‹ Histoire de NancyChapitre 471 sur 642 · I. LiO.NNOlS, t. I, p · texte numérisé non relu

I. LiO.NNOlS, t. I, p

a. A. (jOi.monon, Souvenir» artistîqties et littéraires de la bataille de Nancy. Extrait d«j M, S. A. L.» i8fj4> p- 37. L'étude a été complétée : Noie sur les monuments, l'iconographie et les légendes de la bataille de Nancy. Extrait des A. D. E., 1899.

3. Cf. le très piquant article de G. Savk, La Mort du Téméraire, Tableau de Delacroiœ au Musée de Nancy, dans le Bulletin des Sociétés artistiques de l'Est, 1899, p. 127.

/*. M. A. S., i82^-i83a, p. iHi ; (îf. (Ioij.igxon, Souvenirs...., p. 25,

LE TABLEAU d'eITGENE DELACROIX. 5/^1

Salon de 1822 avec Dante et Virgile avait rendu tout d'un coup célèbre, et qui venait de produire le Massacre de Chio et Sardanapale, se mit aussitôt à l'œuvre. Quelques mois après la commande, l'esquisse était prête ; mais l'exécution tratna en longueur, d'autant plus que Charles X était renversé dans l'intervalle et remplacé par Louis-Philippe. Pourtant, en i834, le tableau, auxquelles avaient été apportées certaines heureuses modifications, était prêt. Sur les conseils de M. de Caumont, Delacroix choisit le moment où le Téméraire, obligé de fuir, se dirige vers son camp ; le duc a déjà poussé son cheval dans le marais, lorsque tout d'un coup s'oppose à lui le châtelain de Saint-Dié, la lance en avant. Il essaie de passer quand même, et, les yeux injectés de sang, il se précipite sur son adversaire ; mais il est comme conscient de sa mort prochaine: il va recevoir le coup fatal'. A droite du tableau, quelques Bourguignons résistent encore, quoique la partie soit perdue pour eux. Au loin apparaissent les hauteurs de Villers et de Laxou*; et, sur ce champ de bataille semé de cadavres pèse l'atmosphère lourde, toute remplie de neige, d'un sombre mois de janvier'. Les critiques de l'époque, demeurés fidèles à l'école de David, furent impitoyables pour cette œuvre où ils ne voyaient que de « mauvais chevaux estropiés dans un pays plus qu'étrange, sous un ciel impossible, une incroyable saleté de couleurs, un dessin incorrect à plaisir* ». Sans doute, la composition du tableau manque d'unité ; la figure du Téméraire absorbe toute l'attention et la bataille elle-même s'estompe dans le lointain ; mais quel puissant coloris! quelle force d'imagination ! quel admirable paysage d'hiver ! A celui qui a contemplé la toile ne sortira jamais de la mémoire l'image du duc de Bourgogne qui se raidit contre la mort imminente.

Contre le choix du sujet les critiques firent observer que Charles a dû être tué à l'écart, à l'insu de tous ; et ils exprimèrent le regret que le peintre n'eût pas traité de préférence quelque autre épisode : par exemple, René II trouvant le corps nu du Téméraire, enfoncé dans l'étang, la tête à moitié rongée par les loups 5. Ce fut cette scène qu'un peintre lorrain bien connu, Feyen-Perrin, né à Bey-sur-Seille, allait présenter au Salon de i865^. Il nous montre le cadavre nu dégagé de la glace. Sur lui se penchent le médecin, le jeune page et la lavandière, cherchant à reconnaître le corps. René II à cheval, accompagné d'une suite nombreuse, attend avec anxiété le ré-

1. Mujiée de Nancy, Catalogue, 1897, p. 117. An. Moreau, K. Delacroix et son œuvre. Paris, 1873, p. 203.

2. En réalitf^, la bataille aurait dû être représentée à gauclie. Autre détail inexact : les hauteurs do Villers et Laxou sont dessinées de façon fantaisiste ; Delacroix n'est pas venu à Nancy.

3. Le tableau est reproduit dans René Ménard, L'Art en Alsace-Lorraine, gravure de Lançon, p. 493* Phototypie dans la Lorraine* Artiste, 1889, pi. 3a, après la p. 5ia.

