‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangilesChapitre 36 sur 63 · CHAP. IV. — DIX-HUIT ANS D'OBSCURITÉ A NAZARETH · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — DIX-HUIT ANS D'OBSCURITÉ A NAZARETH

tement apaisée. Aucun incident fâcheux ne compromit la sécurité générale. Il faut pourtant noter ici un trait caractéristique de la haine invétérée des Samaritains , contre le Temple de Jérusalem. A la Pàcjue qui suivit celle du récit évangélique, quelques Samaritains s'introduisirent secrètement avec la foule des pèlerins, sous les portiques sacrés, qu'on avait coutume d'ouvrir à minuit, pour la solennité des Azymes. A la faveur de l'obscurité, ces étrangers sem.èrent les galeries d'os de morts, et parvinrent même à en jeter dans l'intérieur du Temple. Aux termes des prescriptions mosaïques, c'était une profanation qui entraînait l'impureté légale. L'historien Josèphe, en nous transmettant ce détail, confirme ainsi, à l'avance, la vérité du texte évangélique, qui nous montrera bientôt, vivante et obstinée, l'antipathie des Juifs et des Samaritains. Coponius fut remplacé', l'année suivante, par Ambibuchus, sous l'administration duquel mourut la sœur d'Hérode l'Iduméen, l'intrigante Salomé. Auguste venait d'associer à l'empire (an 16 de l'âge de J.-C, il de l'E. V.) son fils adoptif Tibère ' : le monde romain allait s'incliner sous le despotisme capricieux et sanglant d'un monstre. Trois ans après, Annius Rufus était nommé gouverneur de Judée , et bientôt Auguste lui-même mourut, à l'âge de soixante-quinze ans

* Le fait de l'association de Tibère à l'empire, du vivant d'Auguste, est attesté par tous les historiens. Tacit., Annal, lib. I, cap. ni. — Sueton., Tiberii Vita, cap. xx. — Velleius Patercul., lib. II, c. cxxi

(an 18 (le l'âge de J.-C, 14 de l'E. Y.). Un gouverneur nouveau, choisi par Tibère, fui envoyé à Jérusale^ii . C'était Yalerius Gratus. Il apprit aux Juifs le joyeux avènement d'un tyran au trône du monde, et le tétrarque de Galilée, Hérode-Antipas, s'empressa de donner à l'ancienne Séplioris qu'il venait de rebâtir, le nom glorieux de Tibériade. Le lac de Génésaretli, sur les bords duquel s'élevait la cité , prit lui-même le surnom imposé par une flatterie servile. Le tétrarque d'Iturée, Philippe, non moins jaloux de mériter les bonnes grâces impériales, dédiait aussi, en l'honneur de Tibère-César, la ville de Panéas , qu'il venait de reconstruire à la source du Jourdain, et la nommait Césarée de PhiUppe. L'histoire romaine envahissait ainsi la Judée, et la naïveté d'un rationaliste pouvait seule formuler cette étrange assertion: « Jésus n'eut aucune idée précise de la puissance romaine \ » Toute la Palestine, au temps de Notre-Seigneur, portait la livrée de Tibère. Un des premiers actes de Yalerius Gratus à Jérusalem, avait été de dépouiller le pontife Anne de la souveraine sacrificature, pour en investir un prêtre obscur, Ismaël, iîls de Fabi. Quelques mois après , cet Ismaël était replongé dans l'oubli, par la main qui venait de l'en sortir. Eléazar, fils du grand-prêtre Anne, revêtait les insignes sacrés d'Aaron, et les remettait, l'année suivante, à Simon, fils de Kamith. Josèphe enregistre tous ces changements, sans les accom- * Vie de Jésus, pag. 38.

