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LES CHANOINESSES DE BOUXIERES

lines de Lorraine : à Reniiremoiit et à Epinal dans la vallée de la Moselle, à Poussey près de Mirecourt. Un second changement ne tarda pas à suivre le premier. Les Bénédictines accueillaient les pauvres et les déshéritées de ce monde ; les chanoinesses n'ouvrirent plus leurs rancjs qu'aux demoiselles nobles. Les quatre maisons citées s'appelèrent les chapitres nobles de Lorraine. Pour y être admise, il était nécessaire avant tout de produire son arbre généalogique. Il fallait justifier de quatre lignes paternelles et de quatre lignes maternelles, c'est-à-dire de 200 années de filiation noble, sans qu'aucune mésalliance ait jamais jeté une tache sur la pureté de la race. Deux gentilshommes parmi les plus authentiques de Lorraine appartenant à l'ancienne chevalerie devaient, après examen, jurer que les preuves fournies étaient bonnes : « Moi un tel, je jure que je connais la maison d'une telle, que je sais parl'aitement qu'elle est bien née et attraite de quatre écus sans nul reproche, et ceci je le jure par les saints évangiles et au péril de mon âme \ »

Stanislas crut qu'il fallait encore demander aux chanoinesses une illustration plus haute, et, par déclaration de janvier 1761, il ordonna d'exiger, au lieu de quatre degrés, huit et du côté paternel et du côté maternel ^ Il fallait donc remonter 4oo années en arrière : en 1761, par exemple, à Tannée i3()i. A chaque nomination, les généalogistes se mettaient en mouvement et faisaient d'abondants extraits.

On se souciait plus de ces preuves de noblesse que des dispositions religieuses des candidates. Bouxières avait cessé d'être un foyer de vie spirituelle. Les chanoinesses n'habitaient plus en commun ; elles ne se rencontraient plus qu'au chœur de l'église ou au chapitre. Chacune avait sa maison séparée, au sommetde la colline qui domine Bouxières. Aux xvu* et xvin* siècles, les chanoinesses étaient au nombre de quatorze el il y avait quatorze maisons.

Avec les dames tantes vivaient les dames nièces, aussi, en théorie du moins, au nombre de quatorze. En cas de décès ou de résignation de la dame tante, la dame nièce lui succédait de plein droit. Pourtant, si elle n'avait pas encore vingt-cinq ans accomplis, elle ne pouvait, sans permission spéciale du chapitre, habiter seule sa maison, «se mettre en ménage», comme l'on disait. Elle restait soumise à une autre chanoinesses. Quand une place de nièce était vacante, l'une des tantes, celle dont le tour était venu, la dame iournaire, proposait au chapitre la demoiselle qui lui agréait le mieux; si elle état agréée, elle devenait sa nièce.

Il pouvait se faire (jue, par suite du hasard du tour, une tante eut deux nièces, tandis qu'une autre dame n'en avait pas. C'est pour remédier à cet inconvénient qu'en 178G, loi-s du transfert du chapitre à Nancy, Ton supprima le tour ; et l'on décida que la dame tante privée de nièce se présenterait à la

1. Voir les ordonnaoccs capitulaircs des dauics de BouxILtcs, Bibl. de Nancy, ins. n^ fiya (i3a)ct 593(101). Cf. le Mémoire pour les dames abbesse, rhanoinesse.i el chapitre de l'insiyne é<j lise Notre- Dame de Bouxières contre la dame de Brieij de Landres, doyenne. 1763.

2. Recueil des ordonnances et règlements de Lorraine, t. X, p. 124.

3. Délibéralion capitulairc du 16 février i(>(j3, citée par Lepaue, L'Abbaye de Bouxières, p. ^2, 11. i.

place vacante'. Sur les quatorze places de dame nièce, trois pourtant étaient distribuées d'autre façon : celles du prince, de saint Gauzelin et de la crosse. La première était à la nomination directe du duc de Lorraine, plus tard du roi de France ; il était aussi admis au xvni* siècle que le roi nommerait, comme joyeux avènement, à la première place qui serait vacante dans le chapitre. La seconde était à la nomination de Tévéque de Toul, en l'honneur du saint fondateur, et Toul garda cette prérogative, même quand un évéché eut été créé à Nancy. L'abbesse enfin nommait à la troisième prébende*.

Le chapitre de Bouxières se composait en outre de trois chanoines, nommés en assemblées capitulaires ; ils devaient veiller au service de Téglise, y célébrer la messe, remplir l'office d'aumônier. Ils avaient une prébende propre dont ils touchaient les revenus. Un organiste, un bedeau, un suisse formaient le petit personnel de l'abbaye K

L'on menait à Bouxières une vie assez libre. Sauf l'abbesse, aucune chanoinesse ne prononçait de vœux. La chanoinesse n'avait d'autre costume particulier qu'un voile blanc sur la tête et un grand manteau au chœur. Elle pouvait, quand bon lui plaisait, quitter l'église, retourner à la maison paternelle, et même se marier; et un certain nombre d'entre elles ont profité de la permission. Elles portaient souvent sur la tête un petit ornement qu'on appelait un marit et à combien de plaisanteries ce marit a-t-il donné lieu* ! Les irièces, chez les dames tantes, étaient bien moins des novices destinées à la vie religieuse que des pensionnaires auxquelles l'on enseignait des arts d'agrément, le dessin, le clavecin et même la danse, tout ce qui constitue l'éducation mondaine. Dans ces maisons de Bouxières l'on recevait compagnie ; et souvent le prétendant faisait la cour à la dame nièce sous les yeux attendris de la dame tante. Les distractions ne manquaient du reste pas à Bouxières; derrière les maisons canonicales s'étend une vaste pelouse plantée d'arbres séculaires; et l'on raconte que souvent chanoines et chanoinesses s'y livraient aux ébats de la dansée

Mais la pauvreté relative du chapitre et les malheurs qui à diverses repiîses le vinrent frapper empêchèrent ici le scandale de devenir trop grand, comme à Remiremont.

L'abbaye de Bouxières avait reçu aux x* et xi« siècles de nombreux biens, et ces biens, elle les garda à peu près jusqu'à la Révolution. Au cours des âges, très peu de donations s'ét\ient ajoutées aux premières et dans les

. I. An. VI de CCS règlements. Us ojit éU> publiés dans un recueil cwilenant toutes les pièces relatires au transfert, commençant par le Brei'et qui aulorise le Chapitre noble de Bouxières à solliciter, es Cour (le Rome, sa translation soit dans la ville de Nancy y soit au.v environs, 86 p. in-4'.

2. (^f. le Mémoire pour les dames abbesse, chanoinesses...., de 1763. Bibl. de Hancy, ms. 690 (4i3).

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