‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangilesChapitre 5 sur 63 · CHAP. I. — L ÉVANGILE DU RATIONALISME · texte numérisé non relu

CHAP. I. — L ÉVANGILE DU RATIONALISME

16. « Jésus, disent-ils, naquit à Nazareth, petite ville de LEvangiie

selon le ra-

Galilée , qui n'eut avant lui aucune célébrité. L'origine de tion-ii'sme.

Premières

sa famille est inconnue. On sait seulement que son père, ^""f ' ^^ '''

1 i ? vie de Jesus-

Joseph , et sa mère , Marie, étaient des gens de médiocre ^^"^^' condition, vivant de leur travail , dans cet état si commun en Orient, qui n'est nil'aisance, ni la misère. Il était l'aîné d'une nombreuse famille , mais ses frères et ses sœurs le détestèrent toujours, et il le leur rendit. Il apprit à lire et à écrire , cependant il ne sut jamais ni l'hébreu, ni le grec, ni le latin. Né au sein du judaïsme , les diverses écoles juives lui furent inconnues. Il n'eut aucune idée de la puissance romaine, ni de l'état général du monde ; le nom seul de César parvint jusqu'à lui. La cour des rois lui apparaît comme un lieu où les gens ont de beaux habits. C'était un jeune villageois , qui voit le monde à travers le prisme de sa naïveté. Mais il était en révolte ouverte contre l'autorité paternelle; il était dur pour sa mère et pour sa famille, et foulait aux pieds tout ce qui est de l'homme : le sang, l'amour, la patrie. Il était charpentier, comme son père; il croyait au diable ; mais à trente ans, il ne savait pas encore le secret de sa destinée. Cependant un charme infini s'exhalait de sa personne , il avait sans doute une de ces ravissantes figures , qui apparaissent quelquefois dans la race juive. — Une sorte de yogui de l'Inde , assez ressemblant aux gourous du Brahmanisme, un certain lohanan ou Jean, vêtu de peaux ou d'étoffes de poil de chameau , mangeant

des sauterelles et du miel sauvage, au désert, en compagnie des chacals, s'était mis à baptiser sur lés bords du Jourdain. La foule y courait, on se serait cru transporté sur les rives du Gange. Jésus y vint et fut baptisé. L'ascète et lui luttèrent en public de prévenances réciproques ; ce fut pour Jésus un trait de lumière; il baptisa à son tour, et son baptême fut fort recherché. Cette influence fut pourtant plus fâcheuse qu'utile à Jésus , elle l'entraînait dans une déviation regrettable, qui fut heureusement de courte durée. Jean fut arrêté par ordre du tétrarque Antipas, et Jésus se retira quarante jours au désert, sans autre compagnie que les bêtes sauvages. y> Lî Jésus 17. «Il en sortit révolutionnaire fougueux, anarchiste

des raliona- . ^ . .1,1

listes en tcl quc Ic pouvait ctrc un homme qui n a aucune idée du

Galilée.

gouvernement civil, annonçant à ses disciples des démêlés avec la pohce, sans songer un moment qu'il y ait là matière à rough', essayant de réaliser sur la terre un idéal chimérique, un fantastique royaume de Dieu, qui était en réalité l'avènement des pauvres , l'anéantissement de la richesse et du pouvoir. Avec une douzaine de pêcheurs, et quelques femmes qui se disputaient le plaisir de l'écouter et de le soigner tour à tour, entre autres, Marie de Magdala, personne fort exaltée , atteinte de maladies nerveuses , organisation troublée que Jésus calma par sa beauté douce et pure, et qu'il aimait à cause de sa langueur, Jésus parcourut la Galilée. On l'admirait; on le choyait; on trouvait

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qu'il parlait bien, que ses raisons étaient convaincantes. Ces bons Galiléens n'avaient jamais entendu une parole aussi accommodée à leur imagination riante. Il ne fuyait pas la joie, il allait volontiers aux divertissements des mariages. Un de ses miracles fut fait pour égayer une noce de petite ville. Il se plaisait au va-et-vient des lampes, que les paranymphes promènent, le soir, en Orient, et qui font un effet fort agréable. Sa douce gaieté s'exprimait sans cesse par des réflexions vives, et d'aimables plaisanteries. Il avait particulièrem.ent l'esprit de jouer avec grâce sur les mois. Les femmes et les enfants l'adoraient, lui décernant de petites ovations, auxquelles il se plaisait fort, et des titres qu'il n'eût osé prendre lui-même. Sa vie était une fête perpétuelle, un scandale pour les austères disciples de Jean, un sanglant outrage pour les hommes faisant profession de gravité et d'une morale rigide. Il affectait de s'entourer de gens de vie équivoque et de peu de considération, risquant de rencontrer la mauvaise société , dans des maisons mal famées. Nul souci des jeûnes ; il se contentait de prier ou plutôt de méditer sur les montagnes. Jamais on n'a été moins prêtre que ne le fut Jésus ; aucune pratique religieuse, rien de sacerdotal : mais une profonde horreur pour les dévots. Comme principe social, le communisme avec ses accessoires : la haine du riche qui dîne bien, tandis que d'autres à sa porte dînent mal, la destruction de la propriété. La première condition pour être disciple de

