LES EMBLÈMES DES ÉVANGÉLISTES
Ces travaux ont été exécutés à Liège par les frères Dehin ; il est permis de trouver les statues, en cuivre doré, d'un ton un peu criard.
Nous voici devant l'édifice luî-mâme. Ce qui caractérise la façade, c'est ia tour unique placi'c au contre même, comme à l'église moderne de
Bonsecours i)ui domine la ville de Rouen ; mais que de différences de part et d'autre dans l'exécution! Comme dans les belles éijlises ijolliiques, trois
dcTcaui lei emblfcmea dea quatre évangélislca, voir M^i F. d'Atsac, Ltt quatre animaux myàtiqua, à la mite dei Statue» du porche leplentrioaal de Ckartret, Paris, 1B49; Cjuiun, Caraetérîtligae det eainli, «rt, Éoangétittet : X. Bakbien de Mobtaolt, Traité d'iconographie clirélîenne, t. II, pp. 17g- 380; E. Mâle, L'Art retii/ieux au XlIP tiicle en France, pp. 48-5i ; Darcel, Le binilier de la eal/tMrale de Milan daos Ici Annale» archéologique» de Dionos, t. XVII, p. i3g. — Le« Iroi» lef» sur Jean, Mathieu et Mare se trouvent avec de petites ririaoles dans un évangélisire du x< sifccle de la Bibl. national», fonda latin, n* s6i ; noua ignoroni d'uù vient le vers aur saint Luc.
portiques donnent accès dans le vaisseau. La porte principale est partagée en deux par un trumeau qui n'était point prévu dans le plan primitif; il a été ajouté après coup, pour assurer la solidité de la tour. Contre ce trumeau, Ton a placé, non point la statue du titulaire de l'église, comme il était d'usage jadis, soit ici saint Èvre, mais une statue de rimmaculée-Conception, de Jiorné Viard. Dans le tympan a été sculptée la sainte Trinité. Le Père éternel porte au-devant de lui le Christ cloué sur la croix ; et, au-dessus, dans l'arc en tiers-point, plane le Sainte-Esprit sous la forme d'une colombe. A dextre et à senestre de Dieu le père, nous retrouvons les emblèmes des évan- (|élistes. Nous n'oserons aiïirmer que cette conception de la sainte Trinité soit bien orthodoxe et conforme aux antiques traditions ; le Saint-Esprit, qui émane du Père et du Fils, ne doit pas être mis au sommet ; mais l'exécution fait honneur à l'ancien directeur de notre école de sculpture, M. Pétre. Sur les piedvS-droits sont debout huit apôtres : à droite Paul, Thomas, Simon et Jacques le Mineur; à gauche Pierre, André, Thaddée et Jacques le Majeur; la place a manqué pour les quatre autres. Dans les quatre compartiments de la voussure, on a sculpté une multitude de petites statuettes représentant Adam et Eve, les principaux prophètes, des anges, des évoques, le tout péle-méle, sans ordre hiérarchique ou historique, un peu au hasard, selon l'ordre où les artistes se trouvaient prêts. Au-dessus du gable, au devant de la rose, se trouve une statue plus grande que nature : c'est le Sauveur du monde qui doime la bénédiction.
Le gable cache en partie la rose. Celle-ci, parce qu'elle fait, en quelque manière, partie intégrante de la tour, n'a pas la même dimension que dans les autres édiiices gothiques. Elle est un peu étriquée et, en somme, comme elle n'éclaire presque point l'édifice à l'intérieur, elle serait inutile, si, par les lamelles ajourées, elle n'ornait et ne rendait plus gracieuse cette masse énorme de pierres. Au-dessus de la rose, dans les arcatures formant la base de la tour, nous trouvons les statues en pied des évangélistes posés sur des culs-de-lampe à leurs attributs, qui jouent décidément un grand rôle dans la décoration du temple. Cette base est entourée de quatre tourelles octogonales que terminent des croix de Lorraine. La tour comprend d'abord un premier étage carré avec deux fenêtres à double meneau ; puis la llèclie à huit pans en pierre, délicatement ajourée, s'élève dans les airs jusqu*à une hauteur de 84 mètres. Elle est flanquée de huit petites flèches également ajourées.
