‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangilesChapitre 48 sur 63 · CHAP. V. — JÉSUS A NAZARETH. 4-H · texte numérisé non relu

CHAP. V. — JÉSUS A NAZARETH. 4-H

pliait de ne pas s'éloigner. Mais il leur dit : 11 me faut évangéliser le royaume de Dieu dans les autres cités. C'est pour cela que j'ai été envoyé. — Jésus parcourut donc toute la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant l'Evangile du royaume, guérissant, au milieu dés peuples, toutes les douleurs et toutes les infirmités \ Il vint à Nazareth, où il avait passé son enfance, et, selon sa coutume, il entra dans la synagogue, le jour du sabbat. S'étant levé pour faire la lecture, on lui présenta le livre des Prophéties d'Isaïe, il le déroula, et le passage sur lequel il jeta les yeux était celui-ci : « L'Esprit de Jéhovah est descendu sur moi; il m'a conféré l'onction sainte, et m'a envoyé évangéliser les pauvres, guérir les cœurs brisés, annoncer la rédemption aux captifs, rendre la vue aux aveugles, la liberté aux blessés de la servitude, publier l'année jubilaire de Jéhovah, et le jour de la rétribution divine ^ » Après avoir lu celte prophétie , il roula le livre, le rendit au ministre et s'assit. Cependant tous les regards des assistants étaient fixés sur lui. Il dit alors : Aujourd'hui, la prophétie que vous venez d'entendre est accomplie. — Ensuite, il continua à leur expliquer l'Ecriture, et tous étaient dans l'admiration des paroles de grâce qui tombaient de ses lèvres. jS'est-ce pas là, disaient-ils, le fils de Joseph? — Mais Jésus reprit : Yous m'appliquerez sans doute le pro-

^ Marc, I, 3o-38 ; Luc, iv, 42, 43 ; Matth., iv, 23, 24. — ^ Isa., lxi, .1,2.

verbe: Médecin, guérissez-YOïis vous-même ! Accomplissez ici, dans votre patrie, les merveilles que vous ayez opérées à Capharnaiim et dont le bruit est venu jusqu'à nous ! En vérité, je vous le dis : Nul prophète n'est accueilli dans sa patrie. Il y avait, certes, beaucoup de veuves en Israël, aux jours d'Elie, quand le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, et que le fléau de la famine ravageait toute la contrée. Cependant le Prophète ne fut envoyé chez aucune d'elles. Sa mission concernait une pauvre Idaméenne de Sarepta». Combien n'y avait-il pas de lépreux en Judée, au temps d'Elisée le prophète? Et cependant un seul, Naaman, le Syrien, fut guéri ^. — A ces mots, tous les assistants laissèrent éclater leur colère. Ils se levèrent en tumulte, le chassèrent de la ville, et, le poursuivant jusqu'au sommet de la montagne qui domine Nazareth, ils voulurent le précipiter du haut des rochers. Mais Jésus, passant au milieu d'eux, poursuivit tranquillement sa route, et revint à Capharnaiim. Là, il enseignait publiquement dans la synagogue , tous les jours de sabbat '. »

Lessyna- 33. L'incidcut dc Nazareth offre un exemple frappant de

goguesjuives

au temps de ce Quc nous avons appelé les caractères d'authenticité in-

Notre-Sei- ^ ^ ^

^''^chrlsr'' trinsèque du récit évangélique. Chacune des locahtés un

peu importantes de la Palestine avait une synagogue, où

les Juifs se réunissaient, le jour du sabbat, pour faire en

commun les prières rituelles, et entendre la lecture et l'in-

MIIRer/., XVII, 9 et seq.— " IV Reg., v, i, 27. — ^ Luc, iv, 16-31.

CIIAP. V. — JÉSUS A NAZARETH. 413

terprétation d'un passage des Livres sacres. Le chazan (archisynagogus) ordinairement choisi parmi les vieillards de la cité , était le président spirituel de cette réunion. Excepté dans les villes sacerdotales, celle dignité n'était i)oint exercée par un prêtre. Les synagogues étaient de simples oratoires, où l'on n'offrait aucun sacrifice. Le Temple de Jérusalem avait seul le privilège d'être « le lieu de l'adoration, w Là, seulement, il était permis d'immoler des victimes à la majesté de Jéhovah, devant le Saint des Saints, qui avait remplacé l'arche d'Alliance, depuis l'époque de la grande captivité de Babylone. Chaque année, au temps de la solennité pascale, ou pour la présentation d'un premier-né, les fils de Jacob se rendaient au Temple, et y offraient leurs victimes. En dehors de ces pèlerinages, obligatoires en ces deux circonstances, mais renouvelés plus souvent, selon l'inspiration de la piété individuelle, les familles , éloignées de la Ville sainte, n'offraient pas de sacrifices. C'est pour cela qu'aujourd'hui, les Israélites, dispersés sur tous les points du monde, n'immolent pas de victimes dans leurs synagogues. Ils attendent la recons- Iruclion du Temple de Jérusalem ; jusque-là, ils se considèrent comme en exil, et leur situation rehgieuse est, pour eux, analogue à celle de leurs pères dans les régions idolâtres de Ninive et de Babylone. L'archisynagogus , chargé de prononcer les formules de la prière publique, ne faisait jamais lui-même la lecture du Livre sacré. Cet