Jésus était de réaliser sa fortune et d'en donner le prix aux pauvres, c'est-à-dire à la communauté dont Jésus était le chef. Les inconvénients de ce régime ne tardèrent pas à se faire sentir. Il fallait un trésorier. On choisit Judas de Kérioth, lequel, à tort ou à raison , fut accusé de voler la caisse. Ce détail insignifiant n'entrava pas alors les succès de Jésus. Le jeune démocrate était surtout blessé des honneurs dont on entourait la personne des souverains, ce qui ne l'empêchait pas d'être tenté de le devenir, mais sa belle nature le sauva de cette erreur. Rien de précisément nouveau, du reste, dans sa doctrine. Nulle théologie, nul symbole, nulle trace d'une morale appliquée, ni d'un droit canonique tant soit peu défini. Ses affirmations perpétuelles de lui-même avaient quelque chose de fastidieux. Il recherchait les malentendus et les prolongeait à dessein. On cite pourtant de lui deux mots remarquables : « Rendez à César ce qui est à César, » mot profond, d'un spiritualisme cl d'une justesse merveilleuse, qui a fondé la séparation du spirituel et du temporel, et a posé les bases du vrai libéralisme et de la vraie civilisation. Il ne faut pas toutefois dissim-uler qu'une telle doctrine avait ses dangers. Etablir en principe que le signe pour reconnaître le pouvoir légitime est de regarder la monnaie ; proclamer que l'homme parfait paie l'impôt par dédain et sans discuter, c'était favoriser toutes les tyrannies. Le christianisme, en ce sens, a beaucoup contribué à affaiblir le sentiment du

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citoyen el à livrer le monde au pouvoir absolu des faits accomplis. L'autre parole remarquable de Jésus est celleci : « L'heure est venue où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » Le jour où il prononça cette parole, il fut vraiment le Fils de Dieu ; il dit pour la première fois le mot sur lequel reposera l'édifice de la religion éternelle. L'homme n'a pu s'y tenir, car on n'atteint l'idéal qu'un moment. Outre ces deux mots sublimes , Jésus enrichit la littérature judaïque d'un genre délicieux, jusqu'alors sans précédent : la parabole, dans laquelle il excellait, c'est lui qui l'a créée. Pourtant, ce genre existait, dans Israël, dès le temps des Juges, el d'ailleurs on trouve, dans les li\res bouddhiques , des paraboles exactement du même ton et de la même facture que les paraboles évangéliques. La multitude ne se lassait pas d'entendre Jésus, et le suivait même au désert. Grâce à une extrême frugalité, la troupe sainte y vivait. On crut naturellement voir en cela des miracles. Mais Jésus n'en fit jamais. Il croyait cependant aux miracles , car il n'avait pas la moindre idée d'un ordre naturel réglé par des lois. Aussi était-il un exorciste expert dans tous les secrets de l'art , un peu sorcier, un peu magnétiseur, un peu spirite. Du reste , on lui imposa sa réputation de thaumaturge; il n'y résista pas beaucoup, mais il ne fit rien non plus pour y aider; il sentait la vanité de l'opinion à cet égard. Les actes d'illusion et de fohe tiennent une grande place dans la vie de Jésus. » I. 6

Le Jésus 18. « Après ses excursions idylliques en Galilée, où il "^us^esT^' se servait d'une miile, monture, en Orient, si bonne et si Invention' sûro , dout le grand œil noir, ombragé de longs cils, a

posthume de

1 eucharistie. l)eaucoup dc douceur, le jeune démocrate se rendit à Jérusalem. Il y perdit sa gaieté, son repos et tous ses précédents succès. Provincial , admiré de provinciaux comme lui, il fut mal accueilli de l'aristocratie de la capitale. Dès lors, il se jeta dans une politique exaltée; il fonda l'école du dédain transcendant. La loi de Moïse sera abolie , c'est lui qui l'abolira. Le Messie est venu ; c'est lui qui l'est. Ce qui, chez d'autres, serait un orgueil insupportable, ne doit pas chez lui être traité d'attentat. Il se dit hautement le Fils de Dieu ; mais c'est là une équivoque, qui du reste lui coûtera la vie. Dans sa poétique conception de la nature, un seul souffle pénètre l'univers. Le souffle de l'homme est celui de Dieu ; Dieu habite en l'homme, vit par l'homme, de même que l'homme habite en Dieu, vit par Dieu. Ainsi Jésus était panthéiste, mais ce fut sans le savoir; car il ne faut demander ici ni logique, ni conséquence. Jésus n'eut jamais une notion claire de sa personnalité. Le besoin qu'il avait de crédit et l'enthousiasme de ses disciples entassaient les notions les plus contradictoires. C'est avec des mensonges qu'on agit sur l'humanité. Par exemple : quand Jésus fut mort, la forme sous laquelle il apparaissait au pieux souvenir de ses disciples, était celle d'un banquet mystique, tenant lui-même le pain, le bénissant, le rom-

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pant et le présentant aux convives. Il est probable que c'était là une des habitudes de sa vie, et qu'à ce moment il était particulièrement aimable et attendri. Les repas étaient devenus, pour la communauté naissante, pour la troupe joyeuse et vagabonde, un des moments les plus doux. Or, Jésus était à la fois très-idéaliste dans les conceptions et très-matérialiste dans l'expression. Voulant rendre cette pensée que le croyant ne vit que de lui, il disait à ses disciples : « Je suis votre nourriture, « phrase qui, tournée en style figuré , devenait : « Ma chair est votre chair, mon sang est votre breuvage. )) Les disciples ne soupçonnèrent jamais la finesse. Après avoir, durant des années, vécu de lui, ils le virent toujours tenant le pain, puis le calice, entre ses mains saintes et vénérables, et s' offrant lui-même à eux. Ce fut lui que l'on mangea et que l'on but. Jésus . n'en saurait être responsable ; mais ce qui est directement son fait, c'est qu'à la dernière période de sa vie, il dépassa toute mesure. »

19. « Une ardeur étrange animait ses discours. Il était pour les siens d'une rigueur extrême, ne voulant pas d'à jéslTLs

-,■,■, TV tionalistfci),

peu près. Ses exigences n'avaient plus de bornes. Dans Démence ses accès, il allait jusqu'à supprimer la cliair. Géant sombre, méprisant les saines hmites de la nature, il voulait qu'on n'existât que pour lui, qu'on n'aimât que lui seul. Il osait dire : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-même et me suive. » C'était comme un

Dernière année du

rationalistes.

