CEAP. IV. — JEUNE ET TENTATION
milliers, qui dévora l'innocence, la pudeur, la vertu des générations, sans dire jamais : C'est assez! «ce révolutionnaire malheureux, » qui s'est fait le père de toutes les révolutions, l'instigateur de toutes les révoltes, le conseiller de tous les crimes, l'artisan de toutes les erreurs, de toutes les séductions , de tous les mensonges, croyez-vous qu'il soit bien loin de vous? Faites silence, et écoutez le cri des passions, le murmure de l'orgueil qui bruit sourdement à l'oreille du cœur, le rugissement de la volupté , le râle de l'avarice. C'est l'appel de Satan, au fond des âmes, hier, aujourd'hui, demain, sous tous les cieux, à toutes les latitudes, sur chaque point de l'espace et du temps. L'entreprise de sa réhabilitation, si elle pouvait aboutir, équivaudrait à l'anéantissement de la vertu dans l'humanité. Heureusement une telle œuvre dépasse la puissance, non pas seulement de la littérature légère , mais des plus robustes génies. Le Fils de Dieu a vaincu Satan. Il est remarquable, en effet, que, depuis l'Evangile, le démon a autant d'ennemis qu'il avait d'adorateurs dans l'antiquité païenne. Satan ne pourrait plus aujourd'hui offrir à personne , ainsi qu'il le proposait au Sauveur, la domination universelle du monde, tant la lutte qu'il osa soutenir contre le Verbe incarné a affaibli ses infernales énergies !
12. Et pourtant il déploya, dans ce duel, toutes les res- véniabie
caractère de
sources qui avaient si facilement triomphé au Paradis Ter- la Tentation
•^ ^ de Jùtus.
restre. « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à ces pie-rres de L'iomme ne
320 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGx"JEUR JÉSUS-CHRIST.
vit pas devenir des pains. » Le nom de Fils de Dieu, recueilli de la
seulement
de pain, bouclie dc Jean, et proclamé par une voix céleste, sur les eaux du Jourdain , troublait la sécurité de Satan. Rome était à lui; il la gouvernait sous le nom de Tibère, et un tel maître, donné de sa main au monde , lui garantissait l'empire universel. Mais voilà qu'aux bords d'un petit fleuve de Judée, on annonce l'avènement du Fils de Dieu, c'est-à-dire la déchéance de Satan. Hérode avait cru pourvoir à la stabilité de son trône, menacé par la naissance du véritable roi des Juifs, en faisant massacrer les enfan's de Bethléem. Satan ne peut rien contre la vie du Fils de Dieu; mais il va se mesurer avec lui , et éprouver si réellement le mystère de miséricorde dont il avait entendu la proclamation, au seuil de l'Eden, s'est accompli en la personne du Fils de Marie. Rien ne prouve mieux la complète union du Verbe incarné avec la nature humaine , que la faculté laissée au séducteur de tenter une pareille épreuve. Ici encore, nous en appelons à la conscience de chaque lecteur; si les Evangélistes avaient écrit une légende , jamais ils n'eussent imaginé, pour faire croire à la divinité de Jésus, de le montrer, même un instant, soumis à ce pouvoir infernal, qui le poursuit au désert, le transporte à son gré sur le faîte du Temple, ou sur la cime d'une montagne. Mais ce que les hommes n'eussent point inventé nous apparaît, à la lumière de l'Evangile, comme une partie essentielle 'de l'œuvre de notre délivrance. « La forme d'esclave, » que