‹ Histoire de NancyChapitre 502 sur 642 · DESCRIPTION DU BONSECOURS DE STANISLAS · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU BONSECOURS DE STANISLAS

rentablement. Au milieu, une porte, qui est couronnée de trois têtes d'anges ailés, dans un amoncellement de nuages; dans Tentrecolonnement, deux niches qu'ornent les statues de saint Stanislas de Cracovie et de sainte Catherine avec sa roue, patrons du roi et de la reine de Pologne. Ces statues mutilées sous la Révolution ont été restaurées en i85o par Jiorné Viard. Sur le second attique on a peint en couleurs vives les armes de Stanislas : écartelé de Pologne et de Lithuanie (au i*' et au 4*> de gueules à l'aigle éployé d'argent, becqué, langue, membre et couronné d'or, qui est de Pologne ; au 2* et au 3^, de gueules, au cavalier d'argent, tenant de la main droite une épée de même, et de la gauche un bouclier d'azur chargé d'une croix patriarcale d'or, qui est de Lithuanie), et sur le tout l'écu de la famille de Leszczinski (d'or au rencontre de buffle de sable, bouclé de même). Les armoiries actuelles remplacent celles qui ont été martelées sous la Révolution. Au-dessus s'élève l'étage de la tour gracieuse et légère.

Mais pénétrons dans le sanctuaire. Il est formé d'une nef, divisée en quatre travées et couronnée par une voûte en plein cintre, à laquelle s'ajoute un chœur plus étroit et de forme pentagonale ; dans le ressaut on a placé deux autels: à droite celui de saint Stanislas, à gauche celui de sainte Catherine. Ils sont surmontés de deux tableaux assez médiocres représentant d*une part le martyre de saint Stanislas, de l'autre l'image de sainte Catherine'.

La première impression qu'on ressent n'est pas très favorable. L'église est trop surchargée d'ornements de toutes espèces : statues polychromées faisant le tour de l'édifice*; symboles dorés de la frise rappelant au chœur le mystère de l'Eucharistie 3, dans la nef les attributs de la Vierge^; rideau rouge peint qui sépare le chœur de la nef; faux marbre noir des murs et marbre blanc des tombeaux ^ Toutes ces couleurs jurent un peu de se trouver ensemble,

1 . Le Journal du libraire Nicolas nous apprend à ce sujet un détail curieux : a Après la consécration de l'église, le prélat de Toul interdit la chapeUe de sainte Catherine, parce que le tableau était trop indécent ; on le raccommoda. • Probablement sainte Catherine était à l'origine représentée à peu près nue. M. S. A. L,, 1899, p. 355.

a. Ces statues représentent, en commençant par le chœur et le coté de l'Évangile pour fuiir par celui de l'Épilre : saint Jean Népomucène, sainte Reine, saint François-Xavier, saint Michel, saint François de Paule, saint Antoine de Padoue, saint GaCtan et saint Joseph. Voir la description détaillée dans la brochure de l'abbé Godfrot et dans l'abbé Jrromr, L'Eglise Notre-Dame de Bon- Secours à Nancy, pp. 3G3-267.

3. Ce sont, en commençant par le côté de l'Évangile : un calice et une étole; le livre des Evangiles ; un bassin; un chandelier et un cierge allumé; un encensoir; le chandelier à sept branches; une tiare avec les clefs ; une croix dont une étole entoure le pied, avec des tables figurant la loi nouvelle ; un agneau immolé sur une croix, le tout sur le livre des sept sceaux ; un pélican ; un ostensoir ; une mitre, une crosse et une croix archiépiscopale à double croisillon ; une table avec les pains de proposition ; un bénitier et un aspersoir ; une croix d'autel avec un cierge allumé ; une burette et des palmes ; un chandelier et des palmes ; un ciboire et un cienje allumé. Les emblèmes du fond ont été ajoutés en ce siècle, lorsque le chœur a été agrandi.

4. Ce sont, en commençant par le chœur, du côté de l'Évangile : une étoile ; une colombe portant un rameau à son bec; l'arche d'alliance; une maison d'or; deux branches de lys croisées; la tour drr David ; une couronne surmontée d'étoiles ; une branche d'olivier ; un soleil ; une couronne surmontée de neuf globes ; une branche de vigne avec ses fruits ; une porte ouverte ; une couronne et un miroir ; un vase ; un vaisseau naviguant sur les flots ; une couronne, un sceptre et une branche de laurier ; des roses épanouies ; un sceptre et une main de justice en croix, surmontés d'une étoile.

5. La plupart des ornements furent placés après la consécration de l'église. Nous lisons dans le

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quand le soU'il « Iravt- rs les vUrcs «les (oiuMres oiivoic ses rayons. Ces n inents éloutTent dans ri'-<jlise trop pelitc On voudrait une plus grande simpiîciti* (|ni iiivilcmit davantage bu rcctirillcnient. Mais, après tout, l'f-

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tlu gntcc mystique, est devenue une chapelle funéraire, avec des ni^pnlcres de marbre solennels et froids, Pt si plie a «'té, à une date plus récente, élevée

à la dignité d'éi|lise paroissiale? On sera plus juste pour l'œuvre de l'architecte, si l'on supprime, par la pensée, tous les accessoires qui l'ont encombrée depuis 1741 et si l'on se rappelle sa destination primitive.

