CHAP. V. - VOCATION DÉFINITIVE DE PIERRE
pêcheur, sans culture et sans lettres, plus on grandira le miracle permanent de l'Eglise catholique, asile des plus hautes intelligences, foyer de lumière et de vérité, fondée sur cette pierre de Gahlée qui fut Simon. Le pêcheur de Tibériade n'est-il pas devenu, et ne reste-t-il pas, en la personne de ses successeurs, le pêcheur divin des âmes? Comment s'est vérifiée cette prophétie ! Comment s'est accomplie cette transformation? N'est-il pas évident que le surnaturel domine ici tous les sophismes ? Qu'un pêcheur de Nazareth soit devenu le conquérant du monde, cela est un miracle aussi manifeste, aussi éclatant et irrécusable que la pêche merveilleuse par laquelle le Sauveur daigna confirmer la vocation de Pierre.
21 . « La foule se pressait autour de Jésus, pour entendre La pèche la parole de Dieu, continue le texte sacré. 11 était alors sur ™'""'"" les bords du lac de Génésareth. Ayant vu sur le rivage deux barques, dont les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets, il monta dans l'une d'elles. Or elle appartenait à Simon. Jésus le pria de l'éloigner un peu de la terre. Il s'assit alors, et, de cette barque, il adressait ses enseignements à la foule. Quand il eut cessé de parler, il dit à Simon: Gagnez le large et jetez vos filets pour' la pêche. — Maître, répondit Simon, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; cependant sur votre ordre je jetterai le filet. - Ils le firent, et enveloppèrent une si grande multitude de poissons, que leurs filets en étaient
rompus. S'adressant donc à leurs compagnons restés dans l'autre barque, ils leur faisaient signe de venir les aider. Ceux-ci accoururent, et remplirent les deux barques presque au point de les submerger. A cette vue, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : Seigneur, retirezvous de moi, car je ne suis qu'un homme pécheur. — Il était en effet saisi d'effroi, lui et tous les autres, en présence de cette multitude de poissons. Jacques et Jean, fils de Zébédée, partageaient sa stupeur. Mais Jésus dit à Simon : Ne crains rien ; désormais tu prendras ainsi des hommes ^ » La pêche miraculeuse du lac de Génésareth, étonne Simon. Mais Pierre ne s'étonnera plus, à Jérusalem , au lendemain de la Pentecôte, lorsque, suivant l'énergique expression du texte sacré, « trois mille âmes furent déposées à ses pieds ^ » La dernière pêche sur la barque de Tihériade figurait la première pêche sur la barque de l'Eglise. Le monde entier devait entrer dans les filets de Pierre , comir.e les poissons dans ceux de Simon. L'histoire évangélique, ainsi que nous l'avons déjà dit tant de fois, est vivante aujourd'hui, comme à l'époque où elle se déroula en Judée. La vie du Dieu qui est venu habiter parmi nous ne finira qu'avec la consommation des siècles. Les multitudes entrent donc toujours dans les filets de Pierre. Parfois encore, il semble que ce filet va se rompre, et que la barque sera submergée. Il en
' Luc, V, 1-10. — ^ Appositœ sunt in die illâ animœ circiter tria
millia. (Act. ii, 41.)
est ainsi quand les multitudes se révoltent contre l'autorité du Pêcheur apostolique. Mais alors Pierre fait signe à ses compagnons restés sur le rivage. Il appelle ses frères, les Evêques, successeurs des Apôtres. Sur les flots troublés, au milieu de l'agitation et du tumulte des hérésies, tous les compagnons de Pierre, réunis autour de leur chef, dans les grandes assemblées des conciles , viennent réparer les filets, secourir la barque en péril, et Jésus continue à enseigner le monde du haut de la barque de Pierre.
§ IV. Emprisonnement de saint Jean-Baptiste.
22. Pendant que Notre-Seigneur appelait à leur mission "érodeAn-
■"^ <-i 1 1 tipas épouse
divine ses premiers apôtres, la Judée frémissante appre- "érodiade,
•'•'•' rr sa mece.
nait que Jean-Bapliste venait d'être emprisonné par Hérode An tipas, dans la forteresse de Machéronta. Le tétrarque de Galilée était un prince faible , aussi incapable de résister à ses propres passions qu'à celles de son entourage. L'année précédente, il avait fait le voyage de Rome, pour offrir ses hommages au César Tibère, et assurer sur sa tête la protection impériale qui le faisait roi*. Ce fut dans cette circonstance, dit Josèphe, qu'IIérode Antipas rencontra pour la première fois sa nièce Hérodiade ^, femme intrigante et cruelle, dont le nom, flétri par l'histoire , portera jusqu'à
* Joseph., Antiq. jud., lib. XVIII, cap. m et cap. vu. Cf. Pezron, Histoire évangel., tom. I, pag. 227-229.
^ Hérodiade était fille du jeune prince Aristobule, issu lui-même de l'union d'Hérode l'Iduraéen avec l'infortunée Mariamne.
