‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangilesChapitre 50 sur 63 · CHAP. V. — JÉSUS A NAZARETH · texte numérisé non relu

CHAP. V. — JÉSUS A NAZARETH

finie miséricorde allait combler des abîmes de misère, et répondre, par un déluge de grâces, au torrent séculaire d'iniquités, de vices et d'infamies. Quand le Sauveur eut terminé la lecture, il s'assit. C'était encore là une coutume juive. La lecture de la parole de Dieu se faisait debout. Le Docteur en Israël s'asseyait pour donner le commentaire, parole humaine qui s'inclinait devant la majesté de la Révélation.

36. Tel fut le texte de la première homélie chrétienne. La première L'Eglise catholique , par la voix de ses ministres, prêche chrétienne, aujourd'hui comme le Sauveur dans la synagogue de Nazareth. Elle emprunte aux Ecritures, et à une langue inconnue de la foule , le texte divin , dont elle fait jaillir des sources d'eau vive pour abreuver les âmes. Aujourd'hui, plus encore qu'à Nazareth, il lui est donné de dire : « Toutes les prophéties ont reçu leur accomplissement. » Ce signe divin, dont l'auréole resplendissait sur le front de Jésus , brille toujours au front de l'Eglise. La foule ingrate et jalouse chassa le divin Maître de la synagogue de Nazareth; les clameurs et les émeutes de la foule sont encore les mêmes. Est-il un siècle, un pays, où l'on n'ait essayé aussi de bannir l'Eglise ! Nazareth méconnaît le Dieu dont elle se croyait la patrie. La liberté de langage, l'austérité des enseignements de Jésus , révoltent des auditeurs indociles. On veut le précipiter du haut des rochers qui dominent la cité Galiléenne. Mais Jésus passe, au milieu de cette troupe

en furie, et comme lui, l'Eglise coiTiple ses triomphes par le nombre des attaques impuissantes, dirigées contre son immortalité.

§ vu. Sermon sur la Montagne.

Les huit 37. Quand Jésus parcourait ainsi la Galilée, Hérode Antipas, avec toute sa cour, était à Machéronta, sur la rive occidentale de la mer Morte. On comprend donc la liberté laissée au Sauveur de poursuivre ses prédications, « Les multitudes accouraient de la Décapole ^ , de Jérusalem , de la Judée tout entière, des provinces de Syrie et des confins maritimes de Tyr et de Sidon, pour entendre sa parole et obtenir la guérison de leurs infirmités corporelles. Chacun voulait le toucher , car une vertu divine s'échappait de lui et guérissait toutes les maladies ^ En voyant cette foule immense, Jésus se dirigea sur la montagne voisine de Capharnaum. Il s'assit, environné de ses disciples, et, levant les yeux au ciel, il dit : Bienheureux les pauvres en esprit; car le royaume des cieux leur appartient! Bienheureux ceux qui sont doux; parce qu'ils posséderont la terre ! Bienheureux ceux qui pleurent ; parce qu'ils seront consolés ! Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice ;

^ <( Quelques auteurs désignent sous ce nom les dix villes suivantes ; Césarée de Philippe, Azor, Cédés, Nephthalim, Sepheth, Corozaïn,. Capharnaùm, Bethsaïda, Jotapata, Tibériade, et Bethsan ou Scythopolis. » (De Saulcy, Bict. des Antiq. hibl., pag. 202.)

*Luc, VI, 17-19; Matth., iv, 24, 2S.

parce qu'ils seront rassasiés ! Bienheureux les miséricordieux ; parce qu'ils obtiendront eux-mêmes miséricorde ! Bienheureux ceux qui ont le cœur pur ; parce qu'ils verront Dieu ! Bienheureux les pacifiques , parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu ! Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice ; parce que le royaume des cieux est à eux ! Vous serez bienheureux , quand le monde vous maudira, qu'il vous poursuivra de sa haine, de ses persécutions et de ses calomnies à cause de moi. Réjouissez-vous alors et tressaillez d'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux! Le monde a traité de même les Prophètes cfui vous ont précédés! Vous êtes le sel de la terre. Si le sel venait à s'affadir, quel condiment lui rendrait la saveur? 11 resterait une matière inerte, qu'on jette sur le chemin et que les hommes fouleraient aux' pieds ! Vous êtes la lumière du monde ! Une cité bâtie sur la montagne peut-elle échapper aux regards du voyageur ? On n'allume pas une lampe pour la dissimuler sous le boisseau, mais on la suspend au candélabre, afin que sa clarté se répande dans toute la maison. Qu'il en soit ainsi de votre lumière, parmi les hommes ; qu'elle éclate à leurs yeux par le rayonnement de vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est aux cieux* ! »

