Graiîd-Eury et Lalluient, pp
LES CONFRÉRIES DE L^ ANCIENNE I^GLISE SAINT-fevRE. 365
des deux villes se partagèrent entre ces deux associations. Une seconde confrérie des âmes ou des agonisants, érigée sous le titre de Notre-Dame des Suffrages, fut établie par l'évêque de Toul Paul de Fiesque en date du i6 août i64a, et, peu après, affiliée à une confrérie analogue de Rome. Son but était de prier pour les morts. Beaucoup de corporations ou^TÎères ou d'associations avaient leur siège à Saint-Èvre : les marchands, à la chapelle de la Conception ; les médecins, à celle des saints Cosme et Damien. Les tisserands qui honoraient sainte Lucie, les rôtisseurs qui avaient pour patron saint Laurent y célébraient leurs offices. Les arquebusiers de Nancy y formaient la confrérie Saint-Antoine. Enfin l'association des dames de la Charité de la Ville- Vieille, créée en 1700, s'y réunissait pour la fête de saint Vincent de Paul *.
Que de souvenirs étaient liés à ces vieux murs ! Combien de générations de Nancéiens avaient prié sous ces voûtes et y avaient célébré les grands événements de leur vie ! Mais, si attaché que l'on soit aux anciens édifices, il faut bien avouer que le vieux Saint-Èvre, par ses proportions mesquines, la lourdeur de son architecture, n'était point digne d'une grande cité comme Nancy. D'assez bonne heure, on songea à le remplacer par un édifice plus brillant. Stanislas déjà eut l'intention de l'abattre. Il voulait reconstruire Téglise, le portail tourné vers la place de la Petite Carrière, comme celui de l'église actuelle. Le nouveau temple eût ainsi fait comme un pendant à l'Intendance — aujourd'hui le palais du Gouvernement — que Héré venait d'élever. La ville de Nancy traita, le 12 juillet 1758, avec les Cordeliers pour que, dans leur église, se fissent les services de la paroisse jusqu'à l'achèvement du nouveau Saint-Èvre ; elle s'engagea à payer aux religieux un loyer annuel de 5oo livres'. Le projet n'aboutit pas, sans doute à cause des embarras créés à la Lorraine par la guerre de Sept ans. Le vieux Saint- Èvre survécut par suite à l'ancien régime et à la Révolution. Au moment du Concordat, on parla de détruire Téglise et d'établir définitivement la paroisse de la Ville-Vieille aux Cordeliers ; mais Saint-Èvre triompha encore une fois ; on y fit les réparations les plus urgentes, et le culte y fut célébré avec un nouvel éclat. En 1806, la toiture allait s'écrouler; on interdit pendant un
1. GaAND-EuRY et Lallrmf.nt, pp. 71 et ss. ; Liommois I, pp. a3!i-a33.
a. Le texte de cette convention a éUt publié par Tabbé Guillavmk, Cordeliers et chapelle ducale de JVancy, dans les M. S. A. A., i85i, Notes, p. XVIII.
certain temps les assemblées ; puis Ton consolida les voûtes, et de nouveau l'église eut devant elle quelques années d'existence. Sous le second empire seulement, l'on songea à remplacer le vieux temple. L'église qui pouvait contenir difficilement un millier de personnes était tout à fait insuffisante pour une paroisse de 7.000 âmes. Puis, de plus en plus, elle menaçait ruine; des fentes sillonnaient la voûte; l'humidité envahissait les murs'. En i863, on dut l'abandonner et célébrer l'office paroissial aux Cordelîers ; on y resta jusqu'au 20 mars 1871.
