‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangilesChapitre 51 sur 63 · Gardez-vous d'afficher vos bonnes œuvres, pour Aumône · texte numérisé non relu

Gardez-vous d'afficher vos bonnes œuvres, pour Aumône

et bonnes

attirer sur vous les regards des hommes; car vous n'auriez œuvres. orai-

^ ' son Domini-

poin't la récompense de votre Père qui est aux cieux. Quand '^*'®vous ferez l'aumône , ne sonnez point de la trompette devant vous, comme les hypocrites, qui distribuent leurs largesses dans les synagogues et sur les places publiques,

* Biliges amicum tuum sicut teipsum. {Levit., xix, 18. ) De ce précepte d'aimer ses amis , la glose pharisaïque avait tout naturellement conclu à l'obligation de haïr ses ennemis.

2 Luc, Vi, 28. Benedicite maledicentibus vobis. Ce passage manque dails la version de saint Matthieu selon la Vulgate, mais il se trouve

dans le texte grec 'EuXc^Its tgÙ; y.y.Tapw[j.£Vi'j; ùaaç. ( Eua-^-^EAtov x.a.xa.

MaTÔ., cap. V, 44.)

^ Voir, au n" 46, le sens du mot PubUcain. — * Matt., v^ 33, ad ultim.

pour recueillir les hommages de la foule \ En vérité,' je vous le dis : ils ont ainsi reçu toute leur récompense. Pour vous , que votre main droite ignore ce que la gauche aura donné, afin que votre aumône, demeurée secrète , soit récompensée par votre Père , dont l'œil pénètre tous les secrets. De même, pour vos prières. Les hypocrites aiment à se montrer dans les synagogues et à l'angle des rues, debout, dans l'attitude de la prière, pour que la foule admire leur recueillement ^ En vérité , je vous le dis, ils .ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vour prierez, entrez dans l'appartement le plus retiré de votre demeure, fermez la porte et priez votre Père, dans le secret du cœur, et votre

1 Les riches Pharisiens, en se rendant à la Synagogue, distribuaient pubhquement leurs aumônes dans les rues qu'ils traversaient. Notre- Seigneur compare cette ostentation à l'éclat bruyant des représentations théâtrales. Le mot : ù^oxpixal , dans son sens httéral signifie : «Comédiens. » On se rappelle qu'Hérode avait multiplié les théâtres dans les villes de Judée. Les jeux scéniques étaient annoncés au bruit des trompettes qui parcouraient toutes les rues. C'est à cet usage que le Sauveur fait allusion, ainsi que le prouve d'ailleurs l'autre expression grecque : npo? tô ôexOwxt, qu'il emploie pour caractériser l'orgueil pharisaïque qui aimait à se donner en spectacle.

2 Partout ailleurs qu'en Judée, de telles mœurs étaient inconnues. Les Pharisiens , qui portaient à la frange de leur manteau de larges phylactères, où étaient inscrites les sentences de la loi, s'arrêtaient dans les places publiques, à l'angle des rues, pour les méditer. C'était l'exagération de la parole du Deutéronome : Meditaberis in eis sedens in domo tuà, et ambulans in itinere. [Deuteron., vi, 7.) En recommandant à ses disciples le silence sur leurs bonnes œuvres, Jésus leur donne un précepte dont il leur fournira lui-même l'exemple. Après chacun de ses miracles , le divin Maître ordonne presque toujours d'en garder le secret.

Père, qui lit dans le secret des âmes, vous exaucera. Or, quand vous prierez, ne multipliez point les paroles , ainsi que font les païens, qui croient, par là, rendre leur prière plus efficace. Ne les imitez pas, car votre Père sait, avant que vous les lui exprimiez, quels sont vos besoins. Lors donc que vous prierez , dites : Notre Père , qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié ; que votre règne arrive; que votre volonté soit faite sur la terre comme aux cieux! Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il! — En effet, si vous pardonnez à vos frères leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera les vôtres ; mais si vous êtes implacables pour les autres, votre Père le sera de même pour vous '. »

41 . « Quand vous jeûnez, n'ayez point l'air triste de ces Jésus.

Le Lis des

hypocrites qui macèrent leur visage, pour que tout le champs. La monde remarque leur fidélité à observer la loi. En vérité, je vous le dis; ils ont reçu leur récompense. Pour vous, lorsque vous jeûnez, parfumez-vous la tête, lavez-vous le \isage *; que les hommes ne soupçonnent point vos morti-

\Matth., Yi, 1-15.