Sur le petit portail, à droite, on a représenté, dans le tympan, saint Èvre dans les nues, la main étendue en un geste de bénédiction. A ses pieds, dans une attitude de prière, révê(|ue de Nancy, Mk' Foulon, et le curé Trouillel lui-même offrant son église au saint patron. Sur les pieds-droits sont re- [)résentés des siiints honorés particulièrement en Lorraine : d'un côté, saint Vaast ( Vcdasfus), clerc de l'église de Toul, qui fut élevé sur le siège d'Arras; saint Uauzelin et saint Gérard (|ui se sont succédé, comme nous le savons, sur le siège de Toul; de Tautre, saint Auspice, un des prédécesseurs de
LA FAÇADE DR l/tCC.LrSR SAINT-JiVRK. ^'j5
saint EvTp; naiiit Arnoiil, raiictHm des CnroUiiip(*iis ; saint Léon IX, qui «'chanrjea le slè^e de Toul contre le tràne ponlifical : tous ce» prélats font i'ortè(jf* au titulaire de ré<)lise. I,n portail de (|an('lir est df'dié à la Vierqe.
An Ivnipaii i-lhi nous est inonliéi- dans ^ anivolf, l'nlcnirée di' deux
aïKjcs en [trière ; à ses pieds, deux femmes lui pii^sentent de petits enfanls, I);ius les pieds-droits, on n placé d'aulres prélals tonltits et la sainte famille
leuquoise qui, d'après la tradition, subit le martyre au temps de Julien : d'un côté, saint Amon, saint Élophe qui fut mis à mort près de Soulosse, et sainte Menne qui endura de cruelles tortures près de Poussay ' ; de Taulff , saint Mansuy, saint Euchaire, le saint de Pompey et Liverdun, et sa sœur sainte Libaire qui périt à Grand*. Le gable de chacun de ces portails esl surmonté de la statue d'un ange dans l'attitude de la prière. Une vaste fenêtre, dans le style gothique secondaire, occupe l'élage presque tout entier. Les petits gables sont séparés du grand par des clochetons élégants ; on y a posé la statue d'une femme: Marie-Madeleine (?) et d'un évéque: saint Èvre(?).
Faisons maintenant, à l'extérieur, le tour de l'édifice. II est tout entier construit en pierres de taille. La partie inférieure est en pierre tiréf d'Euville, dans le voisinage de Commercy ; la partie supérieure, en pierre de Savonnières, plus légère. Le monument a la forme d'une croix latine, d'une longueur totale de 84 mètres, d'une largeur de 27 mètres en travers des nefs, de 4o mètres au transept. Sur les murs des bas-côtés s'appuient les arcs-boutants qui reçoivent la poussée de la nef centrale ; ils sont ornés de pinacles et de fleurons. La toiture élégante se termine par une crête qui a été imitée de celle du palais ducal. Les alérions, les croix de Lorraine, les chardons en forment la décoration. Cette crête est en cuivre doré, comme aussi le campanile qui s'élève à la jonction de la nef et du transept, à une hauteur de 20 mètres. A son sommet est enchâssée — hommage rendu à rhistoire — la couronne ducale.
