CHAPITRE VI
Nancy sous le règne de Ferry iil (1251-1303). Le couvent des Dames prêcheresses. — La loi de Beaumont.
Topographie de la ville.
S I»*". Dons de Ferri III au prieuré Notre-Dame, à la Commanderie Saint- Jean, à Clairlieu, — Les Dominicains à Tout. — Jean le Jaloux. — Fondation du couvent de Dominicaines à la Madeleine, près Saint-Nicolas, — Transfert du couvent à Nancy, dans l'ancien palais ducal. — Débuts du monastère, — Description des bâtiments et de l'église, — Donation auœ Dames prêcheresses de la léproserie de la Madeleine. — Histoire de cet établissement, — La lèpre à Nancy. — Autres dons faits aux Dames prêcheresses, — Le couvent sous la Révolution, — Sa destruction,
S IL Donation aux bourgeois de Nancy de la charte de Beaumont (25 mars 12661), — Le comte de Champagne gardien du pacte. — 1^ Administration de la ville; les échevins de Nancy; origine et compétence du tribunal des échevins; le bailli de Nancy et le maitre-échevin; le prévôt de Nancy; les deux et les quatre de la ville; lafeauté, — 39 Disparition du servage; /'entrecours avec Liverdun; redevances fixes que le duc lève à Nancy : taille, conduit, impôts indirects; banalité des moulins et des fours; privilèges accordés à la cité par René II; revenus propres de Nancy; la garde des portes et le guet. — Jo De quelques coutumes de Nancy ; le duel judiciaire et les épreuves; les pierres de scandale; sentences prononcées contre des bétes ; rédaction des coutumes en i5iq et r5g4.
§ in. Les remparts de Nancy. — La porte Saint-Nicolas et la porte Bezuel. — La poterne Saint-Jean, — Les halles, — Le nouveau palais. — La Monnaie : pièces de Ferri III frappées à Nancy, — Développement des institutions du duché, — Le tribunal des assises.
Conclusion.
Si les documents sur Nancy, pendant le rèf|ne de Mathieu II, sont très rares, il n'en est pas de même sous le long règne de Ferri III qui dura cinquante-deux années (i25i-i3o3). Nous pouvons classer les renseignements qui nous sont parvenus sur cette époque sous trois chefs : i*^ Ferri III fait diverses donations aux établissements déjà existants de Nancy, et il crée dans la ville un nouveau couvent : celui des Dames prêcheresses ; 2° il donne à la ville de Nancy une nouvelle organisation, en concédant aux bourgeois la loi de Beaumont ; 3° de ses chartes il est possible de tirer une série de précieuses indications sur la topographie de la cité, sur les nouveaux monuments qui s'y élèvent, sur les fonctionnaires qui y fixent leur résidence '.
1. M. Hemri Lepage a dressé un catalorjuo 1res utile des actes du règne de Ferri III dans les M. S. A, L., 1876, pp. 226-288. Ce catalo<|ue, (jui comprend 6o4 numéros, n'est pourtant pas complet. M. Lepage n'a dépouillé que les imprimés et le fond des archives départementales de la Meurt he. D'au- XftB chartes du duc se trouvent dans les autres dépôts de manuscrits, notamment dans la collection de
l34 HISTOIRE DE NANCY.
Nous avons déjà fait connaître les dons nombreux que Ferri III fit au prieuré Notre-Dame situé devant les portes de Nancy, à la Commanderie Saint-Jean du Vieil-Aître, à l'abbaye de Clairlieu. Au prieuré il confirma diverses redevances « sur les droitures de la vente et sur le péage de la halle de Nancv », et il lui en accorda de nouvelles '. A la Commanderie il céda diverses terres à Laxou et à Mazerules ' ; à l'abbaye il assura les Grands-Moulins, une rente sur les fours banaux de Nancy ^ et il lui confirma divers biens aux environs de la ville-*. Mais Ferri III n'a pas seulement favorisé les anciens couvents situés près de Nancy, il a créé un monastère dans l'intérieur de la ville ; ce fut un monastère de femmes, celui des Dominicaines ou Dames prêcheresses.
Chaque siècle du moyen âge a vu la naissance de nouveaux ordres religieux. Au xn* siècle se sont formés, en Terre-Sainte, les trois ordres militaires de Saint-Jean, du Temple et des chevaliers teuloniques; sur le sol même de la France a poussé la congrégation de Cîteaux. Les religieux de Cîteaux protestaient contre les richesses des moines de Cluny, la beauté de leurs églises, leurs dépenses excessives. Ils leur reprochaient de ne plus remplir avec zèle leurs devoirs religieux. Mais voici qu'au xm* siècle les Cisterciens à leur tour paraissaient trop riches et trop tièdes, et de nouvelles congrégations se formèrent pour rappeler les moines à la pauvreté primitive et pour réformer la société corrompue. Saint Dominique fonda l'ordre des frères prêcheurs ou Dominicains, qui reçurent pour mission de combattre les hérétiques, en multipliant les prédications et en portant partout la bonne parole. Saint François d'Assise créa la congrégation des frères mineurs ou Franciscains qui faisaient vœu de pauvreté absolue. A côté des couvents d'hommes s'établirent des couvents de fenmies : Dominicaines et Franciscaines ; c'était ce qu'on appelait les maisons du second ordre. Bien plus, saint Dominique et saint François s'associèrent de pieux laïques, qui s'engagèrent à pratiquer strictement les devoirs religieux, à combattre le bon combat, à lutter pour la foi. Les laïques affilies formèrent le troisième ordre, ou, comme on disait, le tiers-ordre ^
Les deux ordres des Dominicains et Franciscains étaient à peine créés, qu'ils se propagèrent avec une grande rapidité par toute l'Europe. La Lor-
Lorraine à la Bibl. nationale. M. Lepage avait fait ce travail poiir prouver la fausseté de la li^gcnde d'un emprisonnement de Ferri III qtii aurait duré plusieurs années. Nous y aurons souvent recours et nous citerons : Lepage, Catalogue.
I. Cf. supra, p. 84 ; Lepage, Catalogue, n^ 3i8 et les autres chartes indiquées par nous.
a. Cf. supra, p. çp-çfi; Lepage, ibid., n»» 338, 4^1. r>34.