Chronique de Lorraine, p
5. Ibid., p. 288. Vn copiste de la Chronique a interpolé ce passage : « Incontinent le duc feit monter sur ladicte lanterne dudict clocher avec un gros fallot qu'il avait faict faire, dont ceux de Nancey cogneurent, quand ils le vcirent si hault allumé que c'estoit un signe que on leur faisoil pour les advertyr que le secours esloil venu, par quoy ils se mirent en orations pryant Dieu, Monsieur sainct Georges et Slonsieur sainct Nîcholas. » Mais cette interpolation manque de vérité : la suite des événements montre que les Nancéiens ne croyaient pas que le secours fût si imminent. Lud, Dialogue, p. 181, dit en termes exprès, en parlant des Nancéiens : « non advertis du secours ({ue leur estoit si prochain. >
484 raSTOIRE DE NANCY.
veut s'emparer de la ville coûte que coûte. Il s'irrite devant les obstacles, s'en prenant à la fortune, à tout le monde, à lui-même. On tremble devant lui, on n'ose lui adresser la parole. Souvent il prend un livre, faisant semblant de lire, mais en réalité il veut s'enfermer seul. Et alors, écrit Jean Molinet, « par grand courroux, tiroit cheveux, et se destordoit, en faisant les plus angoisseux regrets et plainctes qui jamais furent ouys; et, à ceste cause, chascun craindoit l'advertir de chose qui tournoit à sa desplaisance '. » 11 ne croit pas aux mauvaises nouvelles qu'on lui annonce ou les interprète à son avantage ; on l'avertit du départ de Campo-Basso, de la présence de Craon aux environs de Toul; il répond qu'en dépit des traîtres il ne se départira point du siège, même s'il doit y laisser la vie. On lui apprend que l'armée de René approche ; il se moque de ceux qui croient à de telles sornettes. Du reste, comment redouterait-il cet enfant, venant avec un ramassis de gens sans aveu réunis par le hasard, n'ayant point fait d'exercices communs, sans discipline et qu'à cause de leur cruauté il appelle des meurtriers ? Il est persuadé qu'avec son armée il aura facilement raison d'une pareille horde. Ses conseillers savent à quoi s'en tenir sur cette armée ; le comte de Ghimay, le grand bâtard de Bourgogne, Jean de Rubempré et d'autres délibèrent pour savoir qui doit l'avertir. Chimay finit par se dévouer. 11 obtient que le valet de chambre Jean le Tourneur le laisse entrer dans la tente où gît le duc tout habillé. Très discrètement il lui annonce que ses troupes sont bien réduites et qu'elles ne pourront point soutenir le choc de René 11. Charles de ^iute^ rompre : « Je nie ce que vous dites ; mais, si je devais combattre seul, je combattrais. Vous montrez bien que vous êtes issu de la maison de Vaudémont. » Quel sanglant outrage que de rappeler au capitaine sa lointaine parenté avec René 11 ! Le comte répond : « J'espère vous montrer que je suis de bonne maison et que, nonobstant que je ne voie aucune apparence de vaincre les ennemis, je vous tiendrai fidélité jusques à l'âme rendue*. » Le comte de Chimay se battit avec vaillance; pourtant, il ne tint pas parole, puisqu'il se laissa faire prisonnier ^ Quelques moments après cette scène, le conseil se réunit. Les généraux supplièrent encore une fois Charles de se retirer à Pont-à-Mousson, en laissant quelques troupes dans les places qu'il tenait aux environs de Nancy. L'armée suisse, dirent^ils, ne recevant pas d'argent, se dispersera aussitôt. Et au printemps, le duc pourra aisément conquérir à nouveau ce pays de Lorraine, épuisé par deux années de guerre. Mais, comme dit Commines : « Dieu ne luy voulut consentir ceste grâce que de recevoir ce saige conseil; ...et choisit le pire party et, avec paroUes d'homme insensé, délibéra d'attendre la fortune ♦. »
Puisqu'il fallait se battre malgré tout, il importait de bien choisir le