* Dans les jeûnes solennels, les Juifs se couvraient la tète de cendres, portaient un cilice, ou se couvraient du sac de la pénitence. Le rigorisme pharisaïque avait encore renchéri sur ces observances. L'orgueilleux Pharisien jeûnait deux fois la semaine : Jejuno bis în sab-

cations; mais votre Père, à qui rien n'est caché, vous en donnera la récompense. Ne cherchez pas à amasser des trésors sur une terre où la rouille et les vers peuvent les ronger, où les voleurs fouillent et dérobent ; mais amassez des trésors pour le ciel. Là , ni la rouille, ni les vers, ni les voleurs ne sauraient les atteindre \ Où vous déposerez votre trésor, là sera aussi votre cœur. — L'œil est la lampe du corps. Si votre œil est sain, tout votre corps sera éclairé; si l'œil est malade, tout le corps est plongé dans les ténèbres. De même, si la lumière intérieure de la conscience s'obscurcit en vous, quelles ne seront pas les ténèbres de l'àme ! — Nul ne peut servir deux maîtres, car il haïrait l'un ou aimerait l'autre; il obéirait à l'un ou mépriserait l'autre. Vous ne pouvez donc servir à la fois Dieu et Mammon. Yoilà pourquoi je vous dis : Ne soyez point en peine de votre existence, pour savoir comment vous la soutiendrez; ni de votre corps, pour savoir comment vous le vêtirez. La vie est plus que la nourriture ; le corps est plus que le vêtement. Yoyez les oiseaux du ciel ; ils ne sèment ni ne mois-

bato (Luc, XVIII, 12) le lundi et le jeudi. Il voulait que la pâleur affectée de son visage témoignât hautement de ses austérités. Au contraire, Jésus ordonne à ses disciples, lorsqu'ils jeûneront, de se parfumer la tète. Or c'était l'usage en Palestine, dit saint Jérôme, d'user de parfums aux jours de fête : Ubi diebus festis soient ungere capita. (Hieron., In Matth. Commcntar., cap. vi, 17.)

* On comprend facilement qu'à l'époque de l'invasion romaine en Judée , l'usage d'enfouir en terre ses trésors fût devenu fréquent chez les fils de Jacob.

sonnent, ils n'entassent aucunes provisions dans des greniers; et cependant votre Père céleste les nourrit. Ne valezvous pas mieux que l'oiseau qui fend les airs? Et qui de vous, avec toutes ses sollicitudes, pourrait ajouter à sa taille une coudée? Quant au vêtement, voyez comment croissent les lis des campagnes; ils ne travaillent point, ils ne filent point, et cependant, je vous le dis, Salomon, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Or, si Dieu décore ainsi une fleur des champs, qui sera coupée demain et jetée au four, que ne fera-t-il point pour vous, hommes de peu de foi! Ne dites donc plus, dans votre inquiétude : Aurons-nous de quoi manger, boire et nous habiller? Laissez aux païens ces sollicitudes matérielles. Yotre Père sait que vous avez besoin de tout cela ; mais cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît. Plus d'inquiétudes donc pour le lendemain. Demain se pourvoira lui-même, à chaque jour suffit son mal ^ Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez à la porte, et l'on vous ouvrira. Quand votre enfant vous demande du pain ou du poisson, lui donnez-vous un serpent ou un caillou? Si donc, vous qui êtes de faibles hommes, vous savez donner à vos enfants ce qui leur est convenable, combien plus votre Père, qui est aux cieux, accordera-t-il les vrais biens à ceux qui les lui demandent -? » * Matth., Yi, 17-34. — -Malth., vu, 7-11. Nous joignons ici

La poutre 42. c( Ne jugez point , et vous ne serez point jugés; ne

et la paille.

Les faux conclamnez point, et vous ne serez point condamnés. Par-

prophetes. *• ' ■ *■

étales œuvres donuez, afin que l'on vous pardonne , donnez, et l'on vous donnera. Le jugement que vous aurez porté sur votre frère sera la règle du vôtre ; on vous appliquera à vousmêmes la mesure dont vous vous serez servis pour votre prochain. Quoi! vous apercevez une paille dans l'œil de votre frère , et vous ne voyez pas une poutre dans le vôtre ! Viens, dites-vous à votre frère, que j'ôle cette paille de ton œil. — Hypocrite, commencez d'abord par arracher la poutre de votre œil , et vous songerez alors au fétu qui pourrait se trouver dans celui de votre prochain. Faites donc envers les autres tout ce que vous voudriez que l'on fît envers vous-même. La Loi et les Prophètes sont tout entiers dans ce précepte. Entrez par la porte étroite ; car la porte est large , la voie est spacieuse , qui conduit à la perdition , et nombreux sont les insensés qui s'y précipitent! Mais, au contraire, combien est étroite la porte, combien est resserré le sentier qui conduit à la vie, et qu'ils sont rares ceux qui les découvrent ! Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous sous une peau de brebis , mais qui sont en réalité des loups dévorants. Yous les con-

ces deux passages relatifs à la prière. Ils sont séparés dans le texte, mais la plupart des commentateurs supposent que cette interversion est accidentelle; la suite des idées porte à croire qu'ils ont été prononcés par le Sauveur dans l'ordre où nous les rétablissons.

