Grani>-Eui\y et Lallement, p. if
LE CONCORDAT DE l^i^i. 34 1
en principe au changement projeté'; et le i8 octobre un règlement intervint. Cet acte, très important, est connu sous le nom de Concordat de iSgS*. Il fut ratifié, le ig octobre, par le duc Charles III, le 21 novembre par Févéque de Toul, Christophe de la Vallée 5. La nouvelle paroisse de la Ville-Vieille fut placée dans Téglise du prieuré Notre-Dame : ce fut la paroisse Notre-Dame. La seconde garda son siège dans l'ancienne église; seulement on prit dès lors l'habitude de désigner cette église par le nom de son patron ; on ne disait plus : l'église de Nancy, mais l'église Saint-Èvre. Pour la Ville-Neuve, on ne créa, faute de ressources, qu'une paroisse : celle de Saint-Sébastien. Puis on rendit son indépendance à la cure de Laxou ; elle cessa de dépendre de Saint- Èvre de jure parochiaU, Depuis quelques années, Saint-Dizier n'existait plus; le village avait été détruit, quand on construisit la Ville-Neuve de Nancy.
On délimita les deux nouvelles paroisses de la Ville-Vieille. La limite fut marquée par la ruelle qui séparait le palais ducal des Cordeliers (notre rue Jacquot), la Grande-Rue, la rue de la Cour (aujourd'hui disparue, partie nord de la place Saint-Èvre), la rue de la Boucherie (du duc Raoul) ; on laissait en outre à Notre-Dame une petite partie de la rue Naxon (rue de la Source) et de la rue Derrière (rue Jacquard) dans l'axe de la rue de la Boucherie*. On donna aussi à Notre-Dame les rares maisons qui étaient demeurées debout à Saint-Dizier, ces trois demeures qui ont servi à dénommer le faubourg des Trois-Maisons5. Saint-Sébastien eut dans son ressort toute la Ville-Neuve, et le curé de Laxou fut le maître en sa banlieue.
Suivant les habitudes anciennes, chaque paroisse devait avoir son cimetière. Le Concordat de iSgS laissait à Notre-Dame l'unique ancien cimetière de la ville, celui qui était situé à côté du piieuré et a donné son nom à la rue des Morts (notre rue des Etats) ; on devait donner à Saint-Èvre comme cimetière spécial l'ancien cimetière de Saint-Dizier, celui (jui servit plus tard à dénommer la rue de l'Atrie, au faubourg^. Mais cette clause ne fut pas observée ; les paroissiens de Saint-Èvre se plaignirent que la distance de l'église au cimetière était trop grande ; on les autorisa donc à porter leurs morts au cimetière Notre-Dame qui resta commun aux deux paroisses. Tous les morts
I. L'acte publié dans un factum de M. de Barawoer, professeur de théologie en l'Université de Nancy, Principaux titres qui font connaître t origine et Vétnt des cures de Nancy, 4i P«gcs in-4<*. Permis d'imprimer, a5 janvier 1775.
a. L'original de ce concordat A. D., G, 4oa. Au même endroit on trouve un grand nombre de copies. L'acte a été publié in extenso par M. de Bahakgeh, o. c, {tar Lioivnois, II, 558 et ss. Extraits dans Graud-Eurt et Lallement, p. 91.
3. Les deux documents publiés par GRA>D-Eury et Lallement, pp. 97 et 98.
k» Voir la carte dans Courbe, Promenades historiques, p. 33.
5. Plus tard, quand de nombreux bâtiments furent construits à Boudooville et aux Trois-Maisons, on créa en 17 19 une succursale de Notre-Dame, l'église Saint-VincenU-Saint-Fiacre ; en 1771, cette église devint une nouvelle paroisse, qui étendit sa juridiction jusqu'au ruisseau de l'Ane et aux murs de Nancy.