Démence caractérisée.

feu, dévorant la vie à sa racine, et réduisant tout à un affreux désert. Entraîné par cette effrayante progression d'enthousiasme, commandé par les nécessités d'une prédication de plus en plus exaltée, il n'était plus libre, il appartenait à son rôle. Parfois on eût dit que sa raison se troublait. Ses disciples , par moments , le crurent fou ; ses ennemis le déclarèrent seulement possédé. Il s'aigrissait devant l'incrédulité même la moins agressive. Sa mauvaise humeur contre toute résistance l'entraînait à des actes inexplicables et absurdes. La passion, qui était au fond de son caractère, l'entraînait aux plus vives invectives. Sa lutte au nom de l'idéal contre la réahté devenait insoutenable. L'obstacle l'irritait ; sa notion de fils de Dieu, s'exagérait, et lui donnait le vertige; on est tenté de croire que, voyant, dans sa propre mort, un moyen de fonder son royaume, il conçut, de propos délibéré, le dessein de se faire tuer. Ses jours s'écoulaient, dans la dispute et l'aigreur, au milieu d'ennuyeuses controverses, pour lesquelles sa grande élévation morale lui créait une sorte d'infériorité. En effet, son argumentation, jugée d'après les règles de la logique aristotélicienne, est très-faible. Mais il se vengeait par d'exquises moqueries. Ses malignes provocations frappaient toujours au cœur. Stigmates éternels, elles sont restées dans la plaie. Chefs-d'œuvre de haute raillerie, ses traits se sont inscrits, en lignes de feu, sur la chair de l'hypocrite et du faux dévot. Un dieu seul

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peut tuer de la sorte. Molière ne fait qu'effleurer la peau. Celui-ci porte jusqu'au fond des os le feu et la rage. Mais il était juste aussi que ce grand maître en ironie payât de la vie son triomphe. Malgré l'approbation du mendiant Bartimée, qui lui lit un jour beaucoup de plaisir , en l'appelant obstinément fils de David, les discussions irritantes que Jésus soulevait , finissaient végulièicment par des orages. Sa mauvaise humeur contre le Temple, qu'il avait toujours détesté, lui inspira un mot imprudent, qui figura parmi les considérants de son arrêt de mort. Les Pharisiens lui jetaient des pierres, en quoi ils ne faisaient qu'exécuter un article de la loi, ordonnant de lapider, sans l'entendre, un prophète, même thaumaturge, qui détournerait le peuple du vieux culte. Il était temps que la mort vînt dénouer une situation tendue à l'excès. »

20'. « Désespéré, poussé à bout, ne s' appartenant plus, Jésus se prêta à une mise en scène qui devait convaincre '^uorT^n les Hiérosolymites incrédules, ou le conduire lui-même au rationTiistes. supplice. Lazare, son ami, fut amené, presque sans s'en résurrection. douter, à l'acte important qu'on méditait. Vraisemblablement il se fit entourer de bandelettes, comme un mort, et enfermer dans son tombeau de famille. Après quatre jours, Jésus vint; le faux mort se leva à son approche. Cette apparition dut être naturellement regardée, par tout le monde, comme une résurrection. Mais les ennemis de Jésus furent fort irrités du bruit qui se fit autour de Ce mi-

Pseudorésurrection de Lazare.

racle. Dès lors, un conseil fut assemblé par les chefs des prêtres, et la question fut nettement posée : Jésus et le Judaïsme pouvaient-ils vivre ensemble ? Poser la question, c'était la résoudre. Tout se passa ti'ès-légalement. Un grand sentiment d'ordre et de police conservatrice présida à toutes les mesures. Le malheureux Judas de Kérioth vendit son maître, non par avarice, mais par le sentiment économique d'un comptable qui sait sacrifier un patron dissipateur aux exigences de la caisse. Il y eut, dans son fait, plus de maladresse que de perversité ; — sans doute il pensa que Jésus saurait bien se tirer d'affaire. — Retiré, plus tard, dans son champ de Hakeldama, il mena peut-être une vie douce et obscure, pendant que ses anciens amis conquéraient le monde, et y semaient le bruit de son infamie. Tous les actes de Pilate, qui nous sont connus, le montrent comme un bon administrateur. Hanan et Kaïapha étaient des figures vénérables, peut-être un peu trop 'sacerdotales ; Antipas, un prince mdolent, que la jalouse Hérodiade, sa femme, traitait de lâche. Au demeurant, tous gens fort honnêtes, qui condamnèrent unanimement Jésus à mort. C'était leur devoir. Les Juifs applaudirent. La loi était formelle. Jésus fut attaché à la croix. Tous ses tUsciples l'avaient abandonné. Jean s'est vanté plus tard, mais faussement, d'un courage qu'il n'eut pas. L'agonie du supplicié ne fut pas consolée par la présence de sa mère. La hauteur extrême de Jésus repoussait tout attendrissement person-