390 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEOR JÉSUS-CHRTST.
la fin des siècles, la tache du sang innocent. Hérodiade avait épousé Philippe, ûls d'Hérode le Grand, et frère maternel d'Anlipater K Ce Philippe, qu'il ne faut pas confondre avec le prince du même nom qui régnait sur l'Iturée et la Trachonitide , avait été déshérité par le testament paternel, et vivait dans une condition privée ^ Hérodiade, trop ambitieuse pour se contenter d'un pareil rôle, aspirait à régner. Elle avait eu de Philippe, son époux, une fille, Salomé, la célèbre danseuse; mais ni le nom sacré d'épouse , ni celui de mère, ne valaient à ses yeux le titre de reine. Elle circonvint Hérode Antipas, et obtint de lui, qu'à son retour de Rome, il l'épouserait. Ces noces incestueuses furent célébrées avec pompe , lorsque le tétrarque, revenu de son voyage et comblé de faveurs nouvelles par l'empereur, fil la dédicace solennelle delà capitale de Galilée, sous le nom de Tibériade. Le scandale fut grand. parmi les Juifs. Jamais, aux plus mauvais jours du règne d'Hérode riduméen, on n'avait vu un frère arracher à son frère une épouse légitime. Pour comble d'ignominie, la jeune Salomé avait suivi sa mère , et échangé l'innocente obscurité du foyer paternel pour les splendeurs d'une cour dissolue. jean-Bap- 23. Or c'était le temps où Jean-Baptiste prêchait sur les
^ On se souvient de la mort d'Antipater, qui donna lieu, conjointement avec le massacre des Innocents, au fameux mot d'Auguste : Melius est Herodis esse porcum quam filium. — ^ Pezron, Hist. cvangél.,' tom. I, pag. 270; Tillemont, Mémoires pour servira l'Histoire Ecoles., lom. I, art. vn.
bords de l'Ennom . Il vint trouver Ilérode, dit le texte sacré, ti? te emprisonné par et lui rappela la sainteté des lois outragées par un inceste ^Jérode Anpublic. « Il ne vous est pas permis, disait-il, de garder près '^'^'^'^éponta. de vous la femme de votre frère *. » — Hérode craignait l'influence de Jean sur la multitude qui le vénérait comme un prophète ^ D'ailleurs il ne pouvait lui-même s'empêcher de reconnaître la justice et la sainteté du Précurseur ^ Plus d'une fois, il l'avait entretenu, et avait agi d'après ses conseils ''. Mais Hérodiade se fit la Jézabel du nouvel Elle. Elle avait juré la perle de Jean-Baptiste, et ne pouvant arracher une sentence de mort à son mari, elle eut recours à la ruse '. Les Pharisiens , et les docteurs de la loi avaient toujours protesté contre le baptême de Jean, depuis que l'homme de Dieu leur avait déclaré qu'il n'était ni Elle, ni prophète ®. Non-seulement ils avaient refusé de venir, avec la foule, recevoir de lui la purification baptismale dans les eaux du Jourdain , mais ils déclaraient hautement que Jean était un démoniaque, agissant sous l'empire de l'esprit de Satan '. Hérodiade trouva en eux des complices disposés à l'aider dans ses projets de vengeance. Ils se chargèrent de tout l'odieux de la trahison % et, pour réussir dans leurs desseins criminels % ils dénoncèrent Jean-Baptiste à Hérode, comme un séditieux, qui soulevait
* Marc, VI, i 8. — ^ Matth., xiv, 5. — » Marc, vi , 20. — '^ M., Ibid. — 5 Id., Yi, 19. — . « Luc, VII, 30. Cf. Joan., i, 19-28. — "^ Luc, mi, 33. — * L'expression est dans le texte grec de saint Matthieu (iv, 12), toâ'/vr,; -zfi^JOr,. — ^ MaUh., XVII, 12.
le peuple contre son autorité royale. Ce fut sous ce prétexte que le tétrarque se détermina enfin à faire arrêter le Précurseur \ qui fut amené, chargé de chaînes, dans la forteresse de Machéronta ^ La cruauté d'Hérodiade n'était pas encore satisfaite ; l'emprisonnement de l'homme de Dieu ne pouvait lui suffire; elle voulait sa tête. Mais le faible Antipas, craignant plus que jamais une révolte parmi le peuple, résista, pour le moment, aux sollicitations de cette femme sanguinaire. Il affecta même, pour l'illustre captif , un intérêt tout particulier ' , permit à ses disciples de le visiter dans sa prison * ; et profita lui-même de son séjour à Machéronta pour entretenir avec lui des relations bienveillantes attestées par les Evangélistes.
§ V. Jésus à Capharnaûm.
Autorité 24. L'historien Josèphe , d'accord avec le texte sacré, a " menf "^ enregistré dans ses annales l'arrestalion de Jean-Baptiste,
de Jésus. -Il
comme un des événements les plus considérables du règne d'Hérode Antipas. L'impression fut d'autant plus pénible dans toute la Judée, que la vénération inspirée par le saint Précurseur était plus profonde et plus universelle. Jésus était à Cana , lorsque la nouvelle de cet acte tyrannique parvint en Galilée, « Il en descendit alors, dit l'Evangéliste, et vint habiter Capharnaûm , sur les bords du lac de
' Joseph., Antiq. jud., lib. XVIII, cap. vu. — ^ Marc, vi, 17; Joseph., loc. cit. — *Marc, vi, 20. — * Luc, vu, 18, 19.
