils, couraient, sur son enfance, plus d'une anecdote, conçue en vue de montrer, dans sa biographie, l'accomplissement de l'idéal messianique, ou, pour mieux dire, des prophéties que l'exégèse allégorique du temps rapportait au Messie. D'autres fois, on lui créait dès le berceau des relations avec les hommes célèbres, Jean- Baptiste, deux vieillards, Siméon et Anne, qui avaient laissé des souvenirs de haute sainteté ; Hérode le Grand ; des astrologues Chaldéens qui, dit-on, firent vers Ce temps-

2i8 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

là un voyage à Jérusalem K y> Ces quelques lignes représentent, à elles seules, dans l'Evangile rationaliste, toute la narration de la naissance de saint Jean-Baptiste, de l'Annonciation, de la Nativité divine à Bethléem, de la Circoncision , de la Présentation au Temple et de l'Adoration des Mages. Quoi ! tant de faits, d'une notoriété universelle, au sein de nos sociétés chrétiennes, en ce peu de mots ! Tout un ensemble de récits, qui a converti le monde, illuminé et transformé des millions d'àmes , inspiré tant de génies, consolé tant d'afflictions, et créé sur la terre un art nouveau ; la critique moderne a la prétention de résumer consciencieusement tout cela, dans une rapide prétérition, et de le supprimer, sans discussion ni preuves, par un « peut-être ! » Il n'est que trop vrai. Yoilà pourquoi la science, digne de ce nom, a répondu, par une explosion de mépris, à ces frivolités retentissantes. Mais la foule a recueilli avidement les nouveaux sophismes. Ah ! pour les multitudes déçues, auxquelles on arrache impitoyablement le pain de la parole divine, l'àme s'émeut d'un sentiment d'ineffable compassion ; il est permis de redire la touchante exclamation du Sauveur : Misereor super turbcmi ^ !

L'Etoile des 15. Lcs réalités historiques dominent toutes les misé- Mages attendue par tout rables arguties des rhéteurs. Vous n'admettez pas qu'une

l'univers à

l'époque de la étoilo ravonue sur le berceau du Roi des cieux? Expliquez

naissance de "^ •'■■'.

jpsus-chnst. pourquoi les pseudo-Messies, qui voulurent à cette époque, > Vie de Jésus, pag. 241, 242. — ^ Marc, vin, 2.

CIIAP. ni. — LES MAGES. FUITE EN EGYPTE. 249

usurper le rôle de libérateurs, choisirent le nom consacré de Fils de l'Etoile? Barchochébas , ne signifie pas autre chose, et l'on sait que le fameux imposteur juif, qui, sous ce titre, organisa la dernière insurrection hébraïque contre Rome (135), puisait toutes ses inspirations dans la science du rabbin Aldba. Il était donc constant, au sein du judaïsme, qu'une étoile signalerait l'avènement du Messie. Combien de fois les Pharisiens ne demandent-ils pas à Jésus-Christ un signe dans les cieux, pour confirmer la véracité de sa mission? Le Talmud de Babylone nous apprend que, vers l'époque de la naissance du Sauveur, « un grand nombre de gentils » se rendit à Jérusalem pour voir se lever l'étoile de Jacob K Ainsi, l'attente, provoquée par les oracles prophétiques , avait franchi les limites de la Judée, et envahi le monde. Expliquez pourquoi Virgile chantait, à Rome, le retour à'Astrée, la Vierge céleste, précisément au temps où I'à^tty:? du texte évangélique venait guider les Mages à Bethléem ^ ? Pourquoi le livre persan , intitulé Oracles magiques , affîrme-t-il « qu'à une époque peu éloignée une Vierge enfantera un Saint, dont l'apparition sera annoncée par une étoile^? » Pourquoi enfin, la Sibylle chaldéenne, parlant des symptômes

* Thalmud babylon., Sanhedr., cap. ii. Ce passage important a été cité pour la première fois par D. Juan José Heydeck, rabbin converti, dans son ouvrage intitulé : Defensa de la Religion cristiana, tom. II, pag. 79, Madrid, l'QS. — Hirg., Eclog., c. iv, 6. — ^H. J. Schmitt, Rédemption du genre humain, pag. 66.