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paguer d'un seul motif, comme historien, ni d'une seule plainte, comme Juif. Le motif, était sans doute l'avarice des gouverneurs, qui mettaient à l'encan cette dignité sacrée. La plainte eût été superflue; le Pontificat suprême était, dans son institution, une charge héréditaire; mais les Juifs avaient-ils désormais le pouvoir de revendiquer un seul de leurs privilèges? Yalerius Gratus exerça onze ans, sous le nom de Tihère, son autorité despotique à Jérusalem. Quand il reçut ses lettres de rappel, il voulut encore une fois hénéfîcier de la vente du Souverain Pontificat, et le conféra à Caïphe, gendre de l' ex-grand-prêtre Anne. Le successeur de Gratus fut Ponce-Pilate (an 30 de l'âge de J.-C.,26derE. V.).

3. L'histoire profane amène ainsi, sur le théâtre de la Mort de

saint Joseph.

Judée, les futurs coupables d'un déicide. A cette époque, saint Joseph, le virginal époux de Marie , le père nourricier de Jésus, l'humble charpentier de Nazareth, avait terminé sa vie mortelle. Comme le -patriarche, dont il portait le nom , il avait distribué le pain au véritable Israël*, à l'enfant de Bethléem , assez puissant pour lutter, au nom de l'humanité déchue, contre la justice de Dieu. L'Egypte l'avait vu, comme autrefois son ancêtre, prêter l'appui de son bras au véritable roi du monde. Jadis le fils de Jacob était mort sur la terre étrangère, saint Joseph meurt de même au seuil de l'histoire évangélique , avant que la ré- * Israël signifie : Fort contre Dieu.

tlemption cUi monde soit consommée. Moïse, en quittant l'Egypte, à la lête des Hébreux rendus à la liberté, emporta pieusement la dépouille de l'ancien ministre du Pharaon ; Josué la déposa sur le sol de la Terre Promise. Ainsi Jésus- Christ, vainqueur de la mort, introduisit, dans le royaume de son Père céleste, l'àme sainte et bien-aimée de celui qui fut son père d'adoption sur la terre ; et la \'ice-royaulé que le fils de Jacob exerça en Egypte, saint Joseph l'exercera dans les cieux, à côté du trône de Marie, partageant, dans une proportion relative, la toute-puissance suppliante delà Vierge-Mère. Saint Joseph est le lien qui unit le monde patriarcal, et le Testament Ancien avec le monde chrétien et le Testament Nouveau. L'Evangile, sans nous apprendre l'époque précise de sa mort , nous indique suffisamment qu'elle avait précédé les années de la vie publique du Sauveur. Si l'on en voulait une preuve décisive , nous la trouverions dans les paroles mêmes des Juifs , qui énumèrent toute la parenté de Jésus. « Nous avons, disent-ils, au milieu de nous, sa mère, ses frères et ses sœurs. « Evidemment, si Joseph eût encore été vivant, à cette époque , il n'eût point été omis dans cette énumération. Sa mémoire seule est rappelée. I^es Juifs étonnés des merveilles de l'Homme-Dieu, expriment toute leur surprise de les voir opérées par celui qu'ils nomment : « Le fils de Joseph l'artisan. » filorieux surnom de l'époux de la Vierge Marie! Joseph fut en effet Tartisan, dans une certaine mesure, du

salut du monde. Il coopéra, avec une admirable docilité, à l'œuvre de la Rédemption. Le Père céleste lui transmettait ses ordres, par la voix des Anges, et l'humble charpentier, héritier sous Hérode des droits méconnus de David , eut la gloire de représenter le Père, dans la trinité terrestre de la Sainte Famille. Quand il mourut, dans les bras de Jésus et de sa mère, et qu'il eut été réuni à ses aïeux , la période d'obscurité et de silence du Yerbe incarné se terminait. L'œuvre de Joseph était accomplie ; il avait fidèlement gardé les deux dépôts confiés à sa tendresse vigilante : l'enfance du Fils de Dieu et la virginité de Marie ^ L'œuvre publique de Jésus-Christ allait commencer, et déjà le précurseur Jean-Baptiste, nouvel Elle, préparait la voie au Rédempteur du monde.