naîtrez à leurs fruits. On ne cueille pas les grappes de raisin sur le buisson épineux , ni la figue parfumée sur les branches de ronces. Ainsi, l'arbre d'une bonne essence produit de bons fruits, et réciproquement. Mais on coupera, pour le jeter au feu, l'arbre dont les fruits sont mauvais. C'est donc aux fruits que vous jugerez les doctrines. Il ne suffit pas de dire : Seigneur ! Seigneur ! pour entrer dans le royaume des cieux. Celui qui fera la volonté de mon Père, qui est aux cieux, sera seul introduit dans son royaume. Au jour solennel des justices divines, plusieurs me diront : Seigneur ! Seigneur ! n'est-ce donc pas en votre nom que nous avons prophétisé , chassé les démons et accompli des œuvres prodigieuses ? Mais je leur répondrai : Je ne vous connais pas ! Retirez-vous de moi, artisans d'iniquité ! Au contraire , quiconque sera docile à mes enseignements, et les mettra en pratique, sera semblable au sage constructeur qui a édifié sa maison sur le rocher. Les pluies et les torrents inondent la plaine, le vent souffle avec furie ; mais la maison demeure inébranlable sur le roc qui lui sert de base ; tandis que celui qui écoute ma parole sans la pratiquer , ressemble à l'insensé qui a bâti sur le sable. Quand le torrent et la pluie descendent des montagnes, quand l'orage vient fondre sur la demeure, elle s'écroule, jonchant au loin le sol de ses débris. — "Ainsi parla Jésus ; et quand il eut terminé ce discours, la foule admirait la sublimité de sa doctdne. Il enseignait, 1. 28

avec une autorité inconnue aux Scribes et aux Pharisiens*. »

Idée gêné- 43. C'était en effet l'autorité de Dieu même qui venait

râl G (lu

sermonsuria Compléter, suu la montagne de Capliarnaiim, la loi donnée

Montagne.

au Sinaï. Nous ne voulons pas affaiblir, par un stérile commentaire, la vertu divine qui s'exhale de chacune des paroles du Sermon sur la Montagne, L'Evangile tout entier en formera le développement ultérieur. Jésus seul pouvait expUquer sa parole. 11 nous suffira d'en exposer l'enchaînement rigoureux et la suite logique. Le Verbe de Dieu apporte à l'humanité dont il est venu épouser les misères, des trésors de félicité que nul ne soupçonnait avant lui. La pauvreté volontaire ; la douceur ; les larmes ; la faim et la soif de la justice ; la pratique des œuvres de miséricorde ; la pureté du cœur ; l'amour de la paix ; la patience dans la persécution, telles sont les huit béatitudes que prêche le Sauveur à un monde où la richesse et le luxe avaient atteint des proportions presque surhumaines ; à une époque où la violence était la loi suprême, où le sensualisme romain était plus empereur que Tibère, où la justice était un mot vide de sens , où la miséricorde consistait à abréger, par le poignard du confecteur, les tortures des gladiateurs blessés, où la volupté régnait seule sur les consciences, où la paix était synonyme d'esclavage universel, où la persécution n'avait de limites que celles de l'univers. Des rhé- * Matth., vil, integr.

teurs ont prétendu faire de Jésus un démocrate à vues exclusives et mesquines; ils l'ont travesti en je ne sais quel révolutionnaire impuissant, qui eût voulu secouer les chaînes de l'humanité, sans avoir la force de réaliser ses rêves d'indépendance ! Il faut vraiment toute l'ignorance ou la mauvaise foi du parti pris, pour oser produire, de nos jours, des théories aussi manifestement insensées. Qu'on relise le Sermon sur la Montagne; voilà le programme de la doctrine évangélique. Vainement on y cherchera l'appel aux armes d'un Spartacus, ou l'excitation à la révolte d'un chef de démocratie. 0 Jésus, Dieu de la crèche et du Calvaire, victime de Tibère et d'fîérode, Agneau de Dieu, immolé pour les péchés du monde, il est donc vrai que ce dernier soufflet était réservé à votre face auguste, et que, dans les bas-fonds du moderne socialisme, une main devait se trouver, comme autrefois celle d'un valet de Pilate, pour vous infliger ce dernier outrage! Mais, qu'importe? On ne changera pas un iôta à l'Evangile, et l'Evangile ne parle point comme les sophistes actuels.' Jésus ne procède ni de la démocratie ancienne et moderne, ni des philosophies passées ou présentes. La base de son enseignement est la loi hébraïque, élevée à la perfection chrétienne. La sanction de ses préceptes est plus haute que toutes les espérances, toutes les aspirations et les sollicitudes de ce monde. Le royaume des cieux est son royaume, le juge suprême est le Père céleste, dont la Providence ici-

bas veille sur ses enfants avec une égale tendresse , jusqu'au jour de la rétribution définitive, où le bien et le mal seront récompensés et punis. En vérité ! qu'a de commun cette doctrine avec les apliorismes de Sénèque arrondissant, en périodes déclamatoires , un éloge académique de la pauvreté sur une table d'or massif, et sous les lambris du fastueux palais de Néron ? Quelle "ressemblance entre l'abnégation, le dévouement, le sacrifice personnel, la mortification intérieure et extérieure , imposés, comme des devoirs absolus , par le divin Maître , et les excitations passionnées , les émeutes de concupiscence , d'orgueil et de sang, soulevées par les démagogies !

§ vin. Sliracles à Capharnaûm.