qui devaient précéder l'avènement d'une religion plus pure, annonçait-elle « une lutte des astres, le triomphe d'une nouvelle étoile, et la chute du sabéisme des Mages* ? » Les chrétiens n'ont pu réagir sur les inspirations de Virgile, sur les préjugés du rabbin Akiba, et des auteurs du Talmud; sur le pseudo-Zoroastre, qui écrivait les Oracles magiques. Maintenant, supposez que ces traditions , qui remuaient le monde , de l'orient à l'occident , aux derniers jours d'Hérode , n'eussent pas été d'une notoriété vulgaire, et le récit évangélique n'a plus de sens. Que trois étrangers viennent aujourd'hui, dans l'une de nos capitales européennes, nous parler d'une étoile , aperçue au fond de l'Asie , et annonçant la naissance d'un enfant roi ; leur parole n'ébranlera aucun souverain sur son trône; l'opinion publique restera impassible, et les trois visionnaires continueront leur chemin, sans, soulever la moindre émotion autour d'eux. Il fallait donc des circonstances exceptionnelles, pour que l'arrivée des Mages à Jérusalem agitât, comme elle le fit, et le vieil Hérode, et le Sanhédrin, et les Scribes, et Jérusalem entière. Mais ces circonstances exceptionnelles , l'Evangéhste ne nous les exphque pas. Donc l'Evangile fut écrit à une époque où leur souvenir vivait encore, au sein d'une génération contemporaine. Donc, de tous les côtés, éclate cette luinineuse authenticité du texte évangéUque , que *Mûnter, Sinnbilder der Alten Christ. 2 hcft., AUona, 1823.

l'incrédulité voudrait couvrir d'un voile de nuages.

16. « Où est le roi des Juifs qui vient de naître? de- où est né

le nouveau

mandent les Mages. Nous avons vu son étoile en Orient, et '■°' des juifs. nous venons l'adorer. )> Une telle interrogation, appuyée d'un pareil récit, et jetée au milieu de nos civilisations actuelles, n'obtiendrait pas même l'honneur d'une réponse. Mais, dans le monde entier, et à Jérusalem surtout, à l'époque où elle se produisit, les esprits se préoccupaient unanimement de la naissance d'un Roi, et de l'avènement d'un nouvel Empire. Hérode, le tyran Iduméen, suivait, d'un regard plein d'anxiété, les diverses manifestations de l'espérance populaire. Tout à l'heure, il va faire massacrer les enfants de Bethléem; il voudra faire égorger, dans l'hippodrome de Jéricho, tous les chefs des familles princières, sans doute pour éteindre sous des flots de sang les aspirations nationales. On conçoit donc le trouble que la parole des Mages dut jeter dans l'àme ombrageuse du monarque, et l'émotion, en sens inverse, qu'elle excita parmi la foule des Hébreux. Mais ni Hérode, ni ses sujets ne s'étonnent de l'apparition d'une étoile , et du rapport qui

pouvait exister entre un tel phénomène et la naissance d'un nouveau Roi des Juifs. « Une étoile se lèvera au-dessus de Jacob'', y> avait dit le fils de Béor. Cette prophétie, enregistrée dans les Livres de Moïse, portée par l'émigration en Babylonie , en Perse, en Chaldée, n'avait cessé de ^ Numer., \\\\, 17.

252 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSDS-CHRTST.

fixer les regards d'Israël. Une Etoile, le Messie, étaient deux termes qui soulevaient toutes les poitriijes, et faisaient palpiter tous les cœurs des enfants du Juda. Quand des Mages, c'est-à-dire les héritiers Chaldéens, ou Perses, de l'antique science des astres, vinrent dire à Jérusalem : « Nous avons vu l'Etoile : où est le Roi des Juifs? » leur parole fut aussi naturelle et aussi intelligible que si, de nos jours, au bruit du canon annonçant la naissance de l'héritier d'un trône, un étranger demandait : Où est le palais du roi qui vient de naître ? J'entends le signal de son entrée en ce monde. — La prophétie de Balaam n'avait point été interprétée dans un sens allégorique : son texte d'ailleurs s'y refusait ; elle avait été prise au pied de la lettre, et étudiée avec une persévérance telle que les Juifs étaient arrivés à préciser l'époque de sa réalisation. On lit, dans le Talmud, que la venue du Messie devait avoir lieu, lorsque la conjonction de Saturne et de Jupiter se ferait dans le signe des Poissons ; or Kepler a démontré que cette rencontre s'était faite l'an de Rome 747 , année qui touche celle de la naissance de Jésus-Christ. Les Pharisiens étaient tellement persuadés de la vérité de ce calcul astronomique qu'ils ne craignirent pas , suivant le témoignage de Josèphe, de prédire à Hérode lui-même la chute prochaine de son trône. Enfin, la croyance sur ce point était à la fois si répandue et si uniforme que Philon, vivant en ce temps à Alexandrie, prédisait, d'après un phénomène ce-

CHAP. m. — LES MAGES. FUITE EN EGYPTE. 253

leste, observé par lui, que les Juifs allaient se réunir, de tous les points du monde, pour inaugurer l'empire de la paix.

