‹ Histoire de NancyChapitre 491 sur 642 · I. Sur ce pan, on lit par deux fois ce quatrain · texte numérisé non relu

I. Sur ce pan, on lit par deux fois ce quatrain

Pesant six livres et en tel point Demeurer les jours de sa vie, Affin qu'il ne s'avance point Jamais nuyre aultrui par envie.

Évidemment ce quatrain a <^.té répété à tort ; on devait mettre un premier quatrain mentionnant la condamnation de Banquet, puis on continuait en mentionnant la condamnation de Souper. Cette répé> tilion nie parait prouver que notre tapisserie n*est pas un original, mais une copie.

a. Pour la description détaillée de la tapisserie, voir le Catalogue du Musée lorrain, de Lucien WiEXER, 7« éd., pp. 24o-a4i. Voir la notice d'AcœLLB Jubixal et les reproductions de SiUfscifRcrri dans la publication : Les anciennes tapisseries historiées, Paris, i838, in-fol., t. II, et surtout la belle publication de Saxsonnetti : Tente de Charles le Téméraire, Nancy et Paris, i843,*in-foI. Reproduction en colueurs. Notre frontispice est le fac-similé d'une des planches coloriées de ce recueil.

3. Paris, Verard. On lit à la fin de l'ouvrage : Le présent Hure a este achevé d'imprimer par le dit oerard le XVIl^ iour de janvier mil cinq cens et sept. Voir Bru*\et, art. NEF de santé.

/|. Telle est l'opinion de Sa^sonnetti : Tente de Charles le Téméraire, préface.

C}, LÉON Germain, /. S. A. L., 1896, p. 181. Quelques vers de la tapisserie sont directement empruntés à la moralité. Jules Guiffrey, Histoire de la tapisserie. Tours, Marne, 1886, p. 80.

0. Eugène Soil, Les tapisseries de Tournai, les tapissiers et hautelisseurs de ceUe utile dans les Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai, 1891, t. XXII. Catalogue, n* 87, voir aussi le no 83. M. le marquis dr Vii.leneuve-Trans (Notice sur la tapisserie de Charles le Tèmè» raire, Nancy, Tbomas et Ci«, i836. Extrait des M. A. S,) cite une lettre adressée à Charles le Téméraire, dans laquelle est décrite une tapisserie turque, exposée à Vienne, représentant la Condamnation de Souper et de Banquet. Il croyait que cette tapisserie était celle-là même qui est conservée aujourd'bui à Nancy. Mais nous ne le pensons pas ; entre la description doonëe dans cette

LES TAPISSERIES DE CHARLES LE TlblERAIRE* 565

huit pièces de tapisserie racontant cette moralité et confectionnées en i5ig dans les ateliers de Colart de Burbure sur des modèles fournis par Jean Grenier*. Et il devient dès lors fort vraisemblable que les chefs-d'œuvre de Nancy, datant sans doute des années i46o à 147O9 proviennent de même de Tournai.

La seconde tapisserie, formée de deux pièces, représente la légende d'Esther. Sur Tun des pans, Vasthi, assise sous un dais rouge, reçoit avec dédain les ordres d'Âssuérus ; l'autre nous montre Assuérus sur un trône, entouré de ses conseillers et dictant un ordre à ses grefïiers. La peinture fait sourire par ses anachronismes ; on voit les compagnes de Vasthi faire une partie d'échecs '. Mais déjà l'on doit louer une véritable science de composition, et l'attitude des personnages exprime bien leurs sentiments'. Ces dernières tentures sont sûrement sorties des ateliers de Pasquier Grenier à Tournai ; un texte précis nous apprend qu'elles ont été achetées en i46a à cet artiste par le duc de Bourgogne Philippe le Bon *.

Ces tapisseries restèrent pendant assez longtemps la propriété des ducs de Lorraine, enfermées sans doute au garde-meuble. On ne les sortait que les jours de la procession qui avait lieu la veille des Rois, afin de célébrer l'anniversaire de la bataille de Nancy. Elles ornaient le palais ducal, à l'extérieur, au moment du passage du cortège. Ce fut probablement alors qu'on coupa en morceaux, pour la mieux adapter aux murs du palais, la tapisserie représentant la Condamnation de Banquet et de Souper $ ; et malheureusement on fit ces coupures au hasard, sans se soucier des divisions indiquées par l'artiste. Au début du x\n^ siècle, quand eut été construit l'hôtel de ville dans la nouvelle cité, sur la place Mengin, nos ducs cédèrent les tapisseries pour parer la chambre du Conseil de ville ^. Sur un compte municipal de l'an 1700, on relève les sommes payées à Charles Mitté « pour avoir dégraissé, remis en couleur et raccommodé une tenture de tapisserie de sept pièces de Flandre, qui est actuellement en la chambre du Conseil de ville »

lelire et la tapisserie de Nancy, il y a quelque différence : ainsi à Vienne on voyait Dîner, Souper, Banquet rencontrant ensemble la compagnie qui accepte à manger successivement chez les trois (il y a trois repas, au lieu de deux). Autour de Dame Expérience ne sont pas seulement rangés Galien et Averroès, mais Avicenne et Hippocrate, etc., etc. Du reste, nous avouons que cette longue lettre à Charles le Téméraire nous parait suspecte ; nous y voyons un exercice de rhétorique, une fiction littéraire, et non une lettre qui a été réellement envoyée. Voulaitpon faire passer pour orientale* des tapisseries fabriquées en Flandre ? La relation a été publiée par Villemeuve-Traivs d'après un manuscrit de la bibliotliëque royale, n<> 7406; c'est aujourdliui le manuscrit français, n» ugS; il date du début du xvi« siècle.

Page 1