44. « Jésus descendit de la montagne, entouré d'une foule immense. En approchant de Capharnaûm, un lépreux vint à sa rencontre et se prosterna devant lui pour l'adorer. Seigneur, dit-il, si vous le voulez , vous pouvez me guérir. — Jésus touché de sa prière étendit la main et le toucha, en disant : Je le veux, soyez guéri! — A l'instant même, la lèpre disparut. Allez, reprit Jésus. Ne parlez à personne de ce qui vient de se passer ; mais présentez-vous au prêtre, et offrez les dons prescrits par Moïse , pour la purification de la lèpre. Ainsi vous attesterez votre guérisou. — Dans sa reconnaissance, le lépreux publia partout la faveur dont il venait d'être l'objet. Le bruit de ce miracle se répandit

eu AV. V. — MIRACLES A CAPHARNAUM. 437

bieDtot ; et la multitude qui se pressait autour de Jésus, ne lui permit pas d'entrer dans la ville. Il se relirait au désert, pour prier dans la solitude, mais le peuple venait l'y trouver de toutes parts, afin d'entendre sa parole et d'obtenir la guérison de toutes les maladies K » S'il y eut jamais une infirmité, sur laquelle « la plus douce parole ou le contact le plus sympathique, » ainsi que parle le rationalisme, soient complètement impuissants, c'est à coup sûr la lèpre, cette hideuse maladie encore aujourd'hui trop commune en Orient, oii la chair, boursouflée et bleuâtre, se détache par plaques énormes, laissant à vif la plaie saignante, et dévorant sa victime jusqu'aux os. Le seul attouchement d'un objet sur lequel s'est posée la main du lépreux; le souffle du vent qui a passé sur lui communique la lèpre. Aussi la foule qui descend de la montagne , entourant le divin Maître, s'écarte à la vue du lépreux de Capharnalim. L'incrédulité demande une commission scientifique pour constater la réalité des maladies guéries par Jésus. Dans l'histoire du lépreux, cette exigence se trouve amplement satisfaite. Une commission de prêtres , établie en permanence par la loi mosaïque, siégeait à Jérusalem pour constater tous les cas de lèpre qui se produisaient parmi la po pulation juive^ Après un examen attentif, dont tous les détails consignés au Lévitique, sont de nature à satisfaire

* Matth., VIII, i-4; Marc, i, 40-43^ Luc, v, 12-15. — *Leuif., xiii, 1,2.

les esprits les plus méticuleux, quand la lèpre avait été officiellement reconnue, le malheureux qui en était atteint, recevait la défense d'entrer dans les lieux habités*. Il devait se retirer dans les campagnes désertes^; sa maison était rasée et l'on en soumettait les pierres elles-mêmes à l'action d'un bûcher ardent, où l'on jetait tout ce qui avait été à l'usage personnel du lépreux. Afin de prévenir les rencontres fortuites qui pouvaient devenir fatales au voyageur, au passant, à l'étranger, le lépreux ne portait que des vêtements décousus % par les ouvertures desquels chacun ■voyait ses horribles ulcères. Il lui était interdit , pour le même motif, de se couvrir la tête '^ ; mais il devait rejeter le pan de son manteau sur ses lèvres % de peur que l'air empesté de son haleine ne communiquât la contagion ; enfin, il était obligé de prévenir de loin ceux qu'il rencontrait sur son chemin, en criant : Fuyez le lépreux^ ! — On se demande s'il serait possible, dans les sociétés modernes, où le luxe de la réglementation est arrivé à ses dernières limites, d'imaginer une organisation plus appropriée à la fois aux nécessités du climat, au respect de la liberté individuelle et à l'intérêt général de la sécurité publique. Mais si la constatation de la lèpre était environnée de tant de garanties, la guérison elle-même, pour être reconnue , était

* Ad arbitrium ejus separabitur. (Id., ibid., 3.) — ^Solus habitabit extra castra. IbicL, 40.) — ^ Habebit vestimenta dissuta. (Ibid., 4o.) — '' Caput nudum. (Ibid.) — " Os veste contectum. (Ibid.) — ^ Contaminatum ac sordidum se clamabit. (Ibid)

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soumise à des formalités qui excluaient toute possibilité de surprise et de fraude Quand Jésus dit au lépreux guéri : « Allez, ne parlez à personne sur votre chemin, mais présentez-vous au prêtre ; » le Sauveur fait allusion à ces formalités légales, que tout le monde connaissait en Judée. Il en appelle lui-même à la constatation juridique , réclamée par nos rationalistes modernes. 11 veut que le miracle soit officiellement constaté, non pas aux yeux de la foule , qui n'avait pas besoin d'un autre témoignage, mais, selon la pensée de saint Augustin, aux yeux de la postérité, cette grande malade, que lalèpre des passions ou de l'incrédulité dévore toujours et que la parole du Fils de Dieu ne cessera jamais de guérir. Or voici quelles étaient les formalités prescrites par Moïse , pour que le lépreux , guéri par une cause accidentelle quelconque, ou par les seules ressources da la nature, fût relevé de l'interdit qui le frapp:iit et réintégré dans la société de ses semblables. Il devait se présenter aux prêtres qui avaient ordonné sa séquestration. Les juges de son infirmité passée étaient seuls appelés à prononcer sur la réalité de la guérison. Quiconque connaît le cœur humain et les raffinements d'amour-propre des corps constitués, sentira l'importance d'une telle garantie, et sera loin de soupçonner une exagération de bienveillance, dans un pareil tribunal. Après l'examen minutieux auquel on soumettait le requérant, si la lèpre avait réellement disparu, et que l'œil des juges n'en eût rencontré aucune