38. « Ne croyez pas que je sois venu pour anéantir la Loi Lantique

. Loietlanou-

et les Prophètes. Je suis venu, non pour les détruire, mais veiie. «Matth., V, i-16.

pour les accomplir et les porter à leur perfection. En vérité, je vous le dis : Le ciel et la terre passeront, mais un seul iotŒy un seul point de la Loi ne restera pas sans son entier accomplissement. Quiconque violera le moindre des commandements et enseignera les hommes à le violer, sera le dernier de tous à l'avènement du règne de Dieu. Au contraire, quiconque observera les commandements et les fera respecter, sera grand dans le royaume des deux. Car, je vous le dis, si votre justice n'est plus parfaite que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans ce divin royaume. On vous a enseigné le précepte fait à vos pères. Il leur fut dit : Vous ne tuerez point : l'homicide sera puni de mort par le Sanhédrin. Et moi , je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère sera passible des peines infligées par le Conseil. Quiconque dira à son frère : Raca, sera passible des peines infligées par le Sanhédrin ; quiconque lui dira : Maudit ! méritera la condamnation à la géhenne de feu^ Si donc, en allant porter votre offrande à

^ Les Hébreux avaient deux sortes de tribunaux. Le premier se composait de vingt-trois personnes; les Juifs modernes le nomment Petit- Sanhédrin ; il était établi dans toutes les villes un peu considérables de la Judée, et connaissait de tous les délits ordinaires. C'est à lui que Notre-Seigneur a fait allusion sous le nom de Conseil. Le second était composé de soixante-dix juges et d'un président. C'était le souverain tribunal d'où ressortissaient les causes majeures. Les Juifs l'appelaient Grand- Sanhédrin ( Suvii^f lov ) . Les Scribes, c'est-à-dire les. docteurs de la loi, et les Pharisiens, très-nombreux en Judée, prétendaient que Yhomicide était le seul crime proprement dit dont un homme pût se rendre coupable. Ils considéraient les autres fautes comme de

l'autel, il vous revient en mémoire que le cœur de votre frère a quelque chose contre vous, laissez votre offrande au pied de l'autel ; allez d'abord vous réconcilier avec votre frère, ensuite, vous reviendrez faire votre présent au Seigneur. Si vous rencontrez votre adversaire sur le chemin, faites la paix avec lui ; ainsi, il ne vous traînera pas devant le juge, qui vous remettrait à ses soldats pour être jeté en prison. En vérité, je vous le dis, vous ne sortiriez pas alors, avant d'avoir payé jusqu'à la dernière obole \ Vous avez

simples délits. Leur morale religieuse était donc assez semblable à celle de l'indiffércntisme moderne, qui décerne un brevet d'honneur à quiconque n'a ni tué, ni volé. Mais la doctrine de Jésus-Christ est bien différente. Quiconque s'abandonne à un transport de colère contre son prochain, est coupable devant Dieu, et commet une faute dont la gravité est du même genre que celle des délits ordinaires soumis à la répression du Conseil ou Petit- Sanhédrin (T7, x.p'cst). Que si à la colère il ajoute le mépris, marqué par le terme offensant : 'Racal (homme de rien), sa faute s'aggrave et prend les proportions de celles que le Sanhédrin avait à punir (Tû auveS'pîu). Enfin, si au mépris il ajoute l'outrage exprimé chez les Juifs par le mot Fatue (mûse), pris dans le sens d'impie, la faute atteint sa dernière limite, comme celles que le Sanhédrin punissait du supplice du feu. Nous avons suivi, pour l'interprétation de ce passage, le texte grec de saint Matthieu. La traduction de la Vulgate prêterait davantage à une confusion entre les deux juridictions établies chez les Juifs. Quoi qu'il en soit, la gradation dans les fautes spirituelles est ici clairement indiquée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Leur degré de culpabilité se mesure, s'apprécie et se juge. Voilà pourquoi l'Eglise catholique a partout des tribunaux oii se jugent et se mesurent les péchés des hoiumes.