CnAP. V. — JÉSUS A CAPHARNAUM. 393
Génésarelh, aux confins des territoires de Zabiilon et de Nephthali. Ainsi se vérifia la parole d'Isaïe le prophète : Terre de Zabulon, et de Nephthali , chemin de la mer au delà du Jourdain , Galilée des nations, votre peuple, assis dans les ténèbres, a vu luire les splendeurs célestes. La lumière s'est levée sur les nations , plongées dans les ombres de la mort *. » — « Faites pénitence, disait-il, car le royaume des cieux est venu ^ Ainsi il commença à prêcher l'Evangile de Dieu. Aux jours du sabbat, il entrait dans la synagogue, et adressait ses enseignements à la foule. Tous s'étonnaient de la sublimité de sa doctrine , il parlait comme ayant autorité, et son enseignement différait de celui des Scribes et des docteurs'. « Pour bien comprendre le sens de la prophétie et l'exactitude de sa réalisation, il faut se rappeler que la route de Syrie, depuis Damas jusqu'au port de Ptolémaïs, traversait précisément Capharnaûm, située sur le lac de Tibériade, aux confins des deux territoires antiques de Zabulon et de Nephthali, Presque tout le commerce du haut Orient suivait ce « chemin de la mer, » ainsi que le nomme l'Evangile. La fréquence des communications, le transit par caravanes des marchandises de la Babylonie et de laChaldée, avaient favorisé dans cette contrée l'établissement d'une population mixte, composée de Phéniciens, d'Arabes, d'Egyptiens et de Syriens. Tous
» Isa., IX, 1 ; Matth., iv, 13-16. — * Math., iv, 17. — ' Marc, i, 21- 23; Luc, IV, 31, 32.
les cultes, comme toutes les nationalités, s'étaient donné rendez-vous sur ce territoire , que les Juifs avaient surnommé : « Galilée des nations, w Ainsi la lumière du Verbe incarné éclata réellement parmi ces peuples, assis dans les ténèbres de l'idolâtrie et les ombres de l'ignorance ou des superstitions polythéistes. Ce fut là que, sans distinction d'origine, de races et de patrie, Jésus annonça pour la première fois aux multitudes la Bonne-Nouvelle, l'Evangile de Dieu, destiné à sauver toutes les nations, toutes les races, et à n'avoir d'autres limites que celles de l'univers. 11 enseignait, « comme ayant autorité. ■» Cette remarque de saint Matthieu ^ est une affirmation implicite de la divinité du Sauveur. Les Scribes et les docteurs Juifs commentaient les livres de l'x^ncien Testament; leur doctrine n'était qu'une tradition, leur parole qu'un reflet. Mais Jésus, dans la synagogue, au jour du sabbat, en présence de la foule assemblée pour entendre la lecture de la Loi, adresse aux habitants de Capharnaûin une parole qui ne relève que de lui-même, un enseignement qui repose sur sa propre autorité. Or Jéhovah était l'unique docteur en Israël; les Scribes prétendaient seulement à l'honneur d'être ses interprètes. Le Sauveur affirmait donc sa divinité aux yeux des Juifs, de la manière la plus nette et la plus formelle. « 11 parlait comme ayant autorité , « et les démons euxmêmes subissaient la toute-puissance de sa parole. ^Matli., vil, 29.
CHAP. V. — JÉSUS A CAPUARNAUM. 395
25. « 11 se trouvait, dans cette synagogue, dit l'Evangé- Le jour du
sabbat à
liste, un homme tourmenté par un esprit immonde , qui caphamaum
' '■ '■ ' ^ Demoniaqpie
éleva la voix en criant : Laissez-nous ! Jésus de Nazareth ! '^^^^gj^°' Qu'y a-t-il de commun entre vous et nous? Je vous connais. Vous êtes le Saint de Dieu! — Mais Jésus, d'un ton de menace, dit à l'esprit impur : Tais-loi et sors de cet homme. — Alors l'esprit immonde l'agitant avec de violentes convulsions, le jeta au milieu de l'assemblée , et poussant de grands cris, il sortit du corps de sa victime, sans lui avoir fait aucun mal. L'effroi glaça tous les assistants. Dans leur épouvante, ils se demandaient l'un à l'autre : Qu'est-ce ceci ? Quelle est donc cette doctrine nouvelle , pleine de puissance et d'autorité? 11 commande même aux esprits impurs, qui lui obéissent et sortent à sa voix ! — Le bruit de ce miracle se répandit bientôt, et le nom de Jésus devint célèbre dans tout le pays de Galilée ^ » La première prise de possession de l'homme par Satan remonte à l'Eden. Au pied de l'arbre de la science du bien et du mal, le démon devint réellement « le prince du monde ^ » Il imprima en caractères sanglants le sceau de sa tyrannie sur ses nouveaux sujets, par la main de Gain le fratricide. Dès lors, l'action diabolique se développa , dans toute la suite de l'histoire, parallèlement au plan divin suivi d'âge en
' Marc, I, 23-28 ; Luc, iv, 33-37. — ^ Princeps hujus mundi (Joan., XII, 31). Tel est le titre que Notre- Seigneur lui-même donne à l'esprit du mal. Cf. Joan., xiv, 30; xvi, 31.