Deux portes, l'une à l'occident, l'autre à l'orient, donnent accès au transept. Au tympan de la première a été sculptée la Résurrection du Christ ; au pied du tombeau les gardes sont atterrés, frappés de panique. Au-dessous l'artiste a représenté la naissance de Jésus et sa Présentation, deux motifs qui entourent un troisième : l'Enfant au Temple, au milieu des docteurs de la Loi. Sur le gable, le prophète David est debout, et au pignon supérieur on nous montre, en une attitude contemplative, Isaîe. Dans les arratures qui entourent ce portail sont représentés les deux autres grands prophètes : Ezéchiel et Jérémie. Sur la porte opposée, les sculptures ont été consacrées au dogme de l'Immaculée Conception. La Vierge est entourée de quatre anges, dont deux portent des lis, deux des encensoirs; et, au-dessous, l'on voit le pape Pie IX proclamant le nouveau dogme, entre l'apparition de Lourdes et celle de la Salette. Sur le gable, la Vierge Marie et, au pignon supérieur, une statue du Sacré-Cœur. Dans les arcatures, saint Augustin tient un livre et un cœur enflammé; et saint Ambroise a un geste imposant, celui par lequel il interdit à Théodose l'entrée de l'église. An-dessus des deux portes, les roses peuvent se développer magnifiquement. Le portail Est, très élevé sur la rue Pierre-Gringore, est accosté d'un grand escalier; des deux certes de la rampe, on a placé des lions en bronze.
1. J. F. Déblaye, Notice sur les reliques de sainte Menne, 1861, p. 39.
2. Sur sainte Libaire, voir L'Huillifr, Sainte Lihaire et les martyrs lorrain* du IV^ siècle. 'SêBcjf Vagncr, 1889, ^ ^'^^' '""8-
DESCRIPTION DE L l^GLISE SAINT-ÈVRE. 077
Mais il est temps de pénétrer dans Tintérieur du temple. L'édifice nous apparaît à la fois très simple en ses lignes architecturales et très grandiose. Il se compose d'une nef centrale avec bas-côtés, du transept et du chœur. La nef comprend neuf travées, outre celle de la tour. La hauteur, du pavé jusqu'à la clef, est de 24 mètres; celle des petites nefs, de ii"*,3o. On y a observé les principes généraux de l'architecture gothique. Les colonnettes se dégagent des colonnes principales', s'élancent dans les airs pour soutenir l'édifice. Le transept surtout est d'une grande hardiesse et est fort admiré. Tout le long de la nef principale, au-dessus des arcs en tierspoint, règne le triforium. Les murs sont réduits à leur expression la plus simple ; de grandes baies s'ouvrent de tous côtés. Soixante-dix fenêtres envoient dans l'édifice la lumière du dehors, que tamisent les vitraux. Ces vitraux à figures sont fort intéressants. Le zèle de M*' Trouillet les a arrachés à la générosité de l'empereur d'Autriche, à celle de grandes familles lorraines ou étrangères. C'est un ensemble magnifique d*eX'Ooto qui conserveront aux âges futurs les noms et les armoiries des donateurs. Ils représentent en général leurs saints patrons. Presque tous ont été exécutés à Vienne, où le curé Trouillet a fait tant de séjours, dans les ateliers de M. Cari Geyling ; deux seulement, très reconnaissables, appartiennent à l'école française et sont l'œuvre de Maréchal, de Metz. Nous allons mentionner les vitraux des bas-côtés et du transept, en commençant par la droite :
1° Saint Ferdinand et sainte Madeleine, donnés par l'archevêque de Bordeaux, M*^ Donnet, ancien coadjuteur de Nancy. Saint Ferdinand était son patron ; sainte Madeleine, la patronne de sa mère. Au haut, les armoiries du prélat : d'azur, à la bande d'or, accompagnée en chef d'une rose tigée et feuillée d'argent, et en pointe d'une tour de même. Devise : Ad finem fortiier, omnia suaviter; 2® saint Paulin et saint Léopold, avec les armoiries de la famille de Gondrecourt, donatrice ; 3® saint Hubert et sainte Anne, avec les armoiries de la ville de Pont^à-Mousson, d'où était originaire le donateur, M. Gille-Thérel ; 4® saint Ferdinand et sainte Marguerite, offert par le comte O'Gorman et la comtesse, née d'Hoflelize, dont il porte les écussons ; 5® saint François et sainte Elisabeth : ce vitrail est celui qui fut donné par l'Empereur d'Autriche et qui a eu tant de succès à l'Exposition de 1867. A côté de sainte Elisabeth, un ange tient les armes de Bavière : losange en bande d'argent et d'azur ; à côté de saint François d'Assise, un autre celles de l'empereur : tiercé en pal; au premier, d'or à un lion de gueules couronné, qui est de Habsbourg ; au second, de gueules à la fasce d'argent, qui est d'Autriche ; au troisième, d'or à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent, qui est de Lorraine. C'est une œuvre tout à fait remarquable, cadeau vraiment impérial, fait par un souverain à la ville dont ses
I . Les chapiteaux de ces colonnes sont un peu maigres. Notons aussi que les quatre piliers de Tintertransept n'ont pas une épaisseur beaucoup plus grande que les autres colonnes : ce qui est loué par les uns comme une merveille d'équilibre, et blâmé par les autres.
