CHAP. IV. — JEUNE ET TENTATION
et obstine K Rhéteurs! quelle est donc la portée d'une période quelconque, pour la réformation du genre humain? Les discours y sont impuissants, les préceptes stériles, les phrases superflues. Il y faut la puissance créatrice, joignant l'exemple au précepte. Voilà pourquoi Jésus-Christ, le Verbe incarné, jeûna quarante jours et quarante nuils au désert ; et voilà pourquoi le monde chrétien , depuis deux mille ans , a faim et soif de mortifications , de jeûnes et d'austérités, à tel point que, malgré vos sophismes, malgré vos excitations à la volupté , au bien-être matériel , aux jouissances du sensualisme , jamais plus les débauches de la Rome païenne ne se reverront sur notre terre.
11. Les convoitises de la nature dégradée ont été vain- Prétendue
réhabilitation
eues par le jeûne de Jésus-Christ au désert. Quiconque vou- ^^ s^t^n par
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dra, au nom du Sauveur, en faire l'essai sur lui-même, ^'f^^
' ' ' moderne.
l'éprouvera; et c'est précisément cette expérience, courageusement entreprise et persévéramment soutenue, qui a si richement doté notre monde d'une légion d'hommes nouveaux, restés inconnus dans toute l'antiquité profane, et qu'on appelle les Saints. Mais ce germe profond de la concupiscence, déposé dans notre cœur avec la vie, cette arme dont nous nous blessons nous-mêmes, sa poignée est aux mains d'un ennemi. Depuis le jour où Satan trompa la crédulité de la femme, et , par elle, l'aveugle confiance de notre premier père, il n'a cessé et ne cessera jamais d'é- * Souffre et abstiens-toi.
tendre son empire sur les malheureux enfants d'Eve. Il est curieux d'étudier les efforts du rationalisme acliiel, pour réhabiliter Satan. On croirait entendre plaider une cause de famille. « De tous les êtres autrefois maudits, que la tolérance de notre siècle a relevés de leur anathème, disentils, Salan est sans contredit celui qui a le plus gagné au progrès des lumières de l'universelle civilisation. Il s'est adouci peu à peu, dans son long voyage , depuis sa perte jusqu'à nous; il a dépouillé toute sa méchanceté d'Ahriraane. Le moyen âge, qui n'entendait rien à la tolérance, le fît, à plaisir, laid, méchant, torturé, et, pour comble de disgrâce, ridicule. Milton comprit enfin ce pauvre calomnié, et commença la métamorphose que la haute impartialité de notre temps devait achever. Un siècle aussi fécond en réhabilitations de toutes sortes ne pouvait manquer de raisons pour excuser un révolutionnaire malheureux , que le besoin d'action jeta dans des entreprises hasardées. On pourrait faire valoir, pour atténuer sa faute , une foule de motifs contre lesquels nous n'aurions pas le droit d'être sévères *. » Des circonstances atténuantes, en faveur de Satan, sauveront-elles le monde de son empire? Sa voix, même adoucie par l'éloquence des sophistes, aura-t-elle moins de retentissement dans les consciences humaines? Le « pauvre calomnié, » qui se fit adorer dans l'univers pendant quarante siècles, qui se fit sacrifier des victimes humaines par ' E. Renan, Etudes d'histoire religieuse, IV édit.; pag. 427, 428.