âge pour préparer la rédemption. Le monde antédiluvien s'était partagé entre les Fils de Dieu et les Fils de Satan, jusqu'au jour où le mal, atteignant des proportions gigantesques que nous ne reverrons plus, attira sur notre globe le dernier cataclysme universel. L'empire de Satan se perpétua dans la race postdiluvienne, issue de Noë. Cham, au sortir de l'arche, reprit, dans des conditions moins odieuses, le rôle de Gain, au seuil du Paradis Terrestre. Le démon, sous tous les noms divinisés par le polythéisme, reçut les hommages de la terre ; il rendit des oracles, il prit possession des pythies, etlesagita, dans des convulsions étranges, sur les trépieds d'Apollon, sous les chênes deDodone, dans l'antre de Cumes, au pied des dolmen et des menhirs de la Gaule. La prise de possession du monde antique par Satan est un des faits les mieux constatés de l'histoire. Aussi il est remarquable qu'aux premiers jours de l'Eglise, l'expulsion des démons, au nom du Christ, devint, pour les païens eux-mêmes, un des signes péremptoires de la divinité de l'Evangile. La puissance infernale , déifiée par ses adorateurs, se jouait dans son vaste empire, et avait des manifestations surnaturelles dont personne ne doutait, parce que tout le monde en était témoin. Voici ce que Tertullien écrivait dans son Apologétique : notre siècle fera bien de méditer ces paroles, auxquelles les récentes invasions de l'esprit de mensonge ont rendu toute leur actualité. « Vos magiciens, dit-il, évoquent des fantômes, interpellent les âmes
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des morts dans des apparitions sacrilèges , font rendre des oracles par les lèvres d'un enfant , opèrent des merveilles en tournant dans un cercle plein de prestiges , plongent à Jeur gré leurs victimes dans le sommeil. Yoilà ce qu'ils peuvent faire par l'intervention des démons, et c'est ainsi qu'on les voit pratiquer l'art divinatoire autour de leurs tables. Mais qu'on produise au tribunal de vos magistrats un de ces hommes notoirement connus pour être inspirés par une divinité, ainsi qu'ils disent. Le premier chrétien venu interpellera l'esprit qui le fait agir, et cet esprit qui se proclame dieu dans vos temples, sera forcé de confesser qu'il est réellement le démon. Qu'on produise un de ces malheureux que vous croyez tourmentés par une divinité; qui se trouvent subitement investis par une puissance occulte aux pieds de vos autels ; qui s'agitent hors d'haleine, et prédisent l'avenir, au milieu d'effroyables convulsions. C'est Junon, Esculape ou tout autre de vos dieux, croyezvous, qui manifeste sa volonté par cet intermédiaire. Eh bien, si le chrétien qui les interpellera ne les force pas à confesser devant vous qu'ils sont des démons , saisissez le chrétien et livrez-le à vos bourreaux ! » Tous les Pères de l'Eglise, depuis Tertullien jusqu'à saint Bernard, ont tenu le même langage. Jamais ni Porphyre, ni Celse, ni Julien PApostat n'ont songé à nier la réalité du phénomène des possessions, et il est remarquable qu'au moment oii le rationalisme moderne essayait de les révoquer en, doute, le
monde frémissant assistait à Tune des plus étranges manifestations des puissances occultes. - , Exposé 26. Il importe donc d'établir, dans toute leur netteté, les
sommaire des
priucipes^ principes théologiques qui dominent cette grande question*. pos^ses^skTiTs Primitivement, l'homme avait reçu de Dieu la souveraineté da emon. ^^^ ^^ matière. Mais, en se séparant du Créateur parla chute, Adam perdit son pouvoir souverain, et le sceptre de la nature passa réellement au démon, qui devint dès lors le « prince de ce monde, » usurpant ainsi la puissance perdue par l'homme. Depuis la déchéance originelle, la nature entière est plus ou moins directement soumise à l'empire de Satan et à ses perverses influences. Yoilà pourquoi l'Eglise prononce des exorcismes et des bénédictions sur tous les objets qu'elle emprunte pour son usage à la nature matérielle. Il lui faut d'abord les purifier de l'influence diabolique, avant de les sanctifier. L'exorcisme et la bénédiction sont, dans le monde des corps, ce que sont, dans le monde spirituel, la justification et la sanctification. Au dernier des jours, quand l'humanité, dans la proportion fixée d'avance
1 Nous ne saurions trop recommander, à ce sujet, l'étude du remarquable traité du docteur allemand Bisping, intitulé : Erklarung des EvanrjeJmms nach Matthœus, Munster, 1864. Dans cet ouvrage, que nous voudrions voir traduit en français, le savant professeur d'exégèse à l'Académie catholique de Munster, élucide, avec rn rare talent et une profonde connaissance de la théologie patristique, toutes les graves questions si indignement travesties par un sophiste français. L'exposition sommaire que nous donnons ici est, en grande partie, extraite de ce livre remarquable. (Cf. Bisping, Erklarung des Evangeliums nach Matthœus, kap. vm, pag. 196-206.)