§ II. Prédication de saint Jean-Baptiste.

4. « L'an quinzième de l'empire de Tibère-César, dit saint Le

Précurseur.

Luc, Ponce-Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, tétrarqiie de Galilée, Philippe, son frère, tétrarque de l'Iturée et de la Trachonite, Lysanias, tétrarque del'Abilène, sous les Princes des Prêtres Anne et Caïphe, la parole de Dieu se fit entendre à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Il parcourut toute la région du Jourdain, prêchant le baptême de la pénitence , pour la rémission des péchés ; ainsi

^ Voir, pour tout ce qui a rapport au culte de saint Joseph, les Acta Sanctorum, 19 mars.

qu'il est écrit au Livre d'Isaïe , le prophète : Yoix de celui qui crie dans le désert : Préparez la route (\u. Seigneur, rendez droits ses sentiers. Toute vallée sera remplie, toute montagne et toute colline sera abaissée, les chemins tortueux seront redressés, les rudes chemins seront des voies unies, et toute chair verra le Sauveur envoyé de Dieu \ » — « C'est ici, dit saint Marc, le commencement de l'Evangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Isaïe , le prophète, avait écrit : Voici que j'envoie mon Ange devant vous,, pour vous préparer la route. Ce précurseur fut Jean , qui baptisait au désert, prêchant le baptême de la pénitence, pour la rémission des péchés. Le peuple accourait à lui de toute la Judée, les habitants de Jérusalem y vinrent tous, et recevaient de lui le baptême, dans les flots du Jourdain, en faisant la confession de leurs fautes. Or Jean portait un vêtement de poil de chameau, attaché sur ses reins par une ceinture de cuir ; il se nourrissait de miel sauvage et des sauterelles du désert. Il disait : Un plus puissant que moi va venir; je ne suis pas digne, en m'inclinant à ses pieds, de dénouer les cordons de sa chaussure; je vous baptise dans Teau, mais celui-là vous baptisera dans l'Esprit-Saint^ » — Les deux autres Evangéhstes tiennent le même langage. C'est par l'imposante figure de Jean-Baptiste que s'ouvre l'ère de la Rédemption du monde.

Authenticité 5- La date est solennellement marquée ; les détails tran- >Luc, m, l-G. — ' Marc, i, 1-8; Matth., m, 1-4; Joan., i.

chent avec tous les incidents d'une histoire vulgaire. Ja- du récit

ijvangélique.

mais auparavant, jannais depuis, un fait analogue ne s'est synchronisme.

produit. Ici, l'invention est impossible. En dehors de la Judée, trouvez un écrivain qui imagine un personnage légendaire, se nourrissant de sauterelles ! Que n'ont pas dit les incrédules du xviii^ siècle sur ce genre d'alimentation, inouï dans nos habitudes et dans nos climats septentrionaux ? L'observation et l'étude nous font sourire, aujourd'hui, des inepties voltairiennes à ce sujet. Sur les marchés des villes arabes, on apporte encore maintenant de ces sauterelles, que l'on fait bouillir, comme desécrevisses, ou simplement rôtir au feu. Elles atteignent parfois une longueur de douze à quinze centimètres. Lorsqu'elles s'abattent, par troupes, avec la rosée du matin, sur les campagnes, il est facile d'en recueillir une ample moisson. Les historiens profanes nous ont parlé des populations acridophages*. Moïse, dans le Lévitique, distingue quatre espèces d'insectes : l'attelabe, l'attace, l'ophiomaque et la sauterelle proprement dite , dont il permet l'usage, comme aliment, à la nation juive K Plus ces particularités s'éloignent de nos mœurs, plus elles témoignent de l'authenticité de l'évangile. Les indications chronologiques de saint Luc ont le même caractère. Après ce que nous avons dit plus haut des perpétuelles vicissitudes du Souverain Pontificat,

* Mangeurs de sauterelles ; des deux mots grecs : A/cjeJe; ( sauterelles), ^i-^u'i (manger). — ^Levit., xi, 22.