' Quadrantem (K&'5'pâvT-/iv), pièce de monnaie qui valait le quart d'un As romain. L'As, au temps de Notre- Seigneur Jésus-Christ, valait à peu près cinq centimes de notre monnaie actuelle. Le liard ancien représenterait donc exactement la valeur du Quadrans. Les lecteurs .qui auraient pris au sérieux l'affirmation d'un sophiste récent : « Jésus

appris encore qu'il fut dit à vos aïeux : Vous ne commettrez pas l'adultère. Moi , je vous dis : Quiconque jette sur une femme un regard de concupiscence a déjà commis l'adultère en son cœur. Que si votre œil ou votre main droite sont pour vous des instruments de scandale, arrachez l'un, coupez l'autre, et jetez-les loin de vous \ Il vaut mieux qu'un de vos membres périsse, et que voire corps tout entier ne soit point précipité dans l'enfer. Il fut dit aussi aux anciens : Celui qui voudra se séparer de sa femme pourra lui donner un libelle de répudiation ^ Et moi, je vous dis : Quiconque répudie sa femme, sauf le cas d'adultère, se rend lui-même coupable de ce crime. Quiconque épouse une femme répudiée est adultère ^. »

ne savait pas le latin, » seront sans cloute fort étonnés de trouver une expression aussi exclusivement latine dans le sermon sur la Montagne.

* Pour ne pas interrompre la suite admirable du sermon sur la Montagne, nous renvoyons en note les explications exégétiques. La formule: « Si votre œil droit vous scandalise, arrachez-le; si votre main droite vous scandalise, coupez-la, » ne doit pas être isolée du contexte. Le Sauveur parle ici de la plus tyrannique des passions. Il était impossible d'en peindre la violence d'une manière plus saisissante. L'œil, la main, qu'est-ce que cela pour le malheureux esclave qui sacrifierait mille vies à l'objet de son aveugle et criminelle ardeur? Voilà pourquoi le Dieu qui savait de quel limon il avait formé le cœur de l'homme , se sert de ce langage énergique. Il oppose à la fureur des passions l'héroïsme du sacritice, et aux flammes de la volupté qui conduisent à celles de l'enfer, le feu d'une généreuse et sainte mortification.

^ Deuter., xxiv, 1.

^ Matth., V, 16-32. La répudiation, chez les Juifs, n'avait été inscrite dans la loi que par une condescendance divine : Ad duritiam cordis, ainsi que le dit ailleurs Jésus-Christ lui-mcme. (Matth., xix, 8.) il n'en avait point été ainsi à l'origine : Ab initio autem non fuit sic.

Amour des nemis.

39. « Vous savez encore qu'il fut dit à vos pères : Vous La loi du

Sermect. L<

ne jurerez point par le nom de Jéhovali * ; mais vous ac- i°' duTaiion

Amour dps

quitterez tous vos serments, comme une dette contractée ®° envers le Seigneur. Et moi , je vous dis : Ne jurez par au-

(Id. ibid. ) Le Sauveiu' établit donc ici l'indissolubilitc du mariage, exactement dans les termes où l'Eglise catholique, malgré toutes les récriminations aveugles des passions humaines, l'a toujours maintenue. La clause d'exception, formulée par Jésus -Christ, est aujourd'hui conservée par l'Eglise , quoiqu'elle ne se trouve plus dans nos codes. Quiconque voudra sérieusement méditer un sujet qui a fixé l'attention des plus grands législateurs, ne tardera pas à se convaincre de la profonde sagesse de la clause exceptionnelle. On ne peut rien ajouter ni rien ôter à l'Evangile, sans se précipiter dans des abîmes.