trace, on procédait cala purification légale. L'ancien lépreux offrait au Temple deux passereaux vivants, du bois de cèdre, un morceau d'étoffe teint en écaiiate et un rameau d'hysope» La main du lépreux touchait chacune de ces offrandes, et l'on sait les terribles effets de raltouchement d'une main de lépreux. Le prêtre immolait!' un des passereaux, sous une fontaine d'eau vive, afin d'éloigner pour lui-même toutes les conséquences d'un pareil contact. Le sang de l'oiseau était recueilli dans un vase de terre ; on y plongeait le bois de cèdre, l'écarlate etl'hysope, avec lesquels on aspergeait l'au tre passereau qu' on remettait immédiatement en liberté. Puis on faisait sept aspersions successives , avec le même sang , sur le prétendu guéri. Telle était la première épreuve. Il est évident que si le virus de la lèpre existait en:core à l'état latent, il devait se communiquer au passereau, remis en liberté, et surtout au patient lui-même, soumis à ces aspersions réitérées. On rasait alors l'ex-malade, sans lui laisser, sur le corps , un seul poil ; on le mettait dans un bain, et après avoir lavé tous ses vêtements, on le laissait pendant sept jours sous l'influence de cette première épreuve. Si, dans cet intervalle, le sang, surexcité par l'action du rasoir et attiré dans tous les pores par l'eau tiède du bain, circulait librement, sans former à la peau aucune de ces taches livides, qui sont les symptômes ordinaires de la lèpre, on pouvait croire à la réalité de la guérison. Alors l'ex-lépreux offrait au Temple deux agneaux, dont l'un

CHAP. V. — MIRACLES A GAniARNAUM. 4-41

était immolé en sacrifice de propitiation et l'autre brûlé

sur l'aulel des holocaustes. On renouvelait les aspersions ;

et, si cette seconde épreuve n'amenait point de rechute, le

lendemain le lépreux était déclaré pur et rentrait dans le

commerce des hommes'. Tel fut le sort du lépreux de Ca-

pharnaiim , et tel est le sens réel de la parole de Jésus :

Vade, ostende te sacerdoti et offer pro emundatione tuà, si-

cut prœcepit Motjses, in testimonium illis. Une commission

scientifique, nommée aujourd'hui par l'Académâe de Paris

ou de Berlin, ferait-elle davantage?

45. La renommée de Jésus allait croissant. Les Scribes et Le paralytique dans la

les Pharisiens de Jérusalem se préoccupèrent du concours maison de

Simon-Jfierre

immense qui se formait autour du nouveau docteur, et voulurent se rendre compte des événements qui soulevaient toute la Galilée. « Cependant, dit l'Evangéliste, loin de rechercher la foule, Jésus fuyait au désert, pour prier en liberté. Mais un jour que la multitude avait envahi la demeure de Simon où il se trouvait, il s'assit et enseignait le peuple. Or il y avait là des Pharisiens et des Docteurs de la loi, venus de tous les points de la Galilée, de la Judée tout entière et de Jérusalem. La puissance du Seigneur se manifestait par des guérisons nombreuses. Et voici que des hommes portant un paralytique , étendu sur un lit, cherchaient à pénétrer à travers lafoule,pour déposer le malade aux pieds de Jésus. N'ayant pu y parvenir, ils montèrent * Levit., XIV integr.

sur la plate-forme de la maison, et, pratiquant une ouverture par les tuiles du toit , ils firent descendre le malade étendu dans son lit jusqu'au lieu où était Jésus. En voyant combien grande était leur foi , le Seigneur dit au paralytique : Yos péchés vous sont remis ! — A celte parole, les Scribes et les Pharisiens se disaient entre eux : Comment peut-il blasphémer de la sorte ? Qui donc a le pouvoir de remettre les péchés? N'est-ce pas un privilège que Dieu s'est réservé à lui seul ? — Mais Jésus , connaissant leurs pensées, leur dit : Pourquoi votre cœur s'abandonne-t-il à des soupçons pervers ? Lequel est le plus facile de dire à ce paralytique : Yos péchés vous sont remis; ou de lui dire : Levez-vous et marchez? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'Homme a, sur la terre, le pouvoir de remettre les péchés : Lève-toi, dit-il au paralytique. Je te l'ordonne. Emporte ton lit et retourne en ta demeure. — Aussitôt, le malade se levant, chargea son lit sur ses épaules, et, glorifiant Dieu, reprit le chemin de sa demeure. L'effroi s'empara de tous les assistants, ils proclamaient la puissance de Jésus, et, dans leur étonnement, ils disaient : Nos yeux ont vu, en ce jour, des merveilles* ! »

«Vos péchés 46. Le pouvoir de remettre les péchés, si hautement

vous sont '■

remis! » proclamé par le divin Maître , fait aujourd'hui le scandale des rationalistes et des protestants, absolument comme il révoltait à Capharnatim les Scribes et les Docteurs de la loi. ^Mattli., u, 1-8; Marc, ii, 1-12; Luc, \, 17-26.

