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CHAPITRÉ XIII

René II et Charles le Téméraire (1473-1475). Le premier siège de Nancy (octobre-novembre 1475).

S l*'. Portrait de René IL — Abdication de Yolande. — Entrée de René à Nancy, — La panique du 8 août tijS. — Le traité avec Charles le Téméraire du i5 octobre tiyS. — Visite du duc de Bourgogne à Nancy (lô-ij décembre m^jS), — Second passage du duc dans la ville (3i mars^2 avrtl tiyf). — Troisième séjour du Téméraire en Lorraine, — Perfidie du comte de Campo-Basso. — Soulèvement général contre Charles le Téméraire. — Exécution de Pierre de Hagenbach, — Ravages des Bourguignon en Lorraine. — Alliance de René II avec Louis XI et les Suisses. — René II défie le Téméraire. — Début des hostilités, — Premiers succès, — René II abandonné par Louis XI, — Campo-Basso prend Briey. — Charles le Téméraire conquiert la Lorraine, — Prise de Charmes, — Cruautés du duc de Bourgogne, — Prise d'Épinal,

5 II. Le siège de Nancy, — Le bâtard de Lorrcune, défenseur de la ville, — Faubourgs rasés, — Prise du troupeau communal. — La garnison nancéienne s'empare de farchidiacre Georges Hessler. — Charles établit sa tente près de la Commanderie Scunt- Jean. — I^es tranchées. — Nicolas des Grands-Moulins, — Fêtes données par Charles le Téméraire en son camp, — Négociations. — Le connétable de Saint-Paul livré au roi de France, — René II autorise la ville à se rendre. — Capitulation. — Entrée des Bourguignons à Nancy. — Les États généraux du 26 décembre t^J^, — Discours de Charles le Téméraire. — Jean de Rubempré gouverneur de Nancy et de la Lorraine. — Soumission de la noblesse.

Le duc Nicolas mort, les États de Lorraine se réunirent et, après une courte délibération, décidèrent d'offrir la couronne ducale à Yolande, fille aînée du roi René, veuve du comte Ferri de Vaudémont. La princesse avait un fils, qui portait le nom de son grand-père et Ton espérait bien que, poussée par Tamour maternel, elle ne tarderait pas à abdiquer en sa faveur.

René était un tout jeune homme. Né au château d'Angers au mois de mai i45i S il se trouvait dans sa vingt-troisième année. Mais déjà son esprit s'était mûri. Sous la direction du grand prévôt de Saint-Dié*, Didier de Bis-

I. p. Maricuaj., \ote jtiw le lieu de naissance de René II, duc de Lorraine (M. S. A. L., 1890, p. 388).

3. DoM Calmet, Bibliotlièque lorraine, art. Birstroff. Voir sur lui Summikr, Histoire de CÉglise de SaintriHeg, p. asa.

drofT, il avait reçu une éducation brillante. Il parlait le latin avec facilité, se plaisait à la lecture des historiens et des poètes anciens; il avait beaucoup de goût pour l'astronomie et, comme la plupart de ses contemporains, il croyait que la conjonction des astres décidait des événements de ce monde'. Plus tard, il s'intéressa aux grandes découvertes géographiques, et on lui dédia le livre où, pour la première fois, a été transcrit le nom d'Amérique *. A la cour de son grand-père, à Aix, il apprit à aimer les arts; il protégea toujours les peintres et les miniaturistes et éprouvait une véritable jouissance à contempler leurs œuvres. Mais le jeune René avait aussi fait l'apprentissage de la guerre. Il savait lancer dans la lice un cheval ombrageux et il avait accompagné son aïeul au royaume de Naples où la maison d'Anjou s'efforçait de maintenir ses droits contre les Aragonais. Plus haut que ses qualités intellectuelles et militaires, on estimait sa piété, qui était profonde. L'on racontait que, pour exécuter les dernières volontés paternelles, il avait gravi la montagne de Sion, un pied chaussé et Tautre nu. Dans la suite, il fera peindre sur son étendard l'image de la Vierge. Ajoutons qu'il avait une jolie figure ovale bien douce, de beaux cheveux noirs, des yeux bleus d'une expression très vive, des manières affables et prévenantes et, par-dessus tout, son aimable jeunesse. Les cœurs volaient tout naturellement au jeune prince '.

A la mort du duc Nicolas, Yolande et son fils étaient au château de Joinville^, domaine qui depuis longtemps déjà appartenait à la maison de Vaudémont. Jean Wisse, seigneur de Gerbéviller et baîlli d'Allemagne, les vint trouver au nom des Etats et leur annonça la décision prise. Yolande répondit que sous peu de jours elle ferait connaître ses volontés ; et, en effet, accourue le 2 août à Vézelise, avec son fils et ses gens, tous revêtus de deuil, elle déclara qu'elle abdiquait le duché en faveur de René ^ Celui-ci fut aussitôt acclamé par les grands et prit le nom de René II. Puis le cortège continua sa route. Il arriva au village de Ludres où l'attendaient d'autres seigneurs et les bourgeois de Nancy, L(»s nobles jurèrent fidélité au nouveau souverain, les bourgeois lui présentèrent les clefs de la cité. Et l'on se mil en route pour Nancy. Un peu hors de ville a à la croix Louvion », attendaient les prêtres et les clercs qui chantaient : « Noël ! Noél ! » A la porte Saint-Nicolas le duc mil pied à terre, donna, suivant l'usage, son cheval au chapitre Saint^eorges. « Le chantre monta dessus et Femnicna. » Puis, par la Grande-Rue, René se rendit à pied à la collégiale : le prévôt, Jean d'Haraucourt, lui présenta les saintes reliques et sur elles le duc jura de « soutenir le bras séculier et tous les droits du pays » (4 aoAt). La ville était en fête et pendant quatre jours

I. 1\ Hugo, Vie de lleiié H. Ms. Bibl. de Nancy, u«> 792 (88), p. i5S.

a. C'est le fameux traité: Cosnwfjraphiœ introductio... Insaper quaiaor Atnerici Vespucii naviga' tiones... Deodalœ, 1^07, in-4.

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