CHAP. I. — L EVANGILE DU RATIONALISME
retrouve , plus admirablement encore , dans la manifestation chrétienne. Le Yerhe s'est fait chair, et il a pu être méconnu de l'homme ; c'est là, nous semble-t-il, un nouvel et incontestable miracle , dans une telle série de prodiges. Car, enfin, si le système planétaire gravite nécessairement autour de notre soleil, comprenez-vous que le Soleil des intelhgences , le Yerbe de Dieu , ait pu descendre dans les profondeurs de nos ténèbres humaines, sans que toutes les obscurités fussent absorbées par son immense éclat? Et cependant, s'il en était ainsi, si l'adhésion n'était pas libre , si l'intelligence ne restait pas maîtresse d'accepter ou de repousser la lumière, l'homme serait subjugué par une loi fatale ; la responsabihté et le mérite de ses actes auraient disparu. Voilà pourquoi, dans le plan divin de l'Incarnation, la splendeur du Yerbe s'efface, comme dans la crainte de trop envahir. Yoilà pourquoi le miracle permanent de l'Evangile restera toujours en face d'une perpétuelle négation. Jésus-Christ pouvait naître et continuer à vivre, parmi les hommes, dans des conditions et sous une forme telles que le Dieu, partout présent et partout reconnu, eût écrasé la conscience humaine, sous le rayon de sa gloire. La claire vue remplacerait la foi ; l'activité des intelhgences s'éteindrait dans une contemplation inerte ; l'homme n'aurait plus rien à conquérir;, il serait conquis, mais annulé. Qu'on se figure, dans cette hypothèse, un écrivain méditant. d'apprendre au monde que Jésus-Christ n'est pas Dieu. Avant
même que la négalion se fût neltement formulée à l'esprit de l'auteur, la vision divine, dans son appareil'formidable, aurait terrassé l'audacieux, et foudroyé la révolte à sa naissance. Mais le Dieu qui voulut naître dans une étable et mourir sur une croix, voilant sa majesté sous les langes de l'enfance et l'ignominie du supplice, n'a pas cessé et ne cessera point , jusqu'à la consommation des siècles, d'être un signe de contradiction, élevé pour la ruine ou la résurrection volontaire des multitudes. S'il naît chaque jour dans les âmes saintes, il meurt chaque jour sous la main des bourreaux, redisant sa prière divine : « Père, pardonnezleur, car ils ne savent ce qu'ils font ! » Nous aurons donc le courage d'entendre les sceptiques dénégations qui viennent de s'élever contre le Dieu du Calvaire. Sans doute, il est pénible de rencontrer, à chaque page du récit évangélique , la trace de ces modernes souillures. Toutefois , dans la situation qui nous est faite, il n'y arien de nouveau. Au sortir du Cénacle , Pierre, prenant la parole , disait à la foule : « Hommes d'Israël , le Jésus que vous avez mis à mort par la main des impies , il est ressuscité , c'est votre Dieu ! )) Noire langage aura quelque chose d'analogue : Hommes du dix-neuvième siècle , dirons-nous , le Jésus dont vous croyez avoir anéanti la divinité , il est vivant, c'est votre Dieu ! Pour le prouver, il ne faudra pas d'autres témoins que vous-mêmes. Allons ensemble visiter le tombeau où vous l'avez enseveli. Ouvrons l'Evangile des rationalistes.