SIÈGE DE NANCY. MESURES DE DEFENSE
Pourtant, la cité se préparait à la résistance. On sait quelle en était l'étendue, depuis que le duc Jean I^" avait complété la défense par la construction de la porte de la CraSe. La place était assez forte avec ses tours qui, de distance en distance, s'élevaient par-dessus la simple muraille de l'enceinte. Mais ses fossés étaient peu profonds. Entre la ville et les assiégeants ne coulait point une vaste nappe d'eau. Si Neuss avait pu braver si longtemps la colère du duc de Bourgogne, c'est que le Rhin baignait ses murs et que toujours des bateaux chargés de vivres pouvaient glisser jusqu'à elle. Une seconde cause de faiblesse pour Nancy était le défaut d'ouvrages avancés. Au delà du fossé, mais tout près de lui, il y avait bien quelques barbacanes; mais il n'existait point autour de la cité de ravelinsou toute autre fortification; l'ennemi pouvait presque venir camper au pied des murs, sans être arrêté par aucun obstacle.
A la tête de la garnison était le bâtard de Lorraine, appelé aussi le bâtard de Calabre, soldat encore jeune, rempli de bravoure. Quoique plus tard il dût oublier son devoir et passer au parti du Téméraire', rien ne permet de supposer qu'il songeât dès lors à trahir; au contraire, tout nous montre que, pendant la durée du siège, il fit son devoir en entier. Au plus lui peut-on reprocher quelques négligences dans les mesures qui furent prises. Sous lui se trouvait un aventurier étranger, Colinet de la Croix. Ils avaient une petite garnison résolue de 3,ooo hommes. Elle était composée surtout d'auxiliaires alsaciens, levés par la Basse-Ligue. Thierry de Rumlang était à la tête des troupes envoyées par le duc d'Autriche. Philippe Wetzel commandait les soldats de Févêché de Strasbourg; Adam Zorn et Frédéric de Fleckenstein, ceux de la ville de Strasbourg*. Outre ces Alsaciens, il y avait dans Nancy 5oo Gascons et Français, entrés au service du duc de Lorraine. La population, qui comptait environ 5,ooo âmes, secondait la garnison. Nancy regorgeait en outre de paysans qui avaient cherché un refuge derrière les remparts, fuyant les violences des Bourguignons. Le bâtard de Lorraine eût peutêtre bien fait de renvoyer ces bouches inutiles, et d'agir sans pitié, comme fera plus tard, lors du siège de Metz de i552, le duc de Guise.
Le bâtard prit quelques mesures de défense. Les maisons situées au dehors et qui formaient les deux faubourgs de Saint-Thiébaut et de Saint-Nicolas furent rasées, le village de Saint-Dizier au nord détruit. On n'épargna même pas les bordes, c'est-à-dire les petites maisons en planches qui servaient de