ancêtres sont oriqinaires; 6® saint Henri et saint Gabriel : l'un des deux vitraux de Maréchal, avec les armoiries du donateur, le marquis de Champagne ; 7^ sainte Isabelle, saint André, saint Dominique et sainte Monique, donné par M. Besval, qui fut longtemps président de la fabrique de Saint-Èvre; 8® saint Pierre et saint Joseph, donné par M*' Delalle, ancien vicaire général du diocèse de Nancy, plus tard évéque de Rodez. Nous arrivons au transept où, 9° du côté nord, un vitrail, donné par la famille de saint Pierre Fourier, montre le bon curé de Mattaincourt avec sainte Jeanne de Valois ; et, lo^' du cAté sud, un autre, au-dessus de Tautel du^patron de Téglise, représente toute une scène fort animée : saint Èvre visitant les captifs. Le prélat étend sa main vers des prisonniers dont il a brisé les chaînes. Le vitrail a été donné par la confrérie du Saint-Sacrement et des morts, dont l'origine, comme nous l'avons vu, est bien antérieure à la Révolution et cpii continue de subsister. Nous franchissons le transept en toute sa largeur ; et du côté opposé, sur le mur sud, au-dessus de l'autel de la Vierge, nous trouvons : ii* le vitrail commémoratif de la bataille de Nancy en i477- H a été offert par la congrégation des demoiselles et des dames affiliées de la paroisse. Il est divisé en quatre compartiments : dans le premier et le quatrième ont été figurés des anges ; l'un tient de la main droite un calice, l'autre s'appuie sur un écusson de Lorraine tel qu'il existait à la fin du xv* siècle. Au milieu, on voit René 11 portant l'étendard de l'Annonciation, à genoux devant une Vierge qui lui tend l'enfant Jésus. Le mouvement est imité du tombeau des Cordeliers que nous décrirons plus loin. Sur le mur nord du transept, on voit : 12* la sainte Vierge avec saint Bernard, donné par l'ancien évéque de Strasbourg. M»*" Rœss ; puis, revenant dans la nef, on rencontre : i3* saint Alexandre, saint Henri, saint Mathias et saint Gabriel, offerts par la famille de Ligniville avec ses armes : losange d'or et de sable ; i4** sainte Geneviève et saint Antonin, offert par M. de Margerie, ancien professeur à la Faculté des lettres ; if)® sainte Marguerite et saint Edouard, aux armes de la maison de Warren : c'est le second vitrail peint par Maréchal ; 16** saint Louis et sainte Eugénie. Sur des banderoles que tiennent des anges, on lit : « Donné par S. M. Napoléon 111, Empereur des Français. Donné par S. M. Eugénie, Impératrice. » En réalité, M. Tabbé Trouillet fut obligé, après la guerre, de payer en grande partie cette œu\Te ; 17® saint François de Sales et saint Charles Borromée, aux armes de Saint-Nicolas-de-Port, donné par le curé de cette ville, M. Charles Le Bègue de Girmont ; i8* saint Antoine de Padoue et saint Maur; le vitrail est un présent de M. Trouillet; il porte les armoiries (le Lixheim où il est né, celles de Lunéville où il fut d'abord curé, et celles <le Nancy ; 19** saint Gérard et saint Jean l'Ëvangéliste. On a payé ce vitrail avec le legs fait par l'ancien curé de Saint-Èvre, M. Simon ; au haut, les armoiries de Toul ; 20® saint Léon IX, ancien évéque de Toul — on lui a mis à tort une tiare à triple couronne — et Pie IX; don d'un prince étranger qui ne s'est pas fait connaître.
