CUAP. IV. — JEUNE ET TENTATION
Jésus-Christ a daigné revêtir, devient pour nous un gage de liberté. Le tyran superbe, le dominateur terrible, qui enlaçait le monde dans les chaînes du péché, va voir poser sur sa tête le pied vainqueur qui renversera son empire. A l'homme qui a faim, après quarante jours déjeune au désert, Satan offre une des pierres du rocher : « Dis un mot, et cette pierre sera un pain savoureux. » Chaque jour la puissance créatrice opère, par les lois naturelles de la végétation, une transformation analogue. Le calcaire, broyé, fournit au grain de blé une couche où il fermente et pousse une tige, avec laquelle il puise la sève dans le sol : la plante grandit, aspire l'air par ses feuilles , reçoit les influences de la rosée et du soleil; l'épi se développe, mûrit, tombe sous la faucille , et devient le pain qui nourrit l'homme. Le Fils de Dieu a, certes, le pouvoir d'abréger le temps, et de suppléer à la lente élaboration de la nature. D'un mot, en effet, il pouvait changer en pain la pierre de la montagne, de même qu'il transsubstantiera le pain eucharistique en sa propre chair. Mais Jésus-Christ apporte au monde une autre nourriture que le pain matériel. C'est avec la parole de Dieu qu'il nourrira, jusqu'à la consommation des temps, les multitudes affamées de vérité et de vie spirituelle. c( Il est écrit, répond Jésus : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Voilà l'aliment nouveau que le Sauveur vient distribuer à la terre. Depuis l'époque où Moïse avait I. 21
gravé celte sentence dans sa loi, elle était restée comme une pierre d'attente pour l'aYcnir. Les Juifs, avides de jouissances et de richesses matérielles, ne l'avaient ni comprise, ni appliquée. Depuis que Jésus-Christ , le Yerbe de Dieu, en la pratiquant lui-même, nous en a révélé le mystère, et nous a communiqué la force de l'accomphr, la parole de Dieu est devenue le pain des intelligences et la nourriture des âmes.
Parallélisme 13. Lc scnsualisme, l'arme la plus meurtrière de Satan,
de la Tentation de avait échoué dans la première tentation. Satan va s'adres-
Jésus-Christ
avec celle ds ggp ^ ].j^ présomptiou et à l'orgueil. Il transporte Jésus audessus du Temple, probablement sur les créneaux de la tour Antonia, qui se dressait au-dessus de la vallée du Tyropéon, à une hauteur telle, dit Josèphe, qu'on ne pouvait y plonger le regard sans être saisi de vertige, a Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Jéhovah t'a confié à la garde de ses Anges, de peur que tu ne heurtes du pied contre la pierre. » Ce titre de Fils de Dieu est l'unique préoccupation du tentateur. Satan provoque au miracle l'adversaire dont il veut savoir le vrai nom. Une première fois, Jésus lui a répondu par uu mot de la Bible. Lucifer, à son tour, parodie un texte du Livre sacré. Satan connaît la Bible pour la travestir; mais Jésus la connaît pour en donner le sens divin. Ces deux courants opposés d'interprétation biblique dureront aussi longtemps que l'e monde. Mais la réponse de Jésus-Christ ne cessera pas d'être
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]a règle des Iiilelligences di'oiles et pures. « Il est écrit : Vous ne tenterez point le Seigneur, votre Dieu. «Jusqu'ici, la tactique du séducteur, vis-à-vis de Jésus, a reproduit exactement, et avec un parallélisme rigoureux, la tentation primitive de l'Eden. Le fruit défendu du Paradis terrest' j, dont Taspect délectable éveillait la convoitise d'E- e, est remplacé par le pain qui doit réparer les forces d' Fils de Marie. « Vous serez comme des Dieux, avait dit k serpent, au pied de l'arbre de la science du bien et du mal. Vous ne mourrez point. » Le Tentateur raisonne de m Hne avec Jésus-Christ. « Si tu es le Fils de Dieu, précipite-toi lans les airs, tu ne mourras pas. » Le dernier caractère de resjemblance, entre l'histoire de la chute et celle de la réhabilitation, nous apparaît de même dans la troisième épreuve. Le serpent avait fait briller, aux yeux de nos premiers parents, la domination universelle de la science, comme le résultat de sa prévarication. Il offre à Jésus-Christ l'empire universel, les royaumes du monde, avec toute leur gloire. Mais ici le Sauveur manifeste sa puissance, et le tentateur va connaître enfin celui dont la voix commande au ciel, à la terre et aux enfers. « Retire-loi, Satan I » dit Jésus. Une parole, tombée des lèvres du Sauveur, suffit pour anéantir tousles prestiges de Lucifer. Le Fils de Dieu s'est révélé. Depuis cette heure, son nom, invoqué par les chrétiens, a mis en fuite les légions du mensonge. « Les Anges, s' approchant de leur maître, le servaient, « comme ils servent encore
aujourd'hui les âmes fidèles, délivrées des pièges de Satan. Tout cela fait sourire le rationaliste incrédule , jusqu'au moment où la grâce, touchant son cœur, l'incline au pied d'une croix, et lui révèle les forces divines, dont le nom du Christ investit ses adorateurs.
§ rV, Première vocation des Apôtres.
André, 14. Jean-Baptiste continuait à préparer les voies au Fils zéb'édée et de Dieu. « Jésus étant revenu sur les bords du Jourdain ,
Simon, fils de t • i i '•
Jonas, Jean, accompagné de deux de ses disciples, le vit. Et le
voient pour
la première montrant de loin, il répéta cette parole : Yoilà l'Agneau de
fois Jésus- j r i o
Christ. Dieu. Les deux disciples, en entendant leur Maître s'exprimer ainsi, suivirent Jésus. Or, Jésus s'étant retourné, vit qu'ils le suivaient et leur dit : Que cherchez-vous ? ■. — Rabhi (Maître), répondirent-ils, où demeurez -vous? — "Venez et voyez, dit Jésus. — Ils vinrent donc, virent où il demeurait, et passèrent avec lui cette journée. Or il était environ la dixième heure (quatre heures du soir). L'un de ces deux disciples qui avaient entendu Jean-Baptiste et qui avaient suivi Jésus , était André, frère de Simon Pierre. Il rencontra son frère Simon, et lui dit: Nous avons trouvé le Messie (c'est le nom du Christ). Et il l'amena à Jésus. Jésus, fixant sur lui son regard , lui dit : Tu es Simon, fils de Jonas : mais plus tard tu porteras le nom de Céphas, (en hébreu : Pierre K) » Telle est, dans son admirable sim- Uoan., I, 35-42.