à Jérusalem, on comprend qu'il fallait être profondément versé dans l'histoire judaïque, pour enregistrer aussi nettement les noms d'Anne et de Caïphe, comme Princes des Prêtres, à l'époque de la prédication de Jean-Baptiste. La simultanéité de deux Pontifes était contraire à la législation de Moïse. Un auteur posthume eût été frappé de celte remarque, et se fût bien gardé de tomber dans celte faute apparente. Mais saint Luc savait que Caïphe, récemment investi de la grande Sacriûcature , était gendre de l'ex-grand-prêtre Anne, qui l'avait lui-même exercée pendant plus de quinze ans. Anne , que son crédit et ses richesses rendaient un des personnages les plus condérables de la Judée, avait réus.si, par son influence sur les gouverneurs romains, à faire passer successivement cette dignité sur Eléazar, son fils , et sur Caïphe , son gendre. II était donc le chef réel du sacerdoce , dont Caïphe avait le pouvoir nominal. Voilà ce que l'Evangéliste savait, et ce qu'il note avec une admirable précision \ Le nom du gouverneur romain, Ponce-Pilate , est également inscrit à sa date officielle. L'émotion générale , causée dans toute la Palestine, par la prédication de saint Jean-Bapliste, l'affluence des multitudes qui viennent trouver le Précurseur au désert, avaient été préparées par un acte irréfléchi du

* Nous ne pouvons entrer dans tout le détail eségétique du passage de saint Luc. On trouvera à ce sujet les commentaires les plus savants, dans l'ouvrage de M. Wallon, De la croyance due à l'Evangile, ch. iv et y.

CHAP. IV. — l'RÉDlCATlON DE SA;NT JEAN-13APT1STE. 305

nouveau représentant de Tibère. Avant môme d'arriver à Jérusalem , Ponce-Pilate avait envoyé dans la Ville sainte , les aigles de ses légions et les étendards portant l'image de l'empereur, avec ordre de les arborer au sommet du palais Antonia. C'était froisser le sentiment national, que ses prédécesseurs avaient jusque-là respecté. Aucun d'eux n'avait commis cet acte, que tous les Hébreux regardaient comme impie. L'image d'un homme, fût-il le maître du monde, ne devait point être exposée dans la cité de Jébovah. L'aigle romaine , posée par Hérode aux portiques du Temple, avait soulevé une émeute. A la vue des emblèmes idolàtriques, le peuple crut que la fin des temps approchait, et que l'abomination de la désolation était entrée dans le Temple. La multitude, sortant en masse de Jérusalem, alla au-devant de Pilate, à Césarée. Pendant six jours, agenouillée dans l'hippodrome, devant le tribunal du gouverneur, la foule le suppliait de retirer l'ordre précédemment donné. Vainement Pilate la menaça de l'épée de ses légionnaires ; chacun des Juifs se serait estimé heureux de mourir pour la loi de Moïse, plutôt que de souffrir une telle profanation. Le Romain finit par céder à leurs instances, et les images furent enlevées.

6. Emues par l'apparition soudaine de Jean-Baptiste, en discours

'^ ' de saint Jeai

de telles circonstances, les multitudes espérant que le ^^p"*'«- Messie, le Libérateur allait paraître, se précipitaient aux bords du Jourdain. « Faites pénitence, leur disait-il, car le I- 20

306 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNtUR JÉSUS-CHRIST.