On agit à ce moment comme en i436. Dès 1867, on commença par faire des quêtes et on réunit assez vite l'importante somme de 200.000 francs. Le curé et les membres du conseil de fabrique demandèrent, en août i858, le concours de la municipalité ; et, après d'assez longues hésitations, le conseil vola, en sa séance du i4 janvier 1861, une subvention de 400.000 francs. On discuta beaucoup dans la presse la question du futur emplacement de Saint- Èvre. Les uns songeaient à transporter l'église de l'autre côté de la place, entre la rue de la Charité et de la Boucherie (du Duc-Raoul) ; les autres même à l'édifier sur remplacement de la maison des sœurs de Saint-Vincentde-Paul ; puis, à supposer qu'on gardât l'ancien emplacement, fallait-il laisser à l'église son orientation ou la changer ? Et à quel style s'arréterait-t^on ? au roman ? au gothique ? au style jésuite qui s'adapterait mieux avec les monuments de la cité de Stanislas' ? On se décida pour l'ancien emplacement et pour la destruction de toutes les masures qui étaient accolées à l'église ; l'entrée principale devait être tournée vers le nord ; la rue du Maure-qui-Trompe à Test serait élargie ; et l'on pensait qu'on pourrait dans la suite créer une rue qui, passant devant le portail de l'église, relierait directement la Carrière au cours Léopold. Pour le style et le plan de l'édifice, on ouvrit un concours; on d:3manda seulement aux candidats de conserver, autant que possible, l'ancienne tour^ Les projets furent envoyés avant le i^ mai 1862, et une exposition fut faite pendant dix jours dans les salons de Thûtel de >ille. Neuf projets furent présentés, dont sept furent jugés à peu près insignifiants. Après toutes sortes d'incidents dans le détail desquels nous ne pouvons entrer, la municipalité retint le ig août le projet de M. Morej en style gothique^. Il était d'une conception à la fois simple et élégante; il
I. Toutes les raisons pour la reconstruction de Saint^Erre ont été indiq[uée8 par Loms Laixcmext dans VEtpérance, des 7 et 9 novembre 1869. II a réuni ses articles dans une brochure : Famm reconstruire Saint-Eure ou se borner à le réparer ? 10 pages in-8«.
a. Voir les journaux du temps, notamment un article de A. de Metz-Noblat, dans VEtpérimee du i5 février 18G1 . Cf. deux brochures de Léon Mouornot, De timpuissance architectonique du XIX* sièelt et de la substitution du roman au style prétendu ogival, Nancy, Lepage, iSSg ; et De templact' ment de la nouvelle église paroissiale de la Ville-Vieille et du type arehitecloniqae qui detrraii obtenir la préférence à iVaicy, ^iniy, Lepage, 1861. Le projet qui fut défloitirement adopté est développé en une brochure signée X***, Adresse ai conseil municipal relatwemeni à la reconstrttetion de Saint' Epure, 16 pages in-4*'.
3. Concours pour la rédaction du projet de reconstitution de rEgliee Sctini'-^pifre, 7 pages iM*> Lettre du maire baron Duquel, du 3i janvier i80a.
4. M. Morcy avait retiré ce projet du concours proprement dit; mais la munîcipaliié déeida de k retenir.
HECONSTRUCTION DE SAlNT-feVHE. i^']
promettait à Nancy une église véritablement belle'. Après quelque temps perdu pour l'expropriation des maisons voisines, l'on se mit & l'œuvre. La pioche s'attaqua au vieux Sainl-Ëvre (juin-juillet i863), les murs tombèrent ; Ifs fondations du nouvel édifice Turent creusées; et, le 29 mai i864i M^ de I^vigerie, évêque de Nancy, posait la première pierre. Ce fut la dernière rjrande joie du curé Simon ; il mourut le 5 janvier i865, après avoir dirigé la paroisse pendant trente-cinq années.
Il fut remplacé à quelque temps de là par le curé de Lunéville, l'abbé Trouillet. C'était un prêtre singulièrement actif, qui se jura à lui-même de terminer l'édifice commencé et n'épargna rien pour remplir cet engagement. Le défîcit était à ce moment de 167.000 francs et l'on estimait encore le gros œuvre à tioo.ooo francs*. L'abbé Trouillet sut, par son zèle, réunir les sommes qui manquaient , et même davantage. Sans crainte d'être indiscret, il frappa à toutes les portes, à celle de l'empereur Napoléon III el à celle de l'empereur d' Autriche François^oseph j à celles des gentilshommes lorrains, des bourgeois comme des plus humbles; il se montra partout insinuant, onctueux , persuasif ; et , comme l'argent affluait, le projet primitif s'élargit; au lieu de cinq travées de la nef, ou en saimt-évre en pkmolition (iS63) construisit sept ; l'église se peupla de statues; des vilraux somptueux garnirent les fenêtres. Un grand
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I. Quelque* critiquM se mantrùrent pourUnt sévères. En rendant compte de l'exposiliun des beauiarts de i863, Viollet le Ddc écrit su feuilleton du Moniteur amutriel du lo juin iS63 : f Voici un autre projet d'église gothique pour la ïille de Nancy ; c'est M, Morey qui en est l'auteur. Pourquoi M. Morej-, qui GEl un prcDiier grand prix de Rome, ne Tsil-il pas un projet dans le style adopté el rccODUnandr par l'Acadéinieî Nous pensons qu'il rêussiriit mieux. Le qotliique qu'il présente àrexposîlioa appartient encore à l'École Iroubadoar, qui florisuit vers iSaS. Si M. Morey Teut bâtir une église gothique, il fera bien d'en aller Toir ; il n'y en a guère k Nancy. ■ M. Léopold GieooT, qui a élé l'un des coacurreDti de Morey, a publié en 1890 une Irts vive diatribe contre ce dernier aroliitecte : La Hérité inr ta recoruiructioa de la banliqae de Saint-Epirrc à Xtinrij, Vaguer, io4 pnges. Le» exemplaires ont élé retirés aussitôt après leur apparition ; mais nous en aïons en un entre les mains. M. Oigoul soutient que Morey aurait copé serTÎlemenl l'église de Boosecours prts de Rouen, bâtie après i84u par Barthélémy. — Le reproche de plagiat est certainement mal fondé. Voir i ce sujet Jasso:i. Sainl-Epvre, dans la Lorraine- Artitle, i&ja, p. s^ (on y publie les deux projeta Morey et Gigout, de i86a); voir dans le même recueil les documents publiés, pp. 4g-58 ; voir aussi les articles •DOnymes, Lorrain&-Artitle, 1891, pp. 778 et 799, avec la réponse de -M. Gigout, pp. Soo, SiJetSaS.