CHAP. V. — MIRACLES A CAPHARNAUM. 443

L'Eglise catholique , héritière des enseignements et de la puissance de Jésus, n'a pas cessé et ne cessera jamais de remettre les péchés! Que font-ils pourtant, les docteurs de la raison ou du libre examen, que font-ils de ce texte évangélique si clair et si précis? N'est-il pas évident que Jésus- Christ s'est nettement posé comme le Fils de Dieu , ayant, sur la terre, le pouvoir de remettre les péchés? Certes ! une telle prérogative n'appartient qu'à la Divinité. Les Pharisiens disent vrai, quand ils en font la remarque. Mais plus leur objection est fondée, plus elle fait ressortir le caractère divin, le titre de Dieu que Jésus-Christ s'attribue, sans hésitation et sans subterfuge. La guérison instantanée du paralytique et le pouvoir qu'elle suppose dans l'ordre de la nature, sont à la fois le symbole et la confirmation des guérisons spirituelles et du pouvoir qu'elles supposent dans l'ordre de la grâce. Les circonstances du miracle opéré en faveur du paralytique sont aussi frappantes que les puisse exiger la critique la plus hostile. Les témoins. Scribes, Docteurs de la loi et Pharisiens, sont loin d'être bienveillants. Ils ne se rendront qu'à l'évidence. Le malade est descendu à l'aide de cordes, par une ouverture pratiquée dans la plate-forme de la maison. Si le Sauveur n'est qu'un médecin habile, ayant à sa disposition les secrets d'un art inconnu au vulgaire , pourquoi adresse-t-il à ce malade des paroles en apparence aussi étrangères à son infirmité ? Pourquoi lui dit-il : « Vos péchés vous sont remis ?. » Quoi

qu'on fasse, il est impossible d'enlever à l'histoire évangélique son caractère propre, sa physionomie particulière. Ce n'est ni un médecin, ni un philosophe, ni un législateur, ni un héros humain qui agit, parle, se meut, vit et respire dans cet étonnant récit. C'est un Dieu. Vocation de 47. (( Aprôs ce miraclc , continue le texte sacré, Jésus

s. Matthieu.

Le repas dans sortit 0.6 Capliamaûm. En passant, il vit, assis à son comp-

la maison du

pabiicain. {oir, uu publicain dont le nom était Lévi, et le surnom

Murmures '■ '

s1ens^et"d8s -^Ifitthicu. Sulvcz-mol , lui dit-il. — A l'instant même, le 'la Toi! ^ publicain se leva, quitta tout et suivit Jésus. Or, quelques jours après, Lévi lui donna dans sa maison, un grand festin auquel assistaient plusieurs publicains et d'autres convives également détestés des Juifs. Les Pharisiens et les Scribes murmuraient de cette conduite. Ils s'adressèrent aux disciples de Jésus et leur dirent : Pourquoi mangezvous avec des publicains et des pécheurs ? — Jésus prit la parole, et répondant à leurs secrètes pensées : Ce n'est pas, dit-il, l'homme en bonne santé, mais le malade qui a besoin de médecin. Je suis venu appeler à la pénitence non pas les justes, mais les pécheurs. — Les Pharisiens répliquèrent : Pourquoi donc les disciples de Jean observent-ils des jeûnes rigoureux et passent-ils leur temps en prières, pendant que les vôtres prennent part aux festins qu'on leur donne? — Quand les amis de l'époux sont à ses côtés, répondit Jésus, pouvez-vous leur prescrire le deuil et le jeûne? Viendront les jours où l'époux leur sera enlevé,

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alors ils jeûneront. — Puis il leur dit celte parabole : Nul d'entre vous ne verse le vin nouveau dans les vieilles outres, parce que la force du vin les ferait éclater et le liquide serait perdu. Il faut mettre le vin nouveau dans des outres fraîches, ainsi tous deux se conservent. De même on ne raccommode point un manteau use avec du drap neuf; autrement la vieille étoffe céderait et la déchirure n'en serait que plus grande \ » Sous cette forme parabolique, le Sauveur donnait au monde la plus sublime leçon. Il fallait, pour la doctrine céleste du Yerbe incarné, des intelligences et des cœurs capables de la recevoir. Le monde antique , outre crevassée et pourrie , aurait éclaté comme un vieux vase , sous le ferment divin de cette liqueur nouvelle. Le lambeau usé des civilisations païennes ne pouvait porter la suture que le Sauveur allait coudre avec les épines de sa couronne et les clous de sa croix. Comprirent-ils alors, ces Pharisiens et ces Scribes, le sens merveilleux de la parabole ? Nous avons lieu d'en douter. Jusqu'à l'heure où le monde chrétien se posa, du haut des bûchers, sous la dent des lions , sur le sable ensanglanté des arènes , en face de la tyrannie du monde païen, la réponse de Jésus demeura incompréhensible. Les publicains, ces parias de la Judée, envoyés par le César romain pour percevoir un impôt odieux, et inscrire sur leurs tablettes le nom des citoyens rebelles ou retardataires, qui, par indocilité ou par im- * Matth., IX, 9-17; Marc, n, 13-22; Luc, v, 27-39.