royaume des cieux est proche. » D'autres fois, sévissant contre les crimes et les désordres des Juifs , il prenait le ton menaçant des anciens prophètes : « Races dé vipères, disait-il, qui vous a avertis de fuir la colère divine, prête à frapper ? Faites maintenant de dignes fruits de pénitence. Ne répétez pas , dans une confiance aveugle : Nous avons le privilège d'être les enfants d'Abraham ; car, je vous le dis : Dieu est assez puissant pour frapper ces rochers , et en faire sortir des fils d'Abraham. La cognée est déjà à la racine des arbres ; celui qui ne portera pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. — Hélas ! demandciil la foule, que devons-nous donc faire? — Jean répondait : Si quelqu'un a deux tuniques, qu'il en donne une à celui qui en manque. Partagez de même le pain à vos frères indigents. — Les publicains venaient se faire baptiser et lui disaient : Maître, que nous ordonnez-vous? — Jean leur disait: Faites ce qui vous est prescrit, rien de plus. — Les soldats lui adressaient la même interrogation ; il leur répondait : N'usez de violence ni de fraude envers personne ; contentez-vous de la solde qui vous est allouée. — Or, tous se disaient dans leur cœur, et le peuple croyait que Jean était le Christ. Il répondit à cette pensée unanime, en disant : «Pour moi, je vous baptise dans l'eau, mais un plus puissant que moi va venir. Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses sandales. Celui-là vous baptisera dans l'Esprit-Saint et lefcu. Il aura le van à la main , pour nettoyer son aire; il

ClIAP. IV. — rRÉDICATION DE SALNT JEAN-BAniSTE, 307

rassemblera le blé dans ses greniers, et fera brûler la paille dans des flammes inextinguibles. — Tels étaient les discours de Jean, qui y joignait beaucoup d'autres exhortations, et continuait à évangéliser le peuple K » Ainsi parle saint Luc. A l'heure où cette éloquence divine, rappelant le style des Prophètes , retentissait sur les bords du Jourdain, Pilate se disait peut-être que Cicéron , quelques années auparavant , avait donné à l'art oratoire sa dernière formule. Le courtisan de Tibère ne pouvait que déplorer l'aveuglement de ces peuplades barbares , qui allaient écouter, au désert, la voix d'un orateur vêtu de poils de chameau. L'étonnement du Romain devait redoubler, quand il entendait parler de multitudes confessant leurs péchés r Confitentés peccata sua ^ j et recevant le baptême de la pénitence dans les eaux du Jourdain, Baptizabantur ah illo in Jordanis flumine *. La Rome de Tibère commettait tous les crimes , mais elle ne les confessait pas ; elle contractait toutes les souillures, mais elle songeait peu à les effacer dans les eaux de la pénitence. Qui se trompait, de l'ironique dédain de Pilate , ou de la foi des Uébreux? Ce n'étaient pas choses nouvelles que la confession et le baptême, chez les Juifs. A la fête solennelle des Expiations, le Grandprêtre faisait, au nom d'Israël , une confession générale de lousles péchés du peuple. Chaque jour, les prêtres, dans le temple, recevaient, au nom du Seigneur, l'aveu des fautes iLuc, m, 16-18. — 2 Marc, i, o. — ^V\., ibid.

particulières, et offraient, pour le coupable , un sacrifice à Jéhovab. Toutes les impuretés légales se purifiaient par les ablutions cérémonielles , baptême permanent, qui entrait dans chaque détail de la vie hébraïque. Quand les fils de Jacob, fuyant la tyrannie du Pharaon, vinrent au Sinaï recevoir la loi divine , a ils avaient été baptisés auparavant , dit saint Paul, dans le nuage lumineux et dans les flots de la mer Rouge ^ » Ainsi, ils avaient été purifiés du contact des Egyptiens, et depuis , la loi du baptême, ou de l'ablution , mettait une barrière entre eux et les nations étrangères. Yoilà pourquoi la confession des péchés et le baptême de pénitence prêches par saint Jean, étaient acceptés, par toute la Judée, com^me l'expression vivante et l'essence même de la loi judaïque. Pilate pouvait en rire • nous avons bien entendu, de nos jours, un lettré comparer Jean- Baptiste « à un Yogui de l'Inde, assez semblable aux Gourous du Brahmanisme. » Le scepticisme du Romaiu valait le pédantisme du rhéteur moderne. Ils sont aussi intelligents l'un que l'autre. Mais les enfants d'Abraham, les héritiers des promesses éternelles, habitués à la voix des Prophètes, accablés sous la domination du césarisme, et sous les malheurs du temps, avides de voir se réaliser les espérances nationales, à l'époque précise qui leur était signalée depuis deux mille ans, les Juifs, enfin, ne pouvaient s'y méprendre. L'heure de la déhvrance était ve- » I Cor., X, 2.