Nous sommes obligé de citer en bloc les vingt verrières au-dessus du tri-
rorium; elles ne soat pas moins rt^>niaiquables que celles des bas-côtés. Chacun de ces vitraux pris à part une sérieuse valeur d'exéculior pourtant, à toute cette décoration verrière, nous devons faiii' une critique générale très grave.
Aucune pensée d'ensemble n': présidé à leur disposition ; ils ont été placés au hasard, selon l'ordre chronologique des dons. Entre tous ces saints , aucune hiérarchie n'est observée ; les martyrs , les confesseurs , les bienheureux mêmes s'y coudoient péietiiële; n'y a-l-on pas déjà Tait, par anticipation, une [>lace à sainte Jeanne d'.irc? et — ce qui est plus grave — à Pie IX? Il est arrivé aussi que parfois le même saint est peint deux ou même trois et quatre fois, parce que les donateurs avaient le même patron'. Combien il est regrettable qu'un plan , rigoureusement tracé d'avance, n'ait pas été suivi par une volonté tenace !
L'abbé Trouillet allait de l'avant avec beaucoup de zèle ; mais la science ne guidait point ce zèle. Et nous ne voulons point chî-
mal orthographiés : A. Gabrieliu, S. Felixut, S. Martisliu, S. Gcrnuiin d'Aix pour d'Auicire. Les coslumes des éviqucs dc sont souvent pas exacts. Voir eut ces vétilles Me Baubur i>e Moutivi-t, Lorraine-ArUtte, iS^ipp.iili-i-jH.
38o lUSTOillE DE NANCY.
caiier le dicjne prélat sui* les attributs fantaisistes qu'il a donnés à certains de ses saints.
A côté de ces riches vitraux, Saint^Èvre possède de remarquables peintures murales. M. Morey n'a pas voulu que, comme les églises gothiques du moyen flge, la pierre de taille disparût sous les tons heurtés de la polychromie ; d'autre part, il ne voulait pas laisser la pierre entièrement nue. II lit par suite colorer la muraille de peintures à teintes douces ; sur les voûtes de la nef, il piqua sur un fond bleu tendre des étoiles ; dans les bas-côtés, il sema des roses sur un fond jaunâtre ' ; dans les écoinçons formés par les arcs en tiers-point, il fit peindre des anges jouant de la harpe et qui paraissent mêler leur concert à celui des fidèles ; enfin, à côté de la peinture décorative, il a placé quelques scènes à personnages, à l'entrée de Téglise sous la tour, et aux deux bras du transept. A Tcntrée, il a fait représenter, sur un fond or, eu teintes blanches pâles, les vertus du christianisme et, audessous, en un petit médaillon, les vices qui leur sont opposés. Autour du grand portique d'entrée, on voit d'un côté la Charité dont les regards se portent en haut, tandis que les mains unissent deux enfants en un baiser fraternel, et, comme contraste, Gain méditant la mort de son frère Abel ; du côté opposé, la Justice avec ses balances et son glaive levé, et, au-dessous, Pilate livrant le Juste à la mort. Sur l'une des colonnes dont la masse soutient la tour, la Miséricorde couvre de son vêtement deux enfants nus ; audessous, un riche passe sans se détourner à côté d'un mendiant misérable — ; sur l'autre colonne, la Munificence, une riche reine, porte sur ses mains une église : allusion délicate à la maison d'Autriche ; et, au-dessous. Judas accuse de prodigalité Marie-Madeleine. Sur le côté opposé de ces deux coloimes, l'Espérance (Spes) est appuyée sur son ancre, les yeux levés au ciel, et, au bas, Judas, qui vient de livrer son maître, sort du temple les yeux hagards, les doigts crispés dans sa chevelure. La Foi (JFides) tient levée de sa main droite la divine hostie, et l'Incrédulité est figurée par saint Thomas, qui veut toucher de ses doigts les plaies du Christ.