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par les décrets providentiels, aura participé définitivement aux bienfaits de la rédemption de Jésus-Christ, alors la nature elle-même sera affranchie de la domination de Satan, sous laquelle, comme dit l'Apôtre, « toute créature gémit et souffre, à l'heure présente K » Mais, comme le principe corporel, dans l'homme, est emprunté à la nature, Satan a sur lui un pouvoir immédiat et direct, qui se manifeste visiblement en certaines circonstances, et dans des limites déterminées par la volonté souveraine de Dieu. Ainsi les possessions corporelles de l'homme par Satan , sont des faits positifs, que l'observation, d'ailleurs, a constatés dans tous les siècles, et l'Evangile donne à ces manifestations surnaturelles le nom de démoniaques ^ Elles se produisent sous l'empire de certaines circonstances particuhères , c'est-àdire que les habitudes corporelles ou spirituelles de l'homme le prédisposent plus ou moins à subir l'influence de l'esprit du mal. Les vices dont le caractère propre est l'abaissement de l'être humain et son identification avec la matière, les passions de la concupiscence charnelle, qui éteignent le sens intime de la conscience pour plonger leur victime dans la vie animale la plus grossière, ont évidemment pour résultat un double désordre dans l'organisme et le système nerveux, d'une part; dans les facultés intellectuelles, de l'autre. Mais l'organisme , le système nerveux viciés par des habitudes perverses, troublés par l'invasion
' Rom., Mil, 22, 23. — ^ Aaifioviîc[i.E\ot.
400 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGi\EUR JÉSUS-CHRIST.
désordonnée des passions animales, sont des instruments matériels, sur lesquels le démon a un empire direct, et qu'il peut posséder quelquefois d'une manière absolue. Abandonné aux énergies de la nature , l'bomme devient alors l'esclave du tyran de la nature. C'est là ce qu'on entend par la possession corporelle, bien différente de la tentation, proprement dite, qui s'exerce sur l'esprit et le cœur de l'homme. Ainsi, l'Evangile nous apprend que « Satan entra dans le cœur de Judas', » alors que cet apôtre trahit son divin Maître; et cependant Judas ne fut point un « démoniaque. » Nulle part l'Evangile ne lui donne ce nom.
Théorie 27. Tel est donc, dans son origine et dans ses lamen-
rationalislc.
tables conséquences, l'empire de Satan sur les hommes. Jésus-Christ venait le renverser, il apportait au monde la délivrance du joug infernal, et le mot de Rédemption exprime merveilleusement cette action divine. Il ne s'agit pas seulement, en effet, d'une délivrance entendue au sens spirituel et moral , mais d'une délivrance proprement dite , de l'éviction réelle, manifeste et sensible de la puissance diabolique dans le monde racheté. Yoilà pourquoi le Sauveur, avant de quitter la terre, donne à l'Eglise, comme signe irrécusable de sa mission , le pouvoir de chasser les démons : In nomine meo dœmonia ejicient ^ Nous sommes ici eu présence de l'exégèse rationaliste, qui nie positiv'e- ' Joan., xiii, 27. — ^Marc, xvi, 17.
CUAP. Y. — JÉSUS A CAPHARNAUM. 401
ment toute cette doctrine, et ne voit, dans les faits de possession racontés par l'Evangile , que des cas de folie , des habitudes morbides, des phénomènes d'aliénation mentale, auxquels Jésus, pour ne pas heurter les préjugés universels de son temps, laissait donner le nom d'états démoniaques, et qu'il guérissait, soit par une vertu supérieure, soit par les secrets d'un art inconnu. « Un des genres de guérison que Jésus opère le plus souvent , disent les nouveaux critiques , est l'expulsion des démons. Une facilité étrange à croire aux démons régnait dans tous les esprits. C'était une opinion universelle, non-seulement en Judée, mais dans le monde entier, que les démons s'emparent du corps de certaines personnes et les font agir contrairement à leur volonté. L'épilepsie , les maladies mentales et nerveuses, où le patient semble ne plus s'appartenir, les infirmités dont la cause n'est pas apparente, comme la surdité, le mutisme, étaient expliquées de la même manière. On supposait qu'il y avait des procédés plus ou moins efficaces pour chasser les démons; l'état d'exorciste était une profession réguhère comme celle de médecin. Il n'est pas douteux que Jésus n'ait eu de son vivant la réputation de posséder les derniers secrets de cet art. On racontait au sujet de ses cures mille histoires singulières , où toute la crédulité du temps se donnait carrière. Mais ici encore il ne faut pas s'exagérer les difficultés. Les désordres qu'on expliquait par des possessions , étaient souvent fort légers. I. 26
Une douce parole suffit souvent pour chasser le démon *, » Cette théorie, déjà surannée en Allemagne % n'aura pas un grand succès en France , malgré le rajeunissement qu'on cherche à lui donner. Yoici pourquoi. L'Evangile nomme l'épilepsie , les aliénations mentales , les affections nerveuses, absolument comme nous les appelons aujourd'hui, et les distingue parfaitement des possessions démoniaques. « On amenait à Jésus, dit saint Matthieu, toutes sortes d'infirmes , des gens atteints de maladies et de douleurs les plus diverses, des possédés du démon , des lunatiques, des paralysés , et il les guérissait ^ « Ainsi , saint Matthieu ne confond nullement les fous , les épileptiques , sur l'état morbide desquels les phases lunaires exercent une influence jusqu'ici inexpliquée, avec les possessions démoniaques. (( L'état d'exorciste » était inconnu à toute l'antiquité juive et païenne, quoique les possessions démoniaques se retrouvent à toutes les époques de l'histoire. Le ministère solennel , notoire et publiquement exercé , de chasser les démons par l'exorcisme , n'apparaît qu'avec Jésus-Christ ; il s'est perpétué au sein de l'Eglise catholique, dépositaire de la puissance libératrice du Rédempteur. Ce ministère, qui constitue un ordre spécial dans la hiérarchie ecclésiastique , ne dispose ni d'un art occulte, ni de secrets inconnus. Sa formule est la même aujourd'hui qu'elle était A
' Vie de Jésus, pag. 201-2G4. — '^Bisping, Eililàrung des Evangelivms, p. 109. — ^Mattli., iv, 24.
