REDDITION DES BOURGUIGNONS
des VŒUX pour René. Il lui était impossible de tenter une sortie, parce que derrière lui les habitants se seraient révoltés. Les Nancéiens cachaient avec soin les provisions qu'ils avaient encore, et le gouverneur dut faire dans leurs logis et leurs caves de sévères perquisitions. Pour comble de malheur, les soldats se mutinèrent. I^ garnison était surtout composée d'Anglais qui firent tout leur devoir, tant que vécut leur chef John Colpin*. Mais quand celui-ci eut été emporté par un boulet, la rébellion se déclara ouvertement. Les Anglais signifièrent au commandant qu'ils traiteraient eux-mêmes avec René II, s'il n'engageait tout de suite les négociations ; car ils n'avaient pas l'habitude de manger du cheval et du chien. Rubempré se jeta à leurs genoux ; il les supplia de tenir huit jours encore, leur promettant la délivrance au bout de ce temps'. Ils devaient le faire pour l'amour du roi Edouard, leur maître, qui était son confrère, tous deux portant les insignes de la Toison d'or. Mais ils ne voulurent rien entendre, « quelque remontrance persuasive et génuflexion qu'il sût faire ' ». Bièvres protesta alors qu'il était contraint par eux et ne cédait que devant la force. Il laissa ses capitaines engager les pourparlers sans s'en mêler. Le 5 octobre au matin^, John Middleton, un Anglais, et Jean de TouUon, un Lorrain qui s'était déclaré pour le Téméraire, crièrent du haut du boulevard de la porte Saint-Nicolas qu'ils demandaient un sauf-conduit pour parler au duc. Le bâtard de Vaudémont, Jean de Bron et Gérard d'Ayvillers s'empressèrent de porter la nouvelle au duc René qui aussitôt ouvrit les négociations. Dans la nécessité où il allait se trouver, il accorda le 6 octobre les conditions les plus honorables. La garnison bourguignonne devait sortir de Nancy, vie et bagues sauves ; les Lorrains qui désireraient demeurer dans la ville conserveraient tous leurs biens et tous leurs privilèges ; ceux qui voudraient s'établir ailleurs le pourraient faire en gardant leurs possessions. Les femmes et les enfants de Philippe de Lenoncourt et de Henri de Haraucourt qui étaient morts pendant le siège en servant dans l'armée bourguignonne recevraient tous les biens de leurs maris et pères défunts. Les habitants de Challgny, dont beaucoup s'étaient enfermés à Nancy — leur village avait appartenu au maréchal de Bourgogne — pourraient retourner dans leurs demeures sans être inquiétés. Amnistie générale fut accordée aux nobles qui avaient servi dans les rangs cnnomis. Liberté fut laissée aux étrangers malades de demeurer à Nancy jusqu'à leur complète guérison K
Pendant les pourparlers on fît assaut de courtoisie. Le seigneur de Bièvres envoya à René un grand pâté de viande de cheval, l'avertissant que c'était la
1. CoMMi.NLs, éd. M"e Dlpo>t, l. II, p. 42. Olivier de la Marche, éd. Beaune et d'Arbaumont, t. HI, p. 338, le nomini; Jehaiiiiiii (lollcpin : « Kt estoit mort nouvelleineot ung gentilhomme compaignoo »nglois, nommé Jclianain (lollcpin, H tant qu'il vesquit, il tint les Anglois ses compaignons ea cette disscipline qu'ils nNnissrnt jamais rendu la dilte ville, ni tenu les termes qu'ils tindrent au dit messire Jean de Rubempré. .»