Description de la Lorraine^ t. II, p. 4a
4. Cette lettre, fort curieuse, a été publiée pour la première fois par M. Colugmoii, Souvenirs de la bataille de Nancy, pp. ao-ai. Extrait des M. S. A. L.^ 1894*
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actuel, colonne corinthienne, surmontée d'une croix à double croisillon, avec son inscription fautive sur le fût '.
Cette croix se trouvait autrefois dans l'étanc) mt^me de Saint-Jean, sur une sorte d'île; en liiver, c'était autour d'elle que les Nancéiens se livraient au plaisir du patinaye. Mais, à partir de i846, tout ce terrain marécageux subit des modifications profondes. L'étang Saint-Jean fut acquis par l'État, et, sur le sol desséché, on bâtit la gare des marchandises et les ateliers de la Compagnie de l'Est. La rue Jeanne-d'Arc, tracée en i863, fut élevée sur un remblai, parallèlement à la rue de la Croix-de-Bourgogne; et on rejoignit ces deux voies par une rue transversale, la rue de Bourgogne, construite elle aussi sur un fort remblai et qui passait sur l'emplacement de la croix. On démonta alors la croix, on la remonta au niveau de la rue, sans lui faire subir aucun changement ; on se borna à tourner l'inscription du côté de la rue de la Croix-de-Bourgogne*.
La croix actuelle est bien mesquine, si l'on songe à la grandeur de l'événement qu'elle doit rappeler. Charles X, qui la visita le i4 septembre 1828, Napoléon 111 qui s'arrêta devant elle lorsqu'il traversa Nancy en i864, en purent faire la remarque. Napoléon III exprima même ofllciellement le désir qu'on élevât, sur cet emplacement, resté historique, un monument plus digne de Nancy, plus en rapport avec l'importance de la bataille de i477'- Mais rien ne fut fait. Cependant, après les événements de 1 870-1871, la ville de Nancy s'est développée de ce côté. Des maisons ont bordé les nouvelles rues, et aujourd'hui l'étang 011 succomba le Téméraire est englobé dans la cité. Le conseil municipal se propose de créer, tout autour de la croix de Bourgogne, une place plantée d'arbres. Mais dès lors la piteuse colonne corinthienne ne peut plus subsister; il faut la remplacer par un monument plus majestueux. IJn comité formé en 1892 s'est assigné cette tâche. Il s'est mis à l'œuvre avec ardeur; il a recueilli, en i8g3 et 18949 des souscriptions assez importantes; il a reçu l'assurance qu'un généreux donateur compléterait la somme nécessaire. Un concours qui a été ouvert a donné des résultats satisfaisants. Un projet de deux artistes nancéiens, V. Prouvé et C. Martin — ce dernier enlevé depuis par une mort prématurée — fut couronné. A ce moment le comité s'est heurté à l'opposition de la Commission des monuments historiques de Paris; par respect pour celle-ci, il avait imposé aux artistes le maintien de cette croix dans ses traits essentiels. Et la commission répond : « Il faut démolir le monu-
1. Une souscription fut ouverte i>our le rétablissemeut de la croix par le Journal de la Mearthe dès la fin de i8ao. Voir le numéro du 29 décembre. Le projet adopté, dont le devis s'élëre à 5oo francs, fut fait par rarchitectc Grillot. Le 0 janvier iSaa, le monument était debout. Voir Journal de la Meurt lie, à cctlo datr.
a. Nous écrivions dans la première édition : « On comble en ce moment le terrain, au-dessus duquel s'élevait, sur un fort remblai, la rue de Bourgogne. Bientôt, le sol sera nivelé entièrement et peut-être, dans quelques années, aura-t-on de la peine à comprendre notre description. » Aujourd'hui, le sol est nivelé et tout le terrain voisin se trouve à la même hauteur que la croix.
3. Voir la lettre adressée, au nom de l'empereur, le i4 jan%'ier i865, au maire de Nancy, par le maréchal Forey, commandant le 3* corps d'armée, dans Collighon, o. /., p. 93.
ment actuel qui ne se recommande ni par sa forme ni par ses proportions. » D'accord ; mais c'est vous-même qui l'aviez classé, comme vous dites en langage administratif'. Puis non seulement vous repoussez ce que nous avons fait; vous voulez encore nous imposer votre projet ; vous émettez le vœu qu'on rétablisse le monument primitif tel que Cayon l'a dessiné. Nous connaissions comme vous le dessin de Cayon ; mais nous savons qu'il n'a pas grande autorité, et puis comment cette modeste croix à double traverse peut-elle faire l'ornement d'une place publique ? La commission de Paris s'est figuré sans doute que le monument se dresse encore au milieu d'un désert. Devant les exigences venues du dehors, le comité nancéien s'est dissous et a déposé les sommes recueillies à l'hôtel de ville. A l'heure où nous écrivons cette histoire, un nouveau comité s'est constitué; la croix actuelle a cessé de figurer au nombre des monuments historiques; très justement elle a été déclassée. Les citoyens de Nancy qui se sont mis à la tète de cette œuvre ont donc les coudées franches. Nous souhaitons vivement que leur effort ne soit pas vain, et que l'un de nos artistes nous donne un monument digne de Nancy, digne des grands événements qu'il doit rappeler, symbolisant à la fois, dans une haute pensée de patriotisme, la glorieuse résistance des Nancéiens contre l'étranger et le courage des Bourguignons et de leur chef, tombés le 5 janvier i477«
Le pavé historique et la croix de Bourgogne sont en corrélation directe avec la bataille de Nancy. Le souvenir de cette journée a été imprimé sur d'autres monuments. Déjà, avant d'arriver au règne de René II, nous avons eu occasion de citer l'éclatante victoire; et, dans la suite de cet ouvrage, nous serons obligé encore à plus d'une reprise d'y revenir. Nous avons vu que sur la façade extérieure de la première porte de la CraflTe René II a fait sculpter, vers i5o5*, l'image de la Vierge avec l'ange Gabriel qui la salue des mots bien connus : Ave, Maria ' ; cette image était comme une reproduction de l'étendard sous lequel il avait vaincu. Phis de deux siècles après, quand le gouverneur de Lorraine, le maréchal de Stainville, eut fait élever
I. Voir les réflexions de M. Gouti^re-Verivolle, dans la Lorraine- Artiste, 1894, p. i4^t i^» 17^ et i83 ; celles de M. N. Pierson, La restauration de la Croix de Bourgogne, dans VAnnuaire de Lorraine, 1894, pp. 83 et ss.
3. La sculpture a dû être faite à Tëpoque où l'on réparait la porte de la Craffe et où on l'entourait d'un t>oulevard.