CHAP. V. — JÉSUS A CAPHARNAUM. 403
Ephèse, lorsque des Juifs, témoins des exorcismes de saint Paul, voulurent les imiter sur quelques démoniaques. « Au nom de Jésus que Paul annonce , disaient-ils à l'esprit infernal , je t'adjure de sortir de cet homme, w Et Tesprit répondait : « Je connais Jésus et je sais qui est Paul ! Mais vous qui ètes-vous *? »
28. Les possessions dont parle l'Evangile étaient donc Discussion
1 ' 1 • • 1 m • 11- '^^ miracle
complètement distmcles des aliections pathologiques avec cvangéiique
opéré sur le
lesquelles on voulait les confondre. Il suffît, d'ailleurs, démoniaque
de Caphar-
d' examiner avec un peu d'altention les détails du texte sacré "'""""• pour s'en convaincre. Le possédé de Capharnaiim n'est pas un malade , il vient à la synagogue, le jour du sabbat ^ 11 a donc la notion saine et claire du devoir prescrit par la loi, et la volonté personnelle de se soumettre aux observances mosaïques. On sait pourtant, parmi la foule, qu'il est démoniaque. L'Evangéliste le dit formellement : « Il y avait dans cette synagogue, un homme possédé de l'esprit impur \ » Une telle notoriété suppose nécessairement , dans le public , la connaissance des caractères propres aux possessions du démon. Pour qu'on put discerner cet état surnaturel des aliénations mentales d'avec les autres affections morbides énumérées par saint Matthieu, il fallait que la possession se trahît par des signes particuliers et des phénomènes d'un genre à part. De quelle nature étaient ces phénomènes? L'Evangile nous l'apprend. Le possédé *Act., XIX, 13-15. — niarc, i, 21.— Hd., ibid., 23.
de Capharnaûm ne connaissait pas le Sauveur, qui venait , pour la première fois, en celte ville ; et cependant, aussitôt qu'il l'aperçoit, il s'écrie : « Laissez-nous! Jésus de Nazareth ! Qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ! » Où donc l'énergumène avait-il appris le nom du docteur inconnu qu'il rencontre dans la synagogue? Si l'on suppose que le nom du Sauveur s'était promptement répandu dans la ville , et que le possédé pouvait l'avoir appris de la rumeur publique, on ne fait qu'aggraver la difficulté. Le miracle de guérison, opéré en faveur du fils de l'officier royal de Capharnaûm, avait certainement disposé l'opinion à ne voir dans le thaumaturge qu'une puissance bienfaisante, et cependant le démoniaque s'écrie : « Yenez-vous donc pour nous perdre? » Mais, dira-t-on peut-être , c'était là une de ces paroles incohérentes qui n'ont pas de sens raisonnable , et telles qu'on peut en recueillir des lèvres d'un halluciné. Pourquoi donc, répondrions-nous, cet halluciné, ce frénétique, inconscient de sa propre pensée, suit-il si logiquement, et avec une vérité aussi effrayante, l'idée satanique dont il est l'organe? « Retirez-vous , Jésus de Nazareth! Quoi de commun entre vous et nous? Etes-vous venu pour nous perdre ? « Si le démon a parlé , il n'a pu tenir un autre langage. Si ce sont là les exclamations d'un fou, pourquoi ont-elles ce caractère saisissant de logique démoniaque? Et enfin, le dernier trait qui termine cette étrange interpellation : « Je sais qui vous êtes. Yous êtes
CHAP. V. — JÉSUS A CAPHARNAUM. 405
le Saint de Dieu ! » comment le rapporter à un fou, quand il est si manifestement l'expression la plus nette , la plus précise , la plus inattendue de la vérité ? La ville de Capharnaûm tout entière ignorait encore la véritable nature de Jésus. On le regardait comme un prophète , comme un thaumaturge 5 mais nul ne savait qu'il fût le Fils de Dieu. Qu'on réfléchisse à la valeur de cette parole : « Le Saint de Jéhovah ! » dans la pensée des Juifs , et l'on comprendra que l'association de la divinité incommunicable, de la majesté inaccessible avec une personnalité humaine quelconque, était essentiellement étrangère au génie hébraïque. Quand le possédé de Capharnaûm dit à Jésus : « Vous êtes le Saint de Dieu ! » il articule un fait que nul n'avait pu lui révéler, dans le milieu où il vivait. C'est là une de ces révélations de choses cachées et de mystères inconnus aux mortels, qui constitue l'un des caractères propres aux possessions démoniaques. Aucune maladie, aucun état pathologique, observé jusqu'à ce jour, n'a présenté un pareil phénomène.
