‹ Histoire de NancyChapitre 426 sur 642 · TRAHISON DE CAMPO-BASSO · texte numérisé non relu

TRAHISON DE CAMPO-BASSO

massacrera dans leur fuite ; il se fera leur geôlier ou leur bourreau, sans trop s'exposer lui-même. Peut-être lui sera-t^il donné^de mettre la main sur le duc de Bourgogne et de satisfaire enfin sa haine, si longtemps cachée sous les apparences de la basse flatterie. Judas accepta la tâche, et, d'une façon concise, le chroniqueur Diebold Schilling, de Berne, écrit : « Dos was ein Lanx" persch TàcklL » — « C'était là une méchanceté italienne '. »

Du reste Campo-Basso avait pris toutes ses mesures pour que le duc de Bourgogne n'échappât pas. Il avait laissé à l'armée <c treize ou quatorze personnes sûres, les unes pour commencer la fuite dès qu'elles verraient marcher les Allemands, les autres qui auraient l'œil sur ledit duc, s'il fuyait, pour le tuer en fuyant. » Et Commines, auquel nous empruntons ce renseignement, affirme avoir connu deux ou trois de ces individus qui s^étaient engagés à massacrer le Téméraire^. L'exemple de Campo-Basso fut du reste contagieux. Des soldats suisses abandonnèrent la cause bourguignonne pour ne pas se battre contre leurs compatriotes. On cite parmi eux Schindler d'Arth et Georges Schreiber de Frauenfeld. Ils devaient le lendemain servir de guides à l'armée de secours '.

Après ce grave incident, le duc de Lorraine tint conseil avec les principaux capitaines. Tous furent d'avis qu'il ne fallait pas différer la bataille^. La ville de Nancy pouvait se rendre d'un moment à l'autre, et une semblable capitulation eût changé la face des choses. Il était difficile, d'autre part, d'entretenir longtemps une telle masse d'hommes. Enfin, l'on savait la situation de Charles désespérée, et il fallait profiter de l'occasion. Il importait de faire savoir aux Nancéiens que le secours était proche. Au haut de la tour de Saintp-Nicolas on alluma pendant la nuit un grand feu. Le signal ne fut point vu des assiégés ^ Comme les Bourguignons continuaient de les bombarder, ils envoyaient en leur désespoir des messagers l'un après l'autre sur la route de l'est, pour que René II se hâtât.

Laissons le duc de Lorraine et son armée goûter à Saint-Nicolas-de-Port un repos bien gagné par cette marche qui les avait conduits de Bâle aux bords de la Meurlhe. Ils dorment à la veille de la bataille. En ces graves conjonctures, quelle sera l'attitude du duc de Bourgogne ? Il s'obstine plus que jamais devant Nancy, comme autrefois il s'est obstiné devant Neuss. 11

1. Diebold Schillu<u, de Ucrne, Beschreibung der Bargunditchen Kriege, p. 37a. D'ailleurs, disaient les Suisses, quelle confiance pouvons-nous avoir en un homme qui trahit son maître ?

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