4i4 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

honneur appartenait de droit à un prêtre, s'il s'en trouvait là; à un lévite, à défaut de prêtre, et, en leur absence, aux cinq anciens delà communauté, que le président désignait, selon leur rang, les jours de sabbat. Enfin, l'interprétation du texte biblique ne pouvait être faite que par un rabbi, c'est-à-dire un docteur ou un maître en Israël. L'ancienne langue hébraïque , dans laquelle la Bible était écrite, n'était plus parlée ; deux idiomes plus récents l'avaient remplacée : le syro-chaldéen, ou langue araméenne, et le grec, devenu, depuis l'époque d'Antioclius Epiphane, d'un usage presque général eu Palestine. Aussi Notre-Seigneur, dans ses voyages et dans ses entretiens avec les Hellénistes (comme s'appelaient alors les Juifs parlant grec) , dut se servir de leur idiome, comme d'une seconde langue maternelle. Mais l'hébreu primitif était resté par excellence la langue sacrée. Les lectures bibliques, dans la synanogue, alors comme aujourd'hui, se faisaient exclusivement en hébreu, seulement le lecteur traduisait httéralemeut chaque verset en langage vulgaire. Le Livre sacré était confié, dans chaque synagogue, à la garde de VAzanim, mot hébreu, que saint Epiphane interprète dans le sens de Aiâ/.ovu [Diacres ou Servcmts). Sous la direction de l'Archisynagogus, les Azanim présentaient au lecteur ou au rabbi le parchemin, roulé sur un cylindre de bois, qui renfermait le texte sacré.

Na! n'est 3.4. A l'aldc dc ces détails préhminaires, il est facile de

CnAP. V. — JÉSUS A NAZARETU, 415

se rendre exactement compte de la prédication de Jésus, prophète en

son pays. »

dans la synagogue de Nazareth. Le Sauveur, dont l'enfance et la première jeunesse s'étaient écoulées en d'obscurs travaux, sous l'humble toit d'un artisan, rentrait dans sa patrie, précédé par le bruit de ses miracles, et des éclatants témoignages rendus à sa mission par Jean-Baptiste. Les Nazaréens ne connaissaient de la divine histoire de Jésus que ce dont ils avaient été témoins eux-mêmes. Marie, qui demeurait au milieu d'eux, aurait pu leur apprendre le reste ; mais la Yierge « conservait tous ses souvenirs comme des trésors, et les renfermait dans son cœur. » L'orgueil maternel, le plus légitime mais le m.oins discret de tous, n'atteignit jamais celte âme immaculée ; il s'était efFacé devant l'humilité de « la servante du Seigneur. » Ainsi Jésus, pour les habitants de Nazareth, comme aujourd'hui pour les rationalistes, n'était que « le fils de Joseph. » De quel droit venait-il éclipser tant de jeunes gens ses contemporains, plus riches et plus considérés que lui? La sympathie suppose l'absence de toute compétition personnelle ; or les médiocrités jalouses, dans un compatriote illustre, voient toujours un usurpateur ou un rival. Yoilà pourquoi lous les cœurs se ferment à Jésus, dans la ville où chacun se croit supérieur à lui, par la naissance, la fortune ou l'éducation. Mais la curiosité est d'autant plus éveillée sur le nouveau Rabbi, que la malveillance est plus générale. Aussi tous les yeux sont fixés sur lui," quand

ki& HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

l'Archisynagogus, honorant officiellement le « Docteur en Israël, » mais espérant peut-être, au fond de son cœur , un échec public, donné ordre à l'Azanim de présenter à Jésus le Livre sacré. Toutes ces misérables agitations del'amourpropre humain autour de Jésus ! Tant de bassesse à côté de la suprême grandeur ! Tant d'ignominie en face de la majesté du Verbe, Fils de Dieu ! Hélas! il en sera ainsi jusqu'au Calvaire, et jusqu'à la consommation des temps. Méconnu par ses compatriotes de Nazareth, Jésus fut poui^ suivi par la haine des Juifs ; son nom à l'heure présente, est encore outragé par des hommes qui lui doivent et leur nom, et leur patrie , et leur véritable gloire. Les Evangélistes sont loin de dissimuler le triste épisode de Nazareth. Des historiens vulgaires auraient cru grandir la mémoire de Jésus , en supprimant ce détail , ou en substituant une ovation aux étroites et mesquines jalousies qui accueillent ici le divin Maître. Il eût été, sans contredit, plus merveilleux de faire acclamer la divinité du Sauveur sur le théâtre même où s'était écoulée son enfance. Un apocryphe n'y eût pas manqué. Mais telle n'est pas l'histoire du Dieu qui voulut naître dans une étable, et dont les lèvres, abreuvées de fiel et de vinaigre, laissèrent échapper, comme un testament suprême , une parole de pardon pour ses bourreaux !

Rcaiisaton 35. A l'ardcnte et jalouse curiosité de ses compatriotes,

de la prophé -

tie disaïe Jésus répoud, comme il le fait encore aux sophistes actuels.

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