29. Dans le système rationahste , Jésus aurait dû ré- inanité de
l'hypothèse
pondre par « une douce parole » aux injures de l'illuminé, rationaliste. et calmer sa fureur par quelque application médicale , ou par l'emploi « des secrets puissants de l'exorcisme , » dont il possédait l'art à un si haut degré. C'est précisément le contraire qui a lieu. « Jésus s'adressa à l'esprit, d'un ton de menace : Tais-toi , lui dit-il , et sors de cet homme ! »
Singulière douceur ! Etrange manière de fasciner un malade par le magnétisme d'un regard séducteur ! Tout le monde sait que la menace est le moyen d'exaspérer la fureur d'un frénétique, et de la pousser jusqu'aux extrêmes limites du paroxysme. Cependant Jésus emploie , comme ■curatif , le procédé qui partout ailleurs serait le stimulant le plus énergique des folies ordinaires ; et cet irritant, dont l'effet est si opposé au but qu'il se propose , devient un remède efficace. Il n'y avait donc pas là une maladie, une affection nerveuse , un état morbide de l'organisme. On ne dit pas à une maladie : « Tais-toi ! » On ne « menace w pas un système nerveux, ou un organisme ébranlé. Le démoniaque, d'ailleurs > n'invoque pas sa guériron ; il semble la redouter ; il ne s'adresse pas à Jésus comme à un sauveur; mais l'esprit qui le domine reprocbe à Jésus de venir le perdre ; et cet esprit de mensonge confesse , en blasphémant , qu'il aperçoit dans Jésus « le Saint de Dieu. » A mesure qu'on étudie cet épisode évangélique, il s'en dégage une lumière terrible , qui perce les voiles discrets sous lesquels le rationalisme voudrait étou^er la réalité surnaturelle. Jésus a commandé au démon de se taire. Supposez que le possédé de Capharnaûm eût été simplement aliéné, cet ordre, au lieu de provoquer l'obéissance , aurait été l'occasion d'une nouvelle explosion d'injures ; cependant le démon se tait; la voix souveraine lui impose 'de garder le silence , il le garde. Mais sa rage se traduit
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par les nouvelles tortures (ju'il fait subir à sa victime. « L'esprit immonde , agitant cet homme avec de violentes convulsions, dit l'Evangéliste, le jeta au milieu de rassemblée , et , poussant de grands cris , il sortit du corps de sa victime, sans lui avoir fait aucun mal '. » Nous avons ici le second caractère des possessions démoniaques : l'interversion des lois physiques d'équilibre, de pesanteur et de sensibilité dans les corps. Le démon souleva cet homme au milieu de la synagogue et le lança violemment sur le sol, sans lui faire de mal. Il n'est besoin ni de savants, ni de chimistes, pour constater qu'un tel phénomène est en dehors des règles ordinaires de la nature , et que si l'on traitait médicalement un aliéné par ce système, on serait sûr de tuer le malade. Aussi les habitants de Capharnaûm ne s'y méprirent pas. Quand même ils auraient eu parmi eux l'un de nos modernes rationalistes, qui leur eût dit : « Ces désordres légers » méritent peu d'attention ; « il ne faut pas s'exagérer les difficultés ; une douce parole suffit pour chasser le démon, » cette théorie leur eût semblé ce qu'elle est réellement, c'est-à-dire une misérable puériUté, en face •du spectacle surnaturel dont ils venaient d'être témoins.
30. « Cependant Jésus étant sorti de la synagogue, en- g tra avec Jacques et Jean , fils de Zébédée, dans la maison beiIe-mère
de Simon.
de Simon et d'André. Or la belle-mère de Simon - était au
' Marc, I, 26 ; Luc, iv, 3o.
