LE DRAPEAU LORRAIN
drapeau; et comment n'aurait-elle pas adopté l'étendard sous lequel elle avait vaincu ? Le ijrand étendard fut longtemps de damas blanc, avec l'image de l'Annonciation ; le champ était semé d'alérions, de barbeaux, de croix de Lorraine et de Jérusalem, avec les lettres des ducs, des C par exemple, quand Charles III ou Charles IV gouvernait le duché. Mais, à côté du grand étendard, il y avait la cornette ducale de damas jaune avec une bande rouge, chargée de trois alérions blancs. Ce drapeau est aujourd'hui adopté exclusivement" ; il est considéré comme le drapeau lorrain, et, à certaines fêtes,
comme celle de Jeanne d'Arc, les lotliaringophiles pavoisent leurs maisons de ce drapeau et du drapeau tricolore. Et c'est comme un symbole de l'union indissoluble de l'ancienne petite nationalité lorraine avec la grande patrie française.
méinent k ce que nom avons dit plui haul, lei deux lions de Gueidre et de Juliers lODt couronnés. Lca deux ècai sont lurmoatës de lit couronne à sept fleurons. Notons ^e plus tard la fonne de la croix fut un peu modifiée. Ls trsvene lupérieure, d'abord beaucoup plus petite que la trarerse inrérieure, eut «ouveal duos la suite la mèoie longueur.
1. Voir la iHvchure de H. Lrpaoi, Lt draptaa lorrain, Nancy, i86â.
Ce ne sont pas seulement les armoiries du duché de Lorraine, mais encore celles de la ville même de Nancy qui évoquent le souvenir de la bataille du 5 janvier 1477- ^^^ croix à double traverse est devenue, après cette journée, le signe de la nationalité lorraine; le chardon deviendra par une série de transformations celui de notre cité.
Le chardon était, dans les idées du moyen âge, un emblème de la Vierge. Les points blancs qui émaillent sa fleur purpurine étaient regardés comme des gouttes de lait tombées du sein de la mère de Dieu. Aussi n'est-il pas surprenant que cet emblème ait été très répandu au moyen âge. Quand, en Tannée 1870, le duc de Bourbon Louis II eut institué un ordre de chevalerie en l'honneur de Notre-Dame, il donna à ses membres comme insigne un collier où pendait une image de la Vierge et au-dessous « une teste de chardon émaillée de verd, barbillonnée de blanc' ». En i44o, le roi d'Ecosse, Jacques II, fonda Tordre du chardon qui fut très recherché dans la suite ; les chevaliers portaient un insigne montrant d'un côté saint André, patron du royaume, de l'autre le chardon, or et vert, la fleur rougeâtre entourée de la devise : Nemo me impune lacessit^. Mais Torigine du chardon de Nancy doit être cherchée ailleurs. Cet emblème, comme la croix à double traverse, nous vient de l'Anjou ; et il était tout d'abord l'un de ces nombreux symboles que le roi René et son frère Charles, comte du Maine, aimaient à prendre. Dans son Livre du cuer d'amours espris, René P^ donne positivement pour insigne à son frère le chardon. « Son escu, écrit-il, est en une chardonnière, dont les chardons et aussi bien les feuilles estoient moult gentement rehaussées et pourtraictes d'or, les chardons d'or et les feuilles de vert », et il explique cet emblème par Tamour qui remplit Tâme du comte. Il fait tenir à Charles ce langage :
Si me viens présenter enserré de chardons. Dont luy doy remembrer que c'est signiGance Que comme Amours point fort, qui y a trop fiance, Suys point et enserré d'amoureuse poincture 3.
Ainsi, pour René, le chardon prend une nouvelle signification ; emblème de la Vierge, il est aussi un emblème de Tamour charnel ; et cette double interprétation devait plaire au prince qui unissait toujours en un amalgame étrange la passion divine et la passion humaine, la religion et Tamour; à celui qui avait pris pour devise : Deoot luy suis, entendant à la fois la Vierge et sa maîtresse. René II adopta cet emblème qui avait servi à son grand-père. Un auteur contemporain, nous décrivant le baptême du jeune Antoine, fils de René II, célébré au château de Bar le 4 juin 1489, nous dit : « La galerie