Au transept ouest, l'artiste a représenté la Miséricorde. Dans le tympan, le Christ laisse retomber doucement ses mains de chaque côté de sa personne. L'une est tenue par la Vierge Marie, l'autre par saint Joseph'. Sur toutes ces figures respirent la douceur et la clémence. Au-dessous de cette peinture principale, de chaque côté de la porte, on voit les Béatitudes sous la forme de jeunes vierges tenant des bandelettes sur lesquelles sont inscrits les versets du sermon de la montagne'. Au-dessous encore, en un petit ([uatre-feuilles, est représenté : ici saint Michel terrassant le dragon, emblème
I. Cette disposition est vivement critiquée par Mf Barbikr de Mohtault, Lorraine-Artisie, iS^ii p. 438.
a. Il paraît que c'est presque une hérésie de placer saint Joseph sur le même banc qoe la Vierge; mais Sublet aurait agi ainsi sur un désir formel de Pie IX. Cf. Lorraine-Artiêie, 1891, p. 558.
3. Mff Barbier de Mo.ntault, /. c, p. 44o, trouve que les Béatitudes soDi mal représentées « Elles resseinblcnl, dit-il, à des martyres, niinbces, couronnées, la palme à la main, même pit<l< nus à Tinslar des antjes et des apôtres. #
LES PEINTURES MURALES DE SAINT-fevRE. 38 1
de Téglise militante; là, la Vierge, l'Église triomphante, couronnée du diadème, dans une auréole formée par sept colombes'. Sur le tympan en face .s*oppose la Justice. Le bras de Jésus se lève pour frapper les coupables ; mais d'un côté la Vierge retient ce bras prêt à s'appesantir, de l'autre saint Pierre présente au Christ le calice et Thostie pour fléchir son courroux; et, de chaque côté de la porte, sont les anges, ministres de la colère divine, chargés de répandre sur l'humanité les fléaux de la guerre, de la famine, de la peste, de la discorde, etc. ; au bas, dans les quatre-feuilles, des cavaliers : la victoire, la guerre, la famine, la mort, vont porter partout la terreur. Ces peintures sont l'œuvre de Sublet, de Lyon, qui a su s'inspirer des belles traditions symboliques, remises en honneur par son mattre Flandrin. C'est de la bonne peinture religieuse, simple et discrète, qui s'harmonise avec les lignes générales du monument.
Nous venons d'examiner la nef et le transept; le chœur, auquel on accède par trois marches, a été construit en dernier lieu, et s'élance hardiment vers le ciel avec ses neuf arcades. Autour de lui et séparées de lui par un déambulatoire, rayonnent cinq chapelles, fermées par des grilles, ayant un autel en bois, généralement assez sobre, et dont les soubassements sont ornés de petits sujets de peintures*, en des quatre-feuilles, sur fond or avec des dessins noirs. Ce sont, à partir de la droite, les chapelles des âmes du Purgatoire, de saint Joseph, du Sacré-Cœur, de la Vierge, des saint Michel et saints Anges. Ici encore des vitraux à personnages ornent les larges baies. Parfois on y retrouve les portraits très réussis des donateurs. Et l'un de ces vitraux compte parmi les plus beaux de l'église : c'est celui de la chapelle centrale du Sacré-Cœur, qui figure les trois patrons des évoques sous l'épiscopat desquels l'église a été construite : saint Georges pour l'archevêque Darboy, saint Alfred pour Mk' Foulon, et saint Martial pour M»*^ de Lavigerie. Le vitrail est un don de ces trois prélats.