2 La mère de sa femme , et non pas la femme de son père. L'am-
uenson de !<<
lit, malade de la fièvre. Les disciples prièrent Jésus de la guérir. S'approchant donc , il prit la main de la malade, qu'il souleva sur son séant. Jésus, debout, commanda à la fièvre, et la fièvre cessa à l'instant même. La femme se leva et les servit'. r> Quand le Seigneur choisit ses apôtres, deux ou trois d'entre eux étaient déjà mariés ^ Simon était du nombre. Mais Jésus lui réservait une autre épouse, l'Eglise. Lorsque, plus tard, sous le nom de Pierre, le pêcheur de Galilée entrait à Rome pour contracter ses noces
phibologie, inévitable en notre langue, qui existe dans l'expression de (( belle-mère, » ne se rencontre ni dans le mot grec , Tvavôcoà ; ni dans le latin, socriis, qui signifient proprement la mère de la femme h l'égard du mari, ou réciproquement. Saint Pierre s'était marié à Capharnaûm. (Epiphan., Hœres. u, cap. xv.) Cependant, dit saint Jérôme, il laissa sa femme, ses filets et sa barque pour suivre Jésus. (Hieron., Epist. \cn, olim xxxiv, edit. Martian., tom. IV, col. 732.) Car les Apôtres, selon l'expression de Clément d'Alexandrie, après leur vocation divine , traitèrent leurs épouses comme des sœurs, o^/.' w; -j-au.E-
fà;, àXX'w; àJcXœàç 7rspi^-yov -k; •yjvaT/.xç, (JuvJi».xo'v'>u; Èjoasva; 7750; là;
oijccupcù; pv%I;ca:. (Clem. Alex., Stromat., lib. III, cap. vi; Patrol. grœc, tom. VIII, col. 1157.) La tradition donne à la femme de saint Pierre le nom de Concordia. Clément d'Alexandrie {Stromat., VII, cap. vu; Patrol. grœc, tom. IX, col. 487) nous apprend qu'elle fut martyrisée à Rome, sous les yeux du prince des apôtres. Nuus parlerons plus loin de sainte Pétronille (fille de Pierre) et de son martyre,
»Marc, I, 29-31 ; Luc, iv, 38, 39.
2 Outre saint Pierre, qui avait épousé une femme de Capharnaûm , Thaddée (saint Jude) était engagé dans les liens du mariage, et ses petits -fils apparaissent dans fhistoire sous Domitien. Eusèbe croit qu'il en était de même de l'apôtre Philippe. Mais il semble avoir confondu cet apôtre avec le diacre du même nom, dont il est parlé dans les Actes (xxi, 9). Cf. Sepp, Vie de Notre- Seigneur Jésus- Christ , tom. I, pag. 346.
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spirituelles avec le monde romain , la mère de sa fiancée, Rome idolâtre, était la proie de toutes les erreurs, de toutes les fiévreuses maladies des passions. Et pourtant, à la voix de Jésus, la malade se leva et servit l'Apôtre. Il en est ainsi depuis dix-huit siècles. Le monde est toujours malade, Jésus le guérit toujours , et , « quand la fièvre a cessé, le monde se lève et sert l'Eglise, w
31. « Le soir étant venu, continue l'Evangéliste, dès que i.a soir du
Sabbat à
le soleil fut couché, les habitants de Capharnaûm ame- capharcaum. nèrent à Jésus une multitude d'infirmes, des gens atteints de maladies et de douleurs les plus diverses, des possédés du démon, des fous, des paralytiques, et la ville tout entière était rassemblée à la porte de Simon, Jésus, imposant les mains sur les malades, les guérissait. D'une parole, il chassait les démons. En sortant du corps de leurs victimes, les esprits impurs poussaient des clameurs et disaient : « Vous êtes le Fils de Dieu ! » car ils le reconnaissaient pour le Christ. Mais Jésus, d'un ton de menace, leur imposait silence. Il rendit donc la santé à tous ces infirmes. La parole du prophète Isaïe s'accomplissait • « Il a pris nos infirmités et s'est chargé du poids de nos soufî'rances '. » Pendant toute cette journée du sabbat, les Juifs de Capharnaûm, malgré leur impatience, n'osent pas enfreindre le précepte du repos sacré. Ils l'observent dans toute la rigueur de l'interprétation pharisaïque; ils croiraient tomber Msa.Lui, 4;Marc,i, 32-34; Matth., iv, 24; \iii, 16, 17; Liic, iv,40.
SOUS l'anathème légale s'ils prêtaieut une main charitable à leurs frères infirmes, pour les conduire au Médecin céleste. Mais le sabbat finissait avec la lumière du soleil % car les Hébreux mesuraient les journées d'un soir à Tautre. On comprend dès lors l'empressement de la foule , qui assiège la maison du pêcheur galiléen, aussitôt que le soleil a disparu à l'horizon et que le repos sabbatique a cessé. Mais quelle commission scientifique expliquera jamais l'instantanéité de ces guérisons miraculeuses, accomplies sur une multitude de malades, sous les yeux de toute une ville, par une simple imposition des mains, ou par une seule parole de Jésus? Un tel effet dépasse toutes les causes naturelles connues, défie toutes les interprétations du rationalisme et commande la foi.
§ VI. Jésus à Nazareth.
Récit évan- 32, Lc lendemain, dès l'aurore, Jésus quitta la demeure
gélique de . ......
la prédication dc Siuiou , et sc retira dans un lieu solitaire. Il y priait,
de Jésus
à Nazareth, lorsquc Slmou ct Ics auti'es disciples vinrent à sa rencontre. Quand ils l'eurent trouvé ils lui dirent : Tout le peuple est à votre recherche. — Mais Jésus leur répondit : Allons dans les bourgades et les cités voisines. Je dois y prêcher le royaume de Dieu, car c'est pour cela que je suis venu sur la terre. — Cependant la foule l'avait rejoint et le sup-
' A vesperà usque ad vesperam celebrabitis sabbatavestra. (Levit., xxni, 32.)