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nel. Tout porte à croire que la rupture instantanée d'un vaisseau au cœur arhena pour lui, au bout de trois heures, une mort subite. Quelques moments avant de rendre l'âme, il avait encore la voix forte. Tout à coup, il poussa un cri terrible ; sa tête s'inclina sur sa poitrine, et il expira. Jésus avait trente-trois ans. Sa vie , pour l'historien , finit avec son dernier soupir. Cependant, on sait que son corps, détaché de la croix, fut déposé à la hâte dans un caveau. On roula à la porte une pierre très-difficile à manier, et l'on se promit de revenir, pour lui donner une sépulture plus complète. Le lendemain étant un jour de sabbat, ou remit le travail au surlendemain. Mais quand on revint, la pierre était déplacée de l'ouverture, et le corps n'était plus à l'endroit où on l'avait mis. Avait-il été enlevé , ou bien l'enthousiasme, toujours crédule, fit-il éclore , après 'coup , l'ensemble de récits par lesquels on chercha à établir la foi à la résurrection, c'est ce que, faute de documents contradictoires, nous ignorerons à jamais. On peut dire, cependant, que la forte imagination de Marie de Magdala joua, dans celte circonstance, un rôle capital. Pouvoir divin de l'amour! Moments sacrés où la passion d'une hallucinée donne au monde un Dieu ressuscité ' ! »

21. Voilà votre Jésus ! Tout bien pesé , il vous semble ^^ Jésus des

^ Vie de Jésus. Cette analyse est la reproduction textuelle de toute la trame présentée par l'auteur comme l'histoire vraie de Notre Seigneur Jésus-Christ.

ni même un

héros de roman ac-

rafionaiifses imnossible d'aller jusqu'à le croire un Dieu. Vous avez rai-

n 'est ni Dieu,

^A™™!,'„ s^^'"- Un rationaliste, seul pourrait avoir la fantaisie de se prosterner devant une telle figure. Quel Dieu serait votre ceptabie. pj.Qy|,-,(,j^cj] Galilécu, uc Sachant ni hébreu, ni latin, ni grec ; « ne connaissant ni le judaïsme, )> au sein duquel il est né, c( ni la civilisation romaine, » à laquelle il paie cependant tribut; « ni l'état général du monde; sans la moindre notion d'un gouvernement civil, ou d'un ordre naturel réglé par des lois ; n'ayant pas même une idée nette de sa personnalité ; )) plus ignorant que le dernier échappé de collège et beaucoup moins hardi, a puisqu'il croit au diable ! » Qui voudrait adorer ce touchant caractère, « en révolte contre l'autorité paternelle, dur pour sa famille, sans amour pour sa mère, sans entrailles pour sa patrie, méprisant les saines limites de la nature, égoïste au point de vouloir qu'on n'existât que pour lui, irascible jusqu'à la démence, sombre géant qu'on croyait fou? » Loin d'être un Dieu, il n'atteint même pas la mesure du plus mince héros de la démocratie. Belle rareté, vraiment, que l'histoire de ce communiste délicat, parcourant la Galilée sur une mule à l'œil noir ; tonnant contre les riches, et mangeant leurs repas avec prédilection ; blessé des honneurs qu'on rend aux souverains, et recherchant pour lui-mênie leurs ovations et leurs titres; rêvant la destruction de la propriété, à condition qu'on en versera le prix dans sa caisse ! Il faut pourtant reconnaître que vous mettez dans tout leur jour cer-

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tains aspects, plus particulièrement lumineux, de sa physionomie : une haine mortelle contre les dévots ; un amour de soi poussé jusqu'au délire , et soigneux d'éviter tout ce qui ressemblerait à un sacerdoce quelconque ; une antipathie décidée contre le Temple! Mais est-il vraiment difficile de trouver réunies, dans un homme, avec la détermination nette et positive de n'être pas prêtre du tout , la volonté persévérante de haïr les dévots, et l'énergie de n'aimer que soi, en détestant les temples? Cela mérite-t-il une statue? Il vous plaît de rehausser cette plate figure , en lui faisant honneur d'un dessein avorté de suicide. Un tel projet pourra lui valoir les sympathies de quelques âmes malsaines. Mais votre personnage s'en tient à la tentation. Il n'en sort pas. Tenté de bouleverser le monde, il ne bouleverse rien ; tenté de guérir les malades ou de ressusciter les morts, il ne guérit et ne ressuscite personne ; tenté de se faire roi, de se faire appeler fils de David ; tenté , sans plus de succès, de créer la Parabole, ce qui aurait pu du moins lui permettre l'espoir d'une place parmi nos immortels ; tenté d'une réputation à la Molière, sans pouvoir , comme Molière, créer Tartufe ! Jamais un souffle de vie n'a animé cette poitrine : votre Jésus n'est même pas un homme. Un homme, le plus vulgaire, en trente-trois ans d'existence, aurait fait quelque chose. Votre Jésus n'a rien fait , rien fondé, rien institué : ni le baptême, qu'il emprunta à Jean et dont il se dégoûta vite; ni l'Eucharistie ; ni l'Eglise, que

ses disciples introduisirent après coup. Fantôme négatif, il passe, comme un mort entouré de bandelettes, dans le milieu vivant de l'histoire juive , où vous voulez l'introduire. C'est pitié de voir, avec quel pénible artifice, vous cherchez à rendre vraisemblables les tempêtes qu'un personnage, aussi foncièrement nul, a pu soulever autour de lui. Par la loi du roman, vous avez été contraint d'en faire un fou. Mais, à Jérusalem, on ne tuait pas les fous ; on ne les enfermait pas même, comme à Paris ; on se contentait de les laisser promener dans la campagne leurs rêveries inoiîensives. Etait-ce bien la peine de fatiguer le tribunal de Pilale ; d'épuiser toutes les juridictions, depuis Hanan et Kaïapha jusqu'à Anlipas; de mettre toute la garnison romaine sous les armes, et de soulever la population d'une ville entière, à propos d'un halluciné, fort paisible, que le premier venu pouvait tranquillement reconduire en Galilée, sa patrie? Votre Jésus n'est ni Dieu, ni héros, ni homme : il n'est rien, pas même un personnage de roman acceptable !