a. AilocoEan de 3t. Cabbé Trouillet à nui ittttaUoHon à la care de Saiat-^re de Ifaacy le 9 avril iS65 et copie d'une noie prétentfe par lui à S. M. fempereai- det Françai* anr »n demande. 4 pages iu-j".
ortjuc est commandé à Paris', et un riche mobilier préparé. En 1867,011 jette à bas l'aDcicii belTroî que l'on voulait d'abord conserver et qui nuisail à l'épanouissemciil du nouvel édiCce. Il faut maintenant exproprier de nouvelles maisons à remplacement où se dressera le choeur; la municipalité s'eniremct, non sans faire quelques réserves'; le choeur est terminé, l'édifice est couvert, les sacristies sont construites, lorsque éclate la guerre'. La cérémonie de consécration est renvoyée à des temps meilleurs et l'un conlinue de travailler même pendant la lutte, à la grande stupéfaction des années allemandes. L'inauguration eut lieu te lundi 30 mars 1871, au milieu d'une nombreuse assislance. Elle fut présidée par Ms' Foulon, évéque de Naiicj-, qui put rappeler le souvenir d'Esdras, reconstruisant le temple, alors que son pays était encore occupé par rélra)iger+. L'abbé Trouillet, qualK jours après, recevait les félicitations du conseil municipal. Il restait i achever la
tour, à garnir le chœur, à terminer les vilraïut.
Le curé s'y employa les années suivantes, lls'agissait aussi de dégager Saint-Evre, pour que l'édifîcB parût en toute sa beauté. M. Trouillet acheta les maisons situées A l'ouest ; et ainà il unit véritablement les deux anciennes places des Dames el de Sùnt- Èvre ; de concert «wc la ville, il acquit kf demeures situéaeaiR son église au nord fltk rue de la (Jour. Il les lit démolir et un large passage était ainsi ouv^t ortn la (larrière et le pan.is. On songeait à ce moment à unir par un lugt i-scalicr celle place à la place Saint-Ëvrc ; mais le projet fut eibandoiliié et l'escalier remplacé par une pente douce. Ensuite l'acquisition de quelqUEl
1. Xolice sur le yrand vrgae de li mivetU éyliie Sainl-Hpure de Nancy figaranJt A tKa^Êéêm luùotrmUe de i8Bj, coatlrail dam lee atelie"t de la Société anonyme pour la eaïub'mtiim en yi-anJet orgues (élabUiteineiU Merkl'ul^SchiiUe). Paria, Pion, 1867, S pagei.
1. Happur: préaenlé ait coiueit municipal par M. Bnitien au nom de la commâalon diêig^Êém 4U lianes du 17 janoitr 18CS pour luramtiter la tilaalion financière actatU» de fêiÊtr^riMÊ * k reconttraction de l'èyliie Sainl-Eptu-e. Il a'agiïïait de l'inuneuble MiOèoli (Mcien hdtel da UIm) donc U h^de sur U place des Uaiaes ùtait tort pitloresque. CT. le ructuin publit par Loaa Luu- MtNT ei 0ht «u iiijct de crlle cxproprialioQ, 6 pngc» in-4«.