Le maître-autel, les stalles, la chaire à prêcher, le banc-d'œuvre ont été faits dans les ateliers d'un artiste modeste et de grand talent, d'origine alsacienne, M. Klem ; les petits autels, les stations du chemin de croix où, contrairement à la tradition, les sujets sont groupés deux à deux, sont des produits de l'école bavaroise et proviennent en ligne directe de Munich. Les bras-appliques pour l'éclairage au gaz et les candélabres ont été exécutés par la maison Dehin de Liège. 11 ne faut pas omettre le pavé de l'édifice; il est tout entier en pierre de taille ; celui du chœur, devant le maître-autel, sur une surface d'environ 25 mètres carrés, est formé d'un beau marbre noir. Ces blocs ont été trouvés dans les déblais de la Voie Appienne ; et ils ont été envoyés par Pie IX à M^^ Trouillet, comme un témoignage de sa vive satisfaction pour l'œuvre entreprise.
Les portes qui donnent accès dans l'édifice méritent aussi une mention.
1 . Ces sujets oe sont pas très bien en relation avec le motif principal.
a. C'est un véritable bettiaire. On y voit les principales bêtes de la création.
Elles sont dues à M. Klem. Au grand portail, Tartiste nous a montré saint Mansuy, ressuscitant l'enfant du gouverneur, et saint Sigisbert, patron de Nancy, tenant dans sa main une église ; puis saint Evre bénissant le peuple de Toul et, à côté de lui, sa sœur sainte Aprone. Dans les impostes, saint Léon IX, saint Livier honoré sur les bords de la Seille, saint Nicolas et saint Élophe. Sur le porlail de droite, saint Vincent de Paul et saint Louis, roi de France, saint Amé, le premier abbé de Remiremont, et sainte Libaire que nous avons déjà trouvée ; au portail de gauche : saint Maur, saint Pierre Fourier, sainte Salaberge, et saint Vincent de Lérius. Au transept ouest deux bas-reliefs, Jésus remettant les clefs à Pierre; Rendez à César ce qui est à César, et, dans l'imposte, Jésus bénissant les enfants, et le bon Pasteur. Au portail Est, l'Annonciation et la Naissance du Christ ; dans l'imposte, la Visitation et la Présentation.
Il nous resterait encore à parler des inscriptions qui ont été gravées dans l'église. A l'entrée, sur le pilier, au-dessous de la peinture de rEspérancef une inscription moitié latine et moitié française rappelle rérection de l'église en basilique mineure' et les indulgences qui lui sont accordées; sur le pilier opposé, au-dessous de la Foi, une autre, en latin, relate la consécration de la basilique le 7 juillet 1876. Plus loin, sur un pilier du bas-cdté gauche, sont reproduits les noms des anciens curés de l'église depuis le Concordat de iSgS, et comme pendant, au bas-côté droit, on rappelle les « noms des pays où se trouvent des bienfaiteurs de cette église ». Au pourtour du chœur, à droite, une inscription rappelle la visite, à Saint-Èvre en construction, de l'empereur d'Autriche le 22 octobre 1867, en compagnie de ses deux frères les archiducs Charles-Louis et Louis-Victor; à côté, on nous dit qu'une partie des ossements retrouvés sous les dalles du vieux Saint-Èvre ont été placés en cet endroit :
Ossa insignia
In hujus ecclesite fundamentis
Inventa et pie recoiiecta
Ilie (feposuit Joseph Trouitlet recfor
anno MDCCCLXXI
Plus loin se trouve Tépitaphe du curé Simon qui fît commencer le nouveau Saint-tvre ; enfin une inscription rappelle le souvenir de Morey :
Souvenir de reconnaissance A M. M \thieit-Prosper MORE Y