Le Jésus 22. Et maintenant, voici le miracle. Devant ce rien, en

du rationalisme adoré présence de ce néant, que vous avez eu l'audace de revêtir

par son au-

*^"''' d'un nom divin, l'épouvante vous envahit vous-même ; et nous avons le spectacle d'un rationaliste, ennemi du surnaturel, sachant ne rien voir au delà des réalités sensibles, gardant avec un soin jaloux la dignité qui appartient à l'homme, depuis le jour où l'homme s'est distingué de l'a-

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nirnal ; il nous est donné de contempler ce rationaliste, prosterné à deux genoux , et adressant, à son fantôme de Jésus, une idolàtrique invocation, ce Repose maintenant dans ta gloire, noble initiateur! s'écrie-t-il. Ton œuvre est achevée ; ta divinité est fondée. Ne crains plus de voir crouler par une faute l'édifice de tes efforts. Désormais , hors des atteintes de la fragilité, tu assisteras, du haut de la paix divine, aux conséquences infinies de tes actes. Au prix de quelques heures de souffrance , qui n'ont pas même atteint ta grande âme, tu as acheté l'immortalité. Pour des milliers d'années, le monde va relever de toi. Mille fois plus vivant , mille fois plus aimé depuis ta mort, que durant les jours de Ion passage ici-bas, tu deviendras à tel point la pierre angulaire de l'humanité , qu'arracher ton nom de ce monde serait l'ébranler jusqu'aux fondements. Entre, toi et Dieu, on ne distinguera plus. Pleinement vainqueur de la mort, prends possession de ton royaume, oii te suivront, parla voie royale que tuas tracée, des siècles d'adoration ^ » Telle est la conclusion de l'Evangile rationaliste. Ainsi, dépouillé de tout éclat divin , de toute vérité historique, de toute vraisemblance possible, et, par contre, affublé d'un manteau dérisoire , travesti s ous le déguisement le plus misérable, le plus odieux, le plus absurde, le nom de Jésus vient d'opérer, à la face du monde, ce prodige ! Le rationalisme moderne, qui nie tous les miracles, ^ Vie de Jésus, pag. 426.

ne saurait, même avec le concours d'une commission de chimistes, nier celui-là.

Base 23. Après avoir exploré l'intérieur du tombeau où l'on

historique et

philologique prétendait ensevelir Jésus, voyons si la pierre, qui en de-

(lu système '■ ' J j. 7 1

rationaliste, y^^i ^lorc l'entrée, est réellement « difficile à manier. » Le bloc philologique et scientifique, roulé à la porte du nouveau monument, est-il de plâtre ou de granit? Qu'on en juge. Toute l'argumentation du nouvel exégète se peut réduire aux formules suivantes : « Jésus n'a jamais eu la pensée de se croire Dieu. Les disciples immédiats ne songèrent nullement à lui en donner le titre. La divinité fut attribuée rétrospectivement à sa mémoire, par une légende populaire, issue de l'imagination attendrie des multitudes. (Euvre de curiosité, et jusqu'à un certain point de bonne foi, cette légende fut établie vers la fin du i" siècle, sur un canevas primitif, réellement laissé par les apôtres, mais tellement déformé sous un travail de seconde main , qu'il est absolument impossible de reconnaître la trace originale, et de la dégager des superstitions sous lesquelles on l'a étouffée. Ainsi, les Evangiles, tels que nous les possédons , peuvent tout au plus nous présenter les lignes générales de la vie de Jésus, mais ne sauraient avoir la moindre valeur historique. Nous avons, à cet égard, un témoignage capital, de la première moitié du ii* siècle. Il est de Papias, évêque d'Hiérapolis , homme grave , homme de tradition , qui fut attentif toute sa vie à recueilhr ce qu'on pouvait

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savoir de la personne de Jésus. Après avoir déclaré qu'en pareille matière, il préfère la tradition orale aux livres, Papias mentionne deux écrits sur les actes et les paroles du Christ : 1° un écrit de Marc , interprète de l'apôtre Pierre ; écrit court, incomplet, non rangé par ordre chronologique, comprenant des récits et des discours (x=-/,63VTa-fl 7rpax,e='vra)j composé d'après les renseignements et les souvenirs de l'apôtre Pierre ; 2° un recueil de sentences {'^•'^t^) écrit en hébreu par Matthieu, et que chacun a traduit comme il a pu. Que ces deux ouvrages, tels que nous les lisons, soient absolument semblables à ceux que lisait Papias, cela n'est plus soutenable : d'abord, parce que l'écrit de Matthieu se composait uniquement de discours en hébreu , dont il circulait des traductions assez diverses, et, en second lieu, parce que l'écrit de Marc et celui de Matthieu étaient pour lui profondément distincts, rédigés sans aucune entente, et, ce semble, dans des langues différentes. Or, dans l'état actuel des textes, l'Evangile selon Matthieu et l'Evangile selon Marc offrent des parties parallèles si longues et si parfaitement identiques, qu'il faut supposer ou que le rédacteur définitif du premier avait le second sous les yeux, ou que le rédacteur définitif du second avait le premier, ou que tous deux ont copié le même prototype ^ Il est donc bien prouvé que, ni pour Matthieu, ni pour Marc, nous n'avons les rédactions originales. Nos deux premiers Evan- * Vie de Jésus, Introd., pag. xviii, xix.