17. Tant de témoignages, concordants et précis, retom- Réalité da bent comme un poids écrasant sur les pauvretés rationa- évangéiique. listes, qui nous entretiennent c*. d'anecdotes et de légendes spontanément élaborées. » L'Evangile est un monument qui a ses racines dans l'histoire , et son sommet dans les cieux. Il est donc certain qu'une étoile, apparue en Orient, amena des Mages au berceau de Jésus-Christ. Si le signe céleste n'eût pas illuminé la maison de Bethléem , le monde aujourd'hui encore ne croirait pas à la divinité du Yerbe fait chair. Cela est tellement vrai, que non-seulement Barchochébas , mais le prophète de la Mecque , Mahomet lui-même, ne purent rattacher à leur cause les con- Yictions des Orientaux, qu'en se faisant précéder par une extraordinaire apparition d'étoile. Chacun sait que le météore , connu maintenant sous le nom de comète de Halle, se rapprocha de la terre en l'an 612, et que Mahomet, commençant alors son rôle public, profita de la circonstance pour répondre aux exigences de la prophétie , et donna ce phénomène comme le signe de sa prétendue mission. Ce n'est pas le miracle d'une étoile, annonçant aux Mages la naissance du Christ, qui étonne le plus l'historien, c'est l'incroyable légèreté du rationalisme, qui glisse sur de pareils faits , sans même soupçonner leur importance. On conserve, à la Bibhothèque impériale de Paris,

254 niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-GIIRIST.

un fac-similé d'une inscription trouvée en Chine , à Syngnan-fou, et remontant à l'an 550 de notre ère. Elle est à peine de deux ou trois siècles plus jeune que le zodiaque de Denderah, qui fait partie du même dépôt, et que la science incrédule attribuait libéralement à une époque antéhistorique. On lit, dans l'inscription de Syn-gnan-fou , ces paroles textuelles : « La Perse , contemplant la splendeur du Messie, vint payer le tribut. » Le scepticisme contemporain voudrait-il nous dire pourquoi il n'a pas créé, autour de l'inscription chinoise, la célébrité factice dont il avait doté naguère le marbre fameux de Denderah? Nous ne le savons que trop. La conspiration du silence est parfois aussi habile que celle des renommées en commandite. Mais que nous importent ces artifices du parti-pris? On n'a pas attendu la découverte du monument chinois pour croire à l'Evangile. Ce n'est pas l'inscription de Syn-gnanfou qui dictait au philosophe Platonicien Chalcidius, en l'an 250 , ces autres paroles : a Une étoile , annonçant non pas des morts ou des maladies, mais la descente d'un Dieu sur la terre, apparut à des Chaldéens, illustres par leur science, et leur habileté dans l'astronomie. A la vue de ce nouvel astre , ils se déterminèrent à quitter leur patrie , pour aller à la recherche du Dieu. Quand ils l'eurent trouvé, ils lui rendirent les hommages dus à la Majesté divine, voilée sous la figure d'un enfant *. » Un siècle avant ^ Chalcid., In Plat. Timœum Comm., pars II, cap. vu, § 125, p. 219,

Chalcidius, Celse, l'ennemi juré du nom chrétien, ne soupçonnait même pas la possibilité de nier un fait aussi notoire que l'arrivée des Mages à Jérusalem, après l'apparition d'une étoile extraordinaire ^ Vers l'an 103, Justin, élevé au sein du paganisme, recueillait, à Sichem, les traditions presque contemporaines de l'histoire de Jésus- Christ. Le souvenir des Mages et de l'étoile de Bethléem était encore vivant : Justin le proclame, dans son entretien avec le Juif Tryphon, et son interlocuteur ne songe pas un instant à révoquer en doute l'authenticité d'un récit, que toutes les mémoires avaient conservé ^

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