Le lecteur a sous les yeux le témoignage de saint «ens
réel du mot
Papias. Les Logia de Matthieu y sont corrélatifs aux Logoi ^'^a'»de Marc; la distinction si tranchée, que l'on y signalait entre les deux Evangiles, n'y laisse pas même soupçonner sa trace. On se demande par quelle finesse d'intuition le nouvel exégète a pu conclure, des paroles de saint Papias, que « l'écrit de Marc était court et incomplet. » Rien, dans le texte précieux de l 'évoque d'IIiérapolis, n'autorisait une pareille induction. Les prétendues Anecdotes de Marc et le Recueil des Sentences de Matthieu sont donc des inventions gratuites, dont saint Papias n'a jamais eu l'honneur, et dont la découverte repose sur un contre-sens tout moderne. Après cela, ètes-vous réellement autorisé à décerner à l'Evangile de saint Luc un brevet de nullité historique, en l'accusant de n'être qu'une compilation des Anecdotes àe Marc et des Logia de Matthieu? Saint Jean n'est-il pas suffisamment justifié de n'avoir pas connu les fameux Logia, qui n'existèrent jamais que dans l'imagination abusée du récent exégète? Quoi! c'est là tout ce que vingt siècles de négations, de difficultés et de sophismes, rassemblés avec une infatigable persévérance, accumulés avec tout l'artifice
. de l'habileté moderne, ont pu produire de sérieux contre la divinité de Jésus-Christ! De bonne foi, avez-vous cru qu'une telle pierre, roulée à l'ouverture de ce tombeau, empêcherait un tel mort de ressusciter? Les Logia de
■ Matthieu, comme les Logoi de Marc, sont l'Evangile de
104 HfiTOIRE DE NOTRC-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
Jésus-Christ. Saint Papias a parlé comme FEgiise parle depuis dix-huit siècles; il a confessé la foi de Jésus-Christ dans les tourments, comme saint Pierre, saint Paul et tous les martyrs, jusqu'aux missionnaires, qui arrosent aujourd'hui de leur sang les lointaines contrées de l'Océanie ou de l'Inde. Tout votre échafaudage s'écroule; il n'y pas eu d'Evangile primitif, sur lequel on ait greffé une divinité légendaire et posthume. Le faisceau des quatre Evangiles canoniques demeure dans son inviolable majesté. Il nous est permis de redire aujourd'hui les paroles qu'Origène écrivait, en l'an 210. « Yoici ce que la tradition m'apprend, dit ce grand docteur, au sujet des quatre Evangiles, seuls admis comme authentiques par l'Eglise de Dieu, répandue dans tout l'univers. Le premier fut écrit par Matthieu, primitivement publicain, devenu plus tard apôtre de Jésus-Christ. 11 le composa en hébreu, à l'ufage des Juifs convertis à la foi. Le second est l'Evangile selon Marc; ce dernier le rédigea, selon qu'il l'entendait exposer par Pierre, dans ses prédications. Dans son Epître catholique, Pierre lui rend ce témoignage : L'Eglise de Babylone, et Marc, mon fils, vous envoient la salutation de paix. Le troisième Evangile, écrit par Luc, à l'usage des Gentils, est loué par saint Paul. Le quatrième Evangile est celui de Jean\ »
1 Orig., in Matth. Comm., Fragment, i; Patrol. grœc, tora. XllI, ccl. 829.
cuAr. I. — JÉSUS- CHRIST. 105
t^ III. Jésus-Christ.
28 Tant d'impuissance, de la part du rationalisme Pauvreté du
programme
actuel, nous est sans doute une nouvelle preuve de la vérité rationaliste. évangélique, et, sous ce rapport, nous avons le droit de nous réjouir. Cependant, elle accuse, dans l'opinion publique et dans certaines intelligences exceptionnellement cultivées, une si parfaite ignorance des principes religieux les plus élémentaires, qu'il est impossible de ne pas s'attrister d'une telle faiblesse dans l'attaque. Tout singulier que puisse paraître un tel sentiment, nous n'hésitons pas à le proclamer. Qu'on lise, par exemple, les huit volumes d'Origène contre Celse le philosophe ; et l'on nous comprendra," Celse, en niant la divinité de Jésus-Christ, savait précisément et positivement ce à quoi il s'attaquait. La lutte ne se concentrait pas, comme aujourd'hui, sur un fantôme imaginaire, qu'il suffît de regarder en face pour le voir tomber en poudre. Le rationalisme moderne est évidemm.ent audessous de sa tâche; mais son infériorité est en proportion parallèle du degré d'affaiblissement de la science religieuse parmi nous. Le programme de l'incrédulité contemporaine est par trop nul ! Il nous faut donc indiquer, pour les Renans de l'avenir, tout ce qu'ils auront à renverser, avant d'atteindre la divinité de l'Evangile. Quelques mots seulement, sur le-nom môme de Jésus-Christ, suffiront. à dissiper de frivoles espérances; et, puisqu'il faut qu'il y ait
des hérésies, peut-être réfléchira-t-on plus sérieusement avant d'accepter le triste rôle d'hérésiarque. Le nom de 29. Le Ycrbc incarné, que nous adorons, ne s'appelle
Jésu3-Christ. ' ^ ' ^"^
Le Christ pas simplement Jésus, comme le veulent les rationalistes.
dans le taon- i. i '
de antique. j| ^^ ^^ nomme pas exclusivement « Christ, « ainsi que le protestantisme affecte de le 'croire*. Son nom est Jésus- Christ. L'Eglise catholique a reçu ce nom des apôtres; elle le maintient dans son intégrité complexe ; et ne le laissera scinder, ni par les fantaisies du rationalisme, ni par les prédilections injustifiables de l'hérésie. Or, le nom de Jésus- Christ est le trait d'union entre les deux âges de l'histoire humaine. Le Christ fat promis, figuré, prédit, désigné à l'avance et attendu pendant quatre mille ans. Il ne suffit donc pas d'introduire subrepticement, dans la série des siècles, un Jésus d'imagination, inventé par la crédulité, popularisé par la légende ; pour le livrer, comme un roi de
^ Il nous est impossible de ne pas signaler ici cette inconséquence du protestantisme de toutes les écoles. Les Actes des Apôtres , en vingt-un passages difTérents , donnent à Notre-Seigneur le nom de Jésus-Christ. Les Epîtres de S. Paul nous présentent le même nom répété cent quatre-vingt-dix-huit fois. S. Pierre, dans ses deux Epîtres, le reproduit vingt-une fois; S. Jean, dix-neuf fois; S. Jude, sept fois. Nous ne parlons pas des Evangiles , qui portent ce titre uniforme : Evangelium Jesu Christi. Pourquoi les protestants, qui ne reconnaissent d'autre règle que la seule parole de l'Ecriture , ontils coupé en deux le nom du Sauveur? Leur désignation absolue : «Christ,» sans l'article préfixe, est également contraire au texte même du >;ouveau Testament, où le nom du Christ est toujours décliné, en latin comme en grec : h XaiaTÔ; t&O XciaTcD : le Christ, du Christ.