nue; le Christ devait paraître, et tous crurent que Jean était le Christ.

7. « Ils envovèrent donc de Jérusalem, continue le texte céputation

'' des Phari-

sacré, des prêtres et des lévites pour l'interroger. Qui ^^^ig^'^^ÏÏnt êtes-vous? lui dirent-ils. — Sans hésitation, sans sub- tïfe'lléTu; terfuge, Jean répondit : Je ne suis point le Christ. — tùmêarnsleâ

^ . » 1 r. 1 T •! T-i T^l• n eauxduJour-

Qui etes-vous donc? demanderent-ils. Etes-vous Eue? — dain. Non. — Un prophète? — Non. — Mais enfin qui êtesvous ? Que nous puissions rendre réponse à ceux qui nous ont envoyés : que dites-vous de vous-même? — Je sais, répondit-il, la voix de celui qui crie au désert : Redressez la route da Seigneur , ainsi que l'a prédit Isaïe , le prophète. — Or les députés qui l'interrogeaient, étaient Pharisiens ^ Ils reprirent : Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n'êtes ni le Christ, ni Elie, ni Prophète ? — Je baptise dans l'eau , répondit Jean. Mais il en est un, au milieu de vous, que vous ne connaissez pas, c'est lui qui doit venir après moi, et qui était avant moi. De celui-là je ne suis pas digne de dénouer le cordon des sandales. — Or tout ceci

1 Cette remarque de l'Evangéliste fait immédiatement comprendre le formalisme étroit de l'objection qui va suivre. La conscience phasaïque, rassurée par les déclarations positives de Jean, qui proteste n'être ni le Christ, ni Elie, ni Prophète, va maintenant incriminer sa mission. Nous serions obligés, à chaque ligne de l'Evangile, de faire des observations de ce genre, si nous voulions relever tous les caractères d'authenticité intrinsèque de ce Livre divin. Les lecteurs voudront bien suppléer à ce que la loi de la brièveté nous force d'omettre.

310 HISTOIRE DE KOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CURTST.

se passait à Béthanie*, où Jean baptisait ^ » Le doute n'était plus possible. Jean n'était pas le Christ, mais il le précédait, comme l'escorte, chargée d'ouvrir la route, précède le passage du souverain. «Or Jésus quitta Nazareth de Galilée , et se rendit sur les bords du Jourdain , pour recevoir le baptême de Jean. Celui-ci le vit venir et dit : Voilà l'Agneau de Dieu, voilà celui qui efface le péché du monde ! — C'est lui dont je parlais en disant : Il est un homme qui viendra après moi et qui était avant moi. Je ne le connaissais pas, mais c'est pour le manifester aux yeux d'Israël que je suis venu baptiser dans l'eau du Jourdain. — Or Jésus demanda le baptême, et Jean lui dit : C'est moi qui dois le recevoir de vous , et vous venez à moi ! — Mais Jésus lui répondit : Laissez maintenant, car c'est ainsi qu'il nous faut accomplir toute justice. — Alors Jean céda, et baptisa Jésus dans le Jourdain. En sortant du fleuve, Jésus se mit en prière, les cieux s'ouvrirent, et l'Esprit- Saint descendit sur lui, en forme de colombe. Une voix du ciel se fit entendre : Celui-ci, disait-elle, est mon Fils bienaimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances ^ » — Jean, de son coté, disait à la foule : « Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, m'a dit : Celui sur lequel lu verras l'Esprit descendre et se reposer sous la forme d'une colombe, c'est lui qui doit baptiser dans l'Esp rit-Saint. Je l'ai vu mainte-

