PREMIÈRE ENTR15E DES DUCS A NANCY
cérémonie de Saint-Georges devint ainsi une sorte d'investiture du duché donnée par les grands au duc. Mais ce ne fut pas tout. Sous le règne de René I*', une nouvelle institution se développa, celle des États de Lorraine. La bourgeoisie y fut appelée à siéger à côté des grands et des clercs ; elle eut aussi ses droits', et le duc, à son avènement, devra désormais prêter serment aux trois états. Nous avons encore les procès-verbaux officiels de l'entrée à Nancy des ducs Jean I*' (22 mai i453), Nicolas (7 août i470j René II (4 août i473), Antoine (i3 février 1609), François I*' (i547), Charles III (i56o) et Henri II (1608)*. Nous savons que Charles le Téméraire lui-même n'osa pas se soustraire à cette cérémonie.
Le duc qui veut prendre possession de son trône se présente à l'une des portes de la ville, soit à la porte Saint-Nicolas, soit à celle de la Craflfe, où l'attendent tous les nobles de ses États, le clergé en surplis, avec la croix et la bannière, les principaux bourgeois de la cité. Il descend de cheval et remet son coursier à un délégué du chapitre Saint-Georges ; puis il jure solennellement « et en parolle de prince » de garder, maintenir, entretenir les trois états du duché, nobles, gens d'église, bourgeois et peuple, en leurs anciennes franchises et libertés. Le serment prêté, le cortège se forme, la croix en tête, et, par la Grande-Rue, il se rend à la collégiale Saint-Georges, tandis que les enfants crient : Noël ! Noël ! sur le passage. Le nouveau duc entre dans l'église où une messe d'actions de grâces est célébrée. Après la messe, sur l'autel et sur les reliques, il promet de garder les privilèges de la collégiale et il jure à nouveau « de garder le bras séculier (c'est-à-dire l'Église), l'état des nobles et le droit du peuple ». Charles IV (1*^ mars 1626), Léopold (17 août i6g8) se soumirent à la cérémonie solennelle d'entrée ; mais ils oublièrent de mentionner les droits des trois ordres et ne parlèrent plus que des privilèges du chapitre ^ L'histoire de cette cérémonie est celle même des libertés publiques en Lorraine.
En vertu de la charte de Raoul, ce n'est pas seulement le duc entrant en charge, mais encore le bailli et le prévôt, nouvellement nommés, qui doivent prêter le serment de conserver les privilèges de la collégiale. Ce serment a toujours été juré dans la suite, au moins jusqu'à l'époque des occupations françaises. Nous en avons de nombreux procès-verbaux, dressés en bonne forme par des tabellions '^. Le serment exigé de ces fonctionnaires n'a pas pris, il est vrai, une aussi grande portée que le serment ducal. Bailli et prévôt se bornent à jurer de respecter les privilèges du chapitre ; il n'est pas question des privilèges des Nancéiens.
I. M. E. DovERNOY prépare ua ouvrage sur Les États généraux de Lorraine.
3. A. D., G, 343; Bibl. nationale, collection Dupuy, ms. 574» f<> 69 et ss. Voir aussi les registres capitulaires et le ma. 602 (4^6) de la Bibl. de Hancy. M. Lepage a publié quelques-uns de ces documents. Les Archives de Nancy y t. I, p. 5i ; Za Collégiale Saint'Georges, XXXV.
3. Serment de Charles IV, chez Lepagk, XXXVIII ; procès-verbal de Teulrée de Léopold, p. 216.