CHAP, IV. — PREMIÈRE VOCATION DES APOTRES
plicité le récit de Jean l'Evangéliste. Le second disciple, qui n'est pas nommé, et qui suit, avec André, les pas de Jésus, c'est Jean lui-même. Devenu l'historien de ce détail solennel, il a le désintéressement de se tenir à l'écart, et de voiler sa personne avec une admirable modestie. Avoir suivi les traces de Jésus, sur les rives du Jourdain; avoir entendu , de la bouche du Précurseur, la désignation sacramentelle : c( Voilà l'Agneau de Dieu; » avoir passé les dernières heures du jour avec le Christ , alors qu'il était encore inconnu, ce sont des privilèges que l'on enviera jusqu'à la fin du monde. Jean l'Evangéliste ne veut point environner son nom de tant d'honneurs. Il se dissimule, et ne laisse apercevoir qu'André, frère de Pierre : il lai suffit d'avoir eu cette félicité; il n'en revendique pas la gloire; mais un trait, qui lui échappe, comme malgré lui, nous le fait deviner. « Or, dit-il, il était environ la dixième heure du jour. y> C'est qu'en effet, l'heure où, pour la première fois, une âme rencontre Jésus et s'attache à lui, devient la plus mémorable entre les heures. On ne l'oublie jamais, et le vieillard d'Ephèse, parvenu au terme de sa carrière apostolique, en écrivant son Evangile, avait présente, à sa pensée, cette heure bénie, où le Précurseur lui avait montré l'Agneau de Dieu. Qu'on lise les mémoires laissés par les amis des héros de ce monde, et qu'on y cherche , avec une telle émotion, une pareille impersonnalité ! A un autre point de vue, qu'on se demande pourquoi Pierre, absent
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encore, est déjà si soigneusement indiqué, à propos d'André, son frère. Jésus n'a point encore vu Pierre, et cependant Pierre occupe le premier plan. Quand Jean l'Evangéliste s'efface d'une scène où il était acteur, c'est sur Pierre qu'il reporte l'attention. Quand on amène à Jésus cet étranger, qui n'est point encore son disciple, le Sauveur « fixe sur lui son regard : » Intuitus eum. « Tu es Simon , fils de Jouas, lui dit-il , mais dans l'avenir tu t'appelleras Pierre. )^ Les protestants, les scliismatiques, qui lisent l'Evangile, et le reconnaissent comme la règle de la foi, comprennent-ils toute la portée de ces témoignages ? Le3 pêcheurs 15. Cependant André, Jean et Simon, fils de Jonas, ne
futurs
Apôtres, restent avec Jésus que quelques heures. Ils ont seulement voulu savoir oi\ il demeurait. Rabbi! Maître ! tel est le premier titre qu'ils lui donnent; avec quelle joie ils lui donneront plus tard le nom de Seigneur ! Après quelques instants d'entretien, André et Jean ont reconnu en lui le Messie, le Christ. Simon Pierre s'est adjoint à eux, mais aucun ne songe encore à quitter tout, pour s'attacher exclusivement à un tel guide. Ils reviendront l'entendre, puisqu'ils le connaissent; mais cet espoir leur suffît, ils ne veulent rien de plus. C'est qu'ils n'ont point encore entendu la parole puissante de Jésus-Christ, qui les appelle. Sans cette vocation divine, nul n'a la force de renoncement et de sacrifice que suppose l'apostolat. Ils retournent donc, ces pêcheurs du lac de Génésareth, à leurs barques et à leurs filets ; mais
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ils connaissent maintenant le Christ, et quand il daignera les appeler à lui, ils seront prêts à le suivre. Simon, fils de Jonas, et André son frère , étaient nés au village de Betlisaïda ', à quelques stades à l'extrémité du lac de Génésareth, sur la côte occidentale -; mais ils habitaient la cité voisine de Capharnaiim ', où nous retrouverons plus tard Simon, dans la maison de sa helle-mère. Jean, fils de Zébédée, était lui-même de Capharnaum *. Selon la remarque du docteur Sepp, leur métier les avait souvent amenés sur les rives du Jourdain, où ils avaient des relations d'affaires avec les pêcheurs de Béthanie. Il paraît même qu'à l'approche des grandes fêtes, ils portaient leurs poissons pour les vendre à Jérusalem. C'est probablement ainsi que Jean l'Evangéliste , ayant eu occasion d'aller à la maison de Caïphe, était connu de la servante, qui, à sa recommandation, laissa saint Pierre entrer dans le vestibule, lorsque Jésus fut amené devant le Grand-Prêtre ^ Quoi qu'il en soit, deux pêcheurs ont voulu voir où demeurait Jésus, celui que Jean-Baptiste leur avait désigné sous le nom d' « Agneau de Dieu. » Jésus leur a dit : « Venez et voyez ! » Après quelques heures passées en la compagnie
*Joan.j I, 44. — -Reland, Palœst. iUuslr., tom. II, pag. 654. — ^ Le voisinage de Bethsaïde et de Capharnaiim est attesté par saint Epiphane, Advers. hœres., lib. II. (Reland, Palœst. iîlustr., pag. 654.) — ''Marc, I, 19-21.— Moan., xvui, 15, 16; D"^ Sepp, La Vie de Nùtre-Sekjneur Jésus-Christ , traduite par M. C. Sainte-Foy ,■ t. I , pag. 307. • '
du nouveau maître, ils ont reconnu le Christ, le Messie; et ils lui amènent Pierre, un pêcheur comme eux. Ce sont là pourtant les premiers éléments de l'Eglise immortelle, fondée par Jésus-Christ ! Le rationalisme trouve cela tout simple; aux yeux de quiconque voudra y réfléchir, le moyen choisi est tellement disproportionné avec l'effet , que, sans autre preuve , nous sommes en droit d'affirmer que l'Eglise est divine.
Philippe et 16. « Le lendemain, Jésus, voulant retourner en Galilée,
NathanaC-l.
rencontra Philippe : Suis-moi, lui dit-il. — Or Phihppe était de Bethsaïda, patrie d'André et de Pierre. Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit : Celui dont a parlé Moïse, au Livre de la loi% celui qui fut annoncé par les Prophètes ^, nous l'avons trouvé ; c'est Jésus, fils de Joseph de Nazareth. — Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth? répondit Nathanaël. — Viens et vois, reprit Philippe. — Quand Jésus vit Nathanaël approcher, il dit : Voici un véritable fils d'Israël , en qui il n'y a point de déguisement. — D'où me connaissez-vous donc? demanda Nathanaël. — Avant que Phihppe t'appelât, répondit .Jésus, je te voyais, quand tu étais encore sous le figuier. — Maître, s'écria Nathanaël , vous êtes le Fils de Dieu ; vous êtes le roi d'Israël ! — Tu as cru, reprit Jésus, parce que je t'ai dit : Je te voyais sous le figuier ! Tu verras des merveilles
^ Gènes., xlix, 10; Beuter., xviii, 18. — ^isa., xl, 10; xlv, 8; Jcrem., xxiii, 5; Ezecli., xxxiv, 23; xxxvii, 24; Dan., ix, etc.