4. (".ilé par Eue. Véron, Eugène Delacroix, dans la collection Les Artistes célèbres, p. Ifi. r>. Ce sujet avait été suggéré à Delacroix par l'Académie de Stanislas.

G. Elle avait déjà été traitée au salon de 1837 par le peintre Eugène Roger. W Artiste de celte année en publie une reproduction. Dcvilly avait donné dti même sujet une lithographie dans V Histoire tle la guerre de Lorraine de Huglkmn. Entin A. de Neuville a reproduit cet épisode dans un journal illustré. Cf. CoLLiGNO.N, Souvenirs, pp. 32-33.

sultat de l'enquête'. L'ensemble du tableau, trop correct, reste froid, et nous ne sommes pas émus. « Si vous voulez représenter un pareil sujet, écrit M. Paul Mantz avec un peu de sévérité, vous n'avez pas le droit d'oublier qu'il s'agit d'une tragique aventure survenue en 1477 dans le sang et dans la neige, et non d'une cavalcade exécutée hier soir par des figurants du cirque*. » Feyen-Perrin devait trouver ailleurs sa voie, en nous représentant en leurs formes robustes les pêcheuses de la Bretagne, et en remplissant ses tableaux de la brise marine. A ces œuvres on nous permettra d'ajouter le très consciencieux tableau d'un artiste que la mort vient d'enlever : la Tente du Téméraire ' par Gaston Save. Au pied de la vieille tour de la Commanderie se dresse la tente de Charles, faite des belles tapisseries que nous admirons aujourd'hui au Musée lorrain ; devant elle des soldats montent la garde et flotte l'étendard bourguignon. Au fond est suspendu k la potence le corps du bon Chiflfron. La neige épaisse recouvre tout le paysage et sous le ciel bas volent les corbeaux, cherchant leur pâture^. C'est une très belle restitution où la science de l'archéologue s'est mise au service du talent du peintre.

Les poètes à leur tour vont-ils chanter cette bataille de Nancy que les peintres ont fixée sur leur toile ? Au début, des chansons populaires ont célébré cette journée ; des érudits lui ont consacré quelques vers ^ ; on annonçait un peu partout des épopées pour exposer la tragique grandeur de ces événements^. Mais une seule œuvre vit le jour: c'est la Nancéide At Pierre de Blarru. L'auteur était né à Paris le 3 avril i437 ; il étudia à l'Université de cette ville où il fut reçu maître es arts (i456); puis il se rendit à l'Université d'Angers où il prit sa licence en droit et où, ce semble, il devint professeur. Comme tant d'autres habitants de l'Anjou, il vint chercher fortune dans cette Lorraine sur laquelle avait régné le roi René et que gouvernait son petit^fils René IL 11 était présent à Épinal, au mois d*octobre i47^9 quand Charles le Téméraire assiégea la ville ; et, sans doute, il était enfermé dans la cité de Nancy, lorsqu'elle repoussa, à la fin de 1476, tous les assauts du duc de Bourgogne ; sûrement, à la collégiale Saint-Georges, il assista aux obsèques du grand duc d'Occident. En i477> ^P^^s la délivrance, il fut nommé conseiller du duc de Lorraine ; puis, comme nous Tavons vu, il gouverna l'hôpital Notre-Dame de Nancy 7. En i495, sur les pressantes re-

I. Le tableau est reproduit dans la Lorraine-Àriiste, 1888, pi. 19, à la p. i56. 3. Gazette des Beaux-Arti, i865, p. 5 10.

3. Ce tableau a figuré sous le n9 396 à l'Expositioa de la Société lorraine des Amis des arts, à Nancy, en 1896.

t\. Voir une reproduction de ce tableau dans la Lorraine- Artiste, 1901, p. 376.

5. Cf. tupra, pp. 473-47^* Signalons encore ces vers tout remplis de calembours qui se lisent an dernier feuillet dans le cartulaire de Tabbaye de Saint-Jean d'Amiens (Bibl. d'Amiens, n* 781) :

Nus (Neuss) Karolo nocait, sed Granson grande ffraoavit, Mora momordit quem Nanceium lance necamt. Signalé par M. Favibr, J, S. A. L., iSgS, p. 170.

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