giles sont déjà des arrangements. Chacun voulait, en effet, posséder un exemplaire complet. Celui qui n'avait dans son exemplaire que des discours , voulait avoir des récits ; et réciproquement. C'est ainsi que l'Evangile selon Matthieu se trouve avoir englobé presque toutes les anecdotes de Marc, et que l'Evangile selon Marc contient aujourd'hui une foule de traits qui viennent des Logia de Matthieu *. » — « Quant à l'ouvrage de Luc , sa valeur historique est encore beaucoup plus faible. Luc avait probablement sous les yeux le recueil biographique de Marc et les Logia de Matthieu , mais il les traite avec beaucoup de liberté ; tantôt il fond ensemble deux anecdotes ou deux paraboles , pour en faire une; tantôt, il en décompose une pour en faire deux^ C'est un document de seconde main. — Le quatrième Evangile, celui de Jean, nous présente un canevas de la vie de Jésus , qui diffère singulièrement de celui des Synoptiques. Il met dans la bouche de Jésus des discours dont le ton , le style, les allures, les doctrines n'ont rien de commun avec les Logia rapportés par les Synoptiques. Toute une nouvelle langue mystique s'y déploie, langue dont les Synoptiques n'ont pas la moindre idée [monde, vérité, vie, lumière, ténèbres). Si Jésus avait jamais parlé dans ce style , qui n'a rien d'hébreu , rien de juif, rien de talmudique , comment un seul de ses audi-

^ Vie de Jésus, Inlrod., pag. xix , xx, — ^ Vie de Jésus, Introd., pag. XL.

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leurs en aurait-il si bien gardé le secret ' ? » Il est donc évident que les Evangiles, tels qu'ils sont entre nos mains, ne sont pas les Evangiles primitifs. On peut et on doit rejeter leurs légendes , traiter leurs textes comme un monument de crédulité naive , qui avait- complètement défiguré le Jésus historique, jusqu'au jour où l'exégèse rationaliste i nous l'a restitué avec tant de bonheur.

24. Quel rocher sur la tombe de Jésus, que ces terribles saint Pipias Logia de Matthieu, englobés dans les anecdotes de Marc , reproduits par Luc , et négligés par Jean ! Comment résister à l'évidence d'un témoignage capital, de la première moitié du if siècle , rendu par un homme grave, homme de tradition , attentif toute sa vie à recueillir ce qu'on pou-

* Vie de Jésus, Introd., pag. xxxix. A propos de l'étrange assertion relative- au style de saint Jean, inconnu des Synoptiques, on nous permettra de citer, pour n'y plus revenir, la sanglante réponse, infligée au novateur par M. l'abbé Freppel : « Impossible d'avoir le ton plus tranchant, et j'ajoute, de mystifier son lecteur avec plus d'assurance. Si l'auteur, qui a eu le temps d'ouvrir une Concordance, pour se donner le facile mérite de compter que le mot: Fils de l'homme, revient quatre-vingt-trois fois dans les Evangiles {Vie de Jésus, pag. 138); si, dis-je, ce profond calculateur avait jugé à propos de se livrer au racme travail pour les mots qu'il cite , il aurait vu que chacun d'eux revient quantité de fois dans les trois premiers Evangiles, et cela dans le môme sens que chez saint Jean ; qu'en particulier le mot : Ténèbres , pris au sens moral , est employé douze fois par les Synoptiques, et sept fois seulement par saint Jean, Voilà comment ceux-là n'ont pas la moindre idée de la langue dont se sert celui-ci ! Pour être en droit d'affirmer, il faut savoir; et lorsqu'on sait, il n'est pas permis de dissimuler la vérité. » ( Fi'eppel, Examen critique de la Vie de Jésus, '6" édit., pag. 30, 31.)

vait savoir de la personne de Jésus, et déclarant qu'en pareille matière, il préfère la tradition orale aux livres? » Le critique n'a pas même dit, dans cet éloge si explicite, ce qui pouvait le mieux rehausser la valeur du témoignage qu'il invoque. S'il eût ûuvert le Martyrologe , il aurait su que l'Eglise rend un culte public à la mémoire de saint Papias , évéque d'Hiérapolis, contemporain et ami de saint Polycarpe*. S'il eût interrogé le CCXXXIP Codex du Myriobiblon de Photius , il aurait découvert que saint Papias , évêque d'Hiérapolis, y est honoré du titre de martyr *. Enfin les Bollandistes, qu'à une autre époque il se vantait d'avoir lus % et qu'il paraît depuis, avoir trop oubliés, lui eussent remis en mémoire , que saint Papias , évêque d'Hiérapolis , emprisonné d'abord avec Onésime , disciple de saint Paul, fut ensuite exilé pour sa foi à la divinité de Jésus-Christ \ Certes, je croirai toujours des témoins prêts à sceller leur déposition de leur sang ! Or, voilà que saint Papias, homme grave, qui avait, en l'an 105 de l'ère chré-

1 Marfyrol. rom., xxiiFebruar. Cf. Irenaei, Adversus hœrcses, lib. V, cap. XXXIII. — ^ Photii, Myriobiblon, Cod. ccxxxii; Patrol. grœc, lom. cm, col. 1104.