6. Ck>ncordat de iSgd, art. 5. Aux termes de cet acte, les familles de la paroisse Saint-Evre qui avaient des caveaux au cimetière Notre-Dame pourraient continuer d'y enterrer leurs morts ; on pouvait aussi recevoir les morts de la Ville- Vieille au cimetière de la collégiale de Saint-Georges ; mais on était obligé d'acquitter les droits funéraires au curé de la paroisse.
as.
de la Ville- Vieille y furent enterrés jusqu'en 1782. A ce moment sur les glacis des anciennes fortifications on créa un nouveau cimetière % celui qui a valu son nom à la rue du Cimetière (aujourd'hui rue Jean-Lamour) : à la place de ce champ du repos s'élève aujourd'hui la maison Berger-Levrault et C**. Là, à partir de 1782, ont été enterrés tous les habitants de Nancy (Ville- Vieille) qui mouraient en été ; l'hiver on continua, pendant quelque temps encore, de porter les morts près de Notre-Dame*. Mais en 1769, on interdit d'enterrer dans l'intérieur de la ville ' ; et, jusqu'à la création de Préville en i84o, les paroissiens de la Ville- Vieille dormirent au cimetière des Trois- Maisons leur dernier sommeil. Pour la Ville-Neuve on devait aviser, aux termes du concordat de iSgS, et y créer, au plus vite, un ou deux cimetières.
Au lieu d'un vicaire amovible au gré des chanoines de Saint-Georges, l'église Saint-Èvre eut désormais un curé indépendant. La collégiale Saint- Cîeorges garda le droit de présenter les curés de Saint^-Èvre et de Laxou à l'évêque de Toul; le prieuré de Notre-Dame, qui depuis quelques années avait obtenu le titre d'abbaye, conservait le privilège de désigner le curé de Notre-Dame et celui de la Ville-Neuve*. Les chanoines de Saintr^eorges faisaient leur présentation d'un commun accord, après élection en chapitre; les chanoines de la Primatiale, qui succédèrent aux privilèges de l'abbé de Notre-Dame, exerçaient l'un après l'autre, selon le tour, leur droite Ou ne devait présenter que des bacheliers, licenciés ou docteurs en théologie ou en droit canon, au moins des maîtres es arts; Nancy, « la principale ville du pays », demandait à être administrée au spirituel par des prêtres instruits^
La cure de Notre-Dame ne tarda pas à être incorporée à la maison de l'Oratoire; et le supérieur de l'ordre désigna, à partir de 161 8, le religieux chargé de remplir la fonction de curé. Pour la cure de SaintrSébastien, il y eut de vives contestations. La Primatiale de Nancy nommait incontestablement, aux xvn*" et xvni* siècles, le curé, si la place devenait vacante pendant les quatre mois laissés en Lorraine aux patrons : mars, juin, septembre et décembre. Mais on prétendit que pendant les huit autres mois, les mois de réserve ou mois du pape, la charge devait être donnée au concours; et souvent on vit un curé, sorti victorieux de l'examen, et un autre, nommé directement par la collégiale, se disputer le poste, chacun voyant en son rival un intrus. Cependant jamais ou n'attaqua le droit de la collégiale Saintr-Georges sur Saint-Èvrc ; en toute circonstance, in omni vacatione , in omni die et mense, les chanoines en nommèrent le curé, et, après 1742, le chapitre de la Primatiale, avec qui celui de Saint-Georges s'était confondu, hérita de ce droit'.
I. Les terrains furent concndés à la ville par la duchesse régente par lettres pateotes du 8 août 1732. (Lepaoe, Les Archives de Nancy, t. II, p. 95.) a. LioNMOis, p. t I, 365.
3. Lepage, Les Arcfùves de Nancy, t. 111, p. 97. i\. Concordat de iS^jS, art. i^.
5. Voir notre dissertation sur les paroisses de Nancy, Histoire de Nancy (i»» éd.), pp. Zih et >*• 0. Concordat de 1693, art. 5.