* Bethabara, suivant les anciens manuscrits cités par Origène. ^ Joan., I, 19-28. — » Matth., ni , 13 ad ultim.

nant, et je rends témoignage qu'il est le Fils de Dieu. Or Jésus commençait alors sa trentième année et il passait pour être le fils de Joseph \ »

8. Le témoignage de Jean-Baptiste a converti l'univers. Témoignages

r n ' • ^/-lr . ^^^•••r de l'histoire

Le Lesar romain est mort a Capree ; qui songe a la divinité profane reia-

, f , y -, , '■if^ à saint

éphémère de ce monstre, dont Pilate voulait placer l'image jean-Baptiste dans l'enceinte du Temple do Jéhovah? Et, au contraire, quelle région si lointaine ne voit pas en ce moment des adorateurs se prosterner devant l'image de Jésus-Christ? C'est bien le Fils de Dieu que Jean-Baptiste a proclamé et que nous adorons. Vraiment, le rationalisme moderne a bonne grâce de nous parler d'un yogiii de l'fnde ou d'un gourou du Brahmanisme! Il lui sied bien de travestir cette sublime histoire évangélique, et de nous parler « des deux jeunes maîtres qui luttent devant le public de prévenances ré'ciproques^. » Cette analyse du texte sacré est aussi fidèle que la traduction du grec de saint Papias. Que dire encore de l'addition, spirituellement annexée au récit, et qui prétend que Jésus se « fit baptiste à son tour, et vit même son baptême préféré? » Nous donnerons bientôt, dans son intégrité, toute la suite de l'Evangile ; on n'y trouvera pas un mot qui justifie celte imagination dérisoire. A ces fantaisies de l'incrédulité, opposons les témoignages de l'histoire. Voici comment Josèphe parle de saint Jean-Baptiste : « Ce fut, dit-il, un homme éminent en sainteté, qui rappe- ' Luc, m, 23; Joan., i, 32-34. — ^ Vie de Jésus, pag. lOo.

lait les Juifs à la vertu, à la justice , à la piété envers Dieu, et qui leur ordonnait de se réunir pour recevoir le baptême. Le baptême, disait-il, n'est agréable à Dieu que s'il est accompagné du renoncement à tous les péchés. Ce n'est qu'après avoir purifié son âme par la justice, que la purification du corps peut être salutaire. Un concours immense se réunissait près de lui , et la multitude était avide de l'entendre '. y> Le baptême joue un grand rôle dans les traditions rabbiniques. « Les justes et les hommes pieux, dit le Zohar, se réjouissaient dans la solennité de l'effusion de l'eau, parce qu'elle était une figure de la faveur que le Très-Haut accordera , quand il effacera de la terre l'impureté du serpent ^. » Le Koran donne à Jean- Baptiste le nom de saint Prophète % et, à l'heure où nous écrivons ces lignes , il existe encore , aux environs de Bassora, une secte appelée Mende-Jahia (Disciples.de Jean) qui adore le fils de Zacharie. Ils ont un texte sacré, auquel ils donnent le nom de Divan, et dont un exemplaire, sous le titre de Codex Nazarœormn, se trouve à la Bibliothèque romaine de la Propagande *. C'est ainsi que les rêves du moderne rationahsme tombent, l'un après l'autre, devant les réalités de l'iiistoire.

■ 'Joseph., Antiq. jud., lib. XYIII, cap. vu. — ^Zohar.^ Sur la Genèse, col. 70.— ^ Koran. — * Rossignol, Lettres sur J ésus- Christ,tom. II, pag. 96, 97.

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