^ Dans un article intitulé : Vies des Saints {Journal des Débats, 8 septembre 18oi), le critique qui venait de lire les Bollandistes, s'exprimait ainsi : « Dans les moments d'ennui, d'abattement, quand l'àme , blessée par la vulgarité du monde moderne , cherche dans le passé la noblesse qu'elle ne trouve plus dans le présent, rien ne vaut la Vie des Saints. » (Cf. L. Yeuillot, Mélanges religieux, etc., 2'' série, tora. Il, pag. 232-247. )

* Bolland., Februar., tom. III, pag. 287.

ciiAr. I. — l'évangile du ratioxal'sme. 1)7

tienne , recueilli tout ce qu'on pouvait savoir de la personne de Jésus-Christ, s'expose à la mort, en confessant la divinité de Jésus, au tribunal du préfet de Rome , Tertullus * ! Ceci est bien différent, il faut en convenir, de la doctrine qu'on voudrait lui prêter. Ou saint Papias ne savait ce qu'il écrivait, ou le lettré rationaliste n'a pas compris ce qu'écrivait saint Papias. Il n'y a pas d'autre alternative possible. Mais, comment supposer qu'un professeur d'hébreu, membre de l'Institut, philologue émérite, n'ait pas su traduire , sans contre-sens , quinze lignes de grec ? Et, d'un autre côté, comment admettre que saint Papias se fût laissé emprisonner, exiler, tuer peut-être, pour la divinité de Jésus-Christ, à laquelle il ne croyait pas?

25. Une commission d'hellénistes, qui viendrait à se Les Logw

de saint

réunir pour examiner la nouvelle traduction des quelques Matthieu. lignes de saint Papias, n'y trouverait certainement pas un miracle de science ni d'exactitude , mais elle pourrait y rencontrer une interprétation des fameux Logia de Matthieu, assez phénoménale pour la dédommager de l'absence de tout autre prodige, a Logia, dit-on , signifie. Recueil de Sentences, et ne signifie que cela. » Toute la thèse contre les Evangiles, et, par conséquent, toute la doctrine du rationalisme, contre la divinité de Jésus-Christ, s'appuie sur cette traduction d'un mot unique, dont l'importance, on le voit, est capitale. Si la traduction est fausse,

* Bolland., loc. citât.

les Evangiles sont des textes historiques, Jésus-Christ est Dieu. A vrai dire, on a risqué des chances trop considérables sur l'interprétation d'un seul mot. Jamais le plus frivole des anciens hérésiarques n'eût commis une pareille faute ; il n'aurait pas consenti à courir si légèrement une telle fortune. La thèse valait donc la peine d'être plus solidement assise. Au point de vue de la controverse hostile, on a su quelquefois mieux faire, et se montrer plus redoutable. Mais enfin notre siècle aura donné sa mesure , dans la polémique antichrétienne. Cette mesure, elle est enregistrée dans l'Evangile rationaliste. Tant pis pour notre siècle ! La postérité aura droit d'en rire , ainsi que le fait déjà la docte Allemagne, par l'organe de M. Ewald K C'est que le sens de la célèbre expression « Logia » n'est pas, le moins du monde , circonscrit dans la signification exclusivement grammaticale de : Recueil de Sentences. Sous la plume des auteurs apostoliques et de leurs successeurs im-

^ «L'importance du livre intitulé : Vie de Jésus, dit M. Ewald, se réduit tellement, que je ne trouve pas d'intérêt à en signaler les erreurs particulières. L'auteur ignore l'histoire vraie du peuple d'Israël, pendant les deux mille ans qui ont précédé la v^nue de Jésus -Christ ; et, bien que toutes les facilités lui aient été données d'apprécier cette liistoire dans toutes ses parties, il n'a pas pris la peine d'en acquérir une connaissance suffisante, partielle ou totale. Cependant, il est impossible d'avoir une idée juste de Jésus-Christ, sans l'étude préalable de l'Ancien Testament, puisque le Messie est la fleur, il faut dire plus, le fruit par excellence de la végétation historique qui l'a précédé. » (Article de M. Ewald sur la Vie de Jésus, publié dans le Gôttinsgische geîehrtc Anzeigen; 31 Stuck (Voir La Vie de Jésus et la Critique allemande, par M. Meignan, Yic. Gcn. de Paris).

CHAP. I. — l'Évangile lu rationalisme. 99

médiats, ce mot sert à désigner, tautôl l'Ecriture sainte dans son ensemble , tantôt le Nouveau Testament en particulier. Ainsi, saint Paul appelle l'Ancienne Loi : les Logia de Dieu*. Ainsi, saint Irénée appelle les Evangiles : les Logia du Seigneur \ Ainsi, Clément d'Alexandrie leur donne le nom de Logia de vérité * , et désigne toute l'Ecriture sainte par le terme générique de ao-^iov \ Ainsi, Origène donne aux Evangiles le nom de Logia divins ^ Ainsi, saint Papias, lui-même, avait écrit trois livres intitulés : Eccposition des Logia [Evangiles] du Seigneur. Comme pour prévenir l'équivoque où la philologie vient de tomber si lourdement, saint Papias, en parlant de l'Evangile de Marc, cet Evangile qui ne devrait, dans le système du moderne exégète, contenir que des anecdotes , ne fait aucune difficulté de le désigner sous le titre de xo^oi Kjf.ay.à : Discours du Seigneur ; en sorte que saint Papias donne à l'Evangile de Matthieu , ne renfermant, dit-on , que des sentences, exactement le même nom qu'à l'Evangile de Marc, ne renfermant, dit-on, que des anecdotes. Que deviennent, en présence de ces faits, la distinction capitale, inventée par le nouveau traducteur, et l'antithèse triom-

^ Rom., cap. m, 2. — ^ Irenœi, Advers. hœres. Troœmium; PatroL grœc, tom. VII, col. 437.) — ^Clem. Alexandrin., Cohortatio ad Gentes, PatroL grœc, tom. VIII, col. 224 ). — '* Cienient. Alex,, Stromat , lib. II, cap. x; PatroL grœc, tom. VIII, col. 984.

