CHAPITRE XV
Nancy assiégée pour la seconde fols par Charles le Téméraire
(22 octobre 1 476-4 Janvier 1 477)
5 ï"". Conseil tenu par Charle» le. Témércure à PonM^Mousiton. — Inoesfissement de fa ville. — Le campement du duc de Bourgogne, — Situation fâcheuse oik il se trouve,
— Convois enlevés; détachements surpris par les Lorrains, — Tentative inutile de Charles sur Rosières. — Massacre des Bourguignons à Saint'Nicolas, — Les Lorrains veulent reprendre Amance, — Combats autour d'Épinal et de Mirecourt,
— La route du nord coupée au Téméraire, — Misères au camp bourguignon, — Le roi de Portugal Alphonse V dans le camp de Nancy,
§11. Détresse dans Nancy, — Le froid, — Suffren de Baschi pris par les Bourguignons,
— Sa mort tragique, — Représailles des Lorrains, — Moment d'hésitation de Suffren de Baschi, — Famine dans Nancy, — Inquiétude générale, — Le Gascon Pied-de-^Fer va trouver René II et rentre à Nancy, — Trahison du capitaine Fortune, — Dévoue^ ment du drapier Thierry, de Mirecourt. — Les exploits de l'artilleur Michel Gloris,
— Jean Nain de La Neuvelotte apporte des nouvelles, — Désespoir des habitants, — La délivrance, — Procession dans la ville, au moment de la bataille,
5 m. René II chez les Suisses, — Diète de Bâle {novembre i47^' — René II devant les conseils de Berne et de Zurich, — Hésitations des autres cantons, — La diète de Lucerne (jj novembre), — La Suisse refuse d'intervenir comme nation, — Elle per^ met à René II de lever dans chaque canton des mercenaires, — Contingents des divers cantons; leurs capitaines, — Accident sur le Rhin à Bâle, — Départ de Bâle.
— L'astrologue Pierre Patot, — Marche à travers l'Alsace, — René II à Raon et à Hadonviller, — Les troupes alsaciennes. — I^s garnisons lorraines fidèles se joi» gnent à René II, — Aa veille de la bataille.
La garnison que René II laissait dans Nancy se composait de a,ooo hommes environ ; elle était moins nombreuse que celle qui avait supporté le premier siège. A sa tête furent placés les hommes résolus qui les premiers en Lorraine s'étaient soulevés contre la domination bourguignonne: les deux frères Menant et Gratien d'Aguerre, Jean de Bron, c'est-à-dire Petit-Jean de Vaudémont, Pierre Coterole', les enfants d'Aigremont, Vautrin du Fay*. Le capitaine Fortune et Pied-de-Fer commandaient les Gascons; Jean de
1. Nous n'avons pas de renseignement plus précis sur ce personnage, a. Cr sont ceux «(ue nomme Tauteur de la Chronique de lAtrraine,
Reinach', les Alsaciens. Selon toute apparence, il n'y avait point dans la ville de troupes suisses. Le commanden>ent général était confié, ce semble, à Menaut d'Aguerre. Toutes ces troupes, comptant sur la parole de René II, étaient résolues à se bien défendre.
La tâche était difGcile ; qu'on n'oublie pas que Nancy venait déjà de subir deux ou trois sièges, que le canon avait battu ses murs, que quelquesunes de ses courtines étaient entamées. A peine les Lorrains eurent-ils le temps de réparer les brèches qu'ils venaient de faire. Puis, dans les quelques jours qui séparèrent la prise de la ville par René et la nouvelle apparition de Charles, il avait été difficile d'approvisionner la cité. On y jeta quelques sacs de grains, quelques bittes de boucherie ; mais ces vivres étaient insuffisants; dès le premier jour, il était évident que la ville ne tarderait pas à être affamée. La garnison s'appnMa à souffrir ; toute la question était de savoir si René II viendrait à temps.
Le jour même où René II consultait son conseil de guerre à Saint-Nicolas, Charles le Téméraire réunissait le sien à Pont-à-Mousson (19 octobre). 11 venait de remporter un avantage éclatant. L'armée de René était dispersée. Ces Suisses et ces Alsaciens qui l'avaient vaincu à deux reprises s'étaient enfuis sans livrer bataille. Son maître d'hôtel, Olivier de la Marche, s'était lancé avec loo hommes d'armes et 100 archers à la poursuite des fugitifs à travers la région de la Haye. Il en avait tué un grand nombre et pris quelques engins. Malgré ce succès, les vieux capitaines invitèrent le duc de Bourgogne à se montrer prudent. Ils furent d'avis qu'il se retirât à Thionvîlle ou à Luxembourg, pour laisser respirer ses troupes. Seuls quelques soldats, sous le commandement du comte de Chimay et de Campo-Basso, se tiendraient près de Nancy, pour empêcher les vivres d'y entrer. On tâcherait de réduire la ville par la famine ; on n'en pousserait le siège qu'à une saison plus propice, au prochain printemps. Mais cet avis, en apparence timoré, n'était pas fait pour plaire au Téméraire. Il était venu pour délivrer Nancy assiégée par les Lorrains; il avait trouvé la place rendue. Il résolut de la reprendre coûte que coûte, malgré la saison, malgré les plus sages conseils, avant qu'elle eût bouché ses brèches et achevé ses approvisionnements. « Ce fut, écrit Jean Molinet, la totale perdition de son corps et de son honneur*»; et nous pouvons rapprocher de cette parole la phrase bien connue de Commines : « Dieu prépare tels vouloirs extraordinaires aux princes, quand il lui plaît muer leur fortune 3. »
Le Téméraire se décida donc à faire en personne le siège de la ville, et, le même soir, il revint en arrière camper à Condé. Il tourna ensuite autour de la place comme en i475, assit le 20 octobre son camp au village d'Essey, le 21 à Laneuveville. Le jour suivant, il se rapprocha de Nancy et l'investissement