3. Sur rélal do l'.:ijtisc en 1870, on uoiisidier» : Smnt-Epvre de .Vaney. La nomtelU égUm. Smct, 1H70, 4(1 pngi'S iii-ia, cl la nuuodie éyliae Smnt-Epvre, 8 pages in-»", exlraîl du Jovnal Je (* Meurt/ie.
i. Hènèdifliwi el iimuyiira!
Colliii, 1871, j:, PB.JCÏ.
ureiie êylïic pnnàetiale de Stûnt-E^ntre à Xaitey. Kmcf.
M^*" TROUILLET. 871
autres immeubles permit de dégager l'église à Test et de la limiter par la rue qui aujourd'hui se nomme rue Pierre-Gringore. Tous ces changements furent faits dans les années 1880 et 1881 '.
Cependant de nombreux honneurs avaient été accordés à l'abbé Trouillet et à son église. Le pape Pie IX donna à Saint-Èvre le titre envié de basilique mineure* (26 novembre 1874) S et plus tard il l'affilia à Saint-Jean de Latran : les visiteurs de l'église de Nancy devaient gagner les mêmes indulgences que s'ils se rendaient à la célèbre église de Rome. Restait à consacrer la nouvelle basilique, et de très belles cérémonies eurent lieu à cette occasion, les 6, 7 et 8 juillet 1876. Mp Mermillod, évêque de Genève, fut l'orateur de ces fêtes, où l'on vit aussi les évéques de Digne, de Rodez, de Bayeux, de Châlons, de Verdun, de Gap et les abbés mitres de Septfonds, d'Aiguebelle, des Neiges et des Dombes*. Une dernière solennité devait encore marquer dans l'histoire de l'église et dans celle de l'abbé Trouillet, nommé dans l'intervalle prélat romain, protonotaire apostolique, et décoré du titre de monseigneur. Le 11 décembre i883, l'actif prêtre célébra les noces d'or de son mariage mystique avec l'Église. Il reçut à ce propos les plus riches cadeaux : ce sont aujourd'hui les joyaux du trésor de Saint-Èvre ; et ce jour là il assista à l'inauguration de la statue de René II, par Mathias SchiiT, qu'il avait offerte à la ville, et posa, au Pont d'Essey, la première pierre de l'église Saint-Livier, que sa mort a laissée inachevée ^ Et toutes ces œuvres ne sont qu'une partie de celles du zélé prélat qui a élevé tant de monuments à Lunéville et qui à Nancy a achevé Saint-Mansuy, poursuivi Saint-Pierre, construit la chapelle des Oblats et réparé, dans le voisinage, le cloître des Chartreux de Bosserville. Nous retrouverons encore, à diverses reprises, cette grande figure. M*' Trouillet mourut le vendredi 18 mars 1887*; et il était naturel qu'il reçût la sépulture dans cette église, qui était sans doute
I . Voir sur ces questions : Conseil de fabrique de Saini'Epvre, Propositions présentées à la ville de Nancy concernant les abords de la nouvelle église, Nancy, Crépi n-Leblond, 9 pages in-4** avec plan. — Ville de Nancy, Service municipal des eaux, des égouts et de la voirie. Dégagement de la basilique Saint'Epvre, Pétition de M, Vabbé Trouillet (3 décembre 1878). Aulocopie avec plan. — Rapport de V ingénieur Bauer^ 1 1 octobre 1881 ; et les journaux de Tépoque. Plus tard l'abbé Trouillet a acheté Thotel Renaissance au coin de la place des Dames et de la rue du Moulin. M. Guny Ta restauré avec beaucoup de goût et un véritable sentiment artistique (armoiries des Bassompierrc sur la porte). La maison devait servir de presbytère. Elle a été vendue à la mort de l'abbé.
a. Les basiliques mineures ont droit au pavillon, espèce de parasol qu'un clerc porte aux cérémonies et aux processions devant le clergé, et à une grande clochette qui est portée et tintée par un clerc. Les chanoines des collégiales, décorées de ce titre, peuvent en outre se revêtir de la cappa magna. Cela nous parait, nous l'avouons, assez puéril. Pourtant cet honneur est très recherché. En 1875, seize églises de France l'avaient reçu du pape : quelques églises cathédrales, les églises réceptices (le Sainte-Anne d'Auray, Notre-Dame de Lourdes et Notre-Dame d'Issoudun, les églises paroissiales de Saint-Remi de Reims, Saint-Pierre de Saintes et Paray-le-Monial. Sur les basiliques, on consultera le travail de M»"" Barbier ue Mo^tault, Les Basiliques mineures en France, Mende, 1876, 107 i>ages in-80.