^ Origen., in Matth., vers. 19; Fragmentum ex Philocalià/PatroL grœc, tom. XIII, col. 839).

phante qui devait renverser la croyance au récit évangélique, en ruinant par la base la foi à la divinité de Jésus- Christ? Que si le rationalisme désirait savoir pourquoi l'expression de Logia s'était élevée, dans le style des écrivains apostoliques, au niveau du terme, également consacré, d'Ecritures, Clément d'Alexandrie lui apprendrait que le « Logos, le Verbe de Dieu, sorti des splendeurs du Père, plus radieux que le soleil , nous ayant manifesté la vérité sur l'essence divine , par son enseignement et par ses miracles , est devenu pour nous la source de toute vie , de toute science et de toute lumière *. » Dès lors, la révélation des Ecritures dans son ensemble , et celle de l'Evangile en particulier, devait porter le nom de son auteur. Le Logos, le Verbe divin, nous a donné les Logia. Sans doute , cela ressemble beaucoup à Vin prùicipio de Jean , fils de Zébédée : nous ne le nierons pas. Mais, s'il n'y a aucune analogie entre une telle doctrine et Vin principio du matérialisme, les apôtres et les docteurs de l'Eglise n'en sauraient être responsables.

Texte 26. Voici, dans son intégrité, le texte de saint Papias. Le

intégral de ■'■

saint Papias. nouvcl cxégètc, suivant sa constante habitude, en pareil cas, s'est bien gardé de le reproduire. Au livre III^ de VHistoire ecclésiastique d'Eusèbe, le xxxix« et dernier chapitre est intitulé : Ouvrages de Papias ^ « Les livres de

' Clem. Alexandrin., Cohortatio ad Gentes, cap. x; Pairol. grœc, tora. \11I, col. 228.-2 Euseb., Hist. Ecoles., lib. III, cap. xxxix.

GHAP. I. — l'Évangile du rationalisme. dOl

Papias sont au nombre de cinq, dit Eusèbe; ils ont pour titre : Exposition des Logia (Evangiles) du Seigneur. Au début, l'auteur s'exprime ainsi : On me saura gré de transmettre l'enseignement que j'ai reçu des Anciens, dont j'ai soigneusement conservé la mémoire, et dont j'atteste la vérité. Je me suis toujours attaché, non pas, comme la multitude, aux maîtres qui parlent le plus, mais à ceux qui disent la vérité; non pas à ceux qui apportent des doctrines étrangères, mais à ceux qui transmettent l'enseignement proposé à notre foi par le Seigneur, et procédant ainsi de la Vérité même. Chaque fois qu'il m'est arrivé de rencontrer quelques disciples des Apôtres, je m'informais avidement de ce qu'avaient enseigné leurs maîtres. Que disaient habituellement André, Pierre, PliiUppe, Thomas, Jacques, Jean, Matthieu? demandais-je. Que disaient Aristion et Jean l'Ancien, ces disciples de Jésus-Christ? Ainsi je parlais, estimant recueillir plus de fruit, de la parole de témoins encore survivants, que de la lecture des hvres. » Si le traducteur rationaliste avait parcouru cet exorde de saint Papias, il se fût sans doute inquiété d'entendre un « homme grave, « un « homme de tradition, « un témoin « de la première moitié du ii« siècle yt identifier Jésus-Christ avec la « Vérité même. » Heureusement pour sa bonne foi, le moderne exégète n'a pas lu cet exorde. Il paraît s'être borné uniquement à ce qui va suivre. « Papias, continue l'historien Eusèbe, enregistre, dans ses livres, quelques récits et

quelques traditions, concernant Notre-Seigneur, qu'il tenait d'Aristion et de Jean l'Ancien. Il me suffit de donner cette indication, pour ceux qui coudraient en faire une étude plus approfondie. Mais je crois utile de reproduire ici les paroles mêmes qu'il consacre à l'évangéliste saint Marc. — Jean l'Ancien rapportait, dit Papias, que Marc, interprète de Pierre, a exactement écrit tout ce qu'il tenait de ce dernier, et dont il gardait fidèlement la mémoire. De cette sorte, il n'a pu suivre l'ordre même dans lequel le Christ a parlé et agi; car il n'avait ni entendu, ni suivi le Seigneur, en qualité de disciple : mais, comme je l'ai dit, il accompagnait Pierre, lequel distribuait son enseignement selon l'utilité de l'auditoire, sans avoir le desseiii de suivre l'ordre des Evangiles du Seigneur. Ainsi, Marc n'a failli en rien; il écrivait selon ses souvenirs, uniquement attentif à ne rien laisser échapper de ce qu'il avait entendu, et à n'y rien mêler de faux. — Yoilà ce que Papias rapporte de Marc. Au sujet de Matthieu, il s'exprime ainsi : — Matthieu a écrit les Evangiles du Seigneur en langue hébraïque. Chacun fut donc obligé de les interpréter, selon qu'il en était capable'. » C'est-à-dire que les fidèles, grecs etlalins, auxquels la langue hébraïque était inconnue, durent recourir à des traductions, pour lire l'Evangile de saint Matthieu.

1 Euscb., Ilist, Ecclcs., lib. 111, cap. xxxix. PatroL grœc, tom. XX, col. 296-300.

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