‹ Histoire de NancyChapitre 476 sur 642 · Du BOULLAT, o. /., P · texte numérisé non relu

Du BOULLAT, o. /., P

3. Toutes ces idées sur l'origine de la croix double ont été développées en un excellent travail de Ms' X. Barbier de Montault, La croix à double croisillon, Montauban, i88a. Extrait du Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-GaPonne, voir surtout pp. a6-a8.

4. Voir l'excellent travail de M. Léon Germain, Origine de la croix de Lorraine. Extrait de la Revue de l'Art chrétien, t. III (i885). Ce travail a été repris et complété dans V Annuaire de Lorraine et tiré à part. La véritable origine de la croix de Lorraine a été indiquée par J. J. Chifflet, Commentarius lothariensis, Anvers 1649, p. 95. Il écrit, en parlant de la croix à double traverse : « Crux est regia hungarica, » X noter que la couleur de celte croix a varié assez souvent. — M. Louis DE Farct, Relations entre les croix de Hongrie, d'Anjou et de Lorraine, dans les Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers, 1895, p. 9a, a attaqué ces conclusions. Selon lui, la croix, adoptée par le roi René, aurait pour origine la relique de la vraie croix de l'abbaye de la Boissière, conservée aujourd'hui à l'hospice de Bauge. La croix de René aux extrémités unies différerait beaucoup de la croix de Hongrie aux extrémités pattées et fichée. Mais nous pensons que M. Louis de Farcy attache trop d'importance à ces détails secondaires. Il ne peut méconnaître que, sur les sceaux de René, la croix de Hongrie fait pendant à son écusson ; et cela nous semble tout à fait significatif. Maintenant qu'il ait uni en une unique représentation deux symboles différents, la croix de Hongrie et une croix byzantine qui se trouvait en son pays d'origine, le fait est possible ; ces contaminationes étaient assez fréquentes.

5. Voir la gravure de Wrée que nous publions, p. 547* Cf. J. E. de Smtttère, Les ducs de Bar, dans les Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc, 1884» p. i5o et pL 6.

suspendue souvent au chapelet attaché au cou des aigles qui supportent les armoiries du roi. Le fils et le petit-fils de René I", Jean et Nicolas, continuèrent de faire usage de cette croix double ; sous René II, celte croix distinguait ceux qui combattaient pour la Lorraine et s'opposa à la croix de Saint-André qui était l'emblème des Bourguignons. René II en était revêtu au moment de la bataille de Nancy. II dit lui-même dans la Vraye déclaration: a Et avoy sur mon harnois une robbe de drap d'or... et aussi une barde aussi couverte de drap d'or et sur les dictes robbe et barde trois doubles croix blanches'. » Quand Campo-Basso vint au camp de René, il enleva la croix de SainV-André, insigne des Bourguignons, pour porter « la croix double' ». Et beaucoup de Nancéiens en sortant de leur ville, pour courir au pillage du camp du Téméraire, furent en danger d'être tués parles Suisses et leurs compatriotes, parce que a la croix double n'avoient' ». cet emblème, on remporta ainsi une éclatante victoire. Aussi les ducs Y tourèrent d'une nouvelle vénération : ils continuèrent de représenter sur leun monnaies la croix précieuse : SALVE CRVX PRETIOSA ♦ ; ils la mirent sur les travaux qu'ils entreprenaient : ainsi, on la trouve sur un curieux tympan exécuté entre i485 et i5o8, et découvert récemment à Longwy $. Bien plus les Lorrains adoptèrent cette croix comme symbole de leur nationalité : elle devint la croix de Lorraine. Quand au xvni* siècle le duché cessa de former un État indépendant, ce signe rappela le souvenir d'un passé glorieux. Et aujourd'hui encore, nous conservons cette croix comme l'image de la province qui, au sein de Tunité française, voudrait garder quelques-uns de ses caractères individuels pour la grandeur même de la mère patrie.

Cette croix n'aurait jamais dû représenter que la petite nationalité de Lor* raine; en fait, elle fut mêlée aux querelles religieuses et politiques de la France au xvi^ siècle. La Ligue fut surtout dirigée par des Lorrains, et elle reçut une impulsion nouvelle dans des assemblées tenues à Boudonville, sur le territoire de Nancy. Aussi, les Ligueurs prirent cette croix comme signe de ralliement ; et les auteurs de la Satire Menippée de poser cette question et d'y donner une mordante réponse :

Mais dites-moy que signifie Que les Ligueurs ont double croix ?

C'est qu'en la Ligue on crucifie Jésus-Christ encore une fois.

La nationalité lorraine avait ainsi son emblème; il lui fallait aussi son

I. Commises, éd. Lenglet du Fresnoy, t. III, p. 493. Le mot barde lignifie rarmure du chfeTaL a. Chronique de Lorraine, p. a86. L'aateur appelle parfoig cette croix croix de Jérusakin ; et cette dénomination s'explique, puisqu'en réalité l'origine de cette croix est la croix patriarcale. Mais aujourd'hui on distingue en blason entre la croix de Lorraine et la croix de Jérusalem oa croix potencée.

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