1 ExocL, XX, 7; Levit., xix , 12, Beiiteron., v, 14. Les Scribes et les Pharisiens avaient abusé du commandement mosaïque : « Vous ne prendrez point le nom du Seigneur en vain, » au point d'enseigner ex professa qu'il était permis de tromper les étrangers par tous les serments possibles, pourvu qu'ils ne fussent point prêtés sur le nom sacré de Jéhovah. Ainsi, ils soutenaient que jurer par le Temple de Jérusalem, par l'Autel des holocaustes, par la terre ou le ciel, n'engageait absolument à rien. On sait quelle était, dans l'antiquité, la religion du serment. L'interprétation pharisaïque de la loi, en restreignant au nom seul de Jéhovah l'obligation absolue de tenir une promesse, fournissait aux Juifs un prétexte fort commode pour violer tous leurs engagements. Ils avaient des lors, comme ils ont encore aujourd'hui , un attachement prononcé pour la prédiction mosaïque : « Tu accableras l'étranger sous le poids de l'usure. » Fœnerabis gentibus. {Deuteron.,x\, 6, xxni, 19; xxvui, 12.) Aussi, attachaient-ils le plus grand prix à une doctrine qui les mettait en règle avec leur conscience, en les autorisant à prodiguer, vis-à-vis des Romains, des Grecs, de tous les païens en général, les formules de serment les plus terribles et les plus explicites. Ceux-ci, en entendant un Juif jurer par le Temple de Jérusalem, se croyaient suffisamment garantis, et le fils de Jacob spéculait sur leur crédulité, en s'applaudissant de ses pharisaïques subterfuges.

cun nom ; ni par le ciel, qui est le trône de Dieui ; ni par la terre, qui est l'escabeau de ses pieds ^; ni par Jérusalem, qui est la cité du grand roi ^ Ne jurez pas même sur votre tête, car vous ne pouvez changer à votre gré la couleur d'un seul de vos cheveux. Dites simplement : Cela est ; ou : Cela n'est pas. Toute parole que vous ajouteriez serait une inspiration de l'esprit du mal \ Vous avez, de même, appris l'antique règle : Œil pour œil, et dent pour dent ^ Moi je vous dis : Ne repoussez point la violence par. la force. Si quelqu'un vous frappe à la joue droite, tendez-lui la gauche. Un ennemi vous cite au tribunal pour vous dépouiller de votre tunique, offrez-lui votre manteau. On vous requiert ^ pour une course d'un mille \ faites-en deux autres en plus. Donnez à qui vous demande, et si on sollicite de vous un emprunt, ne détournez pas l'oreille. Vous

1 Cœlum sccles mea. (Isa., lxvi, 3. ). — ^ Terra autem scahellum pedum tuorum. (Id., ibid.) — ^ Civitas régis magni. [PsaJm., xlvii, 3.) — * Jac, V, 12. — ^ Exod., \\i,2i;Levit., xxiv, 20; Deuteron., xix, 21.

^ Quicumque te angariaverit. Cette expression est empruntée à la langue du droit romain , par lequel la Palestine était alors administrée. La réquisition du magistrat romain n'admettait ni délai , ni excuse. On requérait le voyageui', l'étranger, le passant, pour un service public, ou simplement pour le bon plaisir d'un officier. Il fallait se soumettre. Ce fut une réquisition de ce genre qui valut à Simon de Cyrénéen l'honneur de partager avec Jésus-Christ le fardeau de la croix rédemptrice.

' Encore une expression latine sur les lèvres de Jésus, qui, dii-on, ne savait pas le latin. Les voies romaines qui sillonnaient le monde •étaient toutes divisées par des bornes milUaires, placées à un intervalle d'environ mille pas. La valeur exacte du mille romahi, par rapport à nos mesures actuelles, était de 1481"" 75.

avez tous appris le commandement : Tu aimeras ton prochain, et tu délesteras ton ennemi ^ Pour moi, je vous dis : Aimez vos ennemis; bénissez ceux qui vous maudissent» ; faites du bien à ceux dont vous n'éprouvez que la haine ; priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. Ainsi, vous serez les fils de votre Père céleste, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, qui verse la pluie féconde sur la moisson du juste et celle de l'impie. Quel mérite, d'aimer qui vous aime? Cette vertu n'est-elle pas à l'usage des Publicains eux-mêmes ' ? Si vous ne daignez saluer que vos frères, en quoi différez-vous du païen, qui en fait autant? Soyez donc parfaits comme votre Père céleste esl parfait \ »

Page 1