‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangilesChapitre 38 sur 63 · CHAP. IV. — JEUNE ET TENTATION · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — JEUNE ET TENTATION

raille années de privations et de souffrances , au désert , avaient préludé, pour la nation sainte, à la conquête de la Terre promise. Quarante jours de solitude , sur le mont Horeb, avaient complété la sanctification du prophète Elle. Ninive , à la voix de Jonas , avait eu ses quarante jours de pénitence et déjeune , sous la cendre et le cilice. Le rationalisme moderne rejette tous ces enseignements de mortification corporelle. Comment ne voit-il pas que les hommes n'inventent pas de telles choses? Quand un lettré cherche à se retracer l'idéal d'un fondateur de religion , il ne manque pas de nous le peindre sous les traits ce d'un jeune maître se plaisant aux noces , aux festins des riches , aux ovations populaires, dans une fête perpétuelle '. » Mahomet ne procéda pas autrement. Mais instituer le jeûne, et commencer par le pratiquer ; instituer le baptême et commencer par le recevoir; ce sont les actes d'un esprit sacerdotal, dont le rationalisme déplore la mesquinerie. Et pourtant, tels sont les deux premiers actes de la vie publiqu-i de Jésus-Christ, comme ils doivent être , jusqu'à la consommation des siècles, ceux de toute vie humaine régénérée. Le sensualisme a perdu l'humanité au berceau ; le renoncement peut seul la réhabiliter Aux appétits des jouissances matérielles, à la convoitise de la chair, sources de toutes les tyrannies sociales , de toutes les révoltes , de toutes les agitations du monde, le Sauveur apporte un remède divin, 1 Vie de Jésus, pag. 188, 190.

mais qui n'aura d'effet qu'à la condilion d'être individuel, et appliqué à chaque homme en particulier, pour sa propre restauration. La mortification deviendra l'unique moyen de salut, pour chacun des fils d'Adam rachetés par Jésus- Christ. Encore une fois, un tel programme dépasse les conceptions de tous les législateurs, de tous les philosophes, de tous les génies humains. Son apparente simplicité suppose réellement une force divine. Réformer le monde, en respectant le libre arbitre de l'homme et les lois fondamentales des sociétés humaines, c'est une œuvre à jamais irapossible à toutes les théories des sages. Un Dieu seul pouvait faire chérir la privation , embrasser la souffrance, et dire à la chair qui a faim et soif : Tu seras heureuse de jeûner, de te meurtrir, de te macérer ! Aveugle qui ne voit pas que la loi du renoncement, à l'époque où elle se produisit, en la personne sacrée du Sauveur, sur la montagne de la sainte Quarantaine, était un miracle divin ! Les roses dont Horace couronnait son front, dans des festins voluptueux, étaient ramassées par Ovide et Tibulle. Rome était le pandémoniam de toutes les brutalités et de toutes les corruptions de la chair. Gigantesque Gula ( pour emprunter à sa langue un mot que le christianisme a tué), elle s'ouvrait béante, engloutissant mille vies, au bénéfice d'une seule , à chaque coup de dent! Ce qui n'empêchait pas les philosophes, comme Sénèque, d'écrire avec une plume d'or, de magnifiques sentences sur la devise stoïcienne • Sustine

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