Ce fut Stanislas qui décida que Notre-Dame de Bonsecours serait le Heu de sépulture de sa famille. II ne pouvait point se faire enterrer lui et les siens dans la chapelle ronde, à côté de ces anciens ducs dont il avait pris la place. Sous le pavé du chœur il lit donc construire un caveau funèbre qui pour la première fois s'ouvrit, le 21 mars 1747» pour recevoir le corps de sa femme, Catherine Opalinska. Stanislas voulut faire élever à l'épouse, qu'il avait souvent trompée, un magnifique mausolée, comme juste compensation. II s'adressa à Nicolas-Sébastien Adam, le second fils de Jacob-Sigisbert et le plus célèbre des trois frères Adam. Le modèle parut déjà au Salon de 1747, et, moins de deux années plus tard, le g juin I74g9 on commença à mettre l'œuvre en place à Bonsecours'. Adossée à une pyramide, Catherine est représentée à genoux sur son tombeau. Un ange aux ailes éployées la soutient d'une main et l'entratne, tandis que de l'autre il lui montre les splendeurs célestes. La reine a dépouillé le sceptre et la couronne qui gisent à ses pieds, désormais vains hochets'. Au sommet de la pyramide sont sculptées les armes royales de Pologne avec sur le tout l'écu des Opalinska à la barque > et le monument est couronné par une urne funéraire. Contre le sarcophage s'appuie l'aigle de Pologne et entre ses serres on trouve le verset de Judith : Manus Domini confortavit te y et ideo eris benedicta in œternum^. Ce tombeau est supporté par un soubassement où se lit l'inscription suivante :

Atavig orta Regibus, avi'a Regum, Catharina Opalinska Regt'na Poloniœ, Magna Ducissa Lith., Ducissa Loth,, Barri, eic, Pietate in Deum, misericordia in pauperes, morum integritate

Supra modum mirabilis,

Spiritu magno

Quo prospéra tulit et adversa,

Vidit uliima

Die ig Mari, An, salutis ijij, œtat, 6j,

Regise conjugi, optime merenti, Slanislaus /, Rex Poloniœ, Magnus Dux Lith,, Dux Loth., Barri, etc.

Sui ac publia' luctus monumentum Régime Cœlorum ad pedes pie posuit^.

1. DunivAL, Description de la Lorraine, t. II, p. 193 : « Le monument, plein de génie et de lu |tlus belle exécution, fixe toujours les yeux des étrangers. M. Coliin fils l'ayait gravé ; mais IVau-fortf détruisit tout. Jean-Charles François le grava depuis en grand, pour être joint au recueil des bâtiments et édifices de Stanislas. » Cf. H. Thirion, Les Adam et Clodion, Paris, i8S5, p. 166.

2. Lors de la restauration du monument, on a placé, à tort, sur la tète de la reine une petite couronne ouverte, en marbre blanc, qui est assez laide et qui est un contre-sens, puisque la vraie couronne (jit à ses pieds. Voir la reproduction de Tancien monument dans Y Album de Héré, t. II, dessine par C. Eisen. En revanche, on n'a pas refait les guirlandes qui tombaient de Tume funéraire.

3. Par une inadvertance singulière, on a pris cet écu de la famille Opalinska pour les armoiries de l'église de Bonsecours, et Ton a vu dans cette barque un emblème du secours apporté par la Vierge aux chrétiens lors de la bataille de Lépante! En 1848, ces armoiries ont été reproduites sur le monument du Vœu de Nancy ; on les a gravées sur la couronne de i865, sur les stalles modernes du chœur, non sans les amplifier. On consultera à ce sujet un excellent article de M. Léox Germain, Des prétendues armoiries de V Église de Bonsecours, dans V Espérance du 6 mai i8g6.

4. Judith, XV, 11. Autrefois on lisait ce verset : Anima ejus in bonis demorabitur, et semen ejas hereditabit terram. Psalm., a4, v. i3.

5. Cette inscription a été rétablie en 1807. ^" ^ change un peu l'ancien texte. Lioififois, t. î, p. 587-

LKS ÏOMHEAUX DE l'ÉPOQUE DE STANISLAS. 691

A droite et à gauche de ce soubassement se trouvent deux admirables médaillons : la Religion tenant d'une main la croix, de l'autre l'encens de l'adoration ; la Charité avec trois enfants, le premier qui dort et sur lequel repose son regard plein d'amour, le second à qui elle donne le sein, le troisième qui pleure à ses pieds \ La composition a un grand charme et est l'un des plus jolis morceaux des Adam. Sur le soubassement, à côté de la pyramide, des cassolettes dont la fumée s'élève en nuages. Le monument dans Tensemblc est un peu théâtral et solennel ; mais l'exécution est tout à fait remarquable, et, certainement, nous sommes ici en présence du plus beau morceau de sculpture du xvm* siècle qui existe en Lorraine.

Après la reine de Pologne, l'église de Bonsecours reçut, le 6 janvier 1756, les restes de la duchesse Ossolinska, cousine germaine du roi Stanislas, et, disaient les méchantes langues, sa mattresse. Son mari, François-Maximilien, comte de Tenczin et duc d'Ossolinski, la suivit bientôt dans la tombe, le i^*^ juillet. On lui éleva un petit monument dans la chapelle, à gauche de la porte, sous la tribune des orgues' — depuis, il a été transporté dans le chœur. Il consiste en un cartouche ovale aux armes du duc — une hache — qu'entourent deux génies et que surmonte une couronne avec la croix. L'œuvre avait été commandée par Ossolinski lui-même au grand sculpteur nancéien Nicolas-Sébastien Adam, quelque temps après l'exécution du monument de la reine de Pologne ^

Stanislas lui-même voulut être enterré à Bonsecours, et, après le triste accident qui, le aS février 1766, abrégea sa vie, son cercueil fut déposé dans les caveaux de la petite église. Son gendre, Louis XY, couimanda son tombeau au sculpteur Louis-Claude Vassé^. Le modèle figura au Salon de

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