puissance, n'avaient pas payé le Numisma censûs, à l'heure prescrite, continuèrent à essuyer le mépris et les outrages des orgueilleux Pharisiens. Qu'avait-on à faire de ces douaniers, vendus au pouvoir de Rome, de ces tabelhons dont le nom seul était une injure? Vraiment, il seyait bien à Jésus d'accepter une place à leurs festins, et de choisir parmi eux les apôtres de sa doctrine nouvelle ! Et pourtant, le publicain Lévi, surnommé Matthieu, cet obscur collecteur d'impôts, qui abandonna, un jour, sur la parole de Jésus de Nazareth, le comptoir où il recevait quelques misérables deniers pour les transmettre au fisc du César- Tibère, est devenu l'un des douze qui convertirent le monde , et substituèrent la croix de leur maître aux aigles qui dominaient le Capitole. Les jours, prédits par le Sauveur, où le jeûne remplacerait les festins, ne tardèrent pas à venir. La société chrétienne des Catacombes eut trois siècles de deuils et de martyres, en compensation du repas de Capharnaûm, qui scandalisait les Scribes et les Docteurs. Nous le savons aujourd'hui, et le sens de la parabole évangélique n'est plus une énigme pour personne. Mais la réalisation de la prophétie nous empêcherait-elle de constater le miracle de la prophétie elle-même?

L'hémor- 48. (( Jésus parlait encore, ajoute saint Matthieu, lorsque

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surreciion de le chcf dc k Syuagoguc , nommé Jaïr, vint se prosterner à

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ses pieds, en disant : Seigneur, ma fille, mon unique enfant, est morte. Venez, imposez-lui les mains, et rendez-la

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à la vie. — La jeune fille qui venait de mourir avait douze ans. Jésus ?e leva, et le suivit avec ses disciples. Chemin faisant, la foule se précipitait sur ses pas, en sorte qu'il avait peine à avancer. Or une femme, qui souffrait, depuis douze années, d'une perte de sang, parvint à s'approcher de Jésus par derrière et à toucher la frange de son vêtement. Elle se disait : Si je touche seulement le bord de son manteau, je serai guérie ! — Aussitôt qu'elle y eut porté la main, le sang s'arrêta. Qui donc m'a touché? demanda Jésus. — Les disciples qui l'entouraient s'excusèrent près de lui, en affirmant que nul d'eiitre eux ne l'avait fait. Pierre, prenant alors la parole, au nom de tous , lui dit : Maître, la multitude vous environne et vous presse de toutes parts. Comment pouvez-vous dire : Qui m'a touché? — Quelqu'un m'a touché, répondit Jésus. Je le sais 5 et une vertu divine s'est échappée de moi. — La femme, comprenant qu'elle n'avait pu se soustraire à l'attention du Seigneur, s'approcha en tremblant, se jeta à ses pieds, et, en présence de toute la multitude, expliqua pourquoi elle avait agi de la sorte et comment elle avait été subitement guérie. Ma fille, ayez confiance, lui dit Jésus. Votre foi vous a sauvée ! Allez en paix ! — En ce moment, un homme fendit la foule , et s' approchant du chef de la Synagogue, lui dit : Votre fille est morte ; pourquoi fatiguer inutilement le Maître? — Mais Jésus, entendant cette parole, dit au chef de la Synagogue : Ne craignez point;

croyez seulement, et votre fille sera sauvée. — A la porte de la maison, ils trouvèrent rassemblés le& joueurs de flûte qui faisaient entendre des chants lugubres et les pleureuses qui déploraient dans leurs lamentations la mort de la jeune fille. — Pourquoi ces pleurs et ce désespoir? dit Jésus. Retirez-vous. La jeune fille n'est pas morte ; elle n'est qu'endormie. — En entendant cette parole , ils se moquaient de lui, car ils savaient bien que l'enfant était morte. Jésus prenant avec lui Pierre, Jacques et Jean, ainsi que le père et la mère de la jeune fille, défendit à tous les autres de le suivre, et entra dans la chambre mortuaire. Il prit la main de l'enfant et dit à haute voix : Talitha Cumi. Jeune fille, levez-vous ! — Aussitôt la vie reparut dans ce cadavre, et la jeune fille se leva. Jésus lui fit donner de la nourriture. Les parents demeuraient plongés dans la stupeur ; il leur ordonna de garder le silence sur ce qui vevait de se passer ; mais la foule qui entourait la maison apprit bientôt le fait, et la nouvelle de cet événement parcourut toute la contrée K v> Double ^^- ^^ miracle déborde de toutes les pages de l'Evangile. d-ruthenlicité II ne se produit pas dans la vie du Sauveur comme dans ^tuité^dT celle des thaumaturges du Testament Ancien, avec les ca-

miracles de . i i «

rEvangiie. ractèrcs exceptionnels qui marquent des phénomènes rares et extraordinaires. Le miracle semble l'essence même de Jésus ; il émane naturellement de sa personne comme » Matth., IX, 18-38; Marc, v, 22-43; Luc, viii, 41-j6.

