PUISE DE BRIEY
signait la trêve de Soleuvre le i3 septembre. Jamais la fourberie n'avait été poussée si loin.
Pendant que René implorait le roi, le duc de Bourgogne, sachant bien que Louis XI avait les mains liées, faisait sans grande peine la conquête du duché lorrain. Dès le début de septembre, Campo-Basso vint mettre le siège devant Briey, petite ville du Barrois. La ville basse fut prise sans difficulté ; mais les soldats de la garnison, commandés par Gérard d'Ayvillers, opposèrent une résistance assez vive dans le château. Ils repoussèrent divers assauts et, quand les Bourguignons eurent fait dans les murailles une large brèche, ils leur opposèrent leurs poitrines'. Malheureusement, Gérard eut la main emportée par un boulet de canon ; et ce malheur abattit les courages. L'on dut se rendre. Campo-Basso fit grâce aux gentilshommes barisiens, en considération, disaitril, du vieux roi René ; mais il fit pendre aux arbres les 80 Alsaciens et Suisses qui avaient formé la garnison *. La petite ville de Briey fut aussi frappée d'une contribution de guerre de 12,000 florins ^ Pendant ce temps, le bâtard de Bourgogne, venu de Franche-Comté, s'était emparé, au sud, de Darney et de Bulg né ville *.
A ce moment, Charles le Téméraire en personne se mettait en route pour la Lorraine. Il passa par Bassompierre (Bettstein) où il coucha le 23 septembre î, par Mars-la-Tour^, puis par Gorze. Les habitants de ce bourg firent mine de lui résister ; mais le Téméraire menaça, à sou habitude, par saint Georges, que « s'ils ne lui ouvraient les portes, il ferait bouter le feu dedans^ », et Ton dut se rendre. Le lendemain, 26 septembre, il passa devant le château de Prény d'où il fut salué d'une bordée de canon ; et il s'avança sur Pont-à- Mousson. La garnison allemande avait abandonné la place, et la population fut épargnée. Le 26, le prince de Tarente, fils du roi de Naples Ferdinand, rejoignit le duc de Bourgogne à Pont-à-Mousson. 11 briguait la main de Marie, qui, selon les intérêts politiques du moment, avait été déjà promise à différents princes. Il amenait à Charles une troupe de cavalerie assez imposante et a 96 mulets chargés de bagues », et il avait réussi à traverser la Lorraine en cachant ses vraies intentions. A Saint-Nicolas pourtant, les habitants avaient refusé de le recevoir, et il avait dû chercher refuge à Varangé ville. On le vit bien du haut des remparts de Nancy contourner la place et se
1. On trouve sur le siège de Briey des détails curieux dans le P. Hugo, Vie de René II, ms. Bibl. de Hancy, n^ 792 (88), p. i83.
2. Chronique de Lorraine^ p. i66. iwjm Moluhet, dans sa Chronique, éd. Buchon, t. I, p. 1491 parle de lao Suisses et Allemands pendus: 0 Lorsestoient iceulx capitaines devant une ville nommée Dye (^lisez Briey), par lesquels les faubourgs, aussi forts que la ville, furent prius par un très aspre et grand assaull, et la ville se rendit à leur voulonté ; il y avoil environ six vingts Suisses et Allemands coulevriniersi qui furent prins et pendus par les arbres. » On reprochera vivement à Charles cette félonie, et, à Morat, les Suisses criaient : Grandson et Briey 1