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d'une source toujours pleine ; il éclate presque à l'insu du divin Maître. L'hémorrhoïsse , au milieu de la foule, parvient à saisir la frange du manteau de Jésus. Image vivante de l'humanité, qui perdait son sang, depuis quarante siècles, sous la blessure des passions et sous l'étreinte de toutes les concupiscences. Nul n'avait remarqué cette femme ; ni une parole, ni un regard de Jésus-Christ ne lui avaient été adressés : et cependant, à l'instant même, le sang s'arrête ; et le Sauveur dit à ses disciples : « Une vertu divine s'est échappée de moi. Qui m'a touché? » — En présence de tant de témoins, auxquels elle eût rougi, en toute autre circonstance, de révéler le secret de son infirmité , l'hémorrhoïsse se prosterne ; elle expose la vérité tout entière; la reconnaissance fait taire, chez elle, tous les autres sentiments, et le Sauveur lui répond avec une maiisuétude ineffable : « Ma fille, ayez confiance. Votre foi vous a sauvée ! Allez en paix ! w — Que de fois l'Eglise catholique a répété cette parole sur des fronts où la grâce de Jésus, miraculeusement épanchée, avait rappelé l'innocence ! Combien de fois ces prodiges de guérison spirituelle, par le repentir et la confession, se sont renouvelés sous les yeux de Pierre et des ministres de l'Evangile, étonnés eux-mêmes des prodiges opérés « par la verlu divine qui s'échappe sans cesse de Jésus ! » Tous les détails des miracles évangéliques portent un double caractère : une publicité telle, à l'heure où ils se produi- I. 29

sirent, que leur authenticité ne saurait être l'objet d'un doute sérieux; et une signification particulière si profonde, que ces miracles, opérés une fois en Judée, se renouvellent sans mesure, sans limites et sans bornes sur tous les points du monde où l'Eglise a porté le nom de Jésus-Christ. Quoi de mieux constaté que la mort de la fille de Jaïr? Son père, fondant en larmes, vient en apporter la nouvelle à Jésus , en présence des Scribes et des Pharisiens, au milieu du repas donné par le publicain Lévi. « Seigneur! ma fille est morte! venez la ressusciter! » Le cœur d'un père ne confond pas un évanouissement avec le dernier soupir de son enfant. Toute la petite cité de Capharnaum sait déjà le coup terrible qui vient de frapper le chef de la Synagogue. La foule encombre la maison du publicain, et, lorsque Jésus se lève pour suivre Jaïr, il se trouve entouré d'un cortège immense. L'incident de l'hémorrhoïsse retarde quelques instants la marche du Sauveur. On devine, et l'impatience du malheureux père, et l'espoir que cette guérison inattendue fait, sans doute, renaître dans son âme. Ses serviteurs, craignant peut-être pour lui le contrecoup d'une déception trop amère, et sachant qu'on allait transporter la jeune morte dans le sépulcre de sa famille , fendent la foule et lui disent : « Hélas ! votre fille est morte! pourquoi fatiguer inutilement le Maître? » La foule entendit ces paroles , comme elle entendit la réponse du Sauveur : « Croyez seulement, et votre enfant vivra ! »

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C'était donc bien la mort que Jésus allait rencontrer dans la maison du chef de la Synagogue. Déjà le cortège obligé, que la mort amenait à sa suite , chez les Hébreux , avait pris possession de la demeure. Outre les chœurs de musiciens, dont la présence aux funérailles juives est attestée, en dehors de l'Evangile, par les témoignages formels de Josèphe, les lamentatrices, pleureuses officielles, qui marchaient en tête du funèbre convoi, avaient commencé leurs cris lugubres. En effet, les Hébreux ne pouvaient garder un mort dans leurs demeures. Aussitôt après le dernier soupir, et pour éviter de multiplier les occasions de souillure légale, le cadavre était transporté dans le tombeau des aïeux , où il recevait , de la main des parents, les pieux et suprêmes devoirs de la sépulture. Les tombeaux, grottes artificielles, creusées au flanc des montagnes, à l'extérieur des yilles, avaient tous un vestibule assez grand, et durant les sept premiers jours, qui suivaient une mort, la famille y venait pleurer près des restes chéris de ceux qu'elle avait perdus. Ces coutumes juives, si différentes des nôtres, forment au récit évangéhque un cadre dont on ne saurait l'isoler, et une sorte de commentaire perpétuel d'oià se dégage une évidence irrésistible. On allait donc transporter la fille de Jaïr hors de la maison paternelle , dont cette unique enfant avait, pendant douze années, fait tout le bonheur et la joie. Les joueurs de flûte et les lamentatrices savent que la jeune fille est réellement morte. Ils

452 HISTOIRE DE NOTRE-SBiGNEUR JÉSUS-CHRIST.

accueillent avec dérision la parole du divin Maître : « Retirez-vous ! l'enfant n'est qu'endormie. » Mais qui pourra jamais comprendre l'émotion , l'anxiété terrible du père et de la mère, quand Jésus, debout près du lit funèbre, prit la main de la jeune morte ? Le chef de la Synagogue avait lu, au livre des Rois d'Israël , la résurrection du ûls de la veuve de Sarepta, par Elie, et celle du fils de la Sunamite, par Elisée. Elie avait supplié Jéhovah : « Rendez-moi cet enfant ! » avait dit le Prophète, dans une longue prière, où l'homme de Dieu s'adressait au Maître de la vie. Elisée avait fait de même. Jésus n'intercède pas; il agit et parle en Dieu. « Ma fille, levez-vous ! » et la jeune fille se lève. Et depuis ce jour, que d'âmes mortes, parmi les joueurs de flûte et le tumulte du monde, se sont réveillées à la voix de Jésus, pour marcher dans les sentiers de l'innocence, de la mortification et de la pudeur chrétiennes ! Que de filles de Jaïr, ressuscitées , formeront